General Electric et Siemens se disputent le pôle énergie du groupe, l’Etat français joue les arbitres...
Ambiance électrique autour d’Alstom. Alors que se multiplient les bruits au sujet d’un rachat du pôle énergie du groupe, le gouvernement français a reporté sine die, dimanche, tout entretien avec le PDG de l’Américain General Electric (GE), qui s’est porté candidat. Pourquoi? 20 Minutes fait le point sur ce dossier aussi économique que politique.
Que représente Alstom pour l’économie française?
Alstom, c’est environ 93.000 salariés et un chiffre d’affaires global de 20 milliards d’euros. Le groupe est spécialisé dans le transport, principalement ferroviaire, et l’énergie, qui représente 70% de son activité et un chiffre d'affaires de 14 milliards d'euros. Sauvé de la faillite par l'Etat en 2003-2004, le groupe s’est depuis redressé. «Il manque simplement à Alstom les fonds pour repositionner son activité», a commenté Barclays jeudi dans une note sur l'éventuelle offre de GE. Mais le groupe est aussi, dans le paysage économique français, un fleuron de son industrie qui marche. «Alstom est le symbole de notre puissance industrielle et de l’ingéniosité française», a redit Arnaud Montebourg vendredi. Alors que la direction du groupe souhaite se séparer de son pôle énergie pour se recentrer sur le transport, il n’est donc pas étonnant de voir le gouvernement se mobiliser.
Qui est candidat au rachat du pôle énergie d’Alstom?
L’Américain General Electric s’est manifesté le premier. Les négociations seraient déjà bien avancées, pour une transaction estimée à quelque dix milliards d’euros, et Bouygues, premier actionnaire d’Alstom (à 29,4%), aurait même donné son aval à l’opération. Dimanche matin, pourtant, coup de théâtre: l’Allemand Siemens annonce dans un communiqué avoir fait part à Alstom de «sa disposition à échanger sur les questions stratégiques soulevées par une coopération future». Une formule énigmatique qui signifierait, selon Le Figaro, que Siemens serait prêt à reprendre l’activité énergie convoitée par GE contre une somme d’argent, à laquelle s’ajouterait «la moitié de sa branche transports». Problème: le PDG d’Alstom, Patrick Kron, est viscéralement opposé à tout rapprochement avec le groupe allemand.
Pourquoi le rachat par GE pose-t-il alors problème?
L’offre de GE, privilégiée par Bouygues comme par Patrick Kron, a a priori tout pour se concrétiser. A un (gros) détail près: l’Etat semble réticent à laisser un symbole de l’industrie française aux mains d’un groupe américain. Bien qu’il ne soit plus actionnaire d’Alstom depuis 2006, le gouvernement n’a ainsi pas hésité à s’inviter dans le dossier par la voix d’Arnaud Montebourg. Dimanche, Bercy a répété qu’il entendait être «particulièrement ferme sur ses exigences de maintien et de créations d'emplois, d'investissements et de recherche-développement en France, ainsi que le maintien des centres de décision en France». Le gouvernement français souhaite «disposer du temps nécessaire à un examen sérieux des propositions» sur la table, a ajouté Bercy. En conséquence, l’entrevue entre Arnaud Montebourg et le PDG de GE, Jeffrey Immelt, de même que celle que ce dernier devait avoir avec Manuel Valls, a été reportée.
Arnaud Montebourg, le ministre de l'économie, a annulé sa rencontre prévue dimanche 27 avril au soir avec Jeffrey Immelt, le patron de General Electric (GE), a-t-on appris d'une source proche de Bercy. « L'Etat français entend étudier sereinement toutes les options qui s'offrent à Alstom, et notamment les propositions émises par Siemens », explique cette source.
« General Electric et Alstom ont leur calendrier, qui est celui d'actionnaires, mais le gouvernement français a le sien, qui est celui de la souveraineté économique. C'est pourquoi il souhaite disposer du temps nécessaire à un examen sérieux des propositions », indique Bercy dans un communiqué.
« General Electric et Siemens sont deux investisseurs importants en France et des acteurs de premier plan au sein de notre tissu industriel national. Le gouvernement est prêt à examiner leurs projets avec le souci de préserver les intérêts de la base industrielle de la France et à y participer financièrement », poursuit le communiqué.Selon nos informations, M. Montebourg ferait également pression pour que le conseil d'administration d'Alstom, prévu dimanche après-midi afin d'étudier et sans doute d'approuver l'offre de General Electric, soit repoussé ou ne soit pas conclusif.
RENFORCER L'ACTIVITÉ FERROVIAIRE D'ALSTOM
Désireux de ne pas laisser General Electric faire main basse sur les activités énergétiques du français Alstom, le géant allemand Siemens a transmis samedi en fin de journée à son concurrent français une lettre d'intention afin de mettre sur la table une contre-proposition. Cette lettre vise à la fois à rallier le conseil d'administration d'Alstom, mais aussi le gouvernement. Elle répond en effet aux préoccupations martelées par M. Montebourg en matière d'emploi, d'investissement et de localisation des centres de décision en France.
Alstom/General Electric : le gouvernement français en vigilance orange
L'intérêt du conglomérat industriel américain General Electric pour le fran ais Alstom, équipementier des secteurs de l'énergie et des transports est bien réel. Selon certaines sources proches du dossier, Alstom et General Electric sont m me tombés d'accord pour que le second rach te au premier ses activités dans le secteur de l'énergie; Bouygues, l'actionnaire principal d'Alstom soutenant la transaction. Arnaud Montebourg, le ministre fran ais de l'Economie a lancé vendredi un appel la vigilance patriotique, rappelant la préoccupation du gouvernement Valls en mati re d'emploi notamment. Car Alstom c'est 93.000 salariés dans le monde dont 18.000 en France. Secundo, la branche énergie d'Alstom qui intéresserait l'américain a généré pr s des trois quarts du chiffre d'affaires du fran ais pour l'exercice 2012-2013. Le gouvernement fran ais est donc en droit de s'intéresser cette transaction dont l'issue semble imminente. On fera également remarquer que l'américain General Electric est certainement le groupe le plus fran ais des groupes étrangers implantés en France ou il emploie pour sa part 10.000 personnes. La cotation du titre Alstom a été suspendue vendredi matin la bourse de Paris.
Cette lettre d'intention n'est pas une offre ferme car Siemens, qui se dit prêt à aller vite, demande d'abord d'avoir accès aux mêmes informations que celles dont General Electric aurait pu bénéficier. Sous cette réserve, le géant allemand propose, comme General Electric, de reprendre les activités d'Alstom dans l'énergie, turbines et autres transmissions, mais, dans le même temps, il se dit prêt à apporter au français une partie de ses propres activités dans les trains à grande vitesse et les locomotives, sous forme de titres ou d'actifs, afin de renforcer le pôle ferroviaire d'Alstom.
« Nous voulons créer deux champions européens, l'un dans l'énergie, l'autre dans le transport », souligne un proche de Siemens qui ajoute : « s'il n'est pas consolidé, le pôle transport d'Alstom n'est pas taillé pour résister à la mondialisation ».
Dans ce schéma, les activités de transport resteraient basées en France – comme c'est le cas pour l'offre de General Electric qui ne touche pas à cette branche d'Alstom. En outre, Siemens offre de localiser en France le siège mondial de son activité de turbines à vapeur et même de rapatrier de ce côté du Rhin une grande partie des centres de décision de son activité de réseaux de distribution d'énergie.
PAS DE LICENCIEMENT PENDANT TROIS ANS
Pour ce qui concerne le sujet sensible des turbines nucléaires fabriquées par Alstom, le groupe allemand se dit prêt, enfin, à extraire cette activité du périmètre acquis afin de la céder à des intérêts tricolores, EDF ou Areva. Et de rappeler que General Electric est associé dans ce domaine au japonais Hitachi, grand concurrent du français Areva.
Enfin, alors que Patrick Kron, patron d'Alstom, a mis en avant le risque de suppressions de postes en cas de rapprochement avec Siemens, avec lequel les doublons d'activités seraient plus importants qu'avec General Electric, le groupe allemand se dit prêt à s'engager à ne pas licencier en France pendant 3 ans.
S'il se dit intéressé par ces propositions, l'Etat français assure néanmoins que ce n'est pas lui qui a sollicité Siemens. De fait, le groupe allemand n'a pas attendu la révélation de l'intérêt de General Electric pour lorgner sur Alstom. Il y a deux mois, les deux patrons, Patrick Kron chez Alstom et Joe Kaeser, se sont rencontrés. Depuis, le français fait la sourde oreille aux propositions de Siemens. Mais, selon un proche du groupe allemand, cela ne les a pas empêché de poursuivre les travaux en vue d'un rapprochement. Ces derniers jours, Siemens s'est ainsi rapproché des pouvoirs publics français.
"L'industrie française poursuit sa lente descente aux enfers"
Maud Vergnol insiste dans "L'Humanité" sur la nécessité pour le Premier ministre Manuel Valls de "prendre ses responsabilités et priver les patrons d'Alstom de leur droit divin". "Car l'OPA du géant américain sonne comme le début d'une grande braderie", ajoute l'éditorialiste du journal communiste.
"Après Péchiney, Arcelor, et plus récemment Publicis ou Lafarge, la France peut-elle laisser partir à l'étranger un nouveau fleuron de son industrie nationale ?" demande Bruno Dive dans "Sud Ouest".
L'appel lancé par le ministre de l'Economie Arnaud Montebourg à "la vigilance patriotique" "dit bien l'urgence du dossier Alstom dont il s'empare", écrit Monique Raux dans "L'Est républicain".
Pour Patrice Chabanet du "Journal de la Haute-Marne", "on observe une nouvelle fois que l'industrie française poursuit sa lente descente aux enfers, en jouant le rôle peu enviable de proie".
Pour "Le Figaro", sous la plume de Gaëtan de Capèle, l'Etat "exerce, à bon droit, son devoir de surveillance lorsque les intérêts supérieurs du pays - secteur protégé, technologie sensible, emploi... - sont en cause".
Les 10 questions soulevées par le dossier Alstom
Y a-t-il urgence à vendre Alstom ? Pourquoi Bouygues veut-il vendre ? ... Le dossier de la vente du fleuron de l’industrie française en dix points clés.
Alors que l’Autorité des marchés financiers souhaite une reprise de la cotation d’Alstom à la Bourse de Paris dès demain, et demande à ce que les offres allemande et américaine lui parviennent avant l’ouverture du marché parisien, retour sur les principales questions soulevées par cette tentative de rachat géante.
Y a-t-il urgence à vendre Alstom ?
Au vu des derniers résultats trimestriels, Alstom n’est pas au bord du gouffre : le chiffre d’affaires a certes baissé de 1 % sur les neuf premiers mois de son exercice 2013-2014 et son carnet de commandes de 12 %, mais celui-ci représente encore peu ou prou un an de chiffre d’affaires. Les inquiétudes du groupe – et du gouvernement – se situent plutôt sur le moyen terme : la direction a engagé un plan d’économies pluriannuel, des cessions d’actifs non stratégiques et l’ouverture du capital pour sa branche ferroviaire sans que cela ne rassure les analystes et les marchés financiers, le cours ayant poursuivi sa chute en bourse. Ces dernières années, la part des économies matures (Europe et Amérique du nord) s’est encore renforcée dans l’activité de l’équipementier, alors que la concurrence des pays émergents va aller croissante. Le groupe est en outre fortement endetté, et n’arrive pas pour l’heure à honorer ses objectifs de marge.
Pourquoi Bouygues veut-il vendre ?
Pour Martin Bouygues, Alstom n’est plus une participation stratégique. C’est devenu évident fin 2012, lorsque le groupe de Patrick Kron a augmenté son capital de 350 millions d’euros. Bouygues s’est laissé diluer à un peu moins de 30 % du capital. Selon un proche de la direction, Martin Bouygues a été déçu : « Il espérait bénéficier d’une position privilégiée à chaque fois qu’Alstom décrocherait un chantier, mais Kron n’a laissé personne mettre le nez dans ses affaires. » Alstom devenait d’autant plus encombrant que ses dividendes ont diminué à partir de 2011. Surtout, et Martin Bouygues l’aurait expliqué à Arnaud Montebourg dès 2012, le groupe de BTP ne peut pas lutter sur deux fronts à la fois : la création d’un quatrième opérateur mobile a mis en danger Bouygues Telecom, prioritaire sur Alstom. Si GE l’emporte, Bouygues touchera quelque 3 milliards d’euros. De quoi recapitaliser les télécoms pour investir dans le fixe, voire réaliser de petites acquisitions. En tout cas, de quoi voir venir…
La faute au marché de l’énergie ?
Les difficultés d’Alstom sont essentiellement liées à sa branche énergie, qui représente 71 % de son activité et dont les commandes se sont effondrées. Le groupe subit la crise du marché des turbines, qui connaît un net coup d’arrêt depuis trois ou quatre ans, en raison du ralentissement économique en Europe comme sur les marchés émergents. Et cela devrait durer. Selon le cabinet SIA Partners, alors qu’il affichait un rythme de croissance de 4 à 5 % par an avant la crise, le marché des centrales à gaz ou à charbon ne croîtra pas plus de 1 % par an sur les sept prochaines années. Avec de fortes disparités géographiques : il se contracte en Europe, où des capacités sont supprimées, tandis que l’essentiel de la croissance se concentre en Asie, notamment en Chine. Or Alstom y est quasi absent et de nouveaux concurrents y sont apparus, tels que les chinois Dongfang, Harbin et Shanghai Electric. Le Moyen-Orient est la seule zone en croissance où Alstom est bien positionné.
Le ferroviaire peut-il survivre seul ?
Oui, s’il se muscle encore. Malgré sa présence dans 60 pays et des contrats majeurs récemment remportés en Afrique du Sud ou pour le métro de Riyad, Alstom Transport (26.000 personnes et 5,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires) dépend encore trop de l’Europe. Pour accélérer à l’export, Alstom Transport cherchait ces derniers mois à attirer des partenaires industriels ou financiers, via une mise en Bourse. Mais la division refusait une alliance avec Siemens tant les entreprises sont directement concurrentes dans le rail. Aujourd’hui, le dossier Alstom Transport est suspendu au sort de sa maison mère. Dans l’hypothèse d’un deal global Alstom-Siemens, l’allemand proposait en début de semaine d’apporter au français son matériel roulant, mais pas la branche signalisation qui va avec. Ce qui, outre de lourdes conséquences sociales, reviendrait à créer un « Airbus du ferroviaire »… aux ailes coupées.
Pourquoi GE mise sur l’Europe ?
Seraient-ils fous chez General Electric (GE) ? Pourquoi le groupe américain très présent en Asie et dans l’ensemble des pays émergents et qui peut compter en prime sur le dynamisme retrouvé de son marché domestique mise encore sur un Vieux continent connu pour ses lourdeurs sociales et sa faible croissance ? D’abord parce que GE réalise près de 18 % de son chiffre d'affaires en Europe, soit plus de 25 milliards de dollars. Il y détient 70 sites industriels et emploie plus de 84.000 personnes, qui contribuent à plus de 10 milliards de dollars d’exportations. L’Europe n’est pas le moteur de la croissance du groupe mais pas question pour autant de négliger des clients dans le transport aérien, l’énergie ou le médical. Surtout, près d’un tiers des brevets déposés chaque année par GE sont made in Europe. Signe de cet intérêt pour l’Europe depuis 2010, 60 % des acquisitions de GE dans le monde ont porté sur des cibles européennes pour près de 20 milliards.
Pourquoi le titre a-t-il été suspendu 3 jours ?
Plusieurs jours de suspension de cotation, c’est beaucoup et c’est rare. « Les autorités de marché n’aiment pas suspendre les cours, car les opérateurs, eux, veulent traiter », explique un avocat. Preuve en est, récemment, ni les actions Vivendi ni celles de Numericable, Altice, Lafarge ou Peugeot n’ont été suspendues. Elles étaient pourtant au cœur d’opérations stratégiques. Seules exceptions, Steria et Sopra début avril. Les deux titres n’ont pas été traités pendant deux jours avant que leur mariage ne soit officialisé. « C’est fréquent, en revanche, quand les entreprises sont en difficulté. En 2011, Anovo a été suspendu pendant un mois et demi », rappelle un trader. « Cette fois-ci, on a eu l’impression que les autorités avaient voulu bâillonner le marché pour l’empêcher de s’exprimer », commente un gérant alternatif. D’autres voient les choses différemment : « le titre Alstom avait gagné 11 % jeudi suite aux rumeurs et il fallait éviter un emballement excessif », indique une source proche du dossier
Siemens, synonyme de casse sociale ?
S’il est difficile à ce stade d’évaluer l’impact de chaque offre sur l’emploi chez Alstom, qui compte 18.000 salariés en France, General Electric est clairement plus complémentaire que Siemens avec le groupe français. L’américain est leader mondial des turbines pour centrales à gaz, tandis que le français domine dans les centrales à charbon, les centrales hydroélectriques, ou encore le transport d’électricité. GE emploie certes 11.000 salariés en France, dont 1.800 à Belfort dans l’énergie, mais les turbines à gaz de moyenne et grande puissance qu’il y produit ne sont pas concurrentes de celles d'Alstom. Siemens (qui emploie 7.000 personnes dans l'Hexagone) compte davantage de doublons avec le français : dans les turbines à gaz et à charbon, dans l’éolien en mer, le ferroviaire... Même si l’allemand s’engage à ne pas licencier pendant trois ans, les syndicats redoutent une sévère casse sociale à moyen terme. Sans parler des cessions que pourraient imposer les autorités de la concurrence, à Bruxelles.
Patrick Kron peut-il rester à la tête d’Alstom ?
Il est évidemment trop tôt pour le dire. Mais une chose est sûre, le PDG d’Alstom n’a pas que des soutiens à Bercy, où l’on assure avoir appris seulement la semaine dernière l’existence de discussions avec General Electric. Auréolé du sauvetage de l’entreprise, en 2004, Patrick Kron a toujours revendiqué son côté franc-tireur et son indépendance vis-à-vis de la puissance publique. « Personne d’autre que mon conseil d’administration n’est capable de me faire bouger d’un centimètre sur ce que je considère comme raisonnable », indiquait-il fin 2009 aux « Echos », juste après avoir mis la main sur la filiale de transmission d’électricité d’Areva… Les semaines qui viennent montreront s’il est capable d’imposer un choix autre que celui de l’Etat. Mais au-delà se pose la question de son avenir personnel au sein du futur Alstom. La réponse ne sera pas la même selon que le vainqueur s’appelle Siemens ou GE…
Alstom adossé à un français : possible ?
Adosser Alstom à un groupe français fait évidemment partie des scénarios qui ont été étudiés – au moins par le gouvernement. Une piste à l'étude, mais non confirmée, serait de constituer un consortium associant l’équipementier français à Safran, ainsi qu’au britannique Rolls-Royce. En France, un schéma associant EDF ou Areva ne paraît pas à l’ordre du jour : EDF, qui est fournisseur d’électricité mais qui est aussi architecte-ensemblier de centrales électriques, ne souhaite pas réaliser d’intégration verticale de ses activités. Quant au groupe nucléaire public Areva, convalescent depuis l’accident nucléaire de Fukushima, il n’aurait probablement pas les moyens financiers de se développer en même temps qu’Alstom. Le nom de Schneider Electric a également été cité, sans suite jusqu’ici. Reste une participation financière. Le gouvernement a démenti envisager une cession de parts d’EDF pour financer le développement d'Alstom.
Peut-on bloquer l’opération ?
« Il y a un décret que mon gouvernement avait pris qui permet à l’Etat de bloquer une opération de rachat lorsqu’il y a des intérêts stratégiques en cause, et il y en a », a indiqué mardi l’ancien Premier ministre François Fillon. Le décret « anti-OPA » en question a été publié fin 2005, après la tentative avortée de rachat de Danone par l’américain Pepsi. Il permet en théorie à l’Etat de bloquer toute opération menée par un investisseur étranger sur une entreprise intervenant dans un secteur « stratégique ». Le décret en définit une dizaine, mais de façon assez restrictive : défense, sécurité privée, biotechniologies, production d’antidotes, interception de communications, sécurité informatique et cryptologie, jeux d’argent, « technologies duales » pouvant être utilisées à des fins civiles et militaires. Reste à savoir si Alstom entre dans l'une de ces catégories.
From : , les Echos ,20 minutes , le Monde (Isabelle Chaperon ), NouvelObs,.....