La création d'un « commandement Afrique » est justifiée par la guerre contre le terrorisme.
LE PENTAGONE replace l'Afrique sur ses cartes. Et très officiellement, puisque vient d'être annoncée la création d'un commandement régional pour l'Afrique, à l'instar ce qui existe pour le Moyen-Orient ou le Pacifique. En faisant part mardi de cette décision de George Bush, le secrétaire à la Défense, Robert Gates, a précisé que ce commandement serait chargé de développer la coopération militaire avec les pays africains, et de mener des opérations, si nécessaire. Le « commandement Afrique » devra voir le jour avant la fin septembre 2008.
Déclassée stratégiquement dans les années 1990, l'Afrique était jusqu'à présent écartelée entre trois commandements américains : le puissant Central Command (Centcom), qui supervise les opérations au Moyen-Orient et dont relève la Corne de l'Afrique ; le commandement Pacifique chargé de Madagascar et autres îles de l'océan Indien ; et le commandement Europe (Eucom), qui s'occupe du reste du continent. Une « organisation dépassée qui remonte à la guerre froide », a commenté Robert Gates. La nouvelle grande guerre « contre la terreur » exige de repenser la géographie militaire. Depuis le 11 Septembre, Washington redoute que d'immenses « territoires sous-gouvernés » ne deviennent des sanctuaires pour al-Qaida et ses succursales africaines. Dans la bande sahélienne, surtout, qui court de la Mauritanie jusqu'à la Corne.
La traque djihadiste
Le réinvestissement militaire américain en Afrique s'effectue dans deux directions : des bases-relais sur le continent et la formation de forces africaines. En 2003, quelque 1 500 soldats américains se sont installés au camp Lemonier, au coeur du fief militaire français de Djibouti. À terme, les GI devraient disposer de trois autres bases légères sur le continent noir : au Sénégal, à Sao Tome et Principe et en Ouganda. Plus que de bases, il s'agit d'implantations disposant d'infrastructures prépositionnées (dépôts de carburant) et d'installations aux normes de l'armée américaine (bâtiments, pistes d'atterrissage). Ces points d'appui doivent pouvoir être activés en cas de crise et servir de tremplin à des opérations régionales. Pour le futur « Afcom », on spécule sur une implantation à Djibouti, Dakar ou « off shore », à Sao Tome. L'armée américaine dispose en outre de « facilités » - portuaires ou aéroportuaires - dans une bonne douzaine de pays, du Maghreb à l'Afrique australe.
Sur l'autre volet, celui de l'enrôlement d'armées africaines dans le contreterrorisme, le Pentagone pousse les feux avec constance. Les programmes de formation au maintien de la paix du milieu des années 1990 ont évolué vers l'entraînement de forces spéciales à la traque djihadiste. En 2003, l'Initiative Pan-Sahel (PSI) a conduit des commandos américains au Mali, au Niger, au Tchad et en Mauritanie. Les unités africaines formées sont dotées de véhicules 4 × 4, de systèmes radio ou de GPS. Changement de braquet encore en 2005 avec l'Initiative transsaharienne de lutte contre le terrorisme (TSCTI), qui étend le champ de coopération à des pays du Maghreb ou d'Afrique de l'Ouest. Et ambitionne de former des unités de plus grande taille. C'est dans ce cadre que s'est ouverte, hier à Dakar, une réunion des chefs d'état-major des armées de neuf pays du Maghreb et du Sahel autour du commandant adjoint des forces américaines en Europe. En ligne de mire, le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), mouvement algérien soupçonné à Washington de chercher à créer un « al-Qaida du Maghreb et du Sahel ».
Pour éviter des phénomènes de rejet, le Pentagone a donné des consignes de « discrétion » à ces militaires en Afrique. L'objectif est de laisser les « alliés » en première ligne, comme ce fut le cas avec l'Éthiopie dans la dernière guerre somalienne. Ce qui n'interdit pas quelques interventions directes, comme l'ont montré les raids aériens menés dans cette même Somalie.
Le Figaro
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Les GI’s en Afrique
Le 08/02/2007 à 0 h 00 - par Skander Houidi , Marianne
Le Pentagone va se doter d’un centre de commandement militaire spécial pour l'Afrique dès septembre. Pour lutter contre le terrorisme, affirme-t-on à Washington. Cette annonce coïncide avec une visite-marathon du président chinois en Afrique ; Pékin, dont l’influence sur le continent noir est grandissante…
Georges Bush l’exigeait, Robert Gates l’a fait. Le secrétaire à la Défense, successeur de Donald Rumsfeld a annoncé la création d’un centre de commandement militaire spécial pour l’Afrique d’ici au mois de septembre. D’abord basé à Stuttgart, Africom, c’est son nom, devrait ensuite être installé dans un pays africain. Si le choix n’est pas encore arrêté, c’est le Sahel (peut-être l’Algérie ou le Niger), où sévissent les terroristes du GSPC, qui tient la cote.
Jusqu’alors, les opérations américaines sur le continent africain dépendaient de trois centres distincts : celui de Miami pour la Corne de l’Afrique, qui gère aussi le Proche-Orient et l’Asie centrale ; celui d’Hawaï, chargé du Pacifique et de l’île de Madagascar ; enfin, celui de Stuttgart, le commandement européen, censé géré la grande majorité des pays africains. D’après Robert Gates, cette réorganisation « permettra aux Etats-Unis d'avoir de l'Afrique une approche plus efficace et plus intégrée, comparée à l'approche actuelle qui est un vestige de la Guerre Froide ».
Cette mesure fait partie d’une vision plus globale du Pentagone qui, bien avant le 11 septembre, a redéfini sa stratégie en fonction des nouvelles menaces : ainsi les transferts des bases d’Okinawa (Japon), sur l’île de Guam, dans le Pacifique et l’allègement des bases sur le sol allemand, peut-être au profit de bases dédiées au bouclier antimissile que Washington souhaite installer dans la « Nouvelle Europe » (Pologne, République tchèque) d’ici 4 ou 5 ans.
Africom répond à un besoin évident : lutter contre le terrorisme. Lors d’une de ses tournées africaines, le président Bush affirmait que les Etats-Unis ne « laisser(aient) pas les terroristes menacer les peuples africains ni utiliser l’Afrique comme base pour menacer le monde ». De fait, l’Amérique est déjà présente militairement en Afrique, dans les pays du Maghreb et du Sahel, de même qu’en Egypte et au Kenya, à travers une assistance technique militaire et la formation de forces spéciales. Washington dispose aussi d’une base militaire à Djibouti, et d’une présence navale au large de la Somalie, dont on a pu juger dernièrement de la force de frappe aveugle.
Mais derrière la lutte contre le terrorisme se cachent des enjeux à plus long terme. Les richesses du sous-sol africain – en matières premières et en hydrocarbures – font du continent noir un pôle de fixation de la géopolitique mondiale. L’exploitation des gisements pétrolifères du Nigéria à l’Angola, en passant par la Guinée équatoriale et la Gabon, n’est pas étrangère à la présence navale US dans le golfe de Guinée, ni au projet d’une base américaine sur l’île de Sao Tomé, au large du Gabon. D’ailleurs, les spécialistes s’accordent à dire que le pétrole africain devrait représenter un quart des importations américaines de brut d’ici 2015.
Dans ces conditions, certains n’hésitent pas à voir dans le timing de l’annonce de Robert Gates un message directement adressé à la Chine, dont le président, Hu Jintao, termine la plus longue de ses trois tournées en Afrique depuis 2004 – celle-ci l’a conduit à visiter huit pays africains, dont le Soudan (autre poids lourd pétrolier) et l’Afrique du Sud, leader économique et politique du continent. A une Chine de plus en plus pressée, Washington semble ainsi dire qu’il est lui aussi en train d’avancer ses pions en Afrique.
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Afrique: Commandement spécifique pour l'Afrique, la tentacule noire du Pentagone
Publié sur le web le 9 Février 2007 , Allafrica
D. Evariste Ouédraogo
Quand Ronald Reagan est arrivé au pouvoir en 1981, il n'a pas caché sa volonté déterminée de construire un vaste consensus stratégique antisoviétique et de se démarquer de la conduite de la précédente administration, jugée alors trop velléitaire.
Depuis 1975 déjà, l'engagement direct des Etats-Unis sur le continent africain tendait non seulement à s'amplifier, mais également à revêtir un caractère structurel, prioritairement dans un espace géopolitique allant de l'Afrique australe à la Corne de l'Afrique. Un commandement unifié pour aller à l'assaut d'Al-Qaida en Afrique, c'est ce que Washington a décidé d'établir d'ici fin septembre 2008. Il s'agira d'un nouveau commandement militaire, qui aura pour rôle de superviser ses opérations sur le continent noir, ont annoncé le président américain, Georges W. Bush, et son secrétaire d'Etat à la Défense, Robert Gates.
Ce dernier a, en outre, affirmé que ce commandement serait chargé de développer la coopération militaire avec les pays africains, d'apporter un soutien à des missions non militaires et de mener des opérations militaires sur le continent africain si elles sont décidées par le gouvernement des Etats-Unis.
Jusque-là, au Pentagone, la responsabilité de l'Afrique était partagée entre le commandement central (Centcom), qui s'occupe du Moyen-Orient et assure le contrôle de la Corne de l'Afrique (l'Egypte, le Soudan, l'Erythrée, l'Ethiopie, le Djibouti, la Somalie et le Kenya) ; le commandement pour le Pacifique, qui a la mainmise sur l'océan Indien (Madagascar et les Seychelles) ; le commandement pour l'Europe, quant à lui, a la charge du reste, c'est-à-dire de la plus grande partie de l'Afrique.
Le commandement unifié, selon Robert Gates, offre une approche plus efficace et plus intégrée que l'organisation actuelle, qui date de la guerre froide. En décidant d'un commandement unifié, les Américains expriment par là même leur crainte de voir certains pays africains servir de repaire aux mouvements terroristes.
Ils veulent, coûte que coûte, éviter que l'est de l'Afrique soit une réplique de l'Afghanistan, en devenant une aile d'Al-Qaida. On comprend alors aisément leur soutien de l'offensive militaire éthiopienne qui a écarté, en fin d'année 2006, les islamistes somaliens, qui avaient sous leur contrôle la majorité du sud et du centre du pays, en raison de leur protection supposée ou réelle de membres du réseau islamiste.
A travers cette intervention américaine, on a vite fait de voir Washington poursuivre ses objectifs géostratégiques dans la Corne de l'Afrique, par le renforcement de sa coopération de sécurité avec le continent et la création de nouvelles opportunités pour soutenir les capacités de ses partenaires noirs.
Le nouveau commandement à créer reflète donc l'augmentation de l'intérêt stratégique des Etats-Unis pour le continent noir et leur préoccupation du fait que les terroristes sont en train d'élire domicile en Afrique. Il est question de réduire les conflits, d'améliorer l'environnement de sécurité, de lutter contre ou d'exclure tout développement des terroristes ou des réseaux terroristes et de soutenir la réponse aux crises. Par cette décision, le Pentagone veut aussi diversifier ses zones d'influence en Afrique, au regard des nombreux enjeux que représente cette dernière.
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Cameroun: Le Pentagone en Afrique - l'agenda américain
Publié sur le web le 8 Février 2007 , Allafrica
Ambroise Ebonda
Les GIS arrivent et s'installent sur le continent. Terrorisme et pétrole en ligne de mire.
C'est officiel, les Américains arrivent. Le Pentagone qui a considérablement renforcé sa présence en Afrique depuis les attentats du 11 septembre 2001, à travers diverses manoeuvres militaires, va désormais s'y installer. Le président américain George W. Bush vient en effet d'ordonner la création d'un centre de commandement militaire spécial pour l'Afrique, d'ici le mois de septembre 2007. C'est ce que Robert Gates, le secrétaire américain à la Défense a annoncé mardi, devant la commission sénatoriale des forces armées. Officiellement, ce commandement spécial sera chargé de développer la coopération militaire américaine avec les pays africains et de mener des opérations militaires si nécessaires. Mais, on se doute bien que son cahier de charges devrait être plus épais encore. Les cinq commandements régionaux américains implantés dans le monde, sont la manifestation la plus tangible de la puissance militaire des Etats-Unis. Leurs responsables, généralement des généraux quatre étoiles, sont si influents qu'ils rendent directement compte au président des Etats-Unis et non pas aux ambassadeurs américains dans les pays où ils sont installés.
Jusqu'ici, l'Afrique ressort de trois commandements différents au sein des forces armées américaines. La plupart des pays africains sont gérés par le commandement européen, basé à Stuttgart en Allemagne. La Corne de l'Afrique relève du commandement central qui, basé à Miami en Floride, gère aussi le Proche-Orient et l'Asie Centrale. Enfin, les îles au large du continent, telles que Maurice et Madagascar, font partie du commandement du Pacifique, dont le quartier général est situé à Hawaï. Désormais, l'ensemble de l'Afrique, y compris les îles, sera géré par le nouveau commandement spécial. A l'exception toutefois de l'Egypte qui continuera à relever du commandement central, en raison, manifestement des liens étroits de ce pays avec le Proche-Orient. Dans un premier temps, le commandement Afrique sera basé à Stuttgart en Allemagne, mais devrait à terme être installé sur le continent. Selon Robert Gates, " ce commandement permettra aux Etats-Unis d'avoir de l'Afrique une approche plus efficace et plus intégrée, comparée à l'approche actuelle qui est un vestige de la Guerre Froide ".
Contre le terrorisme
L'idée d'un commandement militaire spécial pour l'Afrique, fait son chemin au Pentagone depuis 2003. Elle traduit le nouvel intérêt stratégique des Etats-Unis pour ce continent. Les Américains entendent commencer leur guerre préventive contre le terrorisme à des milliers de kilomètres de leurs frontières. Et l'Afrique, présentée comme un terreau favorable pour les terroristes, leur paraît incontournable. L'Afrique de l'Est inquiète tout particulièrement les responsables de l'antiterrorisme américain qui voudraient l'empêcher de prendre le relais de l'Afghanistan comme base arrière de Al-Qaïda. Cette partie de l'Afrique est depuis plus de cinq ans, l'objet de toutes les attentions de l'armée américaine qui y a installé, à Djibouti, notamment, sa plus grande base militaire sur le continent, avec près de 1800 militaires. L'US Navy a également disposé dans l'Océan indien, au large de la Somalie, un groupe aéronaval autour du porte-avions Dwight D. Eisenhower.
Au-delà de la corne de l'Afrique, les Américains qui ont en mémoire les attentats contre leurs ambassades de Dar-es-salam en Tanzanie et de Nairobi au Kenya, voient des foyers potentiels de terrorisme un peu partout sur le continent. Ils soupçonnent par exemple le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), un mouvement algérien, de vouloir créer un " Al-Qaïda du Maghreb et du Sahel ". Ils estiment que la région saharienne, peu peuplée, et notamment le Mali et la Mauritanie, seraient des havres potentiels pour les activistes. Même l'Afrique centrale, l'Afrique de l'Ouest et des pays comme le Nigeria et l'Afrique du sud constitueraient des motifs d'inquiétude, au regard d'une part, des activités de collectes de fonds et de recrutement opérées par le passé par Al-Qaïda et d'autre part, de la pauvreté rampante dans la plupart des pays africains qui pourrait bien faire le lit du terrorisme.
Le pétrole aussi
Il n'en faut pas plus pour que les observateurs soupçonnent les Etats-Unis d'amplifier le risque terroriste en Afrique pour justifier leur militarisation de ce continent à des fins notamment d'exploitation de son sous-sol. L'Afrique, on le sait, fournit déjà près de 16% du volume des hydrocarbures consommées aux Etats-Unis. Les importations américaines de pétrole africain devraient même passer à 25% en 2015. Et, il peut apparaître vital pour les américains de garantir par tous les moyens, leur accès futur à ce pétrole, surtout au moment où la Chine, de plus en plus gourmande, s'intéresse aux matières premières africaines et étend son influence sur ce continent où elle multiplie des accords de développement et de coopération économique.
C'est bien connu avec les Américains : quand ils veulent le pétrole, ils positionnent leur armée là où il y en a.