Lorsque la France se trouve dans l'incapacité de résoudre ses problèmes socio-économiques , d'où Misère , Discrimination ...... des sans-abris , des mal-logés , des exclus ......, alors :
______________________________________________
la France rendra un hommage national à l'abbé Pierre, cette "incarnation de la bonté", mort, lundi 22 janvier, à l'âge de 94 ans. Officielles ou improvisées, nationales ou plus locales, de nombreuses cérémonies en mémoire de celui qui fut, pendant des années, la personnalité préférée des Français, sont prévues jusqu'aux funérailles, vendredi 26 janvier, à 11 heures, à la cathédrale Notre-Dame de Paris.
La mort de l'abbé pourrait jouer en faveur du droit opposable
La disparition de l'abbé Pierre va peser dans les débats parlementaires sur le projet de loi "instituant un droit opposable au logement", qui doivent débuter, le 30 janvier, au Sénat. "C'est une coïncidence qui nous permet de lui rendre hommage et qui va aussi faciliter la démonstration de la nécessité de ce texte", observe Bernard Seillier, sénateur (RDSE) de l'Aveyron et rapporteur du projet de loi. "Sa mort va aider ceux qui se battent pour le droit au logement opposable", renchérit Thierry Repentin, sénateur (PS) de la Savoie. Dominique Braye (UMP, Yvelines) espère, au contraire, que ses collègues sauront rester "assez raisonnables" pour ne pas être influencés par l'émotion liée à la mort du fondateur d'Emmaüs.
Pour éviter que le texte soit "incantatoire" ou "démagogique", M. Braye souhaite modifier le calendrier de mise en application du droit opposable au logement. La version initiale du texte fixe à début 2012 l'entrée en vigueur d'un tel principe au profit de l'ensemble des personnes dont la demande de HLM n'a pas abouti après un délai anormalement long. Le sénateur souhaiterait décaler à 2014 cette date-butoir.
M. Repentin aimerait, lui, muscler le projet de loi, afin de le rendre "crédible". Il défendra des amendements qui viseront notamment à augmenter la production de logements sociaux dans les communes qui en comptent moins de 20 %.
"Avec notre accord", précise le président d'Emmaüs-France, Martin Hirsch, le président de la République a décidé de cet "hommage national", comme il en fut également rendu au commandant Cousteau en 1997, à l'ancien premier ministre Jacques Chaban-Delmas en 2000, aux neuf militaires français tués lors d'une attaque en Côte d'Ivoire, aux victimes des attentats de Madrid en 2004, au pape Jean Paul II en 2005, ou aux victimes martiniquaises d'une catastrophe aérienne au Vénézuela, la même année.
Un "deuil national", qui nécessite un décret du président de la République et non plus une décision personnelle, aurait été plus solennel encore : ce fut le cas pour Georges Pompidou, pour François Mitterrand ou pour les victimes des attentats du 11 septembre 2001 à New York. Les responsables de l'association ont refusé qu'une minute de silence soit observée ou que les drapeaux soient mis en berne, conformément à la volonté de l'abbé Pierre. "Ce n'était pas le genre de l'abbé Pierre", explique M. Hirsch.
Le cercueil de l'abbé Pierre restera exposé à la chapelle du Val-de-Grâce, à Paris, mercredi et jeudi, de 10 heures à 22 heures "pour tous ceux qui souhaiteraient se recueillir" auprès de sa dépouille, a fait savoir la Fondation.
De très nombreux anonymes se sont déjà rendus sur place pour dire "merci" à l'homme d'église. Le président devait s'y rendre, mardi 23 janvier en fin de matinée, confirme l'Elysée. Bertrand Delanoë, le maire de Paris, aussi, selon la Fondation Abbé-Pierre. Le chef de l'Etat et le gouvernement participeront à la cérémonie religieuse de vendredi, diffusée en direct à la télévision.
Le Mouvement Emmaüs a également décidé d'organiser un rassemblement, jeudi, au palais omnisports de Bercy, à partir de 19 heures, pour permettre "l'expression de témoignages et d'hommages de compagnons, de personnes engagées dans le mouvement, de personnalités", précisant que cette rencontre pourrait avoir lieu "tout au long de la nuit si nécessaire".
Le Mouvement Emmaüs indique que, pendant la semaine, "les témoignages et les messages de sympathie pourront être exprimés dans l'ensemble des lieux du Mouvement Emmaüs ouverts au public, ainsi que par message électronique sur le site d'Emmaüs France ..... Un livre d'or a été ouvert par Emmaüs et la Fondation Abbé-Pierre.
Tout au long de la journée de lundi, des centaines de témoignages de sympathie n'ont cessé d'affluer, émanant de personnalités connues ou de citoyens anonymes. "Les petites gens, les faibles, nous ont fait part de leur sentiment qu'ils ne s'étaient jamais sentis lâchés par l'abbé Pierre", confie M. Hirsch.
L'abbé Pierre sera inhumé, dans la plus stricte intimité familiale, à Esteville, en Seine-Maritime, vendredi, en présence de quelques compagnons de la première heure.
le Monde
_______________________________________________________
La France va honorer l’une de ses grandes figures vendredi à la cathédrale Notre-Dame-de-Paris, tandis que son inhumation aura lieu dans l'intimité à Esteville (Seine-Maritime). Autorités et médias parlent d’un hommage national, d’autres évoquent des funérailles nationales. En réalité, ces deux termes revêtent une signification proche.
L’hommage national correspond à une décision prise par le président de la République lui-même. « Mais un hommage entraîne implicitement des funérailles nationales »indique-t-on du côté de l’Elysée. Ces funérailles impliquent la présence du chef de l’Etat lors de la cérémonie, mais aussi celle de l’ensemble du gouvernement.
Drapeaux en berne, minute de silence
En revanche, le deuil national ne peut pas être proclamé via une simple déclaration orale. Un décret doit être pris en conseil des ministres. Selon la tradition, les drapeaux peuvent être mis en berne dans tous les bâtiments officiels du pays. De même, une minute de silence sera observée, sauf si les membres de la famille du défunt ne l’estiment pas nécessaire. Les proches de l’abbé Pierre ont fait cette demande auprès des autorités.
Durant ces dernières décennies, le deuil national avait été décrété pour les anciens présidents François Mitterrand (1996) et Georges Pompidou (1974), ou encore au moment des attentats du 11 septembre 2001. Lors du décès de l'océanographe Jacques-Yves Cousteau (1997), de l'ancien premier ministre Jacques Chaban-Delmas (2000) ou du pape Jean-Paul II (2005), la France avait alors opté pour un hommage national.
Jacques Chirac a demandé qu’un hommage national soit rendu vendredi à l’abbé Pierre. Mais les drapeaux ne seront pas en berne comme lors d’un deuil national, qui nécessite lui un décret en conseil des ministres.
le Figaro
___________________________________________________
"Créer une prise de conscience par la parole, par l'action": le mouvement Emmaüs, fondé par l'abbé Pierre en novembre 1949, est un mouvement solidaire et laïc qui se fixe pour mission de venir en aide quotidiennement aux plus démunis, tout en incitant les gouvernements et l'opinion à lutter contre l'exclusion.
Après presque 60 années d'existence, le mouvement Emmaüs s'est développé bien au-delà des frontières françaises avec une présence sur quatre continents et dans 41 pays différents, pays "développés", nouveaux pays industrialisés, pays en voie de développement et pays moins avancés, souligne Emmaüs France sur son site Internet.
En 1949, Henri Grouès, dit l'abbé Pierre, député de Meurthe-et-Moselle, vit dans une maison délabrée qu'il restaure à Neuilly-Plaisance, près de Paris. Cette maison, lieu de rencontres, devient une auberge de jeunesse internationale qu'il baptise "Emmaüs", du nom d'un village de Palestine, au nord de Jérusalem, où, selon Luc (24:13), Jésus apparut à deux disciples après sa résurrection.
Le mouvement Emmaüs naît de cette initiative. L'association Emmaüs est créée en 1953, rue des Bourdonnais à Paris, pour organiser et développer ce mouvement. Dans le contexte de grave pénurie de logements de l'après-guerre, l'abbé Pierre lance son célèbre appel, "Mes amis, au secours", sur les ondes de Radio Luxembourg, déclenche "l'insurrection de la bonté" et influence fortement les pouvoirs publics.
Un immense mouvement de solidarité naît. Les jours suivants voient la création de nombreuses structures au sein d'Emmaüs: HLM Emmaüs, Association d'Emmaüs et Confédération générale du Logement, puis SOS Famille Emmaüs en 1967.
C'est à cette époque que les activités internationales, jusque-là surtout spontanées, s'organisent et se structurent. Ainsi, lors d'une première rencontre mondiale de tous les membres Emmaüs à Berne en 1969, un manifeste est adopté, pour fondement du mouvement Emmaüs. En 1971, l'association "Emmaüs International" est créé entre 95 associations de 20 pays.
Plus récemment, l'Association Emmaüs connaît un regain d'activité avec l'apparition au début des années 80 d'une forme d'exclusion désignée alors sous le terme de "nouveaux pauvres". En 1985, les diverses activités mises en place s'organisent pour prendre la forme juridique de l'association Emmaüs France.
Puis, 1988 verra la création de la Fondation Abbé Pierre pour le logement des défavorisés. En 1999, pour le cinquantième anniversaire d'Emmaüs, sous le slogan "On peut refaire le monde", est lancé un message d'engagement lors de l'assemblée mondiale contre la mondialisation de la pauvreté. En février 2004, c'est un nouvel anniversaire: 50 ans après l'hiver 1954, le mouvement Emmaüs et l'abbé Pierre lancent un nouvel appel.
Aujourd'hui, Emmaüs France regroupe quelque 15.500 membres et sympathisants actifs: près de 4.000 compagnons, plus de 3.500 salariés et environ 8.000 bénévoles, encore appelés "les amis d'Emmaüs". L'association est organisée en communautés, aujourd'hui au nombre de 115, qui sont des lieux d'accueil, de vie, de travail et de solidarité et offrent une capacité d'accueil de plus de 4.000 places en France.
"Pour le public, une communauté Emmaüs, c'est l'endroit où l'on peut déposer les objets dont on ne se sert plus, le numéro que l'on compose pour faire débarrasser son grenier et le bric-à-brac où dénicher les bonnes affaires", rappelle l'association sur son site Internet.
Ainsi, en 2005, les communautés d'Emmaüs France ont collecté la bagatelle de 3,2 millions de m3 de marchandises, effectué plus de 450.0000 ramassages à domicile et reçu plus de 800.000 apports volontaires.
le nouvelObs.
______________________________________________________
L'abbé Pierre: sa vie
7SUR7
L'abbé Pierre, fondateur des compagnons d'Emmaüs, résistant et ancien député, est décédé lundi à 05H25 à l'âge de 94 ans à l'hôpital parisien du Val-de-Grâce où il était hospitalisé depuis une semaine, a annoncé le président d'Emmaüs France, Martin Hirsch. "L'abbé Pierre est mort cette nuit à 5H25 au Val de Grâce entouré de quelques proches", a indiqué Martin Hirsch. "L'infection pulmonaire pour laquelle il avait été hospitalisé après une amélioration tout au long de la semaine l'a finalement emporté". L'abbé Pierre, de son nom Henri Grouès, était hospitalisé depuis le 14 janvier. Il avait fondé la première communauté Emmaüs en 1949. En février 1954, il lança un appel resté célèbre sur les ondes de Radio-Luxembourg en faveur des sans-abri. Il fut longtemps la personnalité préférée des Français.
Le président Jacques Chirac s'est dit lundi matin "bouleversé" d'apprendre son décès estimant que "c'est toute la France qui est touchée au coeur". L'abbé Pierre, de santé fragile du fait de ses 94 ans, vivait à Alfortville (Val-de-Marne) et faisait des contrôles de santé de plus en plus fréquemment. "Il était prévu que l'abbé Pierre soit hospitalisé pour un bilan de santé" mais son admission le 14 janvier au Val de Grâce avait été anticipée du fait d'"une petite infection", avait alors déclaré Martin Hirsch. L'abbé Pierre fut pendant un demi siècle l'infatigable et l'efficace pèlerin des démunis, des sans-toit et des sans-droits, un sacerdoce qui lui valut le soutien et l'admiration constants des Français. Le curé des pauvres restera dans le souvenir de ses contemporains cette frêle silhouette drapée dans sa soutane ou son long manteau noir, portant béret, canne et godillots.
Le visage émacié à la barbe grise, il frappait par son regard brûlant, son espièglerie et sa véhémence convaincante. Mystique, il choisit dès l'enfance son destin et son combat : la lutte contre la pauvreté. A 18 ans, il distribue son patrimoine hérité d'un père "soyeux" lyonnais à des oeuvres charitables et rejoint les Capucins, le plus pauvre des ordres mendiants. Résistant actif sous l'Occupation - où il adopte son pseudonyme - il choisit la politique à la Libération et est élu député chrétien-démocrate (MRP) de Meurthe-et-Moselle, jusqu'à sa démission en 1951. Il consacre ses indemnités parlementaires au financement des premières cités d'urgence. En 1949, il a l'idée de génie de créer la communauté Emmaüs fondée sur le principe de demander aux exclus de pourvoir eux-mêmes à leurs besoins en récoltant les surplus des nantis, rompant ainsi avec la charité traditionnelle. Hiver 1954: Une femme meurt de froid dans la rue. L'abbé lance un appel pathétique en faveur des sans-abri sur les ondes de Radio-Luxembourg qui suscite un gigantesque élan de solidarité.
Le religieux comprend alors le poids des médias. Sa vie n'est que fidélité à son action contre "le chancre de la pauvreté" et à sa méthode, les "coups de gueule" par voie de presse. "Les médias existent, il serait idiot de ne pas les utiliser", dit-il un jour avec candeur. Il aurait pu tenir le même raisonnement à propos des hommes politiques, qu'il bousculait, de quelque bord qu'ils soient, refusant toute récupération. Revenu sur le devant la scène dans les années 80, il soutient Coluche et ses "Restaurants du coeur", martelant qu'"avoir faim à Paris est intolérable". En 1994, quarante ans après son premier cri pour les sans-logis, l'abbé lance un nouvel appel, dirigeant sa colère non plus sur l'Etat, mais sur les maires des grandes villes, coupables d'impéritie en matière de logement des plus démunis.
Tenace, il recommence en 2004. Toujours "sur le terrain", l'abbé soutient les occupations d'immeubles vides par les militant de l'association Droit au logement (DAL) ou par les Africains expulsés de l'église Saint-Ambroise à Paris en 1996. Promu Grand officier de la Légion d'Honneur en 1992, il repousse cette distinction avec fracas - il ne l'acceptera qu'en 2001 - pour protester contre le refus du gouvernement d'attribuer des logements vides aux sans-logis, coup d'éclat qui contribue à faire appliquer la loi de réquisition. Aucune souffrance ne le laissait indifférent : en 1993, il écrit au président Mitterrand pour réclamer une intervention militaire en Bosnie-Herzégovine, où, dit-il, "les limites du crime sont dépassées". Trois ans plus tard, il provoque le désarroi chez ses proches en apportant son soutien au philosophe Roger Garaudy, auteur d'un livre révisionniste. Puis il s'explique et se repent. Au soir de sa vie, le prêtre chiffonnier évoquait la mort comme "une impatience" : "La mort, c'est la sortie de l'ombre. J'en ai envie. Toute ma vie, j'ai souhaité mourir".