Nicolas Sarkozy choisit l'ouverture, la gauche crie au bluff
19/05/2007 - 12h06 - © Reuters
Le président Nicolas Sarkozy a nommé un gouvernement de 15 ministres, et de quatre secrétaires d'Etat, qui concrétise l'ouverture à gauche et tend vers la parité homme-femme mais conserve une forte assise UMP.
Le nouveau chef de l'Etat a présidé dans la foulée le premier conseil des ministres du gouvernement Fillon et exprimé son souci d'action et d'attente de résultats, réaffirmant notamment son objectif de plein emploi sur cinq ans.
Il a déclaré qu'il entendait mener "toutes les réformes en même temps et non pas l'une derrière l'autre", a souligné la porte-parole du gouvernement, Christine Albanel.
A gauche, le Parti socialiste a aussitôt dénoncé une pseudo ouverture reposant, selon lui, sur le débauchage individuel et le Parti communiste un "rideau de fumée" masquant une "droite dure et décomplexée."
François Hollande a estimé que Bernard Kouchner, qui a accepté le poste de ministre des Affaires étrangères et symbolise l'ouverture à gauche, s'était exclu de fait du Parti socialiste, a-t-on appris auprès du PS.
Nicolas Sarkozy s'est dit fier du gouvernement de François Fillon, réaffirmant que son devoir était de "rassembler" les Français en nommant des ministres d'ouverture, "même si cela a pu poser certains problèmes à certains."
Il a demandé à Patrick Devedjian, qui figure parmi les "recalés" du nouveau gouvernement et avait exprimé des états- d'âme, de prendre la tête de l'UMP.
Pour marquer l'engagement du nouveau gouvernement contre l'exclusion, "à côté de l'efficacité économique", François Fillon a consacré en fin de matinée son premier déplacement aux femmes en difficulté.
Sur 20 membres du gouvernement, avec le Premier ministre François Fillon nommé jeudi, trois viennent de la gauche : Bernard Kouchner, et les secrétaires d'Etat Jean-Pierre Jouyet (Affaires européennes) et Eric Besson (Prospective et évaluation des politiques publiques).
LE CENTRE, PARENT PAUVRE
A ces trois postes gouvernementaux s'ajoute, celui, tout nouveau, de Haut commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté, confié au président d'Emmaüs-France Martin Hirsch, lui aussi classé à gauche.
En comparaison, l'ouverture vers le centre fait figure de parent pauvre avec un seul représentant, l'UDF Hervé Morin, ministre de la Défense.
François Fillon sera flanqué, en numéro deux, d'Alain Juppé, seul ministre d'Etat. L'ancien Premier ministre de Jacques Chirac, qui fait son retour au premier plan dans la vie politique française, hérite d'un grand portefeuille de l'Ecologie, du Développement et de l'Aménagement durables.
Nicolas Sarkozy tient ainsi sa promesse de confier à une sorte de vice-Premier ministre le dossier du développement durable.
Michèle Alliot-Marie, ministre de la Défense dans le gouvernement sortant, hérite de l'Intérieur, de l'Outre-mer et des collectivités territoriales.
Jean-Louis Borloo obtient le grand portefeuille de l'Economie dont il rêvait pour relancer l'emploi par la croissance.
Parallèlement, Nicolas Sarkozy a pris soin de placer sa garde rapprochée à des postes stratégiques.
Rachida Dati (Justice), Xavier Bertrand (Travail) et Brice Hortefeux (Immigration et identité nationale) devront conduire la plupart des réformes promises pendant la campagne électorale.
Au total, six membres du nouveau gouvernement ont fait partie de l'équipe sortante dirigée par Dominique de Villepin : Jean-Louis Borloo, Michèle Alliot-Marie, Brice Hortefeux, Xavier Bertrand, Christine Lagarde et Dominique Bussereau.
Initialement, les secrétaires d'Etat ne devaient être nommés qu'après les élections législatives des 10 et 17 juin. Il y en a finalement quatre dès le premier jet.
A gauche, le PS a qualifié l'équipe Fillon de "manoeuvre lamentable" masquant le retour du RPR ou l'importance de la garde rapprochée de Nicolas Sarkozy.
Jean-Marc Ayrault, président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, a estimé que l'ouverture se limitait "à une personnalité sans frontières, à un haut fonctionnaire, et à un débauchage individuel."
Aux yeux de Benoît Hamon, député européen PS, Bernard Kouchner "a rejoint un gouvernement qu'il comparait il y a quelques semaines à celui de Silvio Berlusconi".
Pour le Vert Noël Mamère, c'est un gouvernement "pour préparer les élections législatives afin de continuer à pilonner la gauche" et les François ne doivent pas "se laisser berner."
Du côté syndical, la CGT s'interroge sur "la forte concentration des pouvoirs" autour du président de la République et de son cabinet. Tout en saluant certaines décisions, la CFDT estime que la nouvelle configuration du gouvernement "appelle des précisions afin d'en mesurer les effets sur la conduite de l'action publique."
______________________________________________
20´ «Pas d'ouverture mais une manoeuvre politique»
REUTERS/ Dominique Faget/ Pool ¦ Nicolas Sarkozy et Dominique Mailly, le 15 mai 2007.
Partis politiques
Front national
Jean-Marie Le Pen affirme que le gouvernement Fillon est «bien le gouvernement Sarkozy», composé des «adjoints de campagne» du nouveau président dont «ils seront non des ministres, mais des exécutants». «Ce gouvernement, composé selon la technique de la macédoine de légumes, n'est pas souverain, il n'est que l'exécutif d'un conseil régional européen. Les Français qui ont cru aux accents patriotiques de Nicolas Sarkozy vont commencer à déchanter», a-t-il ajouté, regrettant que les postes de ministres des Affaires étrangères et de la Défense soient confiés à des «européistes». «Le clou du spectacle est Bernard Kouchner», a-t-il estimé. «Soixante-huitard emblématique, icône de la pensée unique, il symbolise à lui seul ce que fustigeait Nicolas Sarkozy pendant sa campagne».
UMP
Bernard Accoyer, président du groupe UMP à l'Assemblée nationale, salue «la nomination d'un gouvernement d'action, d'ouverture et de réforme autour de François Fillon. Composé de ministres d'expérience et de nouveaux talents, ce gouvernement a tous les atouts pour répondre aux attentes des Français.»
PS
Le gouvernement de François Fillon «s'inscrit dans la continuité des années Chirac», estime Jean-Marc Ayrault, président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale. Il ironise sur «de gros effets de communication pour masquer une simple rotation ou le retour d'anciens ministres aux postes clés».
PCF
«Derrière un marketing habile, se dessine une équipe resserrée et déterminée à appliquer coûte que coûte une politique extrêmement régressive» et «ultra- libérale», affirme le PCF dans un communiqué. Quant à «l'ouverture annoncée avec fracas», elle est, aux yeux du PCF, «un simple rideau de fumée», destiné «à faire oublier une équipe gouvernementale à l'image de la droite dure et décomplexée incarnée par le nouveau président de la République» Nicolas Sarkozy.
Hommes politiques
Lionel Jospin
L’ancien Premier ministre estime que la présence de personnalités de gauche dans le gouvernement relève non pas de l'ouverture mais de la «manoeuvre politique». «S'ouvrir aux autres, c'est d'abord les respecter. Sarkozy ne respecte pas les autres formations, pas plus ses propres amis», regrette celui qui ne souhaite pas porter de jugement sur ceux «qui s'engagent dans cette aventure.
Je ne porte pas de jugement, j'en connais bien plusieurs, je crains que le parcours où ils s'engagent soit pour eux difficile».
Lionel Jospin critique également les conditions d'ouverture vers l'UDF. «M. Sarkozy ne s'est pas adressé à M. Bayrou ou à l'UDF comme à des alliés possibles.
Il a systématiquement dépecé son groupe parlementaire par un mélange de promesses ou de menaces, c'est-à-dire par la pression. Sarkozy a fondé son ascension sur la prise de la présidence de l'UMP. A peine élu, il supprime le poste de président de l'UMP». Selon lui, «il y a une fusion entre le pouvoir économique et le pouvoir politique qui est extrêmement inquiétante».
Patrick Ollier
Le président de l'Assemblée nationale salue dans la formation du gouvernement «une équipe resserrée» et «des visages nouveaux». Il affirme que sa compagne Michèle Alliot-Marie sera «un très bon ministre de l'Intérieur», qu'Alain Juppé a une «compétence d'homme d'Etat», et souhaite «bienvenue» à Bernard Kouchner.
Benoît Hamon
Selon le député PS, la composition du gouvernement est «une manœuvre» de Nicolas Sarkozy, dont «l'objectif est d'affaiblir» le PS pendant la campagne des législatives. «Nous sommes dans l'opposition jusqu'aux législatives où nous espérons gagner la majorité. La gauche ne figure pas dans ce gouvernement, la gauche est dans l'opposition. Le PS est dans l'opposition au gouvernement de Nicolas Sarkozy». Il qualifie de «lamentable» le choix des personnalités issues de la gauche d'entrer dans le gouvernement Fillon. Rappelant que Bernard Kouchner avait comparé Nicolas Sarkozy à l'Italien Silvio Berlusconi, il a estimé que le nouveau ministre des Affaires étrangères et européennes était «donc dans le gouvernement Berlusconi».
Syndicats
Sud Rail
Le syndicat juge que la présence de François Fillon et d'Alain Juppé dans le gouvernement «confirme le choix de l'affrontement de Nicolas Sarkozy» avec les salariés. «Le numéro 1 François Fillon et le numéro 2, Alain Juppé ont ceci en commun d'être deux anciens ministres qui se sont déjà directement affrontés aux salariés», indique la fédération de cheminots dans un communiqué.
Fonctionnaires
Plusieurs syndicats de fonctionnaires se déclarent inquiets de la création d'un ministère regroupant le budget, les comptes publics et la Fonction publique, craignant que la vision «comptable» l'emporte au détriment des besoins.
Douaniers
Solidaires-Douanes s'interroge sur le ministère qui sera en charge du secteur des douanes, estimant que «la nomination du nouveau gouvernement ce matin n'est pas pour rassurer les douaniers». «Faut-il aujourd'hui qu'ils s'adressent à Michèle Alliot-Marie, ministre de la Sécurité Intérieure, de l'Outre-mer et des collectivités,
à Jean-Louis Borloo, ministre de l'Economie, des Finances et de l'Emploi ou Eric Woerth, ministre du Budget des comptes publics et de la fonction publique», se demande le syndicat.
Médecins
Les médecins inquiets. Les syndicats de médecins libéraux demandent à avoir des contacts «immédiats» avec les nouveaux ministres chargés de la santé et de la protection sociale. «Nous demandons à rencontrer au plus vite à la fois Mme Bachelot et M. Woerth», déclare Michel Chassang, président de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF), premier syndicat de médecins libéraux.
«Nous attendons d'avoir de façon précise la définition des champs de compétence des deux ministres mais ce nouveau découpage ministériel nous inquiète. On risque d'avoir un ministre de la Santé dépourvu de tout moyen budgétaire et fortement dépendant de Bercy, et les problèmes budgétaires pourraient prendre le pas sur les questions de santé».
SNJ
Alain Girard, premier secrétaire général du Syndicat National des Journalistes, a fait savoir vendredi que son syndicat serait «vigilant» après la nomination de journalistes comme conseillers de presse au gouvernement. «Leur choix est respectable, à condition qu'il ne vienne pas brouiller un peu plus l'image de la profession et l'impartialité qui doit être la sienne». La journaliste du «Point» Catherine Pégard, le journaliste de «Nice-Matin» Georges-Marc Benamou et la journaliste du «Figaro» Myriam Lévy ont été nommés conseillers de presse à l'Elysée ou à Matignon alors que Laurent Solly, ancien directeur de campagne adjoint de Nicolas Sarkozy, a été nommé au sein du groupe Bouygues, où il pourrait devenir l'un des directeurs généraux adjoint de TF1.
CGT
La CGT a «beaucoup d'interrogations sur la logique qui préside à cette organisation du travail gouvernemental», a déclaré Jean-Christophe Le Duigou.
«Tout cela est présenté comme nouveau mais une majorité des ministres ont déjà occupé des fonctions ministérielles et notamment dans les deux derniers gouvernements».
Le secrétaire confédéral s'interroge sur «la création d'un ministère des Comptes publics (qui) va prendre le dessus sur les autres ministères, avec d'un côté l'Emploi (et) l'Economie nationale et de l'autre le Travail et les Affaires sociales».
FO
Jean-Claude Mailly s'est dit «satisfait qu'il y ait un ministère du Travail de plein exercice dans un gouvernement resserré, avec à sa tête un homme de dialogue», Xavier Bertrand. Il s’est aussi «interrogé» sur le rôle exact du ministère du budget, des Comptes publics et de la Fonction publique, dirigé par Eric Woerth.
«Est-ce que le ministère des Comptes sera comme la direction financière d'une entreprise, qui impose la stratégie aux autres, ou est-ce que ce sera un ministère au service de la politique économique et de l'emploi?»
CFTC
«Sur le découpage des ministères, la CFTC constate que Jean-Louis Boorlo récupère, avec l'Industrie et les PME, les manettes de l'emploi, mais elle s'étonne que le dossier de l'emploi apparaisse surtout «économique» et déconnecté de celui des relations sociales», selon un communiqué de la confédération chrétienne.
USM-SM
L'USM, premier syndicat de magistrats, compte sur l'expérience de juge de la Garde des Sceaux, Rachida Dati, pour qu'elle «sorte la justice de son sous- développement matériel», mais le SM (gauche) s'inquiète de l'arrivée «d'une sarkozyste de la première heure» qui mettra en oeuvre «sans complexe» des mesures répressives. «Le fait qu'elle soit magistrate devrait nous éviter d'avoir à la convaincre des grandes difficultés matérielles rencontrées par la justice», a expliqué à l'AFP Bruno Thouzellier, président de l'Union syndicale des magistrats (USM).
Associations
Personnes âgées
Trois associations représentant les personnes âgées et les maisons de retraites, l'AD-Pa, la Fnapaef et le Synerpa regrettent l'absence d'un ministère chargé des personnes âgées et des personnes handicapées dans le nouveau gouvernement.
P. K. ( avec AFP)
______________________________________________________
Présidentielle 2007
Ouverture, rassemblement, parité
Le nouveau gouvernement Fillon a été annoncé ce vendredi 18 mai 2007.
(Photos : AFP et Reuters, montage : Isabelle Artus)
La composition du gouvernement de François Fillon a été annoncée vendredi 18 mai par le nouveau secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant. Il s’agit, comme promis, d’une équipe resserrée de 15 ministres qui applique le principe de la parité puisque sept femmes y figurent. Mais surtout, ce gouvernement regroupe à côté des membres de la majorité présidentielle, UMP et UDF ralliés, des personnalités de gauche comme Bernard Kouchner. Rassemblement, parité, ouverture… tout y est.
Les places dans ce gouvernement de 15 ministres étaient chères. Nicolas Sarkozy et François Fillon ont pourtant respecté l’engagement pris durant la campagne électorale d’appliquer le principe de la parité. C’est la première fois qu’il y a sept femmes pour huit hommes dans une équipe gouvernementale. Michèle Alliot-Marie quitte la Défense, qu’elle occupait dans le gouvernement de Dominique de Villepin, pour l’Intérieur. Elle se retrouve au troisième rang dans l’ordre protocolaire. C’est la première fois qu’une femme occupe ce portefeuille. L’entrée dans le gouvernement de Rachida Dati, la porte-parole de Nicolas Sarkozy durant la campagne électorale, est particulièrement symbolique. D’une part, parce qu’elle accède pour une première nomination à un ministère très important, celui de la Justice. D’autre part, parce qu’elle est jeune (41 ans), qu’elle a eu un parcours atypique et qu’elle a des parents issue de l’immigration.
Parmi les nouvelles têtes, on trouve aussi Valérie Pécresse, députée et porte-parole de l’UMP, qui devient ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Christine Albanel, qui était jusque-là présidente de l’établissement public du Château de Versailles et «plume» de Jacques Chirac, est la troisième femme du gouvernement dont c’est la première nomination. Elle prend la tête du ministère de la Culture et de la Communication mais devient aussi porte-parole du gouvernement. Christine Boutin accède elle aussi pour la première fois à une responsabilité ministérielle (Logement et Ville). L’équipe féminine est complétée par deux figures plus habituées aux rouages gouvernementaux : Roseline Bachelot-Narquin (Santé, Jeunesse et Sports) et Christine Lagarde (Agriculture et Pêche).
Kouchner, tout un symbole
Le casting gouvernemental a aussi été innovant en matière d’ouverture politique. Nicolas Sarkozy et François Fillon ont repris à leur compte ce thème qui a été au cœur de la campagne électorale et dont le centriste François Bayrou avait fait son principal argument. Le gouvernement qui vient d’être formé regroupe, en effet, des personnalités du centre et de gauche. Hervé Morin, président du groupe UDF à l’Assemblée nationale et qui avait soutenu François Bayrou durant la campagne présidentielle, a été choisi pour occuper le poste de ministre de la Défense. C’est sa première nomination dans un gouvernement. Il incarne donc cette mouvance centriste qui a choisi de se rallier à Nicolas Sarkozy après le premier tour de la présidentielle et à laquelle le nouveau chef de l’Etat a promis une place dans la majorité.
Mais c’est l’arrivée de Bernard Kouchner, ancien ministre socialiste de la Santé, qui est la plus symbolique. Celui que l’on a surnommé le «French doctor », co-fondateur de Médecins sans frontières (MSF), a accepté le Ministère des Affaires étrangères et européennes. Le choix de ce portefeuille n’est pas dû au hasard. Il est à la fois prestigieux et peu sensible dans le sens où il n’y a pas de désaccords fondamentaux entre la droite et la gauche sur la politique internationale de la France. Une autre personnalité de gauche a d’ailleurs été nommée comme secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, auprès du ministre des Affaires étrangères. Il s’agit de Jean-Pierre Jouyet, ancien directeur de cabinet de Jacques Delors à Bruxelles mais aussi de Lionel Jospin, et proche de François Hollande. Eric Besson, le transfuge du Parti socialiste, qui avait quitté sa formation avec fracas pendant la campagne électorale, obtient lui aussi un secrétariat d’Etat rattaché au Premier ministre. Celui de la prospective et de l’évaluation des politiques publiques.
Grincements de dents chez les «sarkozystes»
Cette volonté d’ouvrir les portes du gouvernement aux membres des autres familles politiques désireux de servir la France, une mission que Nicolas Sarkozy a qualifié de «devoir» le jour de son investiture, n’est pas anodine. Le nouveau chef de l’Etat a pris le parti de montrer que la «rupture» avec les anciennes méthodes politiques annoncée tout au long de la campagne comme son engagement le plus fondateur, n’était pas une promesse de gascon. Cette décision n’a évidemment pas fait plaisir à tout le monde à l’UMP. Parmi les proches de Nicolas Sarkozy qui ont trouvé la nouvelle un peu rude, on peut citer Patrick Devedjian qui a déclaré avec une ironie teintée d’agacement, il y a quelques jours, que l’ouverture pourrait peut-être même aller jusqu’aux «sarkozystes».
Il est vrai qu’ils ne sont pas omniprésents. Parmi les véritables fidèles, ceux qui ont suivi le nouveau président depuis longtemps, il n’y a en fait que Brice Hortefeux qui ait été sélectionné comme ministre. Il prend en charge le nouveau ministère de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Co-développement. Nicolas Sarkozy a donc choisi un proche pour gérer un portefeuille dont l’annonce avait été largement critiquée par la gauche pendant la campagne électorale et qui risque de provoquer encore des polémiques. Roger Karoutchi, qui fait aussi partie des «sarkozystes» historiques, n’est que secrétaire d’Etat chargé des Relations avec le Parlement.
On trouve, en revanche, un certain nombre de chiraquiens. Ce qui montre le désir de rassembler aussi au sein de la famille UMP et de n’exclure personne. Au premier rang des proches de l’ancien président figure Alain Juppé, seul ministre d’Etat, donc numéro 2 du gouvernement, qui prend la tête d’un super ministère de l’Ecologie, du Développement et de l’Aménagement durables. La création de ce ministère est d’ailleurs l’une des principales innovations du gouvernement. Elle répond à l’engagement pris par Nicolas Sarkozy de faire de la défense de l’environnement un élément transversal de sa politique. Le choix d’Alain Juppé, un homme d’expérience, ancien Premier ministre, ancien ministre des Affaires étrangères, ancien ministre du Budget, donne de la crédibilité à ce portefeuille.
L’emploi d’un côté, le travail de l’autre
La séparation de l’ancien ministère de l’Economie en deux est confirmée. Jean-Louis Borloo prend en charge la partie qui regroupe l’Economie, les Finances et l’Emploi. Eric Woerth se charge de celle qui concerne le Budget, les Comptes publics et la Fonction publique. Ce redécoupage a pour objectif de permettre une meilleure gestion de la politique en faveur de l’emploi en l’intégrant dans la stratégie économique visant à la relance de la croissance. Ce sera le rôle de Jean-Louis Borloo. Il reviendra, en revanche, à Xavier Bertrand, ministre du Travail, des Relations sociales et de la Solidarité, de s’atteler à la tâche difficile de négocier avec les partenaires sociaux, par exemple, la mise en œuvre du service minimum dans les transports publics.
Nicolas Sarkozy et François Fillon ont formé un gouvernement «irréprochable» dans le sens où il correspond aux promesses de campagne et permet d’aborder les élections législatives dans les meilleures conditions possibles : en affichant la volonté de Nicolas Sarkozy de gouverner pour tous les Français et pas seulement pour son camp.
par Valérie Gas