Lundi 21:ouverture des débats.
Mardi 22 et mercredi 23: auditions de Jean-Louis Gergorin et Imad Lahoud.
Mercredi 30: audition de Dominique de Villepin.
Lundi 5 octobre: audition du général Rondot.
Mardi 6: audition du juge Van Ruymbeke et de Pierre Bousquet de Florian.
Lundi 1er: audition de Philippe Delmas.
Mardi 2 : réquisitioire du procureur Marin.
Mardi 13, mercredi 14 et lundi 19: plaidoiries des parties civiles.
Mercredi 21 au vendredi 23: plaidoiries de la défense.
Le 1er jour du procès
13h10 C'est la foule des grands jours devant le tribunal de grande instance. Plusieurs dizaines de personnes patientent en ligne, le long du bâtiment. Au milieu d'une foule de touristes - le procès a lieu à deux pas de Notre-Dame -, la plupart d'entre eux sont là pour assister aux débats. «Certains font la queue depuis tôt ce matin», témoigne un gendarme.
14h Le président de la 11e chambre correctionnelle de Paris, Dominique Pauthe, fait décliner aux prévenus leur identité, puis brosse un rapide résumé des charges pesant sur eux. Dans une salle d’audience bondée, où se pressent les ténors du barreau de Paris et des dizaines de journalistes, il procède à l’appel de la quarantaine de parties civiles. Parmi les présents, le journaliste Edwy Plenel ou encore le fils de Charles Pasqua, Pierre-Philippe Pasqua.
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Trente-neuf parties civiles
Trente-cinq personnes et quatre sociétés se sont constituées parties civiles parce que leur nom a été ajouté aux listings falsifiés, ou parce que leur entreprise a été victime de la manipulation.
Voici la liste des plaignants et leur fonction durant la période incriminée ou celle qui leur a valu de figurer sur les faux documents.
Philippe Delmas, ancien vice-président d’Airbus
Pierre Martinez, ancien responsable de la sécurité de Thomson-CSF
Nicolas Sarkozy, ancien ministre de l’Intérieur et de l’Economie
La société EADS France
Dominique Strauss-Kahn, ancien ministre des Finances
Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre de l’Intérieur
Alain Madelin, ancien ministre de l’Industrie, puis de l’Economie
La société anonyme de droit luxembourgeois Clearstream Banking
Gilbert Flam, magistrat, ex-responsable du service de lutte contre la criminalité à la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure)
Fabien Baussart, dirigeant de holdings
Patrick Gaubert, député européen (UMP) et président de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra)
Charles Pasqua, ancien ministre de l’Intérieur, sénateur
Jean-Jacques Martini, sous-directeur à la Direction de la surveillance du territoire (DST)
La société des Editions Odile Jacob
Odile Jacob, directrice des éditions du même nom
Pierre Pasqua, fils de Charles
François Gontier, dirigeant de société et cousin d’Imad Lahoud
Edwy Plenel, ancien directeur de la rédaction du Monde
Bernard Squarcini, préfet, ancien directeur central adjoint des renseignements généraux (RG)
Alexandre Jevakhoff, ex-conseiller du ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie
Dominique Ambiel, ancien conseiller du Premier ministre Jean-Pierre Raffarin
Me Georges Kiejman, avocat
La société Barbier Frinault et Associés, contre Florian Bourges
Dominique Baudis, président du Conseil supérieur de l’audiovisuel de 2001 à 2007
Jean-Charles Marchiani, ex-préfet et conseiller de Charles Pasqua
Nadhmi Auchi, homme d’affaires
Alain Chouet, ancien chef du service de renseignement à la DGSE
Etienne, Laure et Valentine de Lasteyrie du Saillant, héritiers de l’ex- banquier Hugues de Lasteyrie du Saillant, décédé en 2007, et victime des falsifications
Alain de Wulf, conseiller du président d’EADS France jusqu’en 2005
Brice Hortefeux, conseiller du ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy
Jacques Franquet, ancien directeur central de la police judiciaire
Philippe Guglielmi, ancien président du conseil de l’ordre du Grand Orient de France
Pierre Charon, conseiller en communication de Nicolas Sarkozy
Alain Gomez, ancien président de Thomson-CSF
Jean-François Hénin, ancien trésorier de Thomson-CSF, ex-dirigeant d’Altus Finance
Me Allain Guilloux, avocat, administrateur judiciaire
Me Alain Géniteau, avocat, administrateur judiciaire
From : ?
Faux listings, vraie manipulation
Le Monde 19.09.09
Au commencement est un stagiaire. Il s'appelle Florian Bourges, il a 23 ans, sort tout juste de son école de commerce et vient de décrocher un stage au cabinet d'audit Arthur Andersen. De juin à novembre 2001, il est envoyé comme petite main en mission chez Clearstream, qui cherche à répondre aux accusations de blanchiment d'argent dont elle fait l'objet depuis la publication du livre Révélation$, coécrit par le journaliste Denis Robert et Ernest Backes, un ancien cadre de cette chambre de compensation internationale. Le stagiaire doit extraire des données des fichiers clients de Clearstream et les transmettre aux auditeurs pour analyse. Au passage, il en fait une copie qu'il propose à... Denis Robert.
Quelques mois passent, durant lesquels le journaliste, qui doit faire face à une cascade de procès, cherche des appuis. Par un ami commun, il rencontre Imad Lahoud, qu'on lui présente comme un ancien trader, susceptible de l'aider à décrypter les documents financiers et boursiers. Il est d'autant plus motivé que, sortant tout juste de quelques mois de détention provisoire pour une affaire d'escroquerie et d'abus de confiance, il a une revanche à prendre. Et c'est ainsi qu'en septembre 2003, au Bistro d'Edouard à Courbevoie (Hauts-de-Seine), les listings Clearstream passent de l'ordinateur portable de Florian Bourges à la clé USB d'Imad Lahoud.
Celui-ci a fait depuis peu la connaissance de Jean-Louis Gergorin, l'un des responsables d'EADS, qui se prend d'intérêt pour ce jeune homme, fils d'un ancien agent des services libanais et frère d'un brillant dirigeant de l'une des filiales du groupe d'armement. Auprès de M. Gergorin, acharné à traquer les complots qui, selon lui, menacent EADS et, plus largement, les pratiques mafieuses du monde de l'industrie et de l'armement, Imad Lahoud se vante de ses connaissances informatiques.
Elles lui ont permis, dit-il, de pénétrer le système informatique de Clearstream et d'accéder aux comptes les mieux dissimulés. Il lui en fournit la preuve en lui passant un CD-ROM des listings. Le jeune homme devient dès lors un allié précieux de Jean-Louis Gergorin, convaincu qu'il va ainsi mettre la main sur le parcours bancaire des rétrocommissions des marchés d'armement et confondre ses ennemis, dont Alain Gomez, ex-PDG de Thomson.
M. Gergorin le met également en contact avec le général Philippe Rondot, conseiller pour le renseignement et les opérations spéciales (CROS) auprès du ministère de la défense, en louant ses qualités de "génie de l'informatique". Le général mord à son tour à l'hameçon. Et, en novembre 2003, le contenu de la clé USB d'Imad Lahoud, qui contient une version des listes de comptes ouverts au sein de la chambre de compensation Clearstream, est transféré sur un ordinateur portable du général Rondot.
Parmi les bénéficiaires des comptes figurent étrangement bon nombre des concurrents et adversaires réels ou supposés de M. Gergorin, au sein d'EADS ou du groupe Lagardère, plusieurs personnalités politiques ayant exercé des responsabilités dans l'industrie, la défense ou au ministère de l'intérieur - Alain Madelin, Jean-Pierre Chevènement, Dominique Strauss-Kahn, Charles Pasqua - et des hauts fonctionnaires du ministère de la défense. Informé à son tour de ces listings, Philippe Marland, directeur de cabinet de Michèle Alliot-Marie, ordonne au général Rondot d'enquêter sur les fonctionnaires dont les noms sont cités. Assez vite, celui-ci émet des doutes sur la fiabilité des listings.
La prudence du général Rondot et les réserves qu'il émet irritent l'impétueux Jean-Louis Gergorin. Le 1er janvier 2004, il s'ouvre auprès de Dominique de Villepin de l'existence de ces listings et de l'enquête en cours et il lui fait part de sa "frustration" sur les atermoiements du général Rondot. Les deux hommes se connaissent et s'apprécient de longue date. Selon Jean-Louis Gergorin, Dominique de Villepin lui demande alors de rédiger une note synthétique sur le contenu des listings afin de la soumettre au président de la République, Jacques Chirac.
Huit jours plus tard, le 9 janvier 2004, Dominique de Villepin le convoque à son bureau, en présence du général Rondot pour faire le point. Cette rencontre donne lieu à un compte rendu détaillé saisi parmi les nombreux carnets manuscrits du général. Il écrit : "Instruction du PR (le président de la République) auquel DdeV a rendu compte : traitement direct avec le PR", "prudence", "cadre secret", "tenir compte des manipulations politiques".
Suit une longue liste d'actions à entreprendre dans lesquelles le nom de Nicolas Sarkozy revient à plusieurs reprises : "Réseaux tangentiels à explorer, enjeu politique ? N. Sarkozy, fixation sur N. Sarkozy (conflit Chirac Sarko), rôle des Américains ? Soutien apporté à N. Sarkozy, liens Sakozy-Dassault ? "Le Figaro" (...) D de V demande de "démonter le système" (...) D de V revient sur le voyage de N. Sarkozy en Chine ? des intérêts financiers ?" La note se termine par les mentions suivantes : "Mon impression : doute persistant, réelle construction intellectuelle montée par JLG et qui accroche D de V ? la théorie du complot ?, ne pas avancer sans preuves concrètes."
Lorsqu'il sera interrogé sur cette note par les juges, Dominique de Villepin qualifiera d'"ubuesque, à la limite du ridicule" le compte rendu des propos qui lui sont prêtés. Sur ce qui s'est fait et dit dans les semaines et les mois suivant cette première rencontre, les déclarations des protagonistes recueillies pendant l'enquête n'ont cessé de diverger et de se contredire. Alors que Dominique de Villepin a assuré n'avoir plus jamais évoqué l'affaire Clearstream avec Jean-Louis Gergorin après le 9 janvier 2004, ce dernier a assuré qu'il avait rencontré le ministre "environ une fois par mois" jusqu'en juillet 2004 et que ces rendez-vous avaient eu lieu d'abord au Quai d'Orsay puis, à compter d'avril, au ministère de l'intérieur où M. de Villepin venait d'être nommé.
A l'appui de ses dires, figurent les témoignages des officiers de sécurité de M. Gergorin, selon lesquels une voiture du ministère venait chercher leur patron et l'avait conduit à plusieurs reprises place Beauvau. Toujours selon M. Gergorin, les développements de l'affaire Clearstream figuraient bien au menu de ces rencontres. Ce serait lors de l'une d'entre elles, le 6 avril, que le ministre de l'intérieur aurait évoqué la nécessité de "saisir ou d'informer un juge", ajoutant : "C'est une instruction du président de la République."
Quarante parties civiles
Parmi les personnalités, figurent notamment Nicolas Sarkozy, Dominique Ambiel, Dominique Baudis, Jean-Pierre Chevènement, Laurent Fabius, Alain Gomez, Brice Hortefeux, Odile Jacob, Georges Kiejman, Alain Madelin, Jean-Charles Marchiani, Charles et Pierre Pasqua, Edwy Plenel, Bernard Squarcini, Dominique Strauss-Kahn.
Les sociétés Clearstream et EADS se sont également constituées parties civiles.
C'est en tout cas dans les premiers jours d'avril 2004 que le juge Renaud Van Ruymbeke apprend, par la bouche de Me Thibault de Montbrial, qu'un "très haut responsable de l'industrie de l'armement, menacé de mort", a des révélations à lui faire.
La suite est connue, le juge accepte de rencontrer confidentiellement Jean-Louis Gergorin, lui demande de témoigner, ce qu'il refuse. Et le 3 mai suivant, Me de Montbrial remet à M. Van Ruymbeke un premier courrier "anonyme", provenant en réalité de M. Gergorin, comportant un extrait des listings, un deuxième courrier le 12 juin, puis deux CD-ROM. Dans la deuxième liste de bénéficiaires de comptes transmise au juge, figurent, l'un en dessous de l'autre, les noms de Stéphane Bocsa et Paul de Nagy, le patronyme complet de Nicolas Sarkozy. L'enquête du juge démontre rapidement la falsification des listings.
Le 30 juin 2004, le général Philippe Rondot note dans ses carnets : "Je constate que cette affaire prend un tour politique qui risque de devenir dangereux (...) s'il venait à être établi que cette vaste affaire de corruption est réelle, les conséquences politiques, tant à droite qu'à gauche, seraient calamiteuses. Dans le cas contraire, le chef de l'Etat se trouverait mis en cause pour avoir laissé se développer, sinon encouragé à travers Dominique de Villepin, une campagne visant de possibles concurrents, à droite comme à gauche." Devant les juges Pons et d'Huy, M. Gergorin confirmera, en mai 2004 que M. de Villepin lui avait bien dit : "Sur instruction du PR, il faut saisir ou informer un juge."
Et le 19 juillet 2004, alors que la presse s'est faite l'écho de l'existence des listings, le général Rondot est convoqué place Beauvau pour un nouveau rendez-vous avec Dominique de Villepin. A la sortie de cet entretien, il note et encadre une phrase entre guillemets qu'il prête à Dominique de Villepin : "Si nous apparaissons, le PR et moi, nous sautons. "
Entre-temps, Nicolas Sarkozy a appris que son nom figurait sur les listings falsifiés de Clearstream. Depuis, il veut savoir qui l'a introduit.
Au commencement était un stagiaire, à la fin est un président de la République. Et un procès.