Les Américains demandent aux Européens de faire plus d'effort, ce que l'Eurogroupe n'apprécie pas.
Avec la déstabilisation des marchés et une inquiétude croissante des deux côtés de l'Atlantique, le secrétaire au Trésor américain, Tim Geithner, n'a pu s'empêcher de faire la leçon à ses dix-sept homologues de la zone euro réunis vendredi à Wroclaw (Pologne).
Les ministres européens des Finances sont réunis en Pologne jusqu'à samedi pour sauver la Grèce et l'euro. Invité exceptionnel de ce sommet, le secrétaire d'Etat américain au Trésor, Timothy Geithner, a reçu un accueil plutôt frais . Ses homologues n'ont visiblement pas apprécié ses mises en garde.
Après la première réunion, l'Américain a été poliment reconduit à la porte. Selon Jean-Claude Juncker, le président luxembourgeois de l'Eurogroupe, on ne parle pas des mécanismes de solidarité ou des prévisions économiques devant un pays qui n'est pas membre.Timothy Geithner a tout de même prodigué quelques conseils et demandé aux Européens d’accélérer leur train de réforme.
Des recommandations qui sont restées en travers de la gorges des ministres européens . L'Autrichienne, Maria Feckter, n'a pas apprécié l'attitude de l'Américain. "Il vient nous donner des leçons alors que nos fondamentaux sont meilleurs que ceux des Etats-Unis. Il vient nous expliquer quoi faire avec l'argent de nos contribuables et il rejette les mesures que nous lui proposons. Je ne trouve pas cela normal", a-t-elle déclaré en marge de la réunion.
A Wroclaw, l'objectif de départ qui était de concrétiser le second plan de sauvetage à la Grèce, de près de 160 milliards d'euros. La zone euro bute encore et toujours sur les garanties demandées par la Finlande en échange de nouveaux prêts à Athènes, une question qui empoisonne les relations au sein de la zone euro. "Des progrès ont été réalisés" mais aucun accord n'a été trouvé, a indiqué Jean-Claude Juncker.
Pour autant, les Américains n'ont pas l'intention de relâcher la pression sur les Européens. Vendredi après-midi, Barack Obama lui-même a indiqué qu'il parlerait en personne de la crise avec ses homologues la semaine prochaine, en marge de l'assemblée générale des Nations-Unies.
Les ministres des Finances de la zone euro réunis vendredi avec le secrétaire américain au Trésor Timothy Geithner n'ont pas discuté de la taille du fonds de soutien à la zone euro (FESF) ni de son augmentation, a déclaré le président de l'Eurogroupe Jean-Claude Juncker.
"Nous ne discutons pas de l'augmentation de la taille du FESF avec un pays non membre de la zone euro", a-t-il expliqué lors d'une conférence de presse organisée à l'issue de la réunion de l'Eurogroupe à Wroclaw, en Pologne, à laquelle participait exceptionnellement Timothy Geithner. Jean-Claude Juncker s'est refusé à donner tout autre détail sur le contenu des échanges.
Plus tôt, une source de haut rang avait indiqué que le secrétaire américain au Trésor avait plaidé pour une telle augmentation.
3 / 4 Français désapprouvent l'augmentation de la contribution française au sauvetage de la Grèce, selon un sondage Ifop pour Dimanche Ouest France.
Le Parlement français a adopté début septembre un projet de loi de finances rectificative à la suite du deuxième plan d'aide à Grèce scellé le 21 juillet par les Etats de la zone euro, après un premier plan de 110 milliards en 2010.
Ce plan, d'un montant total de 109 milliards d'euros, sera abondé par une participation des banques et assureurs européens allant jusqu'à 50 milliards d'euros.
L'endettement français sera accru d'environ 15 milliards d'euros d'ici à 2014 en raison de sa mise en oeuvre.
Pour 87% des personnes interrogées, cette enveloppe est "de l'argent perdu parce que la Grèce ne pourra jamais le rembourser".
Les pays européens doivent s'endetter pour aider les Grecs à s'endetter ... et à s'enrichir ( pour certains grecs !)
D’après le gouvernement grec, il y aurait 200 milliards d’euros appartenant à des Grecs placés en Suisse , soit l’équivalent du plan européen d’aide à la Grèce.
Les grecs doivent aussi réduire leurs dépensese militaires ( Les grecs ont une dépense militaire équivalente à la France ) et réorganiser leur système fiscal .
Le secours apporté par cinq banques centrales - dont la Fed américaine - aux banques de la zone euro n'aura pas dissimulé longtemps l'absence de réponse politique concertée à la crise. Au nom des Européens, le président de l'Eurogroupe Jean-Claude Juncker a décliné les projets de Tim Geithner, en évoquant «des différences d'approche avec nos collègues américains». Le secrétaire au Trésor, lui, a mis le doigt là où la monnaie unique fait mal: il s'est inquiété publiquement «du conflit entre les gouvernements et la Banque centrale européenne», une semaine après la démission fracassante du chef économiste de la BCE.
L'Amérique de Barack Obama, bientôt lancée dans une campagne présidentielle, redoute une faillite de la Grèce, une contagion aux banques européennes et une possible fracture de la zone euro. Si la crise s'approfondit, c'est l'économie américaine qui en subirait le contrecoup, choc inverse de celui qui avait frappé l'Europe après la faillite de la banque Lehman Brothers en 2008.
Le premier message de Washing- ton est de pousser les Européens à parler d'une seule voix et à agir de manière décisive. «Les gouvernements et la Banque centrale doivent travailler ensemble (…) afin d'éviter des risques catastrophiques pour les marchés financiers», dit le secrétaire au Trésor. Et il insiste, en dénonçant la cacophonie qui déstabilise la monnaie commune: «Chacun devrait aussi s'abstenir de propos inconsidérés sur la fin de la zone euro.» Visés: les tenants d'une expulsion de la Grèce…
Refus d'une taxe sur les transactions financières
L'invitation inédite lancée par la Pologne - pays hôte car présidant actuellement l'UE - à Timothy Geithner avait tout pour embarrasser, en pleine tourmente, les ministres des Finances de l'euro.
On a vu François Baroin accueillir le patron du Trésor américain d'une solide poignée de mains à Wroclaw. Mais l'Eurogroupe l'a soigneusement tenu à distance. Il n'a pas formellement participé au cénacle, mais à une «conversation préalable» d'une heure environ. Contrairement aux usages, il ne s'est pas non plus adressé aux journalistes sur place. Pour dire ses vérités à l'Europe, il a préféré un auditoire de banquiers dans un autre quartier de la ville.
Certains n'ont pas pris de gants pour dire que l'Europe n'a aucune leçon à recevoir. Les États-Unis, croulant sous les déficits, devraient balayer devant leur porte, explique le Belge Didier Reynders. «L'Amérique n'a rien à nous dicter quand elle-même refuse platement nos suggestions», ajoute l'Autrichienne Maria Fekter. Il est vrai que Tim Geithner a répété vendredi son opposition frontale à la taxe sur les transactions financières poussée à Paris, Berlin et Bruxelles.
Décisions reportées
Pour la seconde fois en huit jours, le secrétaire au Trésor quitte l'Europe les mains vides. Vendredi, les Européens ont fait la moue devant sa suggestion de «démultiplier» les moyens du FESF, le fonds de sauvetage des pays de l'euro en difficulté. «Ce n'est pas un sujet qui se discute avec un pays extérieur à l'UE», a signifié Jean-Claude Juncker. Même fin de non-recevoir sur l'idée américaine de soutenir la croissance sur fonds publics : «même un âne ne bute pas deux fois sur la même pierre», lâche Didier Reynders, convaincu de l'urgence de lutter d'abord contre les déficits.
Pour les Américains comme pour les Européens, le rendez-vous européen de Wroclaw se termine sur un préoccupant sentiment d'inachevé, même pour les urgences. L'Eurogroupe a repoussé à la mi-octobre toute décision sur le versement de 8 milliards d'euros à la Grèce. Il n'a pas non plus trouvé d'accord sur les garanties que la Finlande exige de la Grèce.
From : le Figaro , le Progrès , l'Express, ...