Le gouvernement s'enlise dans les mensonges !?
from : le Sud-Ouest , le Monde , Yahoo, le JDD , le Post ....
À quatre jours du débat sur les retraites, le ministre du Travail, dont le nom semble avoir été rayé du vocabulaire de Nicolas Sarkozy, apparaît de plus en plus fragilisé politiquement.
Éric Woerth s'est emporté, hier, face aux journalistes, estimant que la lettre recommandant de Maistre relevait de la « banalité ».
L'« aveu » a été prononcé sur le ton de l'évidence hier matin devant des journalistes de la presse économique : oui, Éric Woerth a bien écrit une lettre afin de demander la Légion d'honneur pour Patrice de Maistre, le gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt. Ce qu'il avait obstinément nié jusqu'à présent, allant jusqu'à prétendre, lorsque l'affaire a éclaté, qu'il ne connaissait pas ce M. de Maistre. Mais la publication cette semaine par « L'Express » et « Le Canard enchaîné » de la lettre dont l'actuel ministre du Travail était l'auteur rendait intenable la défense de celui-ci.
Dans ce courrier en date du 12 mars 2007, celui qui était alors trésorier de la campagne de Nicolas Sarkozy recommandait au ministre de l'Intérieur (Nicolas Sarkozy) l'attribution de la Légion d'honneur à Patrice de Maistre.
« Je n'ai jamais dit que cette lettre n'avait pas existé, personne n'a dit qu'elle n'avait pas existé, mais qu'est-ce que c'est que cette histoire ! », s'est-il emporté hier matin devant la presse. « Vous avez sorti toutes les lettres qu'ont faites tous les députés pour demander ou pour signaler. On est là dans la plus grande banalité. »
Cette fébrilité montre à quel point Éric Woerth se trouve aujourd'hui fragilisé, alors que débute mardi prochain le débat sur la réforme des retraites à l'Assemblée nationale, sur fond d'appel à la grève lancé par les syndicats.
Depuis quelques jours, de multiples signes laissent penser que le ministre du Travail n'est plus aussi soutenu qu'auparavant par les deux têtes de l'exécutif. Sans doute Nicolas Sarkozy et François Fillon feront-ils tout pour le maintenir en poste jusqu'à la fin de la réforme : plutôt que d'être contraint à une démission humiliante, Éric Woerth disparaîtrait discrètement du gouvernement lors du remaniement annoncé. Xavier Bertrand pourrait alors revenir rue de Grenelle pour le remplacer.
Dans la soirée, François Fillon a certes renouvelé par un communiqué toute sa « confiance » à son ministre, estimant qu'Éric Woerth faisait « face à une campagne de dénigrement inacceptable » et réaffirmant qu'il mènerait la réforme des retraites « à son terme ». Mais, dans l'après-midi, son soutien avait paru plus diplomatique, quand il affirmait que « la réforme des retraites sera(it) conduite par le ministre en charge », sans prononcer le nom de ce ministre.
Mardi déjà, devant les jeunes de l'UMP, le Premier ministre n'avait même pas mentionné l'existence du ministre du Travail, alors qu'il évoquait pourtant longuement la réforme des retraites et que l'intéressé était présent au premier rang. Même « oubli » le mercredi en Conseil des ministres de la part du président de la République.
Et certains de ses collègues commencent à s'inquiéter pour Éric Woerth. « Il était complètement absent », commentait l'un d'eux après le Conseil des ministres. Un autre évoque des similitudes avec le calvaire de Pierre Bérégovoy en 1993…
L'étau se resserre autour d'Éric Woerth. Le voici menacé d'une saisine de la Cour de justice de la République ! Une autre affaire, liée à la vente a priori illégale d'une parcelle de l'hippodrome de Compiègne, s'avère elle aussi embarrassante. Et de nombreux socialistes réclament sa démission, ce qu'ils s'étaient bien gardés de faire au début de l'été.
La Cour de justice ...
Selon l'hebdomadaire JDD , un courrier du 11 août de l'ex-ministre de l'environnement et avocate Corinne Lepage (Cap21) est "à l'origine de ce nouveau front judiciaire". "J'estime, au regard de la Constitution, que le procureur Nadal a le droit d'actionner la Cour de justice. Je lui ai demandé de le faire, quitte d'ailleurs à ce qu'à l'arrivée, elle lave M. Woerth de tout soupçon", a expliqué la députée européenne à l'hebdomadaire.
Le JDD affirme que M. Nadal a réclamé "la communication de tous les éléments du dossier pénal susceptibles de concerner une éventuelle prise illégale d'intérêt ou un délit de favoritisme" au procureur général de Versailles, supérieur hiérarchique du procureur Philippe Courroye à Nanterre, où est traité le tentaculaire dossier Bettencourt.
Le procureur général aurait également réclamé "une copie du rapport de l'inspection générale des finances" à l'actuel ministre du budget François Baroin. Selon ce rapport, M. Woerth ne serait pas intervenu dans le dossier Bettencourt lorsqu'il était ministre du budget. L'entourage de M. Nadal indique, toujours dans le JDD, attendre d'avoir évalué "la pertinence des documents" avant de voir "s'il y a lieu de saisir la commissions des requêtes".
Corinne Lepage, députée européenne et avocate, est à l'origine de ces requêtes faites par Jean-Louis Nadal.
Interrogée sur la base qui permettrait au procureur général de saisir la Cour de justice, Mme Lepage a dit avoir "visé les deux infractions supposées reprochées à M. Woerth" lorsqu'il était ministre du budget : "son intervention éventuelle en matière fiscale pour un contribuable employeur de son épouse et aussi la vente des terrains de l'Oise".
"Depuis l'origine de l'affaire Bettencourt, la stratégie suivie est de contourner les organes normalement compétents", dit-elle dans le JDD. "Dans ce dossier, il aurait fallu saisir un juge d'instruction depuis longtemps !"
"J'ai donc écrit au procureur général près la Cour de cassation pour lui demander de saisir la Cour de justice du cas Woerth", ajoute l'ancienne ministre de l'Environnement, dirigeante du parti écologiste Cap 21.
La CJR, juridiction d'exception, a tenu quatre procès depuis sa création en 1993. Au printemps, elle a relaxé l'ancien ministre de l'Intérieur Charles Pasqua dans deux des trois dossiers pour lesquels il était jugé, le condamnant à un an de sursis dans la troisième affaire.
Corinne Lepage estime que deux infractions présumées peuvent mener à la saisine de la Cour de justice: "son intervention éventuelle en matière fiscale pour un contribuable employeur de son épouse, et aussi la vente des terrains de l'Oise".
Eric Woerth est en effet accusé d'avoir bradé à des connaissances une parcelle de la forêt de Compiègne, dans l'Oise, lors d'une vente qu'il a supervisée en tant que ministre du Budget.
Le procureur général près la Cour de cassation est le magistrat qui peut saisir la Cour de justice en France, après avis conforme de la commission des requêtes. Le parquet doit auparavant accepter de transmettre le dossier à cette commission.
"Nous allons évaluer la pertinence des documents que nous avons demandés, et ensuite nous verrons s'il y a lieu de saisir la commission des requêtes", a dit au JDD l'entourage de Jean-Louis Nadal.
Selon cette source, aucun des documents demandés par des courriers du 17 août n'étaient parvenus au procureur général en fin de semaine.
" Cher Eric ..... "
Eric Woerth a fini par reconnaître jeudi son intervention pour la Légion d’honneur de Patrice de Maistre, le gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt. Ces aveux tardifs interviennent trois mois après avoir habilement joué sur les mots, assurant que la décoration avait été "accordée par le ministère de l’Economie, par le ministère du Budget". Pourquoi ces aveux deux jours après la révélation, par L’Express et Le Canard enchaîné , de l’existence d’une lettre, signée de sa main, demandant la décoration pour de Maistre?
Ce n’est pas une mais… trois lettres dans le dossier judiciaire du procureur Courroye, qui témoignent bel et bien de cette intervention longtemps cachée. Une intervention dont Eric Woerth, entendu comme témoin par les policiers de la brigade financière, fin juillet, ne s’était pourtant pas souvenu. Ces deux autres courriers ont été saisis dans le bureau de Patrice de Maistre.
Le premier, datant de juin 2007, un mois avant la promotion du 14 Juillet, est un mot manuscrit dans lequel l’homme d’affaires "remercie" le ministre du Budget, qu’il appelle "cher Eric", "de son soutien" pour l’obtention de sa médaille.
Dans le deuxième courrier, de l’automne 2007, Patrice de Maistre renouvelle, dans un mot tapé à la machine, ses remerciements pour lui avoir obtenu la Légion d’honneur et demande au ministre de lui décerner la récompense. Ce qu’Eric Woerth fera finalement, en janvier 2008, dans les locaux du ministère, devant trois cents personnes, dont la famille Bettencourt. Entre-temps, Florence Woerth avait été embauchée au sein de Clymène, la structure financière chargée de gérer le patrimoine de la première fortune de France et était devenue l’employée de Patrice de Maistre. Difficile donc de croire qu’Eric Woerth ne se soit pas "souvenu" de cette intervention. D’autant qu’en 2006, puis en janvier 2007, il avait rencontré à deux reprises Patrice de Maistre, en tête à tête, pour évoquer des questions de financement politique et un éventuel soutien des Bettencourt à la campagne de Nicolas Sarkozy.