Le capital-investissement français se dit à court... d'argent , les fonds français tirent la sonnette d’alarme.
Les fonds d’investissement n’ont plus les moyens de soutenir en capital le tissu économique français. Ils réclament les 25 milliards d’euros issus de l’assurance-vie.
Selon le président de l’Afic, Louis Godron, les fonds d’investissement français ont développé un modèle différent des fonds anglo-saxons et sont plus tournés vers l’emploi et l’investissement.
Selon le président de l’Afic, Louis Godron, les fonds d’investissement français ont développé un modèle différent des fonds anglo-saxons et sont plus tournés vers l’emploi et l’investissement. - DRIl s’en plaignent de façon répétée depuis la crise. Les fonds d’investissement n’ont plus les moyens de soutenir en capital le tissu économique français. Ils ne parviennent plus à lever auprès d’investisseurs le capital nécessaire aux 11 milliards d’euros de besoin annuel des entreprises hexagonales : seulement 1,6 milliard d’euros, en dehors de la levée de fonds exceptionnelle d’Ardian (2 milliards d’euros) au premier semestre, contre une moyenne de 10,5 milliards d’euros entre 2005 et 2008.
Premiers pourvoyeurs de liquidité au secteur, les assureurs et les mutuelles ont réservé leurs apports au trois quart à leur propre filiale dans le non-coté. Pour le reste, quelques sociétés de gestion ont réussi à « contourner la pénurie de capitaux en France », grâce à leurs liens privilégiés avec des investisseurs internationaux, indique l’Association française des investisseurs pour la croissance (Afic).
En regard, le rythme des investissements est resté mécaniquement faible, de l’ordre de 2,6 milliards d’euros, presque moitié moins qu’avant la crise et le nombre d’entreprises bénéficiaires (768) est le plus faible depuis 2007. Mais, cette fois, les fonds d’investissement disent adresser leur appel de la dernière chance.
Arbitrage sur le fléchage
L’arbitrage sur le fléchage des milliards d’encours de l’assurance-vie attendu dans le cadre du prochain projet de loi de Finances rectificative est imminent. Si cette source de financement leur échappe, ils n’auront que peu d’alternative, affirment-ils. S’appuyant sur les recommandations de Louis Gallois et le rapport Berger-Lefebvre, ils estiment qu’une allocation de 25 milliards est nécessaire sur 4 ou 5 ans pour compléter les apports qu’ils obtiennent chaque année.
A défaut de fléchage, quel est le risque ? Un financement à l’anglo-saxonne, moins soucieux de l’emploi, disent les fonds. « Au-delà de nos points noirs, nous avons développé un modèle différent des fonds anglo-saxons et sommes plus tournés vers l’emploi et l’investissement, indique Louis Godron, le président de l’Afic. Cela veut dire que demain, si nous sommes essentiellement alimentés par les fonds étrangers, nous allons rejoindre le modèle général plus financier des fonds d’investissement.
Au premier semestre, les 270 membres de l'Afic ont levé 3,6 milliards d'euros
Au secours ! En plein débat budgétaire, voici le message très direct que Louis Godron, président de l'Afic (Association française des investisseurs pour la croissance), a lancé, mercredi 16 octobre, à l'adresse des pouvoirs publics.
Le dirigeant du fonds d'investissement Argos Soditic dresse le portrait d'une profession en crise, car elle ne parvient plus à lever assez de capitaux, carburant vital pour investir dans les entreprises. D'où la nécessité, selon lui, de prendre d'urgence des mesures fiscales destinées à "flécher l'épargne des Français" vers les entreprises.
Au premier semestre, les 270 membres de l'Afic, qui financent bon an mal an plus de 1 500 PME et autres ETI (entreprises de taille intermédiaires) dans l'Hexagone ont levé 3,6 milliards d'euros, selon l'étude Afic et Grant Thornton.
A première vue, c'est deux fois mieux que l'an dernier. "Mais cette statistique est en trompe l'oeil", souligne M Godron, car "un seul fonds, Ardian, a collecté à lui seul la moitié du total".
Et de poursuivre : "dans tous les cas, cela reste très insuffisant pour couvrir les besoins en fonds propres des PME françaises, évalués entre 11 et 20 milliards d'euros par an."
PROPOSITIONS POUR RÉORIENTER L'ASSURANCE-VIE
Conséquence, selon M. Godron, de nombreuses équipes sont quasiment à court d'argent à investir et sont condamnées soit à disparaître, soit à s'intégrer à des structures internationales.
"Cela veut dire que les investissements de 2 millions d'euros ne se feront plus car, pour de tels montants, il faut des équipes sur le terrain."
Dès lors, pour sauver "ce réseau d'irrigation", il appelle le gouvernement à mettre en œuvre les préconisations successives du rapport Gallois et de celui des députés PS Karine Berger et Dominique Lefebvre, visant à "mettre l'épargne des français au travail".
Dans leur rapport sur l'épargne, remis en avril, les deux députés avaient plaidé pour réorienter en quatre ou cinq ans quelque 50 milliards d'euros – sur les 1 500 milliards de l'assurance-vie – vers les entreprises, dont une partie vers le non-coté : précisément, le champ d'intervention du capital-investissement.
Un sondage, réalisé début septembre par OpinionWay pour le compte de l'Afic, montre que 41 % des Français se disent prêts à consacrer une part de leur épargne "à des placements aux rendements variables pour financer les entreprises".
Mais, derrière les promesses, les professionnels de l'investissement ne voient rien venir. Au contraire, ils s'inquiètent d'un "projet de retenue à la source" concernant les apporteurs de capitaux étrangers, qui serait apparu dans le projet de loi de finance en cours de discussion.
De quoi faire fuir, selon M. Godron, les éventuels assureurs ou fonds de pension qui seraient tentés de miser sur l'économie française : "certains de nos membres devaient boucler une levée de fonds ces jours-ci. Un investisseur canadien et une personne physique européenne leur ont fait savoir que, dans ces conditions, ils préféraient attendre."
Leader français de la presse magazine, le groupe Lagardère n'échappe pas aux difficultés qui affectent le secteur. Pour y répondre, Denis Olivennes, qui dirige la branche médias du groupe depuis trois ans, s'apprête à céder dix titres sur vingt, dont Auto Moto, Be, Campagne et Décoration, Psychologies magazine, Union, Première et Pariscope.
Pourquoi Lagardère Active vend-il une partie de ses magazines ?
Partout, la presse fait face à une rupture radicale : Internet, c'est une offre de contenus pléthorique, accessible à tout instant, sur tous supports et le plus souvent gratuite. Cette révolution entraîne une très forte baisse de la diffusion et de la publicité. Ne nous voilons pas la face : face à cette situation sans précédent, la presse est au bord de l'infarctus et doit mettre en oeuvre des thérapies de choc.
Combien de titres cédez-vous ?
Ma stratégie est de concentrer nos investissements sur une dizaine de titres qui sont leaders de leur catégorie et ont une forte capacité de développement numérique. Cela conduit, malheureusement, à en céder d'autres, une dizaine, tous excellents et qui ont un avenir, mais dont la taille est insuffisante à notre échelle. Cette cession est douloureuse, car nous sommes fiers de ces titres et de ces équipes. Mais elle est nécessaire.
Des négociations ont-elles commencé ?
J'avais d'abord le devoir légal d'informer les représentants du personnel et celui moral d'informer les équipes. Nous allons pouvoir discuter avec les acheteurs qui se sont manifestés. Et favoriserons, s'ils le souhaitent, la reprise de ces titres par leurs équipes.
Combien de salariés sont concernés ?
Cette cession concerne 350 collaborateurs permanents. Une majorité travaille dans ou pour les titres cédés. Les autres sont concernés par la réorganisation qu'implique la diminution de notre portefeuille. Ma volonté est que les cessions se fassent avec la reprise des collaborateurs. Cela fera partie de nos critères. Mais nous sommes obligés de prévoir le cas où nous n'atteindrions pas 100 % de cet objectif. Nous nous engageons alors à mettre en oeuvre des moyens exceptionnels en faveur du reclassement des salariés pour ne laisser personne au bord du chemin et à privilégier le volontariat.
N'est-ce pas avant tout un plan social ?
Je le répète, c'est un projet de cession de titres. La loi impose le cadre d'un PSE. Mais tous nos efforts seront consacrés à donner un destin aux salariés de ces titres qui sont des collaborateurs de grande qualité. Dans moins d'un mois, nous ouvrirons la phase légale d'information et de consultation. Nous souhaitons négocier et aller éventuellement au-delà des quatre mois prévus par la loi. Pendant ce temps, nous discuterons avec les acquéreurs potentiels. [Après l'entretien, Denis Olivennes a précisé dans une lettre aux salariés que "si – ce qui n'est pas notre perspective – nous n'arrivions pas à céder certains de ces titres, nous n'aurions d'autre choix que de les fermer".]
La sélection des titres s'est-elle faite selon leur rentabilité ?
Nous avons croisé différents critères, dont le principal est la taille et notre capacité à massifier notre investissement vers le numérique. Nous voulons concentrer nos efforts plutôt que les saupoudrer pour faire entrer de plain-pied nos titres majeurs dans la révolution digitale.
A combien chiffrez-vous cet investissement ?
Vous comprendrez aisément que je ne divulgue pas ce chiffre.
Allez-vous modifier votre organisation ?
Nous allons nous organiser autour de cinq univers thématiques : le féminin haut de gamme, le familial, l'actualité, le grand public et le divertissement. Chacun aura un patron et une autonomie d'action. Ce seront des "intraprises" qui auront un fonctionnement plus agile.
N'est-ce pas un aveu d'échec de votre stratégie numérique ?
C'est au contraire la poursuite et l'accélération de la stratégie de digitalisation dans laquelle nous sommes engagés. Je souhaite transformer nos marques, mais aussi développer de nouvelles activités "pure player" comme nous l'avons fait avec Doctissimo ou le Guide.com. Ces actifs jeunes vont se rapprocher des actifs historiques dans notre nouvelle organisation. Nous articulerons mieux les contenus, les services et la commercialisation. Cette transformation est la condition pour que la partie presse de Lagardère Active renoue avec la croissance.
Les titres conservés
Elle (et ses déclinaisons), Art et Décoration, Le Journal du dimanche, Paris Match, Version Femina, France Dimanche, Ici Paris, Télé 7 Jours, Telé 7 Jeux, Public, l'application T7J, Info Bébés, Parents et les versions digitales de Première et Pariscope.
Ceux mis en vente
Auto Moto, Be, Campagne et Décoration, Le Journal de la maison, Maison & Travaux, Mon jardin Ma maison, Psychologies magazine, Union, ainsi que Première et Pariscope (papier).
From : le Monde ,les Echos,...