Les clefs pour choisir une école post-bac
Les formations qui recrutent après le bac connaissent depuis vingt ans un essor considérable. L'offre demeure toutefois difficile à décrypter et nécessite quelques conseils d'orientation. Ingénieurs ou management ?
En septembre dernier, 22% des étudiants ont fait leur rentrée dans le privé. Dans ce paysage, les écoles de management et d'ingénieurs sont légion. Ces formations ont en effet connu un formidable essor : leur nombre a progressé de plus de 170% en vingt ans (chiffres du ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche). Mais si les programmes post-classes préparatoires assurent de facto une garantie -au moins celle de la sélectivité -, ceux dont le cursus se déroule sur cinq ans après l'obtention du bac sont plus difficiles à évaluer. «Les écoles communiquent rarement avec l'appellation officielle du diplôme qu'elles délivrent mais avec leur marque commerciale», pointe-t-on à l' Onisep , en regrettant un brouillage marketing au détriment d'une clarté de l'offre. Une raison supplémentaire pour ne pas s'arrêter aux palmarès et à l'annuaire des anciens, avant de débourser quelques dizaines de milliers d'euros.
Habilitation
La reconnaissance de l'école par l'Etat est «un minimum pour que les boursiers conservent leurs droits», rappelle Béatrice Nerson, directrice adjointe de l'ESC Grenoble.
L'Onisep a recensé près d'une quarantaine d'écoles de management post-bac délivrant un diplôme en cinq ans. Parmi celles-ci, dix ne sont pas reconnues par l'Etat et débouchent sur un diplôme «non visé» par le ministère de l'Education nationale ; neuf sont reconnues mais délivrent un diplôme non visé et dix-neuf sont reconnues et délivrent un diplôme visé. En 2011, Patrick Hetzel, alors directeur général pour l'enseignement supérieur et l'insertion professionnelle, sermonnait, dans un courrier, les directeurs d'établissement privé de commerce et de gestion, leur rappelant que l'appellation «master» obéissait à certaines règles et procédures et que son utilisation abusive constituait «une atteinte à l'ordre public (...)», passible d'une amende de 15.000 euros.
La problématique est différente pour les écoles d'ingénieurs. Elles subissent toutes un audit pour décrocher une habilitation de la part de la Commission du titre d'ingénieur (CTI). En outre, «toutes les écoles qui délivrent un diplôme d'ingénieur, avec le grade de master, sont passées par les fourches caudines de la CDEFI», rappelle Jean-Michel Nicolle, représentant des écoles privées à la Conférence des directeurs des écoles françaises d'ingénieurs. En revanche, précise Pierre Aliphat, délégué général de la Conférence des grandes écoles, «en vendant une 'prépa intégrée', certaines de ces écoles d'ingénieurs font un abus de langage. Extrêmement rares sont celles qui préparent aux concours des grandes écoles».
Visa de la Conférence des grandes écoles
«Etre -ou ne pas être -membre de la Conférence des grandes écoles peut être en soi un critère», fait valoir Pierre Aliphat. D'abord, seules les écoles menant vers le grade de master et un diplôme visé peuvent prétendre devenir membres. Ensuite, «les auditeurs de la CGE se penchent sur la sélectivité à l'entrée, la stratégie internationale de l'école, le corps professoral, l'insertion professionnelle des diplômés et la gouvernance», détaille le délégué général.
Sur la cinquantaine d'écoles à cursus sur cinq ans, membres de la CGE, on ne compte que sept formations en management (EDC, EM Normandie, ESCE, Esdes Lyon, ESG, Essca, Ieseg). Deux écoles se sont récemment vu refuser leur appartenance à l'association. Par ailleurs, plusieurs ESC de province, membres de la CGE, proposent des «bachelors» en trois ans -une appellation non protégée, qui n'est de fait pas concernée par la mention CGE mais qui permet de passer le concours pour intégrer le «programme grande école» de ces établissements, en admission parallèle.
Label international
Queste ou Eur-Ace pour les ingénieurs ; Epas, Equis et/ou AACSB pour le management... En matière de labels internationaux, il faut apprivoiser les nuances sémantiques : être membre ne signifie pas forcément avoir décroché une accréditation, qui implique un audit des programmes et facilite les signatures de partenariat et les échanges internationaux.
Ecole généraliste versus spécialisée
Toutes les écoles d'ingénieurs ne jouent pas le jeu : la mention «généraliste» peut servir à attirer les indécis. Pour identifier l'orientation et l'identité de l'école, Jean-Michel Nicolle conseille de «bien regarder les syllabus et les programmes des trois premières années».
Place de la recherche
Par nature, une école privée n'est pas une école doctorale. En revanche, elle peut avoir passé un accord avec un établissement public qui en possède une. Pour Jean-Michel Nicolle, «les univers privé-public sont de moins en moins cloisonnés. Le degré de coopération avec une école publique peut constituer un élément d'appréciation».
Individualisation des parcours
L'école est-elle capable d'accompagner l'étudiant pour aller suivre dans un établissement partenaire une spécialité qu'elle n'enseigne pas ? «La notion de parcours individualisé est essentielle», rappelle-t-on à l'ESC Grenoble. «Nous avons conclu un partenariat pour une seule étudiante, qui voulait se former en mécatronique», illustre JeanMichel Nicolle
Ecole d'informatique de Xavier Niel
Inscription gratuite, promotions de mille étudiants par an, système de sélection durant l'été... Le fondateur d'Iliad-Free, Xavier Niel (également actionnaire à titre individuel du groupe Le Monde) a présenté mardi 26 mars une nouvelle formation à l'informatique, qui ouvrira ses portes en novembre prochain. Créée avec plusieurs associés, dont l'ancien directeur de l'Epitech, Nicolas Sadirac, cette école sera baptisée "42", en référence au roman de science-fiction de Douglas Adams, Le Guide du voyageur galactique.
Les références à la culture Web et informatique, les créateurs de "42" les ont multipliées au cours de la présentation de leur nouvelle formation, vantant une "école 2.0" avec une pédagogie "peer-to-peer". Une "révolution" nécessaire, car "les jeunes ne veulent plus" des formations classiques, trop rigides, selon M. Niel, et qui peinent par ailleurs à faire émerger de nouveaux talents, dès lors que ces derniers n'ont pas le bagage social nécessaire ou les ressources financières pour suivre un cursus d'ingénieur.
Les règles d'entrée à "42" seront donc radicalement différentes de celles pratiquées par les grandes écoles classiques. L'inscription est ouverte à tous, sans conditions de diplôme – pas même le bac –, à condition d'avoir entre 18 et 30 ans. Lors de leur inscription en ligne, les candidats passeront une série de tests rapides censés discerner leurs capacités à apprendre l'informatique. De cette présélection émergeront environ 4 000 personnes, qui passeront au cours de l'été un test grandeur nature, la "piscine" : un mois de cours et travaux pratiques intensifs – "15 heures par jour", au terme duquel seuls mille élèves obtiendront le droit de revenir à la rentrée de novembre, pour au moins trois années de formation aux différents métiers de l'informatique : développeur, responsable réseau... Les créateurs de l'école disent viser en priorité les "200 000 jeunes qui sortent chaque année du système scolaire sans aucune qualification", parmi lesquels ils espèrent trouver un millier de "génies".
SCOLARITÉ GRATUITE, DIPLÔMES NON RECONNUS
Autre point marquant, la formation sera gratuite – là où un autre projet éducatif cofondé par Xavier Niel (avec Marc Simoncini et Jacques-Antoine Granjon), l'Ecole européenne des métiers de l'Internet, coûte environ 7 500 euros l'année. La création de "42" (dont l'achat d'un bâtiment de 4 200 m2 dans le XVIIe arrondissement de Paris) et les frais de fonctionnement pour les dix premières années seront intégralement pris en charge par Xavier Niel, pour des montants qu'il estime respectivement à 20 et 50 millions d'euros.
Au-delà des moyens, les fondateurs de "42" estiment que, philosophiquement, la révolution du système éducatif ne peut venir que de "l'initiative privée". Et que le projet aurait des retombées importantes pour la société dans son ensemble : les mille étudiants formés chaque année devraient contribuer à créer 10 000 emplois annuels supplémentaires par la création d'entreprises, a estimé mardi M. Niel. Cette philosophie libérale est présente dans l'ensemble du projet, jusque dans ses limites : la formation ne délivrera pas de diplôme reconnu par l'Etat. Un problème balayé par M. Sadirac, pour qui "42" – et le système éducatif en général – "ne doivent pas délivrer un diplôme, mais un métier".
L'initiative a également fait grincer quelques dents du côté des écoles "classiques". Dans un communiqué cité par Numerama, le groupe Ionis, qui possède notamment les deux écoles Epitech et Epita, s'est félicité du lancement de "42", pour mieux souligner qu'une grande partie des méthodes pédagogiques mises en avant mardi sont également appliquées à Epita et à Epitech. Sans que cela ne soit très surprenant : parmi les quatre fondateurs de "42", trois ont été étudiants de ces deux institutions, avant d'y occuper des postes d'encadrement. Nicolas Sadirac, Kwame Yamgane et Florian Bucher avaient soudainement annoncé leur départ d'Epitech à la mi-janvier.
From : Valerie Landrieu ( les Echos ?) ,.....