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Exaspéré, le ministre de la Défense ne veut plus entendre parler du "cauchemar" du logiciel de gestion des soldes. Début décembre, il va trancher.

Des millions de trop-perçu doivent être maintenant recouvrés par le Trésor public

 

Selon le blog militaire du journal l'Opinion, tenu par notre confrère Jean-Dominique Merchet, le catastrophique système de gestion de la solde militaire Louvois (logiciel unique à vocation interarmées de la solde), conçu par la société Steria, va être abandonné par le ministère de la Défense. Notre confrère n'a pas été démenti sur le fond et pas davantage quand il indique que le ministre de la Défense devrait évoquer ce sujet lors d'un déplacement à Varces (Isère), où il avait pris conscience concrètement du problème, voici un an.

 

Selon nos informations, la forme exacte de la communication du ministre de la Défense n'est pas encore précisément fixée, mais il devrait prendre acte du fait que le système n'est pas perfectible, et que le ministère va devoir s'en passer. Il devrait annoncer un processus "transparent" de définition d'un nouveau système logiciel, qui pourrait prendre jusqu'à trois années pleines. Il devrait également préciser que les armées souhaitent le recours à une solution stable et fiable, et refuser que "les militaires servent de cobayes", selon une source ayant connaissance du dossier.

Il est vrai que le désastre est total : des centaines de spécialistes doivent corriger à la main les errements d'un logiciel mal défini, mal conçu et mis en place de façon précipitée sans que des passerelles avec l'ancien système de paie, lourd mais efficace, aient été prévues. Parmi les dernières calamités que le ministère doit traiter figurent notamment plus de 100 millions de trop-perçus payés à des dizaines de milliers de soldats ces dernières années. Pour simplifier les choses, 25 000 bénéficiaires indus auraient quitté l'armée sans restituer ces trop-perçus que le Trésor public doit pourtant récupérer ! Il semble que, dernièrement, 2 500 dossiers individuels aient purement et simplement disparu du logiciel maudit, avec tout l'historique salarial des personnes concernées. Le service des soldes doit tout reconstituer à la main !

 

Des corrections qui génèrent de nouvelles erreurs !
Sur cette affaire très complexe, Jean-Yves Le Drian a choisi depuis le départ de ne pas chercher les responsabilités résidant pour une part dans l'administration du ministère de la Défense. Pour y voir plus clair dans ce dossier très complexe, nos lecteurs se réfèreront à l'excellente synthèse de deux députés, Geneviève Gosselin-Fleury et Damien Meslot, publiée en septembre dernier dans le cadre d'un rapport parlementaire sur la réorganisation du ministère de la Défense. Dans ce texte, ils dissèquent autant que faire ce peut les causes des problèmes, en relevant que Louvois se comporte comme une machine folle générant en permanence de nouvelles erreurs : "Il semble même que les correctifs qui lui sont apportés, à mesure qu'ils permettent de résoudre certains dysfonctionnements, engendrent eux-mêmes de nouvelles erreurs de calcul." Ils estiment par ailleurs qu'il est pratiquement impossible de trouver l'origine des fautes : "Les responsabilités dans ce qui est un véritable scandale n'en sont que plus diluées, ce qui est profondément insatisfaisant au regard des torts causés aux militaires qui en sont victimes."

 

Les deux parlementaires proposaient enfin trois choix d'intervention: 1. Continuer avec Louvois et concentrer tous les moyens disponibles au redressement de la situation à partir de ce système. 2. Commencer à étudier le recours à un autre progiciel, dont le déploiement nécessiterait probablement un délai de trois ans. 3. Gérer mois après mois la solde en ramenant l'armée de terre au système antérieur le temps de rectifier les erreurs de Louvois.

La solution envisagée par Jean-Yves le Drian, qui parle de Louvois comme d'un "cauchemar", est de toute évidence beaucoup plus radicale !

 

 

 

Un "désastre", une "vraie catastrophe", "indigne d'un pays comme le nôtre" : invité d'Europe 1 mardi 26 novembre, Jean-Yves Le Drian n'a pas de mot assez dur contre "le système Louvois", mis en place en 2011 pour gérer la paie des militaires.

Le ministre de la Défense a annoncé l'abandon officiel de ce système informatique, responsable de nombreux dysfonctionnements et d'une longue polémique.


Qu'est-ce qui clochait chez Louvois ? Francetv info liste les critiques assassines faites au logiciel.

 

Des paies parfois complètement anarchiques
Un mois sans salaire, puis un trop-perçu, de mauvais calculs et des montants farfelus : en septembre, les députés Geneviève Gosselin-Fleury (PS) et Damien Meslot (UMP) avaient conclu que le système produisait toujours des bugs, en dépit des multiples audits menés. Dans un rapport sur la réorganisation du ministère, ils écrivaient qu'en raison de ces bugs, "des familles de militaires s'étaient, en effet, retrouvées avec 500 euros par mois pour vivre, parfois 126 euros ou même 90 euros", rappelle Le Figaro. Dans les familles, les conséquences sont parfois désastreuses, détaille L'Express.fr.

"Selon la Défense, 120 000 dossiers auraient été réglés, seuls 397 non traités. Ce que démentent les associations de militaires, qui crient au mensonge et au scandale en dénonçant des dizaines de milliers de dossiers encore en souffrance", poursuit l'article. En juin, "quelque 130 millions d'euros de trop-perçus avaient été comptabilisés en raison des erreurs suscitées par le système", ajoute Le Monde.fr (article payant).

 

Une mise en œuvre précipitée
Selon le ministre de la Défense, le système Louvois a été "mis en œuvre dans la précipitation, la confusion", "alors qu'on [avait] supprimé l'ancien dispositif, sans vérifier si le nouveau marchait", déplore-t-il. "Il n'y a pas eu d'expérimentation, il n'y a pas eu d'essai", a renchéri Jean-Yves Le Drian.

"On va remettre en place un dispositif plus robuste, qui va être préparé avec beaucoup de vigilance, qui va être expérimenté, et qui va se mettre en place dans les mois qui viennent", a-t-il poursuivi. Mais, cette fois, "il faudra un gros travail de préparation". "Je n'ai pas l'intention de recommencer la très mauvaise expérience que je viens de vivre. Je ne veux pas ajouter de la polémique à la catastrophe", a conclu le ministre.

En dépit de ces bugs informatique à répétition, "le logiciel devrait continuer de tourner encore 18 à 24 mois", a estimé ZDNet.fr. Le rapport sur la réorganisation du ministère a indiqué quant à lui que le recours à un autre progiciel "nécessiterait probablement un délai de trois ans". Par ailleurs, le logiciel, essentiellement développé par Stéria, a déjà coûté 6 millions d'euros, note ZDNet.

 

Une administration qui est, aussi, responsable des bugs 
Si les problèmes informatiques sont pointés du doigt, il semblerait que "toute la chaîne de paiement des soldes" ait eu une responsabilité dans cette débâcle, a estimé en avril le secrétaire général pour l'administration (SGA) du ministère de la Défense et des Anciens Combattants, Jean-Paul Bodin.

"Le système a été mis en place sans chef de projet. Plusieurs personnes décidaient : les services d’information, le secrétariat général, le directeur des ressources humaines…", a précisé la députée PS Geneviève Gosselin-Fleury, interrogée par le site acteurspublics.fr. Enfin, "tous les responsables qui étaient experts de la solde, notamment dans l’armée de terre, sont partis dans le cadre de la Révision générale des politiques publiques (RGPP) ou de la réforme du ministère. Les experts n’étaient donc plus là pour corriger le tir."

“C’est bien à la direction des ressources humaines du ministère de la Défense qu’il revenait de piloter le projet, et c’est donc là qu’il faut rechercher les responsabilités des déboires actuels”, a également assuré l'autre auteur du rapport, le député Damien Meslot.

 

Une idée ancienne et complexe
Le blog Défense globale, de La Voix du Nord, revient sur le parcours chaotique de ce logiciel  dont la genèse remonte aux années 1990 : "En 2004, on s'aperçoit qu'un projet de progiciel externalisé par le commissariat de l'armée de terre va dans le mur et la Cour des comptes dénonce un projet terminé sans résultat opérationnel pour la modique somme de 20 millions d'euros. Déjà."

Un an plus tard, "la marine nationale et l'armée de l'air se réunissent en une même structure. L'armée de terre préfère attendre le logiciel, prévu pour 2009". Mais cette année-là, "l'idée (...) est de créer un opérateur national de paye. Matignon décide que le système Louvois lui sera raccordé à terme. Ce qui implique de confier le projet à la direction des ressources humaines (et non plus au commissariat)", poursuit le blog.

Avant même les restructurations opérées parmi les ressources humaines, un audit de 2010 constate que "Louvois se révèle peu robuste, difficilement maintenable et exploitable ", poursuit Défense globale.

 

 Un contexte difficile
34 000 postes supprimés, 6 régiments fermés, 8 000 soldats en moins sur le terrain... Ces problèmes surviennent dans un contexte tendu: celui du régime sec auquel l'armée française se prépare. Le Sénat a entériné, fin octobre, d'importantes baisses d'effectifs, avec 7 881 postes en moins dès 2014.

En mars, francetv info avait publié une tribune dans laquelle plusieurs officiers de l’armée française, normalement soumis au devoir de réserve, épinglaient sévèrement la gestion de la Grande Muette. La traduction d'un malaise, que l'épisode Louvois n'a guère arrangé

 

 

 

Le fiasco du super logiciel de paye de l'Etat
Le "super calculateur" ONP devait gérer la paye de 2,5 millions de fonctionnaires dès 2017. Plombé par les retards et les blocages, ce chantier lancé pour réaliser des économies pourrait se transformer en gouffre financier. Récit d'un naufrage.

Les travaux de l'Opérateur national de paye devaient initialement être terminés en 2017. Mais ils accusent désormais un retard qui pourrait se chiffrer en années, voire couler le projet.
"Pharaonique". L'expression est sur toutes les lèvres dès qu'on évoque l'Opérateur national de paye (ONP), ambitieux projet qui vise à gérer la paye de quelque 2,5 millions d'agents de la fonction publique d'Etat dans un seul programme informatique. Objectif: réaliser 190 millions d'euros d'économies par an à partir de sa mise en oeuvre, prévue pour 2017, notamment en supprimant environ 3800 postes affectés à la gestion de la paye dans les différents ministères.


Mais depuis sa création en 2007, l'ONP accumule les déboires et les retards. Et ce malgré l'investissement de centaines de millions d'euros et la mobilisation de plus de 500 agents à temps plein, dont 288 travaillent chez des partenaires privés, selon la CGT, pour concevoir le bijou. Si bien qu'en cette fin d'année 2013, son existence même est menacée. Certains observateurs le voient déjà rejoindre les logiciels Chorus (comptabilité de l'Etat) et Louvois (armées) au club des ratés informatiques de l'Etat. Comment en est-on arrivé à un tel gâchis?

 

Des retards inquiétants
15 mai 2007: un décret entérine la création du système. Le gouvernement fixe un délai de 10 ans pour mettre en oeuvre le chantier, lancé dans le cadre de la Révision générale des politiques publiques (RGPP). Un chiffre illustre l'ampleur de la tâche: il va falloir prendre en compte environ 1850 régimes indemnitaires différents!

4 ans et demi plus tard, en janvier 2012, la directrice de l'ONP Sophie Mahieux reconnaît que le projet accuse déjà 15 mois de retard mais maintient l'échéance de 2017 comme objectif. Elle a depuis quitté ses fonctions pour diriger le Crédit Municipal de Paris.

De retour au pouvoir, la gauche décide de poursuivre le chantier. Mais les signaux d'alerte se multiplient. Un rapport sur le bilan de la RGPP remis à Jean-Marc Ayrault le 25 septembre 2012 relève "de sérieuses inquiétudes quant aux conditions de mise en oeuvre de l'opérateur national de paye". La perspective d'achever les opérations en 2017 s'éloigne. Et aujourd'hui? Contactée par L'Express, la direction de l'ONP se refuse à tout commentaire sur son calendrier comme sur le reste.

Une facture qui pourrait dépasser le milliard d'euros
Karine Berger, députée PS des Hautes-Alpes, s'est elle aussi heurtée à un mur lorsqu'elle s'est penchée sur le sujet. "A plusieurs reprises", il lui a été "impossible d'obtenir des informations sur des points précis, malgré plusieurs relances", regrette-t-elle dans un rapport du 10 octobre 2012 fait sur le projet de loi de finances 2013. Et notamment deux points cruciaux: l'avancement des opérations -"serait-ce parce que des incertitudes et des risques de décalage pèsent désormais sur ce déploiement?", fait-elle mine de s'interroger- et son coût.

Car il est impossible à l'heure actuelle de connaître le montant des dépenses engagées dans la conception du super logiciel. L'ardoise du "SI-Paye", le coeur du réacteur de l'ONP, était initialement estimée à un total de 170 millions d'euros et elle pourrait grimper du fait des retards constatés. Chiffre auquel il faut ajouter les efforts fournis par les ministères eux-mêmes pour se mettre en conformité avec le système. En 2011, cette facture était évaluée entre 650 millions d'euros et 760 millions d'euros jusqu'à 2018. Mais "plus aucune mention du coût global ne figure dans les éléments fournis cette année" -en 2012, ndlr-, s'étonne Karine Berger.

 

"Une vraie usine à gaz"
Sortir de l'ornière s'annonce délicat. Un exemple récent invite le gouvernement à la plus grande prudence: le programme Louvois, sorte de "petit frère" de l'ONP réservé au ministère de la Défense. Après deux ans de service et des milliers de bugs, le ministre Jean-Yves Le Drian a annoncé fin novembre son abandon, conscient d'un désastre technologique et humain.

Impossible, donc, d'appuyer sur l'accélérateur au risque de s'exposer à des bugs. Que se passerait-il si, demain, ce n'était pas la paye de 200 000 militaires mais celle de 2,5 millions de fonctionnaires qui déraillait? L'échec de Louvois a donné du grain à moudre aux syndicats, hostiles depuis le départ au projet et aux pertes d'emplois qui l'accompagnent. "Maintenant on a du recul sur cette méthode et on voit bien que dans les faits, ce n'est pas plus efficace. C'est du foutage de gueule, une vraie usine à gaz", grince un responsable de la CGT Finances de Paris.

L'enterrement de Louvois soulève une deuxième question: pourquoi Jean-Yves Le Drian a-t-il annoncé son remplacement par un nouveau logiciel? Développé en externe, ce dernier va faire l'objet d'un marché public à hauteur de 75 millions d'euros, selon nos informations. Or, il n'entrera en fonction qu'à partir de 2015 alors que la paye des armées devait initialement être raccordée à l'ONP en 2017. Interrogé par L'Express sur ce choix, l'entourage du ministre de la Défense précise qu'"il est toujours prévu qu'à terme, le nouveau logiciel de solde soit raccordé à l'ONP" mais reconnaît que "le calendrier sera impacté". Comprendre: il faudra attendre bien après 2017 pour que l'armée en bénéficie...

 

Matignon reprend la main
Cet épisode souligne l'incertitude qui plane sur l'ONP. Il est devenu délicat de compter sur son aboutissement. Et pendant qu'il patine, aucun investissement n'est fait sur les systèmes de paye en vigueur, pourtant obsolètes. Pire: l'Etat a anticipé les économies de postes de son futur super logiciel si bien que les services RH de certaines administrations sont déjà "dans un relatif sous-effectif", pointait le rapport sur la RGPP cité précédemment.

Pris en tenaille, l'exécutif s'efforce désormais de remettre le navire à flots. Matignon a d'ores et déjà repris le gouvernail pour imposer le mouvement. Jean-Marc Ayrault a missionné à l'été 2013 un spécialiste pour déminer le dossier: Jacques Marzin, patron des systèmes d'information de l'Etat. Ce dernier a notamment piloté Chorus, autre système informatique géant qui permet de gérer la comptabilité de la France -lui aussi victime de bugs et de couacs en son temps.

Sa feuille de route? "Faire des préconisations pour redéfinir une démarche plus contractuelle avec les ministères -souvent accusés de ne pas jouer le jeu et donc de retarder la marche du projet, ndlr-, en lien avec tous les acteurs, et réduire la complexité technique", expliquent les services du Premier ministre, qui refusent tout commentaire avant la présentation des conclusions de leur expert, "courant janvier 2014". Quelle en sera la teneur? En privé, plusieurs sources annoncent déjà un retard qui se chiffrera en années et un système revu à la baisse. Les économies escomptées attendront.

 

 

  

From : Jean Guisne (le Point ),France TV Info,Adrien Sénécat ( l'Express)......

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Tag(s) : #Stratégie - Défense - Relations Internationales
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