Possessions et rites sataniques, confrontations directes avec les démons, sectes du Mal implantées au coeur de Rome... dans ses Confessions , le père Gabriele Amorth, exorciste en chef de la cité du Vatican, raconte ses années de combat, de corps-à-corps avec les puissances infernales, par le biais de scènes dignes du Moyen Age..... sous forme d'entretiens, où les questions sont posées par le journaliste de La Stampa, Marco Tosatti.
Révolté par la progressive disparition de ce qu'il définit lui-même comme une « profession », le père Amorth a fondé l'Association internationale des exorcistes, visant à perpétuer les cultes de conjuration du démon. Par des rites et des prières de délivrance, il officie toujours « du matin au soir », malgré son grand âge, pour soulager de leurs souffrances des personnes qui n'ont pas trouvé de recours dans la médecine et la psychiatrie.
"A présent, je me consacre entièrement à la pratique des exorcismes. Or, je vois que les besoins sont immenses et les exorcistes peu nombreux. Si bien que je travaille du matin au soir, sept jours par semaine, y compris à Noël et à Pâques. A chaque fois, je me rends compte d'une chose: au grand silence sur le diable, qui naît souvent au sein de l'Eglise elle-même, s'oppose une volonté profonde de savoir, venue des fidèles et des gens simples. Il ne fait aucun doute qu'être exorciste m'a beaucoup renforcé dans ma foi et dans la prière. Pendant que le cardinal Poletti rédigeait le document me confiant la charge d'exorciste, je me suis recommandé à la Madone: « Enveloppe-moi dans ton manteau et protège-moi, je t'appartiens. » Et puis je me prénomme Gabriele, l'archange est mon saint patron...
Ordonné prêtre en 1954, Don Gabriele, 85 ans, est depuis 1986 l'exorciste en chef de la cité du Vatican et de l'archidiocèse de Rome. « Plus un exorciste est animé par la foi, plus puissante est son action », affirme-t-il, ce qui l'amène à pourchasser le diable partout où il croit le voir, y compris au sein du Vatican - ce qui peut laisser perplexe, même si Paul VI a dit que « la fumée de Satan » était bel et bien entrée dans l'Eglise...
" Nous devons aussi apprendre à travailler avec nos collègues médecins, y compris dans le champ de la santé mentale: ils peuvent apporter à l'Eglise une aide significative. (...) Bien des patients se sont adressés à moi après avoir consulté un médecin. J'ai même établi un usage : on ne peut venir me voir sans un certificat attestant que l'on s'est scrupuleusement soumis à des consultations de spécialistes. En effet, une personne qui souffre doit toujours commencer par aller voir un médecin."...
Une séance d'exorcisme
L'atmosphère pendant la séance doit toujours être au recueillement, puisque nous prions beaucoup. Et dans les cas les plus difficiles et les plus rares, ceux qui présentent une possession démoniaque, les gens entrent en transe. On parle de possession démoniaque quand il y a possession par le démon; autrement, ce sont des vexations.
L'activité des démons, que nous pouvons définir comme ordinaire, consiste à tenter l'homme au mal en cherchant à le faire s'éloigner de Dieu. C'est pourquoi il ne suffit pas seulement de « croire en Dieu » - ce qui est le propre de 90% de nos contemporains - mais il est nécessaire de faire la volonté de Dieu. « Au cours de mes 45.000 exorcismes - raconte dom Amorth - je n'ai jamais rencontré un diable qui ne croie pas en Dieu. Croire ne sert à rien ; il faut plutôt faire ce que Jésus nous a dit de faire » ( Jc 2.14-20; Mt 7.21).
A cette action tentatrice du démon nous sommes tous soumis, et pour toute notre vie, comme cela s'est produit aussi pour Jésus et Marie ; c'est pourquoi il est nécessaire de veiller, de fuir les occasions de péché et surtout de prier, car seuls nous perdons la lutte contre satan, tandis que nous en serons vainqueurs si nous nous unissons au Christ dans l'oraison.
Il existe aussi une activité extraordinaire du démon, qui consiste en son pouvoir d'occasionner des troubles particuliers, exceptionnels ; cela se produit quelquefois par notre propre faute, mais aussi parfois par celle d'autrui. Nous pouvons classifier ces maux selon 4 catégories, bien qu'il n'existe pas un langage commun parmi les exorcistes pour décrire les phénomènes démoniaques :
_ possession : le diable entre dans le corps humain et se manifeste par des gestes et des paroles. Dans un tel cas, qu'il soit bien clair que satan ne peut jamais se rendre maître de l'âme.
_ vexation : le démon frappe une personne avec des souffrances et des maléfices, agissant sur le plan de la santé, des affections ou du travail. C'est un cas très difficile à discerner car souvent ces maux proviennent de Satan mais d'une manière indirecte, non évidente, jusqu'à sembler provoqués par des phénomènes naturels. Pourtant, les personnes frappées, souvent incomprises des prêtres et Évêques peu instruits de ces faits, tournent alors leur recherche d'aide vers des mages ; les problèmes se compliquent alors ultérieurement car toute magie tire son efficacité du royaume des ténèbres.
_ obsession : il s'agit de troubles donnés à l'homme, qui frappent sa sérénité intérieure, son équilibre psycho-émotif. Satan agresse en causant des perturbations, angoisses et tourments intimes.
_ infestations : on entend ces maléfices qui frappent également les choses et les animaux. Le Catéchisme de l’Église Catholique affirme qu'on peut faire des exorcismes aussi aux choses , et de fait, il arrive parfois de devoir exorciser des maisons ou des lieux.
Tous ces maux particuliers - qui toutefois n'ont jamais de pouvoir sur l'âme - se reçoivent pour 4 motifs :
a) par libre initiative du démon. Dieu, en vertu de la liberté accordée à chaque créature, tolère que satan opère le mal, même si le mal n'est pas la volonté du Seigneur. Sa non-intervention immédiate ne représente pas pour autant une permission de Dieu au mal. Les motifs de cette volonté divine nous échappent en partie ; pourtant, nous savons que le Tout-Puissant a le pouvoir de transformer le mal en bien.
De nombreux saints ont été frappés de possessions, vexations, obsessions et se sont sanctifiés à travers ces épreuves: Padre Pio, le Curé d'Ars, Ste Gemma... N'oublions pas la valeur de la croix. Les maux sataniques, offerts en sacrifice à Dieu, ont un énorme pouvoir de rédemption.
b) par la fréquentation de lieux dangereux : mages, cartomanciennes, groupes sataniques, séances de spiritisme.
c) par la persistance dans le péché grave. Avec le temps, on « s'endurcit » dans le péché et le mal creuse plus profondément ses racines en nous.
d) par les maléfices : c'est la cause la plus commune, qui regarde 90% des cas et ne dépend pas de celui qui subit les maux. « Maléfice » signifie un mal fait avec l'aide du démon. Qui peut le faire ? Non pas tous mais seulement les mages réellement en contact avec le diable. On connaît diverses formes de maléfices : envoûtement, enchaînement, mauvais œil... Sont coupables de tels maux celui qui ordonne les maléfices et celui qui les fait.
Rituel d'exorcisme
Rituel Romain (texte officiel de l'Église pour les célébrations liturgiques) :
Le Catéchisme de l’Eglise Catholique rappelle qu’il convient avant tout de bien distinguer les maladies psychiques des véritables cas de possession démoniaque . Le Rituel romain, quant à lui, au chapitre «De exorcizandis obsessis a daemonio», donne quelques «signes» qui permettent de diagnostiquer les cas de réelle possession diabolique :
* Le fait de parler des langues non connues par la victime (le latin, par exemple).
* L’esprit de blasphème, d’horreur instinctive ou inconsciente des choses saintes, en particulier la haine contre le Christ et la Sainte Vierge.
* La révélation de choses cachées ou futures, sans raison naturelle qui puisse l’expliquer (attention, le démon ne possède pas la connaissance du futur. Mais parce qu’il est de nature angélique, il peut avoir une connaissance «conjoncturelle» beaucoup plus grande que la nôtre.)
* L’utilisation d’une force qui dépasse les capacités humaines (la victime peut lever toute seule une charge que plusieurs personnes ne pourraient pas lever.)
* Phénomènes d’apesanteur : voler, comme si le possédé avait des ailes ; se maintenir en l’air, sans point d’appui ; marcher sur le plafond, la tête dirigée vers le sol, etc.
Types d'exorcisme
Le «petit» exorcisme qui a lieu lors du baptême des petits enfants ou encore auprès des catéchumènes (adultes sur le chemin menant au baptême).
Le «grand» exorcisme est celui opéré par le prêtre exorciste conformément au Rituel lorsqu'il faut libérer une personne de l'emprise du Malin.
«L'exorcisme dit de Léon XIII» : Cette prière était autrefois autorisée aux particuliers dans le cadre d'un usage privé.
Dom Gabriele Amorth - exorciste du diocèse de Rome - nous explique :
"Nous devons toujours nous fonder sur des signes et des phénomènes observables ; on peut aussi pratiquer des provocations silencieuses - avoir sur soi l'Eucharistie, par exemple, à l'insu de tout le monde -, en utilisant l'eau bénite, le sel bénit, ou l'eau servant aux liturgies pascales. On observe ce que les gens acceptent ou refusent de boire. Ils reconnaissent toujours l'eau bénite et le sel bénit...."
«1. Avant toute autre chose, il est nécessaire de vivre dans la grâce et d'éliminer les obstacles à la grâce. Si l'on vit dans un état ordinaire de péché, il faut remédier à cette situation. S'il y a un obstacle à la grâce (le plus fréquent étant de ne pas pardonner du fond du coeur), il faut l'éliminer.
2. Il faut vivre l'eucharistie, dont je rappelle les trois aspects: la messe, la communion, l'adoration eucharistique. Nous devons dire clairement que les quatre moyens déjà cités, et le suivant, ont bien plus de force et de valeur qu'un exorcisme. Les gens sont, le plus souvent, paresseux: ils veulent que les autres interviennent et les délivrent de leurs problèmes; or ce qui manque dans la plupart des cas, c'est l'implication personnelle.
3. Il faut prier. Il est logique que tous ces moyens soient utilisés, non pas successivement, mais en fonction de la nature de chacun; c'est pourquoi la prière doit être quotidienne, faite avec foi, et on doit y consacrer un certain temps. Toutes les prières sont bonnes, même celles que l'on invente. Les prières bibliques ont une efficacité particulière évidente (les psaumes, les cantiques), de même que le Rosaire qui a, vraiment, un pouvoir incroyable.
Avec ces trois moyens, et sans exorcisme, on peut se libérer de maux d'origine maléfique et de la possession elle-même. Par contre, il est impossible de se délivrer par les exorcismes seuls, sans le recours à ces moyens. On peut faire une exception uniquement quand une personne voudrait utiliser ces moyens, et s'efforce de les utiliser, mais en est empêchée par le démon. Il est nécessaire alors de l'aider et il faut utiliser les deux derniers moyens.
4. Les prières de libération. Elles ont un double effet, c'est pourquoi elles sont parfois plus efficaces que les exorcismes. En général, on fait des prières de guérison et de délivrance. Dans les cas ne nécessitant pas une guérison, elles sont particulièrement adaptées. (....)
Dans les cas considérés comme « mineurs », ces prières peuvent être suffisantes pour la délivrance, les exorcismes étant réservés seulement aux cas les plus graves.
5. Les exorcismes. L'exorcisme n'a pas comme seul but de chasser les démons, il est également profitable contre l'influence du Malin, d'où son utilisation dans les cas de possession, mais également d'influence démoniaque. (...)
Pour ma part, je demande d'abord que la personne ait une vie de prières et fréquente les sacrements comme il se doit et, de plus, qu'elle me soit présentée par un prêtre ou par un groupe de prières, après une série de prières de libération.
(...)
Cependant il faut toujours, même pendant les exorcismes et une fois que la guérison et la délivrance ont été obtenues, que la personne vive pleinement sa vie chrétienne, soit extrêmement fidèle à la prière, à la messe, aux sacrements, à l'enseignement religieux. Si ceci fait défaut - tous les exorcistes ont pu le constater -, les libérations sont provisoires et les rechutes douloureuses»