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L'intervention massive des Etats pour renflouer les systèmes bancaires et relancer une machine économique menacée de paralysie durable se traduit par une envolée des déficits budgétaires et un gonflement de la dette publique. Mais tous les pays ne sont pas égaux face au choc de la crise financière mondiale. Pour les plus vulnérables d'entre eux, y compris au sein de la zone euro, on ne peut écarter un scénario catastrophe. Or, l'Union

européenne n'est pas équipée pour faire face au défaut de paiement ou à la défaillance sur sa dette d'un pays membre, même participant à la monnaie unique (Mediapart ).


La spéculation attaque l’Europe par le sud
From : ?
L’Espagne, la Grèce et le Portugal, fragilisés par leur dette publique, sont attaqués par les marchés. Conséquences : baisse de l’euro et chute des Bourses.

La finance veut-elle la peau des Etats de la zone euro ? Vendredi, les principaux marchés européens (action, obligation et devises) ont continué leur dégringolade. La Bourse de Paris a perdu 3,40%. Et celle d’Athènes 3,73%. L’euro, lui, est passé sous la barre des 1,36 dollar pour la première fois depuis huit mois. En ligne de mire : les 30 000 milliards de dette publique cumulés par les pays du G7 et la situation de la Grèce, de l’Espagne et du Portugal. Tout cela dans un climat «de très grande nervosité», selon un opérateur parisien.

Qui attaque la Grèce et l’Espagne ?

Plus personne ne le conteste, la situation des finances publiques de la zone euro, y compris celle de la Grèce, ne justifie pas une telle panique des marchés financiers qui, désormais, jouent clairement l’éclatement de la zone euro. Selon nos informations, émanant à la fois d’autorités de marché et d’établissement financiers, une grande banque d’investissement américaine et deux très importants hedge funds seraient notamment derrière les attaques contre la Grèce, le Portugal et l’Espagne. Leur but ? Gagner un maximum d’argent en créant une panique qui leur permet d’exiger de la Grèce des taux d’intérêt de plus en plus élevés tout en spéculant.

Pourquoi ne pas citer les noms ? Parce qu’il s’agit d’un faisceau de présomptions qu’un tribunal risque de juger insuffisant en cas de procès. Et comme le dit un opérateur de marché : «On ne joue pas avec ces gens-là.»

Comment gagner de l’argent avec la dette grecque ?

De mille façons. Grâce à la sophistication extrême des marchés financiers. D’abord, il faut savoir que la dette (c’est-à-dire les obligations d’Etat) est un produit financier comme un autre. Elle a un prix défini par une offre et une demande. Comme pour le baril de pétrole ou une action en Bourse. Or, doutant de la crédibilité de la Grèce à honorer sa dette, les opérateurs de marché exigent une prime de risque plus élevée (donc une hausse des prix).

Et le marché n’aime rien d’autre que ces moments où il «joue à se faire peur», pour reprendre l’expression de Nicolas Véron, économiste au Bruegel Institute, car il y a matière à des allers et retours. Rapides et donc très profitables.

Ainsi, d’après nos informations, les deux hedge funds qui tiennent le marché grec ont été furieux de n’avoir reçu que 2 % du dernier emprunt grec (lancé le 25 janvier pour une durée de cinq ans, il a recueilli 25 milliards d’euros de demande, pour 8 milliards finalement levés) et sont décidés à faire courir la panique sur le marché des CDS, les fameux credit default swap. Que recouvre cette appellation ? Un titre d’assurances que l’on contracte pour se prémunir contre un potentiel défaut d’un Etat à qui l’on a prêté de l’argent. Un CDS a un prix et s’échange sur un marché non régulé et totalement opaque.

Vendredi, le CDS grec était à 428 points de base, un niveau sans précédent, alors que celui du Liban plafonnait à 255, ou celui du Maroc à 113… En clair, pour le marché, le risque de faillite de la Grèce serait quatre fois supérieur à celui du Maroc.... Nos deux hedge funds, comme d’autres, attaquent donc la Grèce en créant de la panique pour faire monter les prix : «les CDS, c’est un puits sans fond : avec 200 millions de dollars, vous jouez comme si vous aviez un milliard de dollars», explique un analyste.




Pourquoi la Grèce inquiète tant la zone euro
La crise a profondément dégradé la situation économique de la péninsule hellénique. A tel point que le mot faillite est dans tous les esprits. Fantasme ou risque réel ?

La Grèce serait-elle le vilain petit canard de la zone euro ? La péninsule hellénique a été au coeur des discussion des ministres des Finances de l’Eurogroup, mardi 1er décembre à Bruxelles. Ces derniers estiment que la situation de la Grèce est « préoccupante » à cause de l’explosion de ses déficits publics.

La Grèce a récemment nettement revu en hausse ses pronostics de déficits. Le ministre des Finances Georges Papaconstantinou s’attend à un déficit de 9,4% du produit intérieur brut (PIB) en 2009, à environ 30 milliards d’euros. La dette publique, de son côté, doit atteindre 113,4% du PIB cette année. Dans les deux cas, Athènes est très au dessus des limites européennes – respectivement 3% et 60%. Le pays est d’ailleurs dans le collimateur de Bruxelles pour déficit excessif.

Entrée officiellement en récession au quatrième trimestre 2008, la Grèce doit subir en 2009 une contraction de son PIB de 1,2% et de 0,3% en 2010, selon le projet de budget, sur fond d’augmentation du chômage (fixé à 9,7% pour 2010 contre 9% en 2009) et de recul de compétitivité de l’économie.

Mais la crise n’explique pas tout. Même en période de croissance, le pays ne parvient pas à réduire ses déficits.

La Grèce souffre en effet d’un « déficit structurel chronique depuis son entrée dans la zone euro en 2001« , explique Philippe Sabuco, économiste chez BNP Paribas. L’économie souterraine dans les services à domicile (plomberie, construction, etc.) et dans le tourisme est estimée à environ 20% du PIB. Son administration fiscale est désorganisée et dispose de peu de moyens : la collecte de l’impôt est donc peu efficace. Les niches fiscales sont nombreuses et l’assiette de l’impôt sur le revenu est très étroite.

Résultat : les recettes fiscales ne permettent pas de combler les dépenses, plombées par un système de retraite très généreux et l’indemnisation du chômage. L’économie grecque est en outre relativement fermée : le pays exporte peu. Quant à la consommation des ménages, si elle a été très dynamique ces dix dernières années, souvent à la faveur d’un endettement massif, elle a fortement ralenti depuis la crise.

Le projet du budget déposé par le gouvernement grec la semaine dernière au Parlement, prévoit la réduction du déficit de 9,4% à 9,1% du PIB pour 2010, via notamment une réduction de 2,3% des dépenses publiques par rapport à 2009, et une hausse des recettes, par l’instauration de nouvelles taxes (sur les téléphones mobiles, sur les jeux, sur l’alcool et les cigarettes notamment). Ce n’est pas suffisant pour l’Eurogroup. « Nous insistons pour que dans l’année 2010 d’autres mesures » suivent, a déclaré son chef de file, Jean-Claude Juncker.

Mais le plus inquiétant reste la dette du pays, qui devrait s’envoler à 120,8% du PIB l’année prochaine. La note de la dette long terme de la péninsule a été abaissée en début d’année par Standard and Poor’s de « A » à « A- » , dernier cran avant de tomber dans la catégorie de qualité moyenne « BBB ». La dette à court terme a quant à elle été abaissée d’un cran, de « A-1″ (meilleure note possible) à « A-2″. Résultat : la Grèce paie plus cher ses emprunts.

Après la révélation la semaine dernière des difficultés financières de l’émirat de Dubaï, tous les regards se sont tournés vers la Grèce. Depuis, la Bourse d’Athènes est en chute libre et l’écart de taux d’intérêt entre les obligations d’Etat grecques et allemandes, base de référence sur la zone euro, se sont creusé.

Ces évolutions, qui risquent d’augmenter le coût de la dette pour Athènes, attestent des inquiétudes sur la solvabilité de la Grèce. La presse internationale a évoqué un risque de voir le pays ne plus être en mesure de rembourser ses emprunts. Le mot de faillite est dans tous les esprits.
Une hypothèse que récusent les Européens. « Ce scénario de faillite est totalement aberrant, la Grèce n’est pas et ne sera pas en état de faillite« , a affirmé Jean-Claude Juncker.

« Un pays de la zone euro ne peut pas faire faillite« , explique Eric Delannoy, vice-président du cabinet de conseil Weave, spécialiste du secteur financier, car « cela entraînerait des réactions en chaîne pour d’autres pays, comme cela avait été le cas lors de la faillite de Lehman Brothers. » « Ce serait catastrophique pour la crédibilité de la monnaie européenne« , ajoute-t-il.

Selon lui, ce qui inquiète réellement les pays de la zone euro, c’est qu’ils vont peut-être devoir mettre la main au portefeuille pour accorder des lignes de crédit à la Grèce. Et la facture pourrait bien être salée.



La Grèce n'est pas la seule à "maquiller" sa dette
From : le Monde
Maquillage de comptes ou habillage légal de bilan ? Sous le feu des critiques pour leur responsabilité dans la crise financière, les banques de Wall Street, Goldman Sachs en particulier, sont au coeur d'un nouveau scandale. Cette fois, il ne s'agit plus de "subprimes", ces crédits hypothécaires explosifs vendus à des ménages modestes, mais de produits financiers sophistiqués proposés à des Etats endettés pour enjoliver leurs comptes.

Dans le cas grec, la très controversée Goldman Sachs aurait, selon la presse allemande et américaine, offert ses services à Athènes pour réduire, en 2001, ses déficits en utilisant des "swaps de devises". Un outil qui permet de se protéger des effets de changes en transformant en euros la dette initialement émise en dollars et en yens.

"Légal !", affirment les autorités grecques. Sauf que le taux de change utilisé ici aurait été exagérément favorable. Bilan de l'opération : 1 milliard d'euros de dette gommée pour le pays et 300 millions de commissions empochés par la banque.

"Ce serait une honte s'il s'avérait que les banques, qui nous ont déjà amenés au bord du précipice, ont également participé à la falsification des statistiques budgétaires de la Grèce", a réagi la chancelière allemande, Angela Merkel, mercredi 17 février.

La Grèce a-t-elle triché ? Peut-être, mais dans les faits, le savoir-faire des banques américaines a profité à de nombreux pays. "Il s'agit d'opérations naturelles, qui participent de la bonne gestion de la dette", assure un émetteur de dette souveraine en Europe. Les mécaniques sont variées. "Elles n'ont de limites que la créativité des financiers", indique un ancien haut responsable de banque.

L'Italie a fait partie des pays les plus friands de cette ingénierie financière. Le pays a notamment multiplié les opérations de titrisation de sa dette.

Autrement dit, l'Etat a revendu au marché ses créances sous forme de titres financiers pour se débarrasser de sa dette. La Belgique, de son côté, a titrisé des arriérés fiscaux, se souvient un opérateur sur le marché de la dette : "C'était en 2006." Le pays a ainsi évité d'emprunter de l'argent, faute d'avoir perçu à temps les sommes dues par les contribuables.

Certains Etats ont vendu de la dette indexée "sur un peu n'importe quoi", indique un opérateur de marché. Exemple : ces emprunts grecs émis en 2000, dont le remboursement des intérêts était adossé aux profits attendus de la loterie nationale !

"Quand on est "limite'', on a forcément la tentation d'utiliser ces astuces-là pour essayer de réduire sa dette, commente René Defossez, stratège sur le marché des taux chez Natixis . Ce n'est pas très orthodoxe, mais ce n'est pas forcément contestable."

La France n'a pas été pas absente du jeu. Le pays assure n'avoir jamais eu recours aux services de Goldman Sachs. "Nous ne faisons sans doute pas d'opérations assez "funky''sur la dette française", indique-t-on au Trésor.

Mais jusqu'en 2002, le pays a utilisé des outils financiers complexes de couverture (des "swaps de taux") pour modifier les échéances de remboursements de sa créance. A première vue, grâce à ces artifices, tout le monde est gagnant. "Pour les Etats, ces opérations permettent de reporter la dette à plus tard. Et pour les banques, ce sont des promesses de marges juteuses", indique Emmanuel Fruchard, consultant en risques financiers. Les établissements empocheraient en moyenne 1 % voire plus des montants de dettes émis.

Sur ce "marché", les banques anglo-saxonnes ont été particulièrement actives et recherchées. Du fait de leur savoir-faire, mais aussi "en faisant miroiter un accès direct à des investisseurs étrangers comme des fonds de pensions", indique l'économiste Philippe Brossard, de l'agence Macrorama. Pour lui, "fignoler" de la sorte la structure des déficits publics n'est pas sans risque. Si l'Etat semble gagnant à court terme, il peut être contraint par la banque à rembourser des intérêts beaucoup plus lourds à long terme. Le New York Times raconte ainsi que le ministre grec des finances avait dénoncé, en 2005, l'opération de Goldman Sachs, se plaignant du fait que l'Etat devait rembourser de grosses sommes à la banque américaine jusqu'en... 2019. " En utilisant des outils sophistiqués, les Etats se rendent dépendants des banques, ajoute M. Brossard. Certains avaient traité avec Lehman Brothers et se sont inquiétés lorsque l'établissement a fait faillite."

Conscient du danger, Eurostat, l'institut européen de statistiques, censé valider ces opérations, a mis en 2008 le holà à certaines pratiques, en déconseillant, notamment le recours à la titrisation.



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Tag(s) : #Politique Intérieure - Extérieure
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