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Une rumeur sur Snowden provoque une crise diplomatique entre Paris et La Paz

L'avion du président bolivien Evo Morales a été contraint mardi 2 juillet à une escale imprévue à Vienne à son retour de Moscou. En cause : la décision de Paris et Lisbonne de fermer leur espace aérien à l'appareil officiel, selon les autorités boliviennes. La rumeur avait en effet couru qu'Edward Snowden, l'ex-consultant de la National Security Agency (NSA) à l'origine des révélations sur les pratiques de surveillance et d'écoutes du renseignement américain, se trouvait à son bord. La France et le Portugal se sont finalement ravisés, mais le mal était fait.
"Nous voulons exprimer notre mécontentement, car la vie du président a été mise en danger", s'est indigné le ministre des affaires étrangères bolivien, David Choquehuanca lors d'une conférence de presse, affirmant que "des explications seraient exigées à Lisbonne et Paris" et que "les lois du trafic aérien avaient été violées".

Quelques dizaines de personnes ont également manifesté dans la soirée devant l'ambassade de France à La Paz. Des communautés indigènes proches d'Evo Morales ont par ailleurs appelé à de prochains rassemblements devant les représentations des Etats-Unis, de la France, du Portugal et de l'Italie, taxées d'hostilité envers la Bolivie.


"UNE ÉNORME OFFENSE"

Les péripéties du président Morales ont indigné ses alliés dans la région. "C'est un attentat contre la vie du président", a ainsi déclaré le ministre des affaires étrangères vénézuélien Elias Jaua, dont le pays est l'un des principaux alliés de la Bolivie. En déplacement à Minsk, en Biélorussie, où il accompagne Nicolas Maduro en visite officielle, le ministre a également fustigé sur la chaîne publique vénézuélienne VTV "une agression grossière, brutale, impropre et non civilisée" de la part "de gouvernements d'Europe et des Etats-Unis".

"Il n'est pas possible qu'ils aient osé refuser à un président sud-américain le passage par leur espace aérien (parce qu'ils) suspectaient que dans l'avion (...) pouvait se trouver M. Snowden. Ça me semble une énorme offense, pour le moins", a ajouté le ministre des affaires étrangères de l'Equateur, Ricardo Patiño, pays où le jeune Américain a également envisagé de se réfugier.

 

 

Les services de renseignement américains espionnent l'ambassade de France à Washington, mais aussi les institutions européennes, et ont même mis en place un système de surveillance des utilisateurs de Google, Facebook ou Skype. Pendant ce temps là, Edward Snowden est en cavale, mis en examen pour espionnage et vol d'informations confidentielles. Vous n'avez pas tout suivi ? Le Monde.fr vous explique les principaux points de cette affaire : http://www.lemonde.fr/technologies/article/2013/07/02/prism-snowden-surveillance-de-la-nsa-tout-comprendre-en-6-etapes_3437984_651865.html?google_editors_picks=true

 1. C'est quoi la NSA ?


La NSA, pour National Security Agency (agence nationale de sécurité américaine), est l'une des quinze agences de renseignement des Etats-Unis. Elle est dédiée à la surveillance et à la protection des communications. Ses agents sont chargés du cryptage et de la sécurité des informations de nature confidentielle échangées par les Américains dans le monde, mais aussi d'intercepter et de décrypter tous types de messages émanant des puissances étrangères.
Les effectifs et les moyens de la NSA ne sont pas connus précisément. Mais ils sont colossaux : les dernières évaluations évoquent des dizaines de milliers d'employés, et un budget de 10 milliards de dollars pour la seule année 2013. En plus de son siège à Fort Meade, près de Washington, l'agence doit inaugurer un nouveau centre géant en septembre dans l'Utah, dont la construction est évaluée à 2 milliards de dollars, ce qui donne une idée des moyens qu'elle consacre à l'interception et à l'analyse des communications passées dans le monde.

 

 

Historiquement, les objectifs de la NSA ont toujours été de nature militaire. L'agence a été créée en 1952 sur la base de l'AFSA (Armed Secret Forces Service) dans le but d'en étendre et d'en améliorer les pouvoirs après d'importants dysfonctionnements pendant la guerre de Corée. Le général Keith B. Alexander, actuellement le directeur de la NSA, est également à la tête du Central Security Service (CSS), créé en 1972 afin d'encadrer la coopération des agents de la NSA et des différentes branches du renseignement de l'armée américaine (Navy, Air Force, etc.).

Mais les activités de la NSA sont suspectées d'avoir régulièrement dépassé ce cadre. L'un des programmes les plus connus impliquant l'agence, le programme Echelon (un large système de surveillance internationale dédié, entre autres, aux télécommunications par satellite) a, par exemple, été suspecté – jusque dans l'enceinte du Parlement européen en 1999 – d'être utilisé par les Américains pour des raisons économiques.

 

2. Que reproche-t-on à la NSA aujourd'hui ?

Le 6 et 7 juin, le Guardian et le Washington Post ont révélé l'existence d'une surveillance très poussée des moyens de communication numériques (liés à Internet ou aux réseaux de téléphonie mobile). Ces informations, issues d'une fuite à la NSA, lèvent une partie du voile sur les nouvelles méthodes de l'agence de renseignement.

Selon les articles publiées par les deux journaux, la NSA, de même que le FBI, collecte et analyse depuis des années les données laissées en ligne par des millions de personnes aux Etats-Unis et ailleurs dans le monde. Les révélations portent plus précisément sur les utilisateurs de l'opérateur téléphonique Verizon, mais aussi d'AOL, Apple, Facebook, Google, YouTube, Microsoft, Skype, Paltank et Yahoo!.

Ces premières révélations ont été suivies d'autres mises en causes dans des affaires plus classiques. Le 17 juin, le Guardian a décrit comment les services secrets britanniques ont également mis en place leur propre système de surveillance numérique, en collaboration avec le renseignement américain.

Le 30 juin, le Spiegel et le Guardian ont affirmé que la NSA s'était livrée à des opérations d'espionnage sur leurs alliés, et notamment les Européens. Les ambassades de France ou d'Italie à Washington, ainsi que plusieurs sites protégés de l'Union européenne, ont ainsi été mis sur écoute, selon des documents que se sont procurés les deux quotidiens.

Lire : Espionnage américain, le point sur les dernières révélations

 

3. C'est quoi Prism ?
Prism est le nom du programme informatique mis en place par la NSA pour scanner les communications numériques échangées sur plusieurs services en ligne très appréciés du grand public (AOL, Apple, acebook, Google, YouTube, Microsoft, Skype, Paltank et Yahoo!). Son existence a été révélée par le Washington Post et le Guardian, puis confirmée par l'administration américaine, qui a cherché à en minimiser la portée.

Le fonctionnement précis de Prism, créé en 2007, n'est pas complètement connu, le Washington Post et le Guardian ne publiant qu'au compte-gouttes les documents sur le sujet en leur possession (la dernière mise à jour sur le site du quotidien américain date du 29 juin).

 Malgré tout, les premières informations suffisent pour définir Prism comme un moteur de recherche très performant, permettant à la NSA d'interroger des masses de données très importantes issues de ces services, et ce, quasiment en temps réel, afin de rechercher un nom, un lieu, une date, etc., dans les mails, messages instantanés, communications vidéos ou autres documents. Selon le Washington Post, ce sont plus de 117 000 "cibles" qui étaient visées par le programme dans la journée du 5 avril.

  Lire notre infographie : Comprendre le programme Prism

Les premiers articles sur Prism faisaient état d'un "accès direct"  de la NSA aux serveurs des entreprises concernées, qui aurait permis à ses agents de pouvoir y rechercher ce qu'ils voulaient quand ils voulaient. Google, Facebook et les autres ont immédiatement démenti en bloc – sans toutefois nier leur collaboration avec la NSA en cas de demande de renseignements ou d'accès aux données accompagnées d'un mandat.

Lire : Bataille d'informations autour de l'outil de surveillance Prism

L'enjeu est de taille pour ces services, qui ont toujours communiqué sur leur "transparence" et le droit à la liberté numérique. En réponse à ces révélations, le débat s'engage pour leurs millions

d'utilisateurs, tant sur la portée réelle du programme que pour savoir à quel point leurs activités sont surveillées.

Lire : Pourquoi la NSA espionne aussi votre papa

Lire : Se faire espionner sur Facebook et Google est-il si grave ?

Lire : "Pourquoi stocker toutes nos vies sur des serveurs aux Etats-Unis ?"

 

4. La NSA a-t-elle le droit de mettre en place un programme de surveillance d'Internet tel que Prism ?

Selon le cadre législatif actuellement en vigueur aux Etats-Unis, oui. Le gouvernement américain a décrit Prism comme un programme de "collecte autorisée statutairement d'informations des renseignements étrangers" sur des personnes "raisonnablement considérées comme vivant hors des Etats-Unis" et "à partir de fournisseurs de services électroniques sous supervision judiciaire, comme autorisé par la section 702 du Foreign Intelligence Surveillance Act".
De telles dispositions légales ont pu voir le jour après le 11 septembre 2001, alors que les attentats du World Trade Center ont symbolisé l'échec des services de renseignement à prévoir et empêcher une telle opération terroriste sur le sol américain (voir sur ce sujet le documentaire NSA, l'agence de l'ombre, diffusé sur Arte en 2008).

La section 215 du Patriot Act, un texte voté le 26 octobre 2001 pour définir les cadres législatifs de la guerre contre le terrorisme, a pour un temps établi que la collecte et la surveillance des communications pouvaient se faire sans mandat ou ordonnance judiciaire. Ces dispositions ont été votées sous la forme d'un amendement à la loi FISA, initialement adoptée en 1978 pour encadrer l'espionnage des communications privées.

Elles ont ouvert la voie à l'actuelle surveillance à grande échelle des communications mondiales par les Etats-Unis, dont les objectifs initiaux de "lutte contre le terrorisme" ont été ensuite dépassés. En 2005, le New York Times a révélé que des opérations de surveillance qui devaient se concentrer sur les agents liés à Al-Qaida en dehors des Etats-Unis ont conduit à la surveillance de communications passées sur le sol américain. En 2008, un ancien employé d'AT&T évoquait une surveillance directe des serveurs de l'opérateur téléphonique par la NSA.

En 2012, le prolongement de la loi FISA dans sa forme actuelle (après des modifications en 2007 et en 2008) a été voté à 73 voix contre 23. Il permet toujours aux services de renseignement de pouvoir surveiller les Américains qui communiquent avec des étrangers soupçonnés de terrorisme ou d'espionnage. La plupart des mandats judiciaires fournis en guise de justification ont été acceptés par la cour juridique de la FISA, qui supervise l'application des règles juridiques de surveillance aux agences de renseignement.

 

5. Qui est Edward Snowden ?

Edward Snowden est un citoyen américain de 30 ans, à l'origine de toutes les révélations sur les pratiques d'espionnage numérique de la NSA (voir ci-dessus). Il s'est exposé au grand jour dans une vidéo et une interview publiées sur le site du Guardian – un entretien filmé à Hongkong, région administrative de Chine où il s'est réfugié après avoir quitté, le 20 mai, sa compagne et sa vie à Hawaï.

Avant cela, cet informaticien avait travaillé pour l'Agence centrale du renseignement (CIA), et collaboré pendant quatre ans avec la NSA en tant qu'employé de divers sous-traitants, dont Dell ou Booz Allen Hamilton. Parmi les postes qu'il a occupés, celui d'administrateur système lui a permis d'avoir un accès privilégié aux serveurs et aux réseaux de la NSA, dont il a extrait (grâce à une simple clé USB) les documents et les informations publiées ensuite par les médias américains et britanniques.

"Mon unique objectif est d'informer les gens de ce qui est fait en leur nom et de ce qui est fait contre eux", a-t-il expliqué au Guardian. "Je suis prêt à sacrifier tout cela parce que je ne peux, en mon âme et conscience, laisser le gouvernement américain détruire la vie privée, la liberté d'Internet et les libertés essentielles pour les gens tout autour du monde avec ce système énorme de surveillance qu'il est en train de bâtir secrètement."


Ce faisant, il a rejoint le Panthéon des défenseurs des libertés numériques, aux côtés de Bradley Manning, Aaron Schwartz ou Julian Assange. Le Web se mobilise en faveur de celui que Kim Doctor, Michael Moore, Daniel Ellsberg et les Anonymous célèbrent en nouveau "héros" (lire sur le  sujet : "Pourquoi Edward Snowden est un héros", sur le site du New Yorker, ou le dossier du Time sur la génération des "geeks lanceurs d'alertes"). Edward Snowden serait aujourd'hui réfugié dans la zone internationale de l'aéroport de Moscou, après avoir fui Hongkong.

 

6. Pourquoi Edward Snowden s'est-il réfugié à Moscou ?

Sitôt son identité connue, le 9 juin, Edward Snowden devient l'objet de toutes les attentions. Les internautes se lancent à la recherche de toutes les traces de sa vie privée qu'il a pu laisser en ligne, tandis que la diplomatie américaine étudie les pistes pour obtenir son extradition. Le 22 juin, l'étau se resserre : la justice américaine le met formellement en examen, pour espionnage et vol.

Le 23 juin, il s'envole à bord d'un avion de la compagnie russe Aeroflot. Il est censé se rendre à Cuba, après une escale à Moscou. Des dizaines de journalistes de la presse internationale s'empressent de réserver des places à bord du premier vol Moscou-La Havane, mais lorsque les portes de l'avion se referment, ils doivent se rendre à l'évidence : Snowden n'est pas à bord. Il n'aurait en réalité jamais quitté la zone internationale de l'aéroport Cheremetievo, où il aurait brièvement rencontré un diplomate équatorien.

 
Edward Snowden effectue alors une demande d'asile politique auprès du gouvernement équatorien : "Face au risque de persécution de la part du gouvernement américain et de ses agents en relation avec ma décision de rendre publiques de graves violations de la part du gouvernement des Etats-Unis d'Amérique de leur Constitution (...), je crois qu'il est improbable que je reçoive un traitement humain avant le procès, et je cours en plus le risque d'une condamnation à perpétuité ou la mort", écrit-il dans sa lettre de demande.

Après plusieurs jours d'attente, le gouvernement équatorien, qui a déjà offert l'accueil au cofondateur de WikiLeaks Julian Assange, a indirectement rejeté sa demande d'asile. Dans l'intervalle, Edward Snowden serait resté confiné dans la zone internationale de l'aéroport de Moscou. A la suite des révélations du Guardian faisant état de la mise sur écoute de plusieurs ambassades européennes aux Etats-Unis, des voix se sont faites entendre, en Europe et en France, pour demander que l'Union européenne offre l'asile politique à M. Snowden. Ce dernier a affirmé avoir déposé une vingtaine de demandes d'asile politique, dont une auprès de la France.

 

 

 

Après le scandale Verizon et le programme Prism, les dernières révélations du Guardian et du Spiegel montrent que l'espionnage américain va plus loin que la récolte d'informations auprès des opérateurs téléphoniques et des géants du Web. Et au sentiment de trahison ressenti par les citoyens s'ajoute désormais celui des pays alliés des Etats-Unis, créant une tension diplomatique digne de la "guerre froide", comme le souligne la ministre de la justice allemande, Sabine Leutheusser-Schnarrenberger.
Dimanche 30 juin, le Guardian a publié le contenu d'un nouveau document emporté dans sa fuite par l'ancien consultant de la NSA, Edward Snowden. Ce fichier de septembre 2010 met au jour une liste de cibles des services secrets américains, détaillant également les méthodes utilisées, ainsi que l'objectif escompté.

QUI ? Se basant également sur un document confidentiel de septembre 2010 fourni par Snowden, l'hebdomadaire allemand Der Spiegel avait déjà affirmé, samedi, que la NSA espionnait l'Union européenne : ses bureaux à Bruxelles, ceux de sa mission diplomatique à Washington, ainsi que de sa délégation auprès des Nations unies. Dans ce système d'écoutes mis en place "il y a plus de cinq ans", affirme le Spiegel, les Européens sont explicitement désignés comme des "cibles à attaquer".

 

Selon le Guardian, les opérations de surveillance électronique ciblent également certaines ambassades à Washington et des représentations étrangères basées à l'ONU. Dans la liste de 38 entrées figurent des "adversaires idéologiques traditionnels" des Etats-Unis, des pays sensibles du Moyen-Orient, mais également la France, l'Italie, la Grèce, ainsi que d'autres alliés des Américains, tels que le Japon, le Mexique, la Corée du Sud, l'Inde ou encore la Turquie.

Par ailleurs, le Spiegel explique que les Etats-Unis se livrent à une surveillance à grande échelle en Allemagne : chaque mois, un demi milliard d'appels téléphoniques, de mails et de SMS sont scrutés par la NSA. La moyenne de 20 millions d'appels téléphoniques surveillés par jour peut même monter à 60 millions les jours de pointe, comme le 7 janvier 2013.

Cette surveillance accrue s'explique par le classement de l'Allemagne dans la liste des 30 "partenaires de troisième classe", dont la NSA n'aurait pas accès au contenu des communications, mais saurait qui est en contact avec qui. L'agence américaine a en effet développé un outil pour enregistrer, analyser et même cartographier les renseignements obtenus. Les pays y sont classés selon une gamme de couleurs allant du vert, pour ceux qui font l'objet de la surveillance la plus réduite, au rouge, pour les plus surveillés, en passant par le jaune et l'orange. Avec deux millions de connections surveillées par jour, la France y est colorée en verte, contre une Allemagne orange, qui culmine à 10 millions.
Lire aussi : " Espionnage : la France était aussi ciblée"

 

COMMENT ? Les méthodes d'espionnage utilisées contre chacune des cibles sont également détaillées : elles vont de l'installation de micros dans les bâtiments officiels à l'infiltration du réseau informatique dans le but de lire les courriers électroniques et les documents internes, en passant par la mise en place d'antennes spéciales afin de réceptionner les échanges...

"Blackfoot" pour l'opération de surveillance de la représentation française aux Nations unies, "Wabash" pour son ambassade à Washington, "Powell" pour la représentation grecque aux Nations unies, ou encore "Klondyke" pour son ambassade : pour chaque cible, une opération et un nom de code, détaille le Guardian. Pour l'opération "Dropmire", qui ciblait la représentation européenne à Washington, on sait aussi que c'est un fax utilisé pour envoyer des câbles aux ministères des affaires étrangères dans les capitales européennes qui a été mis sur écoute.

Le Guardian reste en revanche prudent sur les services participant à cet empire d'espionnage organisé. Et même si les derniers documents transmis ont été récupérés à la NSA par Snowden, rien ne dit que la CIA et le FBI n'y prennent pas part. Même si, souligne le quotidien britannique, il est plus probable que la NSA soit l'instigatrice principale, les ambassades et représentations étant techniquement des territoires étrangers.


POURQUOI ? Depuis les premières révélations d'Edward Snowden, les Etats-Unis se justifient en brandissant l'argument de la lutte antiterroriste. Le document de 2010 suggère néanmoins que l'objectif de "Dropmire", notamment, était d'obtenir des informations sur les désaccords politiques entre les Etats membres de l'Union européenne sur les enjeux mondiaux. Des informations qui peuvent s'avérer très utiles lors des négocations internationales.

Le président François Hollande a montré lundi qu'il n'était pas dupe, en déclarant : "Nous savons bien qu'il y a des systèmes qui doivent contrôler, notamment pour la lutte contre le terrorisme, mais je ne pense pas que ce soit dans nos ambassades ou dans l'Union européenne que ce risque existe."

Certains acteurs économiques et de la sécurité en France ont également exprimé leurs craintes que derrière une telle organisation ne se cache un programme d'espionnage industriel.

Lire : Derrière l'antiterrorisme, l'espionnage industriel massif


DES CONSÉQUENCES DIPLOMATIQUES. Les révélations du Guardian et du Spiegel ont provoqué un tollé, les réactions se multipliant notamment dans les instances européennes, alors que les négociations sur le traité de libre-échange viennent d'être lancées entre les Etats-Unis et l'Europe. "Entre partenaires, on n'espionne pas !, a ainsi lancé dimanche la commissaire européenne à la justice, Viviane Reding. On ne peut pas négocier sur un grand marché transatlantique s'il y a le moindre doute que nos partenaires ciblent des écoutes vers les bureaux des négociateurs européens."

Les Etats-Unis doivent "rétablir la confiance" avec leurs "partenaires", "amis" et "alliés" européens, a déclaré lundi un porte-parole de la chancelière Angela Merkel. Pour avancer, les Européens somment donc Washington de s'expliquer, "dans les plus brefs délais", a ajouté la France. Le président François Hollande a également exigé, lundi, que les Etats-Unis cessent "immédiatement" leur espionnage de l'Union européenne, affirmant que la France ne pouvait "pas accepter ce type de comportement".

Certains, comme le député européen écologiste Daniel Conh-Bendit, vont même jusqu'à appeler à une rupture immédiate des négociations sur le traité de libre-échange transatlantique. Et ce, tant qu'un accord n'a pas été signé avec les Etats-Unis sur la protection des données personnelles.

 

 

Derrière l'antiterrorisme, l'espionnage industriel massif 

Le fossé transatlantique est une nouvelle fois béant sur l'espionnage de l'UE par la NSA. Les dernières révélations suscitent un tollé en Europe, alors que les Américains minimisent les faits. |


Les révélations sur l'ampleur du programme américain de surveillance Prism et sa déclinaison britannique Tempora n'ont pas seulement surpris les citoyens, dont les données personnelles peuvent être scrutées par la National Security Agency (NSA). L'affaire inquiète des acteurs économiques et de la sécurité en France – bien que Paris ait émis des protestations plus mesurées que Berlin.

Car au-delà des interceptions de communications, Prism porte une autre entreprise : la duplication des données du Net. "La NSA a mis en place un mécanisme permanent de duplication totale et de stockage des données mondiales, à des fins d'utilisation rétroactive", dénonce une source de l'intelligence économique. Le projet, soutenu par des moyens matériels énormes (2 milliards de dollars pour le nouveau site de stockage de la NSA à Bluffdale dans l'Utah), mais aussi un arsenal légal, s'étend avec le développement du cloud – l'informatique en nuage.

La loi Fisaa de 2008 sur la collecte du renseignement extérieur (Foreign Intelligence Surveillance Amendements Act), amendée depuis, est le cadre qui permet à Washington de siphonner les données du Net, la loi antiterroriste du Patriot Act n'en étant qu'un appendice. Fisaa "a servi de cadre juridique, voire de validation rétroactive aux pratiques d'interception de communications y compris hors cadre légal, depuis le 11 septembre 2001", souligne Olivier Barrat, maître de conférences à Sciences Po, dans la revue Défense nationale.

 

 

La Fédération internationale des Ligues des droits de l'homme espère ainsi déterminer le rôle qu'ont pu jouer des entreprises comme Microsoft, Yahoo ou Google, dans le cadre de l'affaire d'espionnage Prism, révélée par l'ancien consultant de la NSA, Edward Snowden.

La Fédération internationale des Ligues des droits de l'homme a déposé plainte jeudi matin au tribunal de grande instance de Paris, dans l'affaire d'espionnage en communications électroniques appelée Prism et réalisées par les agences de sécurité américaines. Car si la plainte est déposée contre X, ce sont bien la NSA et le FBI qui sont en réalité visés.

La plainte que Le Figaro a consultée concerne cinq chefs d'infraction: accès et maintien frauduleux dans tout ou partie d'un système de traitement automatisé de données (article 323-1 du code pénal), la collecte de données à caractère personnel par un moyen frauduleux, déloyal ou illicite (article 226-18 du code pénal), l'atteinte volontaire à l'intimité de la vie privée d'autrui (article 226-1 du code pénal), l'utilisation et la conservation d'enregistrements et de documents obtenus par le moyen d'une atteinte à l'intimité de la vie privée d'autrui (article 226-2 du code pénal) ainsi que l'atteinte au secret des correspondances électroniques.

Pour Me Emmanuel Daoud, l'un des avocats de la Fédération internationale de la Ligue des droits de l'homme, cette plainte a pour objectif de déterminer le rôles qu'ont pu jouer des entreprises comme Microsoft, Yahoo, Google, Paltak, Facebook, Youtube, Skype, AOL et Apple, dans cette affaire.

 

2 millions de télécommunications interceptées en France par les États-Unis
«Ces documents classés “secret défense” (ceux divulgués par Edward Snowden, ex-technicien de la CIA, ayant travaillé à la NSA pendant 4 ans, NDLR) révèlent que la National security agency (NSA) et le Federal bureau of investigation (FBI) disposent d'un accès direct aux serveurs de neuf sociétés américaines exerçant dans le domaine de l'Internet, soit Microsoft (depuis 2007), Yahoo (depuis 2008), Google, Paltalk et Facebook (depuis 2009), Youtube et Skype (depuis 2010), AOL (depuis 2011) et enfin Apple (depuis 2012). Le programme Prism leur permet de collecter des données matérielles hébergées par les serveurs de ces sociétés incluant notamment les historiques de recherches et de connexions effectuées sur le Net, le contenu d'e-mails, de communications audio et vidéos, des fichiers photos, des transferts de documents ainsi que le contenu de conversations en ligne, relève la plainte. Les USA ont mis en place un système d'interception des données privées qui concerne tout autant les citoyens américains que les associations et individus étrangers. L'essence même de ce système est, notamment au travers de mots clés, d'appréhender non seulement l'origine d'un message privé mais aussi son destinataire ainsi que son contenu, quel que soit le moyen technique utilisé pour la transmission de ce message.»

Entre décembre 2012 et janvier 2013, 2 millions de télécommunications (appels téléphoniques, SMS, mails) ont été interceptées en France par les agences américaines au travers de Prism, estime Me Daoud.

Problème: pour aboutir à une information judiciaire, il faudrait qu'un juge français demande une entraide juridique aux États-Unis. Rien n'est moins sûr.

 

 

Affaire Snowden : le Mercosur engage un bras de fer diplomatique
Les pays du Mercosur vont rappeler pour consultation leurs ambassadeurs en France, en Espagne, en Italie et au Portugal, après le refus, la semaine dernière, de ces pays d'autoriser le président bolivien, Evo Morales, à entrer dans leur espace aérien.
Les présidents de l'Argentine, du Brésil, de l'Uruguay et du Venezuela "vont rappeler pour consultation leurs ambassadeurs dans les pays impliqués" dans cet épisode, a déclaré le ministre des affaires étrangères uruguayen, Luis Almagro, lors d'une séance plénière du sommet semestriel des chefs d'Etat du Mercosur.

L'avion du président bolivien avait été contraint à une escale à Vienne à son retour de Moscou la semaine dernière, plusieurs pays européens, dont la France, lui ayant fermé leur espace aérien sur la foi d'informations selon lesquelles Edward Snowden se trouvait à bord.

 

SNOWDEN DEMANDE L'ASILE À MOSCOU

Vendredi, à l'autre bout du monde, la saga Snowden s'est enrichie d'un nouvel épisode, lorsque Edward Snowden, bloqué depuis trois semaines dans la zone de transit d'un aéroport de Moscou, a invité des défenseurs des droits humains, avocats et organisations non gouvernementales, à le rencontrer. Il leur a confié son souhait d'obtenir l'asile politique en Russie.

Sans son passeport américain, annulé par Washington, l'ancien analyste de la NSA (National Security Agency) s'est dit contraint d'effectuer cette démarche administrative en Russie afin de pouvoir, par la suite, se rendre légalement en Amérique latine.

Plusieurs Etats – le Venezuela, la Bolivie et le Nicaragua – se sont déjà proposés de l'accueillir. Jusqu'à présent, le président russe, Vladimir Poutine, a conservé ses distances par rapport au cas Snowden. Le porte-parole du Kremlin a expliqué vendredi que l'ex-consultant en renseignement pourrait rester en Russie s'il "renon[çait] totalement à ses activités qui font du tort à [leurs] partenaires américains". M. Snowden s'est engagé, selon un avocat présent lors de la rencontre, à "ne plus nuire aux Etats-Unis"

 

 

 

From : le Monde ,le Figaro ,.....

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

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