Publicité

 A bien y regarder, c'est doucement, mais voracement, que celle que l'on appelle désormais «Big Millions» est devenue une boîte à fric. Grâce à l'UMP. Et, accessoirement, l'argent du contribuable... Dès sa première année d'exercice, en 2009, l'entreprise affiche 2,8 millions d'euros de chiffre d'affaires. Et depuis ? Mystère : elle ne publie plus ses comptes. Mais tout laisse à penser que la source ne s'est pas tarie, loin s'en faut.

L'argent des collectivités

Le duo Millot-Alves s'est en effet créé une belle rente de situation sur le dos de nombreuses collectivités locales dirigées principalement par des responsables de droite : Coulommiers, Maisons-Alfort, Saint-Maur-des-Fossés, Menton et Levallois-Perret... Marianne en a dénombré 17. Sans doute y en a-t-il bien d'autres. Comme il existe des projets avortés. Bygmalion s'est rêvé un temps à la tête d'une télé locale : Wéo Picardie. Mais la région et le département de l'Oise, dirigés par des socialistes, ont fini par renoncer à lâcher 900 000 €...

Les deux communicants martèlent qu'ils ne travaillent pas que pour l'UMP mais pour beaucoup d'autres clients, « majoritairement issus du secteur privé ». Bien sûr, il y a ces contrats avec l'Onisep, le Medef, l'office de tourisme de Tunisie. Ou celui avec l'Union nationale des professions libérales (UNAPL) - Bygmalion gère leur site Internet, leurs newsletters et leurs communiqués. Sauf que le président qui a signé le deal à l'époque n'était autre que l'avocat d'affaires parisien David Gordon-Krief, un proche de Copé, parachuté par ses soins dans le Médoc en 2012, comme candidat aux législatives.

Joint par Marianne, Millot explique alors que la plupart de ces collectivités locales étaient clientes d'Idéepole, une société créée en 2003 par Patrick Dray puis rachetée par Bygmalion. Un peu court : c'est en 2011, alors qu'Idéepole n'est déjà plus qu'une filiale du groupe Bygmalion, que la ville du Cannet, dirigée par la très copéiste Michèle Tabarot, contracte deux marchés avec les anciens sherpas de son boss. L'entreprise, installée dans un hôtel particulier cossu du IXe arrondissement de Paris, rafle 40 000 € pour assurer les relations presse de l'inauguration du musée Bonnard et 20 000 € pour lui trouver des mécènes. Parmi les généreux donateurs, on trouve France Télévisions, qui aurait versé 40 000 € d'après le Canard enchaîné. Patrick de Carolis, ancien employeur de... Bastien Millot à Frace Télé, fera d'ailleurs partie des invités de marque au baptême du musée... 

C'est ainsi, chez Bygmalion : les patrons d'hier sont les clients de demain. Et vice versa. Un système en vase clos où l'argent de la redevance télé - ou de l'UMP - n'est pas perdu pour tout le monde... Débauché en septembre 2005 du ministère du Budget où il était « dircab » adjoint de Copé, Millot a fait une entrée fracassante dans le monde des médias comme directeur délégué auprès du président de France Télévisions, « en charge de la stratégie, de l'innovation et de la communication ». Salaire de base à 33 ans : plus de 150 000 € brut annuels, sans compter le variable (15 % maximum). Le prix - « hors grille » - de l'entregent politique. En 2008, Bastien Millot émarge à plus de 220 000 € par an, en cumulant ses émoluments du groupe public et de Bygmalion, nouvellement créée. Et, quand il saute le pas pour se consacrer à sa boutique, après un long congé sabbatique chez France Télévisions entre 2009 et 2010, le salaire que s'octroie ce dirigeant de PME donne le tournis : pas loin de 250 000 € par an. De quoi nuancer un chouïa les propos tenus récemment par son alter ego Guy Alves : « L'argent que nous avons pu gagner par notre travail et celui de nos équipes a été réinvesti en totalité dans le développement de la société. »

 

Vos impôts locaux atterrissent-ils dans les poches de Bygmalion sans que vous le sachiez ? Pour en avoir le cœur net, il vous faut scruter votre magazine municipal. Maisons-Alfort, Melun, Esbly, Saint-Gratien, Soisy-sous-Montmorency, toutes ces villes UMP d'Ile-de-France passent par la société Idéepole, une filiale du groupe, pour réaliser leur revue. Saint-Maur-des-Fossés, aussi, a fait appel à ses services, en déboursant au passage des centaines de milliers d'euros pour des guides qui n'ont jamais vu le jour...

 

Journal municipal, plaquette touristique, affiche, le duo Millot-Alvès tourne à plein régime à Coulommiers dont le maire, le député copéiste Franck Riester, s'est montré bien silencieux depuis que l'orage a éclaté... Le patron du groupe UMP à l'Assemblée, Christian Jacob, fervent soutien de Copé lui aussi, l'a ouvert en grand au début de « l'affaire », dénonçant un « papier racoleur » du Point. Se rappelait-il alors que l'Office de tourisme de Provins, la ville dont il préside les destinées, fait appel à Bygmalion pour sa communication ?

Jusqu'à l'été 2009, le magazine de la commune de Beauvais était, lui aussi, conçu par Idéepole. Cocasse, quand on sait que Bastien Millot en a été premier adjoint avant d'être exclu de la majorité en 2004 après sa condamnation pour détournement de fonds publics : il avait gratifié un chauffeur de la ville de 1 500 fausses heures supplémentaires...

La municipalité UMP de Dreux, quant à elle, s'est offert les services de Bygmalion à l'été 2012 pour des « conseils en communication ». De très précieux conseils puisqu'ils ont coûté 90 000 € hors taxes... Dans le même registre, les villes UMP de Menton, Levallois-Perret et du Cannet se sont également payé les chères lumières de la « Millot compagnie ».

Et ailleurs sur l'échiquier politique ? Le conseil général de Côte-d'Or, présidé par le centriste François Sauvadet, passe par Bygmalion pour son magazine. Comme l'a fait jusqu'en décembre 2012 le maire Nouveau Centre d'Annecy, Jean-Luc Rigaut, avant qu'il ne trouve un prestataire plus « innovant », nous a-t-on fait savoir.

 

A gauche, en revanche, la pêche est moins fructueuse... Bygmalion a bien conçu le site Internet de la ville de Bagnolet dirigée par un maire communiste un brin mégalo et participé à l'organisation, via sa filiale Event & Cie, d'un rassemblement festif autour du Vélib' en 2011 pour la Mairie de Paris. Mais au-delà...

Pour Bastien Millot, s'il y a une profusion de communes UMP parmi ses clients, c'est simplement parce que Bygmalion a racheté la société Idéepole : « Son portefeuille contenait beaucoup de municipalités de droite. Si elles ont continué avec nous, ce n'est pas pour nos beaux yeux, mais parce qu'elles sont satisfaites. »

 

 

La tirelire parlementaire

Les collectivités locales ne sont pas les seules à avoir gonflé la tirelire. L'Assemblée aussi a été mise à contribution. Du côté du Palais-Bourbon, Bygmalion a pu compter dès 2008 sur le précieux soutien de Jean-François Copé. Patron des députés UMP, il fait entrer les loups dans la bergerie de la République en leur octroyant de juteux contrats grâce à la dotation parlementaire du groupe. Bygmalion va ainsi être mandatée pour gérer la maintenance du site Internet du groupe à l'Assemblée, fabriquer des plaquettes de com pour ses 320 députés ou organiser des séances de media training - 1 900 € la session - à destination des élus, comme le racontait Mediapart en octobre 2012. Mais Bygmalion et ses dirigeants bénéficient aussi et surtout de l'argent du parti : universités d'été, congrès, journées parlementaires, séminaires... Dès lors que Copé prend les rênes de l'UMP Bygmalion est partout. Hélas, contrairement à la période de la campagne présidentielle, impossible de connaître les sommes perçues.

 

Millot et Alves, à l'évidence, ont l'esprit de famille. De famille politique, comme on a pu le voir. Mais ils ont aussi le cœur sur la main : l'essentiel de leur staff, éparpillé dans plusieurs filiales, est issu de l'UMP ou s'y recase (voir ci-dessous). Sur la façade du bâtiment qui abrite tout ce petit monde, une seule enseigne apparaît : Bygmalion. L'entreprise prend ses aises au fond d'une charmante courette. Rien d'ostentatoire à l'intérieur : murs blancs, moulures haussmanniennes et moquette bleue. L'antenne événementielle, Event & Cie, est située au quatrième étage. Côté rue, les bureaux accueillent deux boîtes de com - encore... -, So Between et Optimiz Communication , chapeautée par... la cousine de Bastien Millot. Une autre entreprise y est installée en toute discrétion, la société Rivington, une boîte de lobbying présidée par Laurent Lotteau, qui n'a pas répondu à nos sollicitations. « C'est de la sous-location », balaie d'un revers de la main Bastien Millot. Ce qu'il omet de dire, c'est que la directrice adjointe, Vanessa Williot, est une responsable des Jeunes Pop passée par des ministères de droite et qu'un jeune homme, Mathieu Sassier, y officie comme consultant après avoir œuvré chez Bygmalion. Ce même Sassier que Millot remercie chaleureusement pour son aide dans son livre au titre prédestiné Politiques : pourquoi la com les tue ! Plus étonnant encore, le montage financier qui ressort des statuts de Rivington présente une rare complexité, qui nous emmène du Luxembourg jusqu'au Panama...

 

Une autre société prend ses racines du côté du grand-duché : la bien nommée Paris Luxembourg Participations (PLP), actionnaire à près de 45 % de... Bygmalion. Ce holding appartient à Emmanuel Limido, plus connu par les amateurs de foot comme patron de l'AJ Auxerre. Il faut croire que les révélations du Point sur la proximité de Bygmalion avec l'UMP l'ont quelque peu chiffonné : ce dernier s'est fendu d'un courrier pour rassurer Guy Férez, le maire socialiste d'Auxerre. Il y explique que PLP n'a rien d'une « société mystérieuse et opaque » et que la presse se trompe lourdement sur Bygmalion : l'activité de communication politique, écrit-il, « a été considérablement réduite au profit d'un engagement plus social et privé [...] dans la formation, la gestion sportive, la communication responsable ». Encore un effort et la pompe à contrats de l'UMP passera pour une sympathique ONG...

 

 

 

From : Marianne

http://www.marianne.net/Bygmalion_r1536.html

 

 

 

 

 

 

 

Publicité
Tag(s) : #Politique Intérieure - Extérieure
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :