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La théorie des dominos

La machine  est en train de s'enclencher. Il est désormais possible que la France suive la Grèce, le Portugal, l'Irlande, l'Italie et l'Espagne dans le club peu enviable des pays dont la dette publique est considérée comme toxique par les marchés financiers. Le scénario est bien rodé. La pression monte lentement mais inexorablement, la notation par les agences est abaissée, la panique s'installe et, au bout du chemin, il faut se résoudre à aller quémander de l'aide au FMI, aux partenaires européens et à la BCE, qui prennent le contrôle de la politique économique. La purge exigée en contrepartie des prêts est sévère.

 

Ce processus est lent. Il a duré six mois pour la Grèce, l'Irlande et le Portugal. Il durera sans doute moins longtemps pour l'Italie , l'Espagne , la France,...

Les marchés financiers  détiennent une grosse part de la dette publique de la France, quelque 1 700 milliards d'euros, soit 85 % de notre PIB, et ils sont effrayés de perdre une partie de leurs patrimoines. La panique n'est pas bonne conseillère, mais elle est très humaine. Il fallait y penser plus tôt, avant de leur demander le prêt de ces sommes colossales.

 

 

 

La crise actuelle peut avoir des répercussions aussi bien sur les Etats et les banques que sur les citoyens.  (l'interconnexion de tous les acteurs économiques : les ménages dépendent des entreprises pour leur emploi ; les entreprises, des banques pour leurs crédits, les banques ; de la santé des marchés financiers, etc...)

 

L'impact peut se répercuter plus généralement sur l'économie, via "l'effet de richesse" : la valeur moindre de leurs actions leur donnant l'impression de s'appauvrir, les particuliers ont tendance à consommer moins, notamment des biens immobiliers. Ce qui n'aide pas à la relance de la croissance (et donc de la confiance des marchés).

A long terme, les particuliers pourraient bien être "les grands perdants de cette crise, si elle persiste", estime Jean-François Jamet. Car si les banques ont été renflouées en 2008, les ménages sont plutôt sous la coupe de cures d'austérité – baisse des dépenses publiques et hausse des impôts. En effet, les Etats, endettés, pressés par les marchés de réduire leurs déficits, ne sont plus en mesure de mettre en place les plans de relance qui ont permis de sortir de la crise précédente.

 

Même "effet de richesse" chez les entreprises qui, voyant leurs actifs diminuer en Bourse, hésitent à investir. Même conséquence aussi, donc, sur la croissance. Par ailleurs, les entreprises qui s'apprêtaient à vendre une partie de leurs activités retardent leur cession, car elles ont perdu de la valeur. "L'attentisme", selon le mot de Jean-François Jamet, gagne les acteurs économiques.

 

Les banques risquent seulement de voir, également, leurs actifs financiers perdre de la valeur sur les marchés... sans forcément perdre d'argent, encore une fois, tant qu'elles ne les revendent pas. "Mais dans ces périodes de crise, l'impatience et la panique prennent souvent le pas", note Jean-François Jamet.

 

Elles peuvent également être fragilisées par leurs participation dans la dette d'Etats ( les banques françaises qui s'endettent et participent à acheter les dettes grecque , portugaise , italienne , ... qui voient augmenter leurs taux d'intérêts et les risques de défaut de paiment des Etats débiteurs ).

 

 

 

Dettes et Notations

La zone euro a mis sur la table un nouveau plan d'aide de près de 160 milliards d'euros pour sauver la Grèce et empêcher une contagion de la crise de la dette, au risque toutefois de provoquer un défaut de paiement du pays.

Les dirigeants de la zone euro ont décidé de frapper fort avec un sauvetage d'un montant supérieur aux attentes et au premier plan décidé en urgence au printemps 2010, de 110 milliards d'euros.

Ce deuxième plan d'aide courant jusqu'à fin 2014 sera dans le détail composé d'environ 109 milliards d'euros de prêts de l'Europe et du Fonds monétaire international, même si la répartition entre les deux ensembles n'a pas encore été décidée.

Le reste doit venir des banques, assureurs et fonds d'investissement qui ont prêté de l'argent à la Grèce.

 

En effet, lorsqu'on examine l'exposition des grands groupes bancaires aux dettes souveraines des pays européens de la méditerranée, l'Italie et la Grèce représentent les pourcentages les plus élevés dans le portefeuille des titres publics détenus.

Pour ne prendre que l'exemple de la France, selon les données de la Banque des règlements internationaux, l'Italie représenterait 68,64 % de l'exposition de BNP Paribas aux dettes souveraines des PIIGS (Portugal, Italie, Irlande, Grèce, Espagne), et ce pourcentage s'élèverait à 41,28 % pour la Société générale, 71,32 % pour le Crédit agricole, 69,82 % pour Dexia, 63,54% pour le groupe des Banques populaires et Caisses d'épargne.

Même si le plan de relance budgétaire de ce pays lors de la crise de 2008 n'a pas dépassé 5 % du PIB, le ratio de sa dette culmine à plus de 100 % du PIB et devrait atteindre 120 % en 2011.

 

Les marchés n'auront alors aucun mal à entraîner les pays les plus fragiles financièrement dans une nouvelle spirale de crises de dettes publiques. L'Irlande, le Portugal et l'Espagne seront alors contraints de déclarer, après la Grèce, un moratoire provisoire sur leur dette. Si cela devait arriver, les perspectives géopolitiques de l'Europe seront modifiées. En effet, les pays en faillite auront toute l'attention des économies émergentes, au premier rang desquels la Chine et la Russie. Non seulement la Chine consacrera une partie de ses réserves colossales à l'achat de dettes publiques européennes qu'elles paieront à un prix faible, mais en exigeant des primes de risques élevées.

 

 

Moody's envisage d'abaisser la note des banques françaises BNP Paribas, Société générale et Crédit agricole du fait de leur exposition à la Grèce, dont la même agence d'évaluation financière a baissé la note début juin, selon une série de communiqués publiés mercredi 15 juin.
Moody's précise que l'examen ne devrait pas entraîner d'abaissement de notation de plus d'un cran dans le cas de BNP Paribas et du Crédit agricole. La note à long terme du Crédit agricole est actuellement de Aa1, la deuxième plus élevée dans la hiérarchie de Moody's, tandis que celle de BNP Paribas est de Aa2, un cran en dessous.Par contre, pour la Société générale, la dégradation pourrait atteindre deux crans.

 

Moody's rappelle que l'exposition à la Grèce n'est pas de même nature pour les trois banques. Dans le cas du Crédit agricole, elle tient avant tout à sa filiale Emporiki et concerne donc pour l'essentiel des créances privées. L'agence considère que l'effet "secondaire" d'un défaut de l'Etat grec pourrait être "significatif" pour la banque, du fait de cette exposition à l'économie locale.

Pour BNP Paribas et la Société générale, en revanche, c'est avant tout le portefeuille de titres d'Etat qui est concerné. Il atteignait, fin mars, 2,5 milliards d'euros pour la Société générale et 5 milliards d'euros pour BNP Paribas. Il n'était que de 600 millions d'euros pour le Crédit agricole.

Par ailleurs, la Société générale possède également une filiale en Grèce, Geniki, mais avec un portefeuille de prêts au secteur privé nettement plus restreint que celui d'Emporiki, à 3,4 milliards d'euros contre 21,1 milliards d'euros, rappelle Moody's.

 

Moody's a abaissé de trois crans la note de la Grèce début juin, de B1 à Caa1, et a indiqué qu'elle envisageait de l'abaisser de nouveau, citant une "augmentation du risque que la Grèce ne puisse stabiliser son endettement sans une restructuration de sa dette".

 

Le groupe belge Dexia détenait à fin mars 3,47 milliards d’euros d’emprunts d’Etat grecs à son bilan, le deuxième plus gros montant après les 5 milliards d’euros de BNP Paribas.La seule dette publique grecque représente encore 89% de la capitalisation boursière de Dexia (Dexia apparaît donc comme la banque la plus exposée à la dette grecque )

 

 

 

Les établissements français sont les plus engagés en Grèce, avec des créances qui atteignent environ 53 milliards d'euros. L'exposition globale du Crédit Agricole s'élève à près de 30 milliards d'euros.

 

 

Les banques peuvent à leur tour avoir un effet sur l'économie en devenant plus frileuses : si elles risquent des pertes financières du fait d'actions en baisse, si elles craignent un moindre remboursement de leurs prêts du fait d'une économie atone, la tentation d'une contraction du crédit monte, avec son lot d'effets néfastes sur les ménages et les entreprises.

 

 

A long terme, le marché de la dette publique peut être touché. Encore un cercle vicieux : ce sont les doutes sur la capacité des Etats à rembourser leur dette, couplés aux faibles perspectives de croissance, qui ont engendré l'inquiétude, voire la panique des marchés. Or, c'est cette dernière qui pourrait justement compliquer le remboursement de la dette, en ralentissant la croissance. Les investisseurs font alors de moins en moins confiance aux Etats, revendent leurs obligations en masse, et font encore augmenter les taux d'intérêts de ces titres de dettes...

 

 

Réactions politiques

_ Marine Le Pen a appelé jeudi Nicolas Sarkozy et le gouvernement à cesser de courir derrière des marchés "devenus fous de cupidité" et à "reprendre le gouvernail" de la France.

C'est sur le registre de la dénonciation que la candidate du FN à l'Élysée a décidé de s'attaquer à la gestion de la crise par l'exécutif. «L'heure n'est plus aux opérations de communication mises en scène pour faire croire qu'on est mobilisé, comme l'Élysée le fait depuis des mois», a-t-elle expliqué.
La leader frontiste demande donc «à Nicolas Sarkozy que la France revienne dès aujourd'hui sur le plan de renflouement de la Grèce». Elle s'inquiète de l'alourdissement de la dette française qu'entraîne la mise en place du Fonds européen de stabilité financière. Le président de la République «est le champion incontesté de la dette», lance Marine Le Pen avant d'ironiser sur l'inscription de la «règle d'or» dans la Constitution: «Nicolas Sarkozy est aussi légitime pour imposer ”la règle d'or” de maîtrise des déficits que Mesrine pour réformer le Code pénal.»

 

La dirigeante du FN a dénoncé le coût "des guerres meurtrières et inutiles" menées "pour plaire à Washington" tant en Libye qu'en Afghanistan."Quittons le sol afghan et le ciel libyen dès le 1er septembre", a-t-elle dit.( 400 Millions ? euros /mois  pour des opérations sur la Libye ....)

"La France ne doit plus verser un seul centime aux pays de la zone euro comme la Grèce. Chaque milliard versé est un milliard brûlé dans l'incendie de la dette", a-t-elle estimé ( qui "alourdira de 15 milliards supplémentaires", dit-elle, la dette publique.

Marine Le Pen , qui détaillera dans quelques mois son projet fiscal, veut d'ores et déjà faire en sorte que la France ne soit plus un "paradis fiscal" pour les très grands groupes et les grandes fortunes."Il n'est pas normal que dans notre pays, les grands groupes du CAC 40 ne paient en moyenne que 8% d'impôts sur les sociétés", a-t-elle dit.

 

 

_ Ségolène Royal a exposé quelques unes de ces pistes de travail concernant le règlement de la crise de la dette, l'un des dossiers principaux de la future campagne présidentielle. Elle propose "l'ouverture d'états généraux sur la réforme des prélèvements et de l'impôt, puis un référendum pour stabiliser  les règles pendant cinq ans".La candidate aux primaires PS envisage également "l'entrée de l'Etat au capital des banques qui sont aidées et l'interdiction de la spéculation sur les dettes publiques", car "dans les pays qui contrôlent les banques, la croissance est au rendez-vous". 
Objectif ? Rattraper "le temps de retard" de Nicolas Sarkozy."Nous sommes présidés par 'le président-déficit' : il  a plus que doublé le déficit public, en grande partie à cause des cadeaux fiscaux faits aux grandes fortunes", a-t-elle dénoncé.

 

Les Français fortunés qui ont bénéficié ces dernières années du bouclier fiscal doivent rembourser les sommes qu'ils ont touchées grâce à ce dispositif, a estimé Ségolène Royal . Pour Ségolène Royal, interrogée sur RMC et BFM TV, cette initiative traduit "la prise de conscience que les Français ont vu que si ça allait aussi mal, c'est parce que les injustices s'étaient très dramatiquement creusées".

Le bouclier fiscal, qui limitait depuis 2006 l'imposition des contribuables à 50% de leurs revenus annuels et conduisait le fisc à rembourser à certains d'entre eux les impôts excédant ce seuil, a été supprimé par la loi sur la fiscalité du patrimoine définitivement adoptée par le parlement au début de l'année.Il avait profité en 2009 à un peu moins de 19.000 personnes pour un coût total de 679 millions d'euros."Que tous ceux qui ont bénéficié de ristournes, c'est-à-dire de chèques, alors qu'ils sont les plus grandes fortunes du pays, commencent par rembourser ce bouclier, et on verra à ce moment-là si leurs intentions sont bonnes", a dit Ségolène Royal.
 

 

 

 

Les autorités de régulation des marchés de la France, de l'Italie, de l'Espagne et de la Belgique ont décidé de manière concertée de lutter contre les "fausses rumeurs" qui déstabilisent les marchés. Dans un communiqué publié jeudi soir, l'ESMA, l'Autorité de régulation financière européenne, annonce aussi jeudi que les ventes à découvert seront restreintes à partir de vendredi 12 août.

Les titres de onze banques et assurances cotées sur le marché français sont concernés : April Group, Axa, BNP Paribas, CIC, CNP Assurances, Crédit Agricole, Euler Hermès, Natixis, Paris Ré, Scor et la Société Générale. L'AMF avait déjà interdit les ventes à découvert sur les valeurs financières cotées à Paris entre septembre 2008 et début février 2011, après la faillite de Lehman Brothers.


From : le Monde ,les Echos , l'Agefi, le Point , Figaro ...

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Tag(s) : #Politique Intérieure - Extérieure
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