Corée du Nord : Le moucheron qui fait courir les grands
lundi 10 juillet 2006. Fasozine
Si la Corée du Sud, l’enfant chéri des Occidentaux, peut se flatter de son qualificatif de pays du matin calme, son voisin, la Corée du Nord, continue à hanter les nuits de certaines grandes puissances.
Déjà identifiée comme Etat "voyou", selon la nouvelle terminologie américaine pour classer les Etats, la Corée du Nord, l’un des derniers bastions du communisme, fait de la résistance aux injonctions des apôtres d’un monde unipolaire qu’on tente d’imposer depuis la mort du bloc soviétique et sa suite logique, celle du Pacte de Varsovie, naguère refuge des petits pays. La dernière manifestation de ces velléités de contestation de cet unilatéralisme a été récemment le tir par Pyongyang, de dix missiles intercontinentaux qui, selon certains spécialistes, auraient une portée de plus de 6 000 km.
Cette nouvelle a aussitôt mis en branle toutes les chancelleries occidentales à l’exception de deux puissances nucléaires, la Chine et la Russie. Tout laisse donc présager que les débats seront houleux au Conseil de sécurité de l’ONU appelé à se réunir à la demande de certains Etats. Sans préjuger des décisions qui seront prises à cette occasion, il n’est pas exclu que Pékin et Moscou exercent leur droit de veto en refusant d’éventuelles sanctions contre la Corée du Nord.
Ce nouvel épisode pose à nouveau le problème récurrent des rapports inégaux qu’entretiennent les pays riches avec les pays pauvres, et la manière sélective et inéquitable avec laquelle les premiers entendent faire appliquer le droit international par les seconds.
Ces intimidations, pour faire renoncer à la possession de l’arme nucléaire par certains pays, et toute cette fébrilité autour du nucléaire coréen et iranien semblent moralement et juridiquement incorrectes. Peut-on raisonnablement refuser à un pays le libre choix du type d’armement qu’il juge convenable pour sa sécurité ?
Le cas de l’Iran et de la Corée du Nord est patent. L’Iran est nucléairement encerclé par Israël et le Pakistan, deux pays alliés objectifs des Occidentaux. La Corée du Nord qu’un contentieux oppose aux Etats-Unis depuis la guerre de Corée en 1950, et dont la réunification avec la Corée du Sud traîne toujours en partie à cause des réticences des USA, se sent également encerclée par l’arsenal militaire américain constamment présent dans la péninsule coréenne. Certes, ceux qui veulent amener l’Iran et la Corée du Nord dans le giron des pays non nucléaires brandissent l’argument de l’engagement que ces deux pays auraient pris en signant les accords de non-prolifération des armes nucléaires.
Cependant, même en se mettant dans l’hypothèse selon laquelle ces Etats auraient réellement signé de tels accords, un pays souverain n’a-t-il pas le droit d’y renoncer dès lors qu’ils portent atteinte à ses intérêts ? Ce sont les mêmes grandes puissances qui renient, si elles ne piétinent pas, les accords qu’elles ont signés, à commencer par la charte des Nations Unies.
Mais le plus inquiétant dans cette vision des rapports entre petites et grandes nations, en matière nucléaire, c’est de penser que les premières seraient peuplées de fous, de sauvages prêts à déclencher l’arme nucléaire et à provoquer l’apocalypse, et que les nations dites civilisées, elles, auraient une certaine capacité de retenue qui les empêcherait de déclencher une guerre nucléaire.
Tout en maintenant inacessibles leurs sites nucléaires aux inspecteurs de l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique), du reste à leur dévotion, les grandes puissances nucléaires, avec leur trop plein nucléaire, refusent le minimum nucléaire aux autres pays.
En cartographiant et en schématisant ainsi grossièrement le monde, on oublie de poser le vrai problème. Le vrai débat qui vaille aujourd’hui, c’est celui de revoir tout le système de défense à l’échelle mondiale.
Pour ce faire, une seule alternative : remettre complètement à plat tout le système par le démantèlement de tous les arsenaux nucléaires actuels ou permettre à tout le monde d’en posséder.
Ce dernier scénario pourrait contribuer à l’équilibre de la terreur. Le reste n’est qu’un combat contre des moulins à vent, qui n’offre pas de bonnes perspectives quant à la nécessité de bons rapports entre nations, gages de paix dans le monde. Comme on le dit, toute guerre, qu’elle soit classique ou nucléaire, germe d’abord dans le cerveau de l’homme. Pour l’éviter, il faut privilégier la confrontation des idées. Sur ce point, on ne peut reprocher à Pyongyang son manque d’ouverture.
Les autorités nord-coréennes posent en effet, comme conditions à la révision de leur attitude actuelle, des rencontres bilatérales avec les Etats-Unis et des accords de non-agression. Ce que Washington semble refuser pour l’instant. De quoi hérisser les poils d’un fauve traqué. En tous les cas, utiliser la manière forte contre la Corée du Nord, adossée à la Chine, serait un grand risque.
Plutôt que de vouloir imposer à Pyongyang les rapports du cavalier et du cheval, les puissances nucléaires auraient intérêt à composer avec lui. C’est la seule façon d’éviter la confrontation avec un pays si fermé que, malgré les satellites espions qui survolent la planète, personne ne sait ce qui se passe réellement au-delà du 18e parallèle qui le sépare de la Corée du Sud.
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Corée du Nord
Le Figaro
Les déclarations se multiplient entre Pyongyang et les grandes puissances, mais aussi entre les différents membres du Conseil de sécurité de l’ONU. Pomme de discorde : les déclarations japonaises, que Tokyo a retirées, et son projet de résolution jugé « inadmissible » par Moscou, mais que soutient Washington.
Les tensions diplomatiques autour de la crise des missiles nord-coréens ne cessent d’augmenter. L’hypothèse d’une attaque préventive du Japon a provoqué une levée de bouclier qui a conduit Tokyo à démentir mercredi matin cette possibilité. « Personne n'a dit que le Japon devait mener une attaque préventive», a déclaré le porte-parole du gouvernement Shinzo Abe, qui avait pourtant évoqué depuis le week-end la «nécessité» de débattre de la possibilité pour le Japon d'attaquer le premier au cas où il serait confronté à une menace militaire imminente.
Ces déclarations avaient suscité les critiques des voisins du Japon que sont la Chine et la Corée du Sud. Invoquant le spectre du colonialisme japonais, Séoul fustigeait mardi «la nature expansionniste» de l’archipel nippon. Mercredi matin, dans un éditorial du journal d’état Rodong Sinmun, la Corée du Nord avait, elle, menacé le Japon de « destruction » en cas d’attaque. «Les forces militaristes japonaises ont désigné notre nation comme leur première cible pour nous envahir à nouveau. Le Japon doit prendre conscience qu'une nouvelle invasion conduirait rapidement à sa propre destruction»», indique l’article en faisant référence à l'occupation nippone de la péninsule entre 1910 et 1945.
La Constitution pacifiste japonaise de 1947 interdit tout recours à la force en cas de conflit, et donc toute attaque préventive. Et l’hypothèse d’une attaque reste largement théorique puisque le Japon n'a pas, semble-t-il, la capacité de frappes préventives contre des bases étrangères.
Des pourparlers bilatéraux entre Pyongyang et Washington ne sont « pas une option »
Si Tokyo est revenu sur ses déclarations, son texte de résolution contraignante reste plus que jamais d’actualité. «Concernant le projet de résolution proposé par le Japon, les huit pays incluant les Etats-Unis qui l'ont soumis conjointement, coordonnent étroitement leurs efforts en vue d'aboutir rapidement à son approbation», a déclaré mercredi le porte-parole du gouvernement, qui ajoute qu’« il n'y aucun changement dans notre intention d'obtenir le vote de cette résolution», a-t-il poursuivi.
Thomas Schieffer, ambassadeur des Etats-Unis au Japon, est venu apporter son soutien à Tokyo mercredi matin, déclarant que Washington était toujours favorable au vote d’une résolution du Conseil de sécurité de l’Onu. Le projet japonais, soutenu par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, propose de bloquer les fonds, les biens et les technologies pouvant intervenir dans le programme de missile nord-coréen. Christopher Hill, principal négociateur américain sur le dossier nucléaire nord-coréen, a de son côté jugé « décourageantes » les réponses de Pyongyang, et déclaré que des négociations bilatérales entre les Etats-Unis et la Corée du Nord n’étaient « pas une option ».
Pour Moscou, les déclarations de Tokyo sont « inadmissibles »
Moscou a de son côté réaffirmé son opposition au texte japonais. «La réaction du Conseil de sécurité doit être ferme, mais ne doit pas être surchargée d'émotion et ne doit en aucun cas comporter de menaces qui peuvent mener le processus de négociation dans une impasse définitive», a estimé mercredi le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov. «Le Japon affirme que tous les pays doivent voter comme le veut le Japon et avertit que, dans le cas contraire, ces pays vont subir des conséquences négatives. Je considère ces déclarations comme absolument inadmissibles», a-t-il martelé.
Coup de semonce de Séoul
Mercredi matin, les « rencontres intercoréennes » se sont ouvertes à Pusan, en Corée du Sud. Une délégation de cinq responsables sud-coréens chapeautée par le ministre de l'Unification, Lee Jong-Seok, s’entretiendra jusqu'à vendredi avec des officiels du Nord conduits par Kwon Ho-ung, conseiller en chef du gouvernement. Ces réunions se tiennent depuis plusieurs années dans le but d'apaiser les tensions entre les deux pays toujours théoriquement en guerre en l'absence d'un traité de paix concluant le conflit de 1950-53. Dans ce cadre, Séoul a adressé un coup de semonce à Pyongyang. Nous avons clairement indiqué que la situation pourrait échapper à tout contrôle si le Nord procédait à de nouveaux tirs de missiles», a indiqué Lee Kwan-Se, porte-parole de la délégation sud-coréenne. De leur côté, les Nord-Coréens ont demandé à la Corée du Sud, alliée des États-Unis, «de cesser à partir de l'année prochaine toute manœuvre militaire commune avec des puissances étrangères à de façon à éviter une guerre et à préserver la paix dans la péninsule coréenne».