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Sarkozy, une lutte sans merci pour le pouvoir

De Neuilly à l'Elysée, il a éliminé méthodiquement ses adversaires.
Par Nicole GAUTHIER, Antoine GUIRAL
Libération lundi 7 mai 2007
     
Sale temps pour Jacques Chirac. Ce 31 mai 2005, les ennuis continuent. Deux jours auparavant, le président de la République a perdu le référendum sur la Constitution européenne, qu'il a choisi de faire ratifier par les Français. Le non l'a emporté. Et ce mardi 31 mai au soir, donc, il doit aller à la télévision faire allégeance à son pire ennemi politique, Nicolas Sarkozy. Avant même l'annonce formelle de la composition du nouveau gouvernement de Dominique de Villepin, le chef de l'Etat a été sommé d'aller à Canossa : «Dans un esprit de rassemblement, j'ai demandé à Nicolas Sarkozy de rejoindre le gouvernement comme ministre d'Etat, ce qu'il a accepté.» Quelques mois auparavant, Chirac ne voulait pas entendre parler d'un ministre qui cumulerait un portefeuille ministériel avec la présidence de l'UMP. Cette fois, Sarkozy peut tout faire. Même garder, de surcroît, la présidence du conseil général des Hauts-de-Seine. 
 
 
C'était dix ans plus tôt. Jacques Chirac vient d'être élu pour la première fois président de la République. Dans les ministères, c'est le rituel de la passation des pouvoirs. Nicolas Sarkozy, qui fut l'un des plus fervents soutiens d'Edouard Balladur, n'est pas de la nouvelle équipe. Dans les réunions du RPR, il est sifflé. A l'Elysée, il est qualifié de «traître» par les Chirac, père, mère et fille. Le nouveau chef de l'Etat a renoncé à prononcer son nom et surtout son prénom. Il dit seulement «le maire de Neuilly», complété d'une maxime : «Il faut lui marcher dessus, ça porte bonheur.» Sarkozy, lui, crâne : «Le désert, c'est génial à traverser. On n'y voit que des gens que l'on aime et qui vous aiment vraiment.»


Tout le tempérament du nouveau président de la République tient dans ces deux scènes. Elles disent l'appétit vorace du pouvoir, la volonté d'acier d'arriver quels que soient les obstacles, l'impérieuse nécessité de faire rendre gorge à l'adversaire. En 2005, Nicolas Sarkozy est déjà dans la dernière ligne droite qui le conduira, il n'en doute pas, à l'Elysée. Il a piqué le parti chiraquien ­ «Ce qu'ils ont de plus cher», prétend-il à l'adresse des amis du chef de l'Etat. Il est revenu place Beauvau, un endroit stratégique pour préparer une campagne. Ceux qui auraient pu être des obstacles sur le chemin de ses ambitions ont été neutralisés, ou ont abandonné le combat. Alain Juppé, atteint par ses ennuis judiciaires, a toujours autant de peine à instaurer un contact avec les Français. Philippe Séguin a abandonné toute prétention depuis longtemps. Du côté des libéraux, François Léotard s'est retiré de la politique et Alain Madelin s'est éliminé avec ses 3,9 % à la présidentielle de 2002. De Dominique de Villepin et ses prétentions éventuelles, il sait qu'il ne fera qu'une bouchée. Reste Chirac. Qui, donc, plie à son tour au lendemain de la débâcle référendaire.


Réputation de précocité 
Nicolas Sarkozy, né le 28 janvier 1955 à Paris, a donc été élu sixième président de la République française, à l'âge de 52 ans. Cela n'en fait pas pour autant un homme pressé. Le nouveau chef de l'Etat est plutôt un méthodique qui attend son heure, quitte à forcer son destin. Après tout, l'un de ses prédécesseurs, Valéry Giscard d'Estaing, est encore plus jeune (48 ans) quand il accède à 0la magistrature suprême. Et à l'âge où Nicolas Sarkozy décroche son premier poste ministériel, le Budget, Laurent Fabius a déjà été nommé Premier ministre. Sa réputation de précocité, il la doit surtout aux deux faits d'armes fondateurs de sa carrière politique.


Le premier se situe en 1976. Délégué des jeunes RPR des Hauts-de-Seine, il est invité à prendre la parole aux assises nationales du mouvement à Nice. Chirac lui octroie deux minutes. Evidemment, il déborde, longuement, gagné par le lyrisme et cette ivresse des discours qui, depuis, ne l'ont pas quitté : «J'ai la tête dans les étoiles, vous qui êtes devant moi, vous êtes mes idoles», et tout à l'avenant. Il est repéré ­ entre autres ­ par Achille Peretti, le maire de Neuilly.
Le deuxième épisode du genre se situe en 1983 à Neuilly, justement, quand il s'empare de la mairie à la hussarde ­ et surtout au nez et à la barbe d'un vieux de la vieille, Charles Pasqua. Achille Peretti meurt brutalement. Sarkozy, alors l'un de ses adjoints, comprend vite que les élus RPR se méfient de Pasqua, récemment débarqué à Neuilly. Le jeune gaulliste joue pour son compte, gagne, soufflant de surprise tous les caciques du parti. Il a 28 ans.


Mais son élection à la mairie de Neuilly, c'est plus qu'une blitzkrieg politique. C'est l'ouverture sur un formidable carnet d'adresses, un bottin mondain de people, hommes d'affaires, industriels, stars des médias et de la scène. Le nouveau chef de l'Etat adore rappeler qu'il s'est fait tout seul. Ce n'est pas faux. Qu'il a travaillé (vendu des glaces et des fleurs) pour payer ses études de droit. C'est vrai. Mais cela ne suffit pas à en faire un petit chose. Sans être fortunée, sa mère, a pu, quand il lui a fallu quitter le XVIIe arrondissement de Paris, s'acheter un appartement à Neuilly. Le titre de maire va lui permettre de consolider quelques précieuses amitiés. C'est là qu'il va connaître Jean Reno et Christian Clavier, indéfectibles soutiens de la campagne qui vient de s'achever. Là qu'il noue des liens intimes avec d'autres, comme l'industriel du bâtiment et des médias Martin Bouygues, dont les enfants fréquentent la même école que ses aînés (1). Les témoins de mariage des uns deviennent les parrains des enfants des autres, et vice versa. L'ambition est affirmée, les réseaux sont constitués ­ le répertoire neuilléen étant opportunément complété par les clients de son cabinet d'avocats, qui l'amènera, entre autres, à organiser l'évasion fiscale du tennisman Henri Leconte.


Profil d'homme d'action 
Le corpus idéologique de Nicolas Sarkozy est clair. Il est de droite, viscéralement, depuis tout petit. Au point que sa mère, qui élève seule ses trois garçons après avoir divorcé d'un époux, immigré hongrois, trop volage pour être vivable, demandera en Mai 68 au directeur de l'établissement privé fréquenté par Nicolas de le boucler, pour éviter qu'il ne participe aux contre-manifestations. Plus tard, il choisit le RPR gaulliste, et récuse les appels du pied des giscardiens qui l'ont repéré et viennent d'accéder à l'Elysée.
En 1993, ayant exigé ­ et obtenu, évidemment ­ du Premier ministre Edouard Balladur le ministère du Budget, il y déploiera une politique libérale bon teint. Non sans talent : lui qui n'a jamais mis les pieds à la Commission des finances de l'Assemblée nationale ni à Bercy se lance le défi de présenter devant les députés, trois mois plus tard, le projet de loi de finances 1994 sans notes et en sachant répondre à toutes les questions. Il tiendra le pari.


En 1995, Nicolas Sarkozy soutient Edouard Balladur contre Jacques Chirac. La droite classique contre le discours sur la «fracture sociale». Il explique aussi que les Français ont envie d' «un homme posé, qui les rassure», pas d'un homme agité et imprécis. Le propos ne manque pas de sel, pour celui qui dix ans plus tard prétendra incarner la «rupture». Sarkozy dit que toutes ces années l'ont changé. Peut-être. A cela, il faut ajouter qu'il y a longtemps qu'il a fait le calcul que son seul concurrent, à droite, serait François Bayrou. Il a détecté chez le centriste les antennes de ceux qui se voient de grands destins (2), il comprend que celui-ci draguera à gauche et que son espace à lui sera la droite jusqu'à ses extrêmes.


En 2002, quand prend fin sa traversée du désert et qu'il a de nouveau le droit d'intégrer le gouvernement après la réélection de Jacques Chirac, il ne se consacrera plus qu'à ça. Nommé au ministère de l'Intérieur ­ certes, il aurait préféré Matignon... ­, il fonce, en rigolant : «Ils ont voulu me mettre là pensant qu'on ne peut pas faire grand-chose, ils vont me voir du soir au matin, et des résultats, on va en avoir.» C'est l'époque où il prétend que s'il était «ministre des choux farcis, on entendrait parler des choux farcis». Il se fait photographier, façon Kennedy, dans son bureau du ministère de l'Intérieur, pendant que son fils Louis, 5 ans, gribouille les dossiers de papa. Il met en scène son couple avec Cécilia, épousée en 1996 : arrivée Place Beauvau main dans la main le jour de sa nomination, déclarations d'amour par médias interposés. Lui : «Je ne pourrais pas faire ce que je fais si elle ne m'apportait pas ses conseils.» Elle : «Nous ne sommes qu'un» (3).


Mais surtout, il se bâtit à ce poste son profil d'homme d'action au «parler vrai», débarquant sous l'oeil des caméras toujours bien informées sur tous les points chauds, surfant sur l'émotion des faits divers, multipliant les déclarations coups de poing contre «les voyous» ou la «racaille». Dès la fin 2002 ­ Chirac à peine réélu ­, son entourage officialise ses prétentions pour 2007. Toujours ministre, il jouera parfois sans état d'âme contre son camp ­ laissant, lors de la crise du CPE (contrat première embauche), des députés inquiets de leur avenir électoral humilier le Premier ministre finalement contraint au recul. Il n'aura guère de faiblesse qu'au moment du départ de Cécilia, son grand amour, aujourd'hui revenue, sur laquelle il s'épanche, dans un débordement de sentimentalisme (4) : «C. J'écris C. car encore aujourd'hui, près de vingt années après notre première rencontre, prononcer son prénom m'émeut. C., c'est Cécilia. Cécilia est ma femme. Elle est une partie de moi.»


Ne compter que sur soi 
Tous ses efforts ont finalement été couronnés de succès hier, dès sa première tentative de conquête de l'Elysée ­ là où Jacques Chirac, encore lui, avait dû s'y reprendre à trois fois avant d'accéder rue du Faubourg-Saint-Honoré. Nicolas Sarkozy, qui a toujours eu un puissant besoin d'être aimé et apprécié, y verra là une revanche sur ses adversaires, mais aussi sur tous ceux qui ont douté de lui. Y compris dans sa plus proche intimité. «Je ne vous dois rien», avait lancé un jour le père, Pal Sarkozy, à ses fils, qui lui demandaient une aide financière. Blessé, Nicolas Sarkozy avait retenu la leçon : ne compter que sur soi. Cette victoire, qu'il «doit» essentiellement à lui-même, c'est son autre revanche.


Une fois installé à l'Elysée, Nicolas Sarkozy aura sans doute moins le temps de lire les Lettres à Lucilius, de Sénèque, dans lesquelles il prétendait se plonger au lendemain de la défaite de 1995. Rappelons-lui donc cet extrait, qu'à l'époque il adorait citer : «La victoire est moins gaie qu'on ne le croit et la défaite moins triste qu'on ne le dit.»


(1) Un pouvoir nommé désir. Catherine Nay, Grasset, 2007.
(2) Seul comme Chirac, Raphaëlle Bacqué et Denis Saverot, Grasset, 1997.
(3) Respectivement le 19 décembre 2002 dans Envoyé spécial (France 2) et le 2 octobre 2003 au Nouvel Observateur.
(4) Témoignage, Nicolas Sarkozy, XO, 2006
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Nicolas Sarkozy et ses fidèles : chronique d’une rupture annoncée

par Guillaume David 
jeudi 31 mai 2007   

A l’exception de Brice Hortefeux et de Rachida Dati, aucun des proches de Nicolas Sarkozy n’est entré au gouvernement. Ce dernier avait prévenu ses parlementaires après sa victoire à l’élection présidentielle: «La fidélité c’est pour les sentiments, l’efficacité pour le gouvernement». Les fidèles ne seraient pas assez compétents aux yeux du chef. Est-ce bien le message que voulait transmettre le nouveau chef de l’Etat?

 

Patrick Devedjian, qui a hérité entre-temps du modeste titre de secrétaire général délégué de l’UMP, a été le premier à ironiser : « Je suis pour aller très loin dans l’ouverture, très loin : y compris jusqu’au sarkozystes ». Et il avait de bonnes raisons de s’en indigner car ce sont bien les proches amis des Hauts-de-Seine du nouveau président qui ont, pendant des années, essuyé les plâtres en expérimentant les idées dites sarkozyennes dans le cadre de leurs mandats locaux.

A commencer par le député-maire d’Asnières-sur-Seine Manuel Aeschlimann, conseiller de Nicolas Sarkozy pour l’opinion publique, qui a été le précurseur du communautarisme politique en France, en établissant un conseil des communautés dans sa mairie - conseil qui regroupe plus de cinquante représentants des différentes ethnies de la ville (cf. « A Asnières, il faut cibler chaque groupe  », Le Monde du 8 mars 2006). Idem pour la discrimination positive, expérimentée au Conseil général des Hauts-de-Seine par la vice-présidente Isabelle Balkany, qui a lancé l’internat de la réussite (cf. « Le système Sarkozy, un internat pour la réussite », L’Express du 8 février 2007). Le clientélisme ou le vote sur enjeux - expression chère à Manuel Aeschlimann et dont Nicolas Sarkozy s’est clairement inspirée durant sa campagne - ainsi que la généralisation de la vidéosurveillance ont été pratiqués depuis des années à Levallois, bastion du député-maire Patrick Balkany (cf. « Le système Balkany », L’Express du 6 mars 2003), ami d’enfance de Nicolas Sarkozy ou à Puteaux, ville dirigée par Joelle Ceccaldi-Raynaud (cf. « Règlement de comptes à Ceccaldi city », L’Express du 20 octobre 2005), suppléante du président sortant à l’Assemblée nationale.

Ces proches élus locaux étaient donc ministrables, mais au final... ils n’ont rien obtenu ! Pourquoi Nicolas Sarkozy a-t-il préféré s’entourer - à deux exceptions près - de chiraquiens ou de personnalités n’appartenant pas à sa famille politique ?

La principale raison est qu’ils sont devenus des soutiens gênants, trop gênants pour un chef de l’Etat.

 

Des Rastignac des Hauts-de-Seine qui font du bruit

D’abord, les expérimentations sont souvent allées trop loin, de nombreuses affaires et des abus ont été notifiés, notamment dans les rapports de la chambre régionale des comptes. Des montages financiers douteux ont été réalisés, notamment dans le cadre de projets liés aux activités du BTP, comme des aménagements de ZAC ou des constructions de parkings, et leur façon de faire de la politique est devenue très contestable :

A Antony, dans les années 90, Patrick Devedjian s’est lancé dans des projets d’aménagements ambitieux qui, malgré des dizaines de millions d’euros investis par le contribuable, n’ont jamais vu le jour. Un rapport de la chambre régionale des comptes datant de 2005 rapporte des erreurs de gestion commises par la ville aboutissant à des plus-values foncières qui ont davantage bénéficié aux promoteurs qu’à la ville et de nombreuses irrégularités au regard de la loi (cf. Rapport de la Chambre régionale des comptes d’Ile-de-France, 11 Octobre 2005 ; « Nicolas Sarkozy, Enquête sur un homme de pouvoir », Frédéric Charpier, Presse de la Cité).

Des irrégularités ont aussi été constatées dans le versement de subventions à des associations municipales. A Levallois-Perret, le rapport de la cour des comptes de 1999 révèle que la municipalité a largement « subventionné diverses associations municipales afin d’échapper aux règles de la comptabilité publique et au contrôle de légalité ». (cf. Rapport de la Chambre régionale des comptes d’Ile-de-France, 1999) La cour régionale des comptes a fait de ce rapport un modèle pour illustrer « les nombreuses irrégularités qui peuvent être commises par le truchement d’associations, quand des fonds publics sont distraits de l’objet pour lequel ils ont été initialement alloués. »

Ensuite, ces « Rastignac » des Hauts-de-Seine se sont sentis intouchables, semblant exercer leur pouvoir au-dessus des lois, allant jusqu’à instrumentaliser la justice - comme le fit Manuel Aeschlimann en juin 2006, alors qu’il était sur le point d’être mis en examen (cf. « Les magistrats dénoncent les menaces du député-maire », Le Parisien du 29 juin 2006) - ou en faisant intervenir la police municipale et la BAC lors d’un conseil municipal plus agité que d’habitude (cf. « La police intervient au conseil municipal », Le Parisien du 30 septembre 2006).

En février dernier, Patrick Balkany a de son côté fait voter par son conseil municipal la demande au ministre de l’Economie - alors Thierry Breton - d’une remise gracieuse pour les 230 000 euros qu’il devait à la commune, au titre des intérêts de sa condamnation pour avoir employé illégalement trois salariés municipaux à son service personnel (cf. « M. Balkany, maire de Levallois, espère obtenir la remise gracieuse d’une dette », Le Monde, 14 février 2007). Une demande qui en dit long sur sa détermination à contourner les lois. Rappelons que Patrick Balkany a été condamné en 1996 à quinze mois de prison avec sursis, à 200 000 francs d’amende et à deux ans d’inéligibilité pour avoir rémunéré, au frais du contribuable, trois employés municipaux qui exerçaient en réalité dans ses résidences privées. Il a aussi été condamné en 2004 à 1.500 euros d’amende et autant de dommages et intérêts pour diffamation et injure envers une élue communiste.

Si Joëlle Ceccaldi-Raynaud et Patrick Balkany pratiquent un clientélisme électoral très agressif, Manuel Aeschlimann semble avoir franchi la ligne jaune en la matière. Des fichiers électoraux de la ville d’Asnières-sur-Seine, contenant plus de 30 000 noms triés par origine ethniques, sont actuellement examinés par la brigade de répression de la délinquance économique (BRDE) (cf. « Fichiers ethniques à Asnières : le PS dénonce la politique communautariste  », Le Monde du 21 mai 2007). Ce véritable fichage ethnique des électeurs aurait conduit la mairie à faire des envois de tracts ciblés aux électeurs en fonction de leur origine ethnique. (cf. par exemple le tract de Patricia Chavinier, candidate soutenue par Manuel Aeschlimann pour les cantonales de 2004, www.asnierois.org). Manuel Aeschlimann assure de son coté « ne pas connaître l’existence de ces fichiers ».

De telles exactions n’auraient pas pu être commises en présence de réels contre-pouvoirs. C’est pourquoi les élus se sont appliqués à museler l’opposition par l’application de diverses méthodes. A commencer par la pratique de la calomnie, qui a fait déjà de nombreuses victimes, notamment le blogueur de Puteaux, Christophe Grébert. Cet opposant a été victime d’une odieuse campagne de calomnie orchestrée par Joëlle Ceccaldi-Raynaud et son père (cf. le récit intégral de Christophe Grébert, www.monputeaux.com). Ces derniers ont été condamnés à payer une amende de 8 000 euros pour avoir tenu des propos diffamatoires à caractère homophobes à l’encontre du blogueur.

A Asnières-sur-Seine, ce sont les procédures judiciaires, initiées par le maire Manuel Aeschlimann contre le moindre opposant, qui pourrissent la vie locale et ruinent la commune, les frais de justice et honoraires d’huissier et d’avocats de la mairie d’Asnières étant estimés à près de 500 000 euros par an (cf. « La dérive procédurière gangrène la mairie d’Asnières  », Libération du 27 novembre 2006). Cette pratique, connue outre-Atlantique sous le nom de slapping, est désormais interdite dans la plupart des Etats américains.

Malgré tous ces efforts d’intimidation, de nombreux blogs et sites internet - on en compte une vingtaine rien qu’à Asnières-sur-Seine -, animés par des opposants politiques, associatifs ou simples citoyens devenus allergiques aux activités de nos élus sarkozystes, relaient leur moindre écart. D’anciens conseillers municipaux de la majorité sont devenus les plus farouches opposants, comme Loïc Leprince-Ringuet à Levallois-Perret ou Jean-Jacques Seymoun à Asnières-sur-Seine.

 

Un manque flagrant de compétence

Nicolas Sarkozy a vu juste : fidélité ne rime pas toujours avec compétence. En effet, nos barons des Hauts-de-Seine ont aussi comme passif la gestion catastrophique de leur ville, notamment en matière financière : si leur politique immobilière a permis de faire exploser les recettes des grands groupes du BTP et d’embellir certains quartiers de leur ville, cela a eu aussi pour conséquence de surendetter leur ville, le montant de la dette ayant atteint des records peu glorieux. Quelques exemples : la dette de Levallois-Perret a atteint 250 millions d’euros en 2007 (100 millions d’euros de plus qu’en 2002), celle d’Asnières-sur-Seine est de 175 millions d’euros (en hausse de 54% depuis 2001). Deuxième effet négatif de leur politique immobilière : les villes étouffent sous l’effet de la densification urbaine, les crèches et les écoles manquent, les terrains de sports et de jeux sont insuffisants et les espaces verts font cruellement défaut.

Etant aussi députés, ils ont une autre caractéristique commune : leur très faible activité parlementaire, qui est quasi nulle. En septembre 2006, L’Express a publié un classement des députés en fonction du nombre d’intervention à l’Assemblée nationale de janvier 2004 au 13 mai 2006. Le tableau ci-dessous est un extrait de cette publication :Député

Nombre d’interventions en séance 


Manuel Aeschlimann  3 
Patrick Balkany 17
 
Joëlle Ceccaldi-Raynaud 1
 
Patrick Devedjian 1
 
Moyenne par député 34 


Notons toutefois le score honorable de Patrick Balkany, qui est néanmoins deux fois plus faible que la moyenne des parlementaires. Rappelons qu’ils touchent chacun une indemnité parlementaire d’un montant de 6 800 euros bruts auxquels il faut rajouter de nombreuses indemnités perçues (frais de mandats, rémunération des collaborateurs, etc.). Et comme double mandat rime avec double rémunération, il ne faudra pas oublier leur indemnité de maire, qui est de l’ordre de 4 000 euros brut pour une commune de 50 000 à 100 000 habitants.

 

Le « coup de Kärcher » de Nicolas Sarkozy

On comprend désormais pourquoi Nicolas Sarkozy n’a pas retenu ses amis des Hauts-de-Seine pour composer son gouvernement. Il a ainsi tranché : la compétence avant la fidélité. Et puis, quand on est contre les fraudeurs et les délinquants, il y a des relations qu’il vaut mieux ne pas exposer au grand jour. Et Nicolas Sarkozy n’aurait évidemment pas pris le risque de composer un gouvernement impopulaire.

Au-delà de cet aspect, on peut aussi voir le signe fort qu’il souhaite éloigner toute forme de « racaille » de son gouvernement. Sachant cela, la nomination d’Alain Juppé comme ministre d’Etat peut surprendre, mais il faut bien reconnaître que les exactions pour lesquelles il a été condamné paraissent anecdotiques comparées aux abus en tout genre dont les barons des Hauts-de-Seine se sont rendus coupables.

Coup de Kärcher au gouvernement ? Quelle alternative pour l’électeur de droite les 10 et 17 juin ?

Vers une assemblée de députés « cleans » : quelles alternatives aux élus sortants ?

Nos barons des Hauts-de-Seine se sont faits de nombreux ennemis dont les plus farouches sont parmi leurs anciens alliés. Il s’agit d’élus de droite qui ne partagent pas la façon de faire de la politique de leur leader d’antan.

Dans la seconde circonscription des Hauts-de-Seine (Asnières-sur-Seine/Colombes Sud) se présente Josianne Fisher (divers droite), conseillère municipale de la majorité de Manuel Aeschlimann jusqu’en 2001, avant d’avoir été trahie par le maire sortant au moment de déposer la liste des conseillers municipaux (cf. « Le maire, sa femme... sans les sortants », Le Parisien du 3 mars 2001). Sa candidature, labellisée anticorruption, semble allier compétence et droiture. Le duo Jean-Jacques Seymoun/Bruno Casari (Divers droite/UDF/Modem), deux conseillers municipaux sortants de la majorité, passés aujourd‘hui à l’opposition semblent aussi être une alternative de droite sérieuse.

Rémi Muzeau (Majorité présidentielle), suppléant sortant de Patrick Balkany, associé à Loïc Leprince-Ringuet, élu municipal UMP à Levallois-Perret devenu opposant à Patrick Balkany, est l’alternative de droite labellisé Majorité présidentielle au sein de la 5e circonscription des Hauts-de-Seine (Levallois-Perret/Clichy).

Enfin dans la 6e circonscription des Hauts-de-Seine (Neuilly-Puteaux), celle du député sortant désormais président, Nicolas Sarkozy, Joëlle Ceccaldi-Raynaud, suppléante de ce dernier à l’Assemblée nationale et désormais candidate non suppléante, a du souci à se faire pour être élue. Elle se retrouve confrontée à deux candidats qui se disent eux aussi labellisés « Majorité présidentielle » ! Jean-Christophe Fromantin qui annonce qu’ « il est temps de changer la pratique de la politique trop souvent chargée de clientélisme, de scandales financiers et de magouilles en tout genre » et Bernard Lepidi (CNI) se font un plaisir de convoiter le poste de celle qui a cru bon d’ajouter un bandeau sur ses panneaux qui précise qu’elle est la seule candidate investie par l’UMP.

La corruption, la manipulation des électeurs, la malhonnêteté politique, l’abus de pouvoir ne sont donc pas une fatalité.... .

Nicolas Sarkozy a montré la voie en se désolidarisant de ses amis délinquants à col blanc des Hauts-de-Seine.....

 

Liste des références

« A Asnières, il faut cibler chaque groupe  », Le Monde du 8 mars 2006

« Le système Sarkozy, un internat pour la réussite », L’Express du 8 février 2007

« Le système Balkany », L’Express du 6 mars 2003

« Règlement de comptes à Ceccaldi city », L’Express du 20 octobre 2005

Rapport de la Chambre régionale des comptes d’Ile-de-France, 11 Octobre 2005

« Nicolas Sarkozy, Enquête sur un homme de pouvoir », Frédéric Charpier, Presse de la Cité

Rapport de la Chambre régionale des comptes d’Ile-de-France, 1999

« La police intervient au conseil municipal », Le Parisien du 30 septembre 2006

« Les magistrats dénoncent les menaces du député-maire », Le Parisien du 29 juin 2006

« M. Balkany, maire de Levallois, espère obtenir la remise gracieuse d’une dette  », Le Monde, 14 février 2007

« Fichiers ethniques à Asnières : le PS dénonce la politique communautariste », Le Monde du 21 mai 2007

le tract de Patricia Chavinier, www.asnierois.org

le récit intégral de Christophe Grébert, www.monputeaux.com

« La dérive procédurière gangrène la mairie d’Asnières  », Libération du 27 novembre 2006

« Liste des 577 députés selon leurs interventions », L’Express du 28 septembre 2006

« Le maire, sa femme... sans les sortants », Le Parisien du 3 mars 2001

Site de la candidate Josianne Fisher (divers droite), 2ème circonscription des Hauts-de-Seine

Site des candidats Jean-Jacques Seymoun/Bruno Casari (divers droite), 2ème circonscription des Hauts-de-Seine

Site du candidat Rémi Muzeau (Majorité Présidentielle), 5ème circonscription des Hauts-de-Seine

Site du candidat Jean-Christophe Fromantin (Majorité Présidentielle), 6ème circonscription des Hauts-de-Seine

Site du candidat Bernard Lepidi (CNI), 6ème circonscription des Hauts-de-Seine

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Tag(s) : #Politique Intérieure - Extérieure
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