Qu'est ce qui permet ce matin à La Dépêche du Midi d'affirmer que Mohamed Merah avait des relations à la DRCI ? L'entretien que lui a accordé Yves Bonnet, ancien patron de la DST, Direction de la Surveillance du Territoire. Un homme nommé par François Mitterrand en 82 à la tête du contre-espionnage, impliqué plus récemment au sein de l'UDF, et auteur de nombreux ouvrages sur les menaces extérieures.
Sous la forme d'une interrogation plus que d'une affirmation. S'il est bien établi que Mohamed Merah avait des relations à la DCRI, relevaient-elles d'une simple correspondance ou d'un officier traitant ? Le choix des mots est important : il fait de Mohamed Merah un indic ou pas.
Plusieurs interrogations.
. Pourquoi le Raid est-il intervenu et pas le GIGN ?
. A quoi sert le plan Vigipirate ?
. Quel lien avait Mohamed Merah avait la DRCI ?
Sur ce dernier point, Yves Bonnet s'interroge : "Correspondant" ou "officier traitant ? " Et le choix des mots soulève une deuxième question : Mohamed Merah était-il un indicateur de la DCRI ?" Réponse d'Yves Bonnet : "c'est tout le problème... Mohamed Merah était connu de la DCRI non pas spécialement parce qu'il était islamiste, mais parce qu'il avait un correspondant au sein des services. Or" souligne encore Yves Bonnet, "avoir un correspondant, ce n'est ni tout à fait innocent, ni anodin"...
A lire :
http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/l-etrange-relation-entre-mohamed-113234
" Selon ses déclarations lors du siège par le RAID, il voulait tuer un autre militaire, mais il est arrivé trop tard. Et comme il connaît bien le quartier, il a improvisé et a attaqué le collège-lycée Ozar-Hatorah.
Il a souhaité parler avec le policier de la direction régionale du renseignement intérieur (DRRI) de Toulouse qui l'avait rencontré en novembre 2011. Il est intervenu au cours des négociations. Mohamed Merah semblait avoir un rapport de confiance avec lui. Il s'est confié, il a coopéré. Il nous a dit où était le scooter ou les deux voitures. Le courant passait bien. Non sans cynisme. Il a même dit à ce policier: "De toute façon, je devais t'appeler pour te dire que j'avais des tuyaux à te donner, mais en fait, j'allais te fumer." C'est un Janus, quelqu'un qui a une double face.
D'où lui est venu cette familiarité, à ce jeune meurtrier qui écrivait pourtant à son juge sur un ton très respectueux ? Pourquoi en était-il arrivé à autant de familiarité avec ce fonctionnaire ou ses subordonnés ? Pourquoi en être arrivé à vouloir souhaiter tuer celui qu'il aura eu pendant des mois comme interlocuteur privilégié ? S'est-il senti trahi ? Pourquoi en est-il arrivé, avant de voir sa vie se terminer au bout de l'entonnoir qu'il s'était construit, ou qu'on lui avait fabriqué, à vouloir dire qu'il avait "mis la France à genoux ?" En quoi pouvait-il penser l'avoir fait en commettant de pareils actes ?
Le jeune jihadiste devait en avoir à nous dire, en effet. Et mort, Bernard Squarcini s'est empressé de parler à sa place. Tellement rapidement que le soupçon n'est même plus supposé. Le lendemain même où le pantin terroriste été retrouvé en bas de son immeuble criblé de balles, l'homme qui avait demandé à le rencontrer à l'automne 2011 est venu aussi vite parler à sa place, pour nous dresser un tableau hallucinant du personnage, mais aussi et encore plus de ses propres relations avec lui. A dresser le tableau de quelqu'un qui le connaissait très bien depuis... 2007. Celui d'un jeune de banlieue sans le sous, ou vivant d'un RSA (un peu plus de 400 euros par mois) ayant déjà fait tamponner son passeport dans neuf pays, et non des moindres. Mais laissons donc le "Squale" en dresser lui-même la longue liste : "il a passé du temps chez son frère au Caire après avoir voyagé au Proche-Orient : Turquie, Syrie, Liban, Jordanie, et même Israël. A Jérusalem, la police découvre un canif dans son sac puis le relâche. Ensuite, il se rend en Afghanistan en passant par le Tadjikistan. Il prend des parcours qui sont inhabituels et n'apparaît pas sur nos radars, ni sur ceux des services extérieurs français, américains et locaux. Il arrive le 13 novembre à Kaboul, il est contrôlé le 22 novembre à Kandahar et il rentre en France le 5 décembre 2010." Neuf pays vous ai-je dit : oui, car à la liste, il faut aussi ajouter le Pakistan et même... l'Iran, qui comme chacun le sait, est un pays où l'on rentre très facilement... c'est bien connu !!! "Un autre élément troublant sur les déplacements de Mohamed Merah reste à éclaircir : sa présence en Iran "à deux reprises" d'après une source militaire française en Afghanistan. Interrogée par Le Monde, mercredi, la DCRI, chargée du contre-espionnage et de la lutte antiterroriste, a démenti ce séjour" apprend-t-on encore ce jour.
Pourquoi l'avez-vous convoqué à l'automne 2011 ?
Parce que nous voulons recueillir des explications sur son voyage en Afghanistan. C'est un entretien administratif sans contrainte, puisque nous n'étions pas dans un cadre judiciaire.
Il s'y soumet sans problème ?
Le fonctionnaire qui l'a reçu n'a pas senti une volonté d'esquiver, au contraire. Mohamed Merah l'appelle le 13 octobre 2011 car il n'est pas en France à ce moment-là, il est au Pakistan. "Dès que je rentre, je vous contacte", a-t-il dit. Le 3 novembre, il rappelle de l'hôpital Purpan, à Toulouse, ou il est hospitalisé pour une hépatite. "Dès que je sors, je viens vous voir", assure-t-il. Il fait preuve d'une excellente coopération, d'éducation, et de courtoisie.
Il vient à l'entretien avec sa clé USB qui contient ses photos de voyages. Il demande à s'allonger sur la table pour pouvoir discuter parce qu'il est malade, dit-il. Il explique en photos tout le parcours touristique qu'il a réalisé au Proche-Orient, en Afghanistan et au Pakistan......"
Sans citer ses sources, le quotidien italien Il Foglio pointe des contradictions dans les déclarations des services de renseignements français, israéliens et pakistanais concernant les voyages effectués par le jeune homme. D’après des sources des renseignements qui se sont confiées à Il Foglio, la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), l’agence française chargée de l’espionnage et de l’antiterrorisme en dehors des frontières nationales, aurait garanti à Merah – en sa qualité d’informateur – un accès en Israël en septembre 2010 par un point de contrôle à la frontière jordanienne. Le Français y serait resté trois jours en "touriste" avant de retourner en Jordanie puis de prendre la direction de l’Afghanistan. Son entrée en Israël, couverte par les services français, devait prouver la capacité du réseau djihadiste à passer facilement les frontières grâce à un passeport européen.
Ces informations n’ont pas été officiellement confirmées, mais un article paru lundi dans Ha'Aretz, citant des sources du service du renseignement israélien Shin Bet, semble toutefois apporter du crédit à cette thèse. L’article relaie les propos du gouvernement israélien qui confirme l’entrée sur son territoire de Merah, mais le Shin Bet soutient qu’il n’y a aucune trace de l’arrestation du Français à Jérusalem en possession d’un couteau, comme l’a affirmé Bernard Squarcini, chef de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) dans Le Monde.
Par ailleurs, des doutes subsistent sur la visite de Merah dans les Territoires occupés. Pour résumer : nous sommes en présence de deux versions contradictoires. On ignore si Merah a effectivement été arrêté et où il s’est précisément rendu, et le Shin Bet contredit son équivalent français. Même confusion du côté du renseignement militaire du Pakistan. La semaine dernière, lorsque les médias français ont écrit que Merah s’était rendu deux fois pour s’entraîner dans des centres au Waziristan [région montagneuse du nord-ouest du Pakistan], le gouvernement pakistanais a nié : "Nous n’avons aucune trace de son entrée dans le pays."
Mais, depuis dimanche [le 25 mars], les services secrets et les talibans pakistanais, dont les liens fondés sur des alliances et des faveurs échangées ont été établis, sont devenus étonnamment loquaces. Un porte-parole des talibans au Waziristan, Ahmed Marwat, a contacté les agences de presse Reuters et Associated Press pour déclarer qu’effectivement Merah s’était entraîné chez eux, contredisant ainsi le gouvernement français qui soutient officiellement que le Toulousain "ne s’est pas entraîné et n’a pas été en contact avec des groupes djihadistes". Marwat a cependant ajouté : "Nous ne savons rien des attaques en France. Cela n’a rien à voir avec nous."
Le même jour, deux responsables des services pakistanais ont contacté Ishtiaq Mahsud, correspondant de l’Associated Press à Dera Ismaïl Khan, une petite ville [à la frontière avec la province du Pendjab] du Waziristan, pour expliquer pourquoi la France tenait tellement à former et à infiltrer des informateurs du même profil que Merah : au moins 85 jeunes Français se sont entraînés – ou s’entraînent encore – dans le Nord-Waziristan depuis ces trois dernières années. Ce sont en majorité des Français d’origine arabe qui ont formé un groupe dénommé Djihad-e-Islami. Leur commandant français se fait appeler Abou Tarek et cinq d’entre eux sont rentrés en France en janvier 2011 pour chercher de nouvelles recrues. "Ce n’est pas sûr" que Merah se trouvait parmi les cinq apprentis terroristes en question, ajoutent les deux responsables – une confirmation à demi-mot de sa présence au Pakistan. Le tueur s’est rendu au moins deux fois au Pakistan et deux fois en Afghanistan.
Les sources d'Il Foglio préviennent que, là encore, il y avait une entente : il pouvait circuler librement en échange d’informations précieuses. Bernard Squarcini soutient que Mohamed Merah, lorsqu’il était assiégé dans son appartement [de Toulouse], aurait avoué avoir été entraîné "par une seule personne" et pas dans un centre d’entraînement, afin de "ne pas se faire remarquer au milieu des autres en parlant français".
Les patrons du renseignement ne seront pas entendus par le Sénat
Gérard Longuet et Claude Guéant ont annoncé qu'ils refusaient l'audition des chefs des services du renseignement demandée par la majorité PS du Sénat après les tueries de Mohamed Merah.
La commission sénatoriale pour le contrôle de l'application des lois souhaitait notamment entendre le 3 avril, Érard Corbin de Mangoux, directeur général de la sécurité extérieure (DGSE), et le lendemain Bernard Squarcini, directeur central du renseignement intérieur (DCRI). « Les fonctionnaires concernés n'ont pas de responsabilité en matière d'évaluation des lois, et sont par ailleurs, en cette période préélectorale, tenus à un strict devoir de réserve », rappelle un communiqué. La DCRI avait été la cible de critiques sur la surveillance à laquelle était soumise Mohamed Merah.
Selon le programme des auditions publié vendredi par la commission sénatoriale, plusieurs autres auditions sont prévues: Yves Janier, chef du pôle antiterroriste du tribunal de grande instance de Paris, ainsi que le juge Marc Trévidic (3 avril); Frédéric Péchenard, directeur général de la police nationale et Ange Mancini, coordonnateur national du renseignement (10 avril); Michel Mercier, ministre de la Justice (11 avril).
De son côté, la Commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité (CNCIS), qui contrôle la légalité des écoutes, a réfuté avec force avoir donné un avis défavorable à l'écoute des lignes de l'entourage de Mohamed Merah, comme l'avaient affirmé des sources proches de l'enquête.
Une avocate algérienne a annoncé avoir été chargée par Mohamed Benalal Merah de poursuivre devant la justice française l'unité spéciale de la police, pour assassinat.
Le père de Mohamed Merah ne veut pas se taire et le déclare publiquement dans le quotidien arabophone Echorouk.
Dans une interview au journal, Mohamed Benalel Merah a dénié à tout responsable français le droit de lui "demander de se taire". Il répond ainsi à Alain Juppé, le ministre des Affaires étrangères, qui lui avait conseillé de se "taire". Claude Guéant, le ministre de l'Intérieur, avait jugé ses propos "odieux" et "indécents". "Aucun responsable français n'a le droit de me demander de me taire. Je suis un citoyen algérien libre dans mon pays, je m'exprime comme je veux, c'est mon droit de défendre mon fils et mon pays", a-t-il déclaré dans l'interview.
Ce père blessé, «dépassé par les événements», selon l'oncle maternel de Mohamed Merah, dit toujours «ne pas admettre l'assassinat» de son fils et avoir des doutes sur sa culpabilité dans les tueries de Montauban et de Toulouse. «Il aurait fallu l'arrêter et enquêter avec lui. Peut-être qu'il leur aurait fourni des informations, assène-t-il. Peut-être que ce n'est pas lui qui a tué. En tuant mon fils, les services français ont perdu des preuves, et moi, mon fils.»
Connue à Alger pour avoir fait libérer en 2005 Ibrahim Boudaoui, poursuivi en Allemagne en raison de son appartenance supposée à al-Qaida, Me Mokthari soutient qu'elle n'aurait «pas accepté cette affaire» si elle n'était pas sûre de pouvoir la gagner. Elle entend «faire éclater la vérité». Et affirme détenir des preuves à charge contre le Raid. Ces éléments lui sont parvenus, dit-elle, «de personnes qui étaient au cœur de l'événement» lorsque Mohamed Merah a été tué, le 22 mars dernier.
L'avocate algérienne pour porter plainte contre le Raid, a affirmé dimanche à Alger détenir des preuves de "la liquidation" de Merah"pour que la vérité ne voie pas le jour".
Ces preuves prendraient la forme de documents vidéos, explique l'avocate : "Nous détenons deux vidéos identiques de 20 minutes chacune dans lesquelles Mohamed Merah dit aux policiers pourquoi vous me tuez? (...) ‘je suis innocent'", a déclaré lors d'une conférence de presse Me Zahia Mokhtari, qui devrait se rendre en France dans les jours à venir pour déposer plainte devant la justice française. "Des personnes au coeur de l'événement, et qui voulaient que la vérité éclate, m'ont remis ces vidéos", a ajouté l'avocate. Elle a précisé qu'elle en réservait la "divulgation" à la justice française et insisté sur leur authenticité. Sollicité par l'AFP, le ministère de l'Intérieur français n'a fait aucun commentaire. Selon Me Mokhtari, "Merah (Mohamed) a été manipulé et utilisé dans ces opérations par les services français et a ensuite été liquidé pour que la vérité ne voie pas le jour".
Cette version des faits va complètement à l'encontre de celle des autorités françaises. Dès le lendemain de la mort de Mohamed Merah, le RAID avait affirmé avoir "donné sa chance jusqu'au bout" au tueur réfugié dans son appartement. "Si un assaut a été lancé, c'est par Merah", a déclaré le chef de cette unité d'élite de la police, Amaury de Hauteclocque.
Mais l'avocate algérienne persiste et signe : selon elle, Mohamed Merah "avait demandé à parler avec la presse mais cela lui avait été refusé". Des avocats français "veulent nous aider", a ajouté Me Mokhtari, sans citer de nom. Elle a ajouté avoir "confiance en la probité et l'impartialité de la justice française". Elle a indiqué qu'elle remettrait à la justice française "une première liste de trois noms, ceux d'un responsable des services français et de deux autres personnes de nationalités différentes qui ‘travaillaient' avec Mohamed Merah pour qu'elles soient entendues dans cette affaire".
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