Taxes solaire : la Chine lance une enquête sur les vins européens
Pékin avait prévenu que les taxes "punitives" annoncées par l'Union européenne n'étaient "pas susceptibles d'inciter à une réponse amicale de la Chine".
La Chine a annoncé mercredi lancer une enquête antidumping sur les vins importés de l'Union européenne, au lendemain de la décision de la Commission européenne d'instaurer des taxes provisoires sur le solaire chinois. "Le gouvernement chinois a lancé une procédure antidumping et anti-subventions visant les vins de l'Union européenne", a indiqué dans un communiqué le ministère chinois du Commerce.
Quelques heures plus tôt, l'agence de presse officielle Chine nouvelle avait prévenu que les taxes "punitives" annoncées par l'Union européenne n'étaient "pas susceptibles d'inciter à une réponse amicale de la Chine". La décision de la Commission européenne risque de faire "dérailler" les relations commerciales entre la Chine et l'Union européenne, a même affirmé l'agence d'Etat.
Taxes progressives
La Commission européenne a annoncé mardi l'instauration de taxes provisoires sur le solaire chinois, malgré les réticences de plusieurs Etats de l'UE et les craintes de représailles commerciales de Pékin. L'exécutif européen a opté pour des mesures progressives : à partir du 6 juin, les taxes seront au taux de 11,8%, et passeront deux mois plus tard à 47,6% en moyenne si la Commission ne parvient pas à trouver un accord avec Pékin.
Pékin a déjà répliqué par des mesures visant des produits européens après que l'Europe eut décidé d'enquêtes ou de taxes visant des sociétés ou des produits chinois.
Après les sanctions de Bruxelles sur le solaire, Pékin menace de taxer les vins français. Berlin se désolidarise de Bruxelles.
La Chine est prête à la guerre commerciale. Pékin n'a pas tardé à répliquer aux taxes de Bruxelles sur le solaire chinois en lançant une enquête antidumping sur les vins importés de l'Union européenne. N'en déplaise à Bruxelles, l'enquête chinoise pourrait aboutir, assez vite, sur une hausse des taxes à l'importation de vins européens, aujourd'hui imposés à 48 %.
Ces représailles visent avant tout la France, qui a ouvertement appuyé les sanctions de Bruxelles contre les panneaux solaires chinois. Si la Chine réplique à l'Europe dans son ensemble, elle choisit habilement sa cible. Ce sera Paris et non Berlin, où la chancelière a fait savoir tout le mal qu'elle pensait des sanctions lancées par Bruxelles.
Si le vignoble n'est pas Airbus, l'affaire est prise très au sérieux à l'Élysée. Avec 140 millions de litres vendus en 2012, pour un montant de 788 millions de dollars, la France est le premier exportateur européen de vin vers la Chine. La Chine représente 20 % des exportations des vins de Bordeaux. Les vins et spiritueux sont le deuxième poste excédentaire de la balance commerciale de la France, derrière l'aéronautique. Ils représentent à eux seuls 83 % de l'excédent de l'agroalimentaire français.
Attaquée, la France ne peut pas répliquer à l'OMC, sans l'aval de Bruxelles. En attendant, elle réclame une «réunion» des 27 pays de l'UE, pour dégager une «solidarité de point de vue» sur les négociations commerciales avec la Chine. La réunion des ministres du Commerce de l'UE, le 14 juin à Luxembourg, pourrait être l'occasion d'une grande explication en famille. Elle s'annonce houleuse.
Quinze pays européens, dont l'Allemagne, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas, se sont prononcés contre les sanctions contre la Chine, par peur des représailles. La France, elle, ne défend pas tant ses panneaux solaires que ses grands principes: l'Europe doit cesser de se montrer «naïve» avec la Chine, insiste-t-on à Paris, et doit savoir «montrer les dents» lorsqu'il le faut. François Hollande, comme Nicolas Sarkozy ou Jacques Chirac, avant lui, défend l'idée d'une «Europe qui protège» face à la brutalité de la mondialisation, un thème jugé plus populaire que l'ultralibéralisme défendu à Bruxelles ces dernières années.
Intérêts commerciaux
Encore faut-il que les États européens s'entendent sur une stratégie commune face à la Chine. Ce qui n'est pas le cas. Car Pékin s'est trouvé un allié de poids sur le Vieux Continent: l'Allemagne, plus attentive que jamais à ses intérêts commerciaux en Asie, alors que l'Europe en récession lui achète moins de produits.
La chancelière, Angela Merkel, s'est clairement rangée du côté du premier ministre chinois, Li Keqiang, lors de sa visite à Berlin fin mai. Le gouvernement allemand avait affirmé que la décision de la Commission européenne de taxer les importations de panneaux solaires chinois était une erreur et a appelé à un dialogue intensif avec Pékin.
«L'Allemagne a toujours clairement dit que nous, le gouvernement, privilégions le dialogue et non la confrontation», a déclaré le ministre allemand de l'Économie, Philipp Rösler, qualifiant la mesure provisoire de Bruxelles de «grave erreur». L'objectif devrait être «d'empêcher dans tous les cas une guerre commerciale, qui s'étendrait à bien davantage de secteurs que le seul secteur du photovoltaïque», a-t-il ajouté.
D'après le porte-parole du gouvernement allemand, Steffen Seibert, Pékin et Berlin «aspirent à une solution à l'amiable». «Ce n'est pas l'intérêt ni de l'Europe, ni de l'Allemagne, ni de la Chine de tendre vers un tassement des échanges commerciaux», a-t-il ajouté, appelant à ce que les mois à venir soient utilisés par la Commission pour nouer «un dialogue étroit avec la Chine à la recherche d'une solution amiable» et éviter d'inscrire ces taxes dans la durée.
Pour Bruxelles, l'instauration de ces taxes était une «mesure d'urgence pour donner un ballon d'oxygène à un secteur qui souffre» du dumping des firmes chinoises. Elles ne deviendront définitives que si une majorité d'États membres le décide. Ce qui semble de plus en plus compromis…
Après le secteur de l'acier, Pékin a lancé une nouvelle action antidumping visant le secteur de la chimie. Angela Merkel, qui recevait le premier ministre chinois ce week-end, a lancé un appel au calme.
La Chine lance une nouvelle mesure de rétorsion contre l'Europe. D'après Les Echos ce lundi, Pékin a notifié il y a quelques jours à la Commission européenne une procédure antidumping contre les chimistes européens. Cette initiative chinoise cible des dérivés du chlore (en particulier le perchloroéthylène et le tétrachloroéthylène). Le français Solvay et la branche européenne de l'américain Dow Chemical sont concernés. Des procédures similaires auraient également été lancées contre les États-Unis, selon le journal.
C'est la deuxième procédure antidumping engagée par Pékin contre l'industrie européenne en moins de quinze jours. Début mai, la Chine a en effet lancé une enquête contre les fabricants européens, américains et japonais de tubes en acier sans soudure, accusés par un concurrent chinois de dumping. Mastondonte du CAC 40, Vallourec, était alors visé.
Ces deux actions quasi-simultanées apparaissent comme une réponse immédiate à l'offensive de Bruxelles contre les pratiques commerciales de la Chine. La Commission européenne a proposé récemment aux États de l'Union européenne d'approuver début juin une taxation provisoire de 47% en moyenne sur les panneaux solaires importés de Chine afin de protéger les firmes européennes du secteur qui se disent victimes de concurrence déloyale. Bruxelles a aussi décidé de lancer une enquête sur les subventions dont bénéficieraient les équipementiers en télécommunications chinois Huawei et ZTE. Alors que le commerce bilatéral entre l'UE et la Chine a atteint 546 milliards de dollars en 2012, le déficit commercial de l'UE avec Pékin n'a cessé de se creuser, dépassant 122 milliards.
«La mise en place d'une taxe sur les panneaux solaires enverrait le mauvais signal, le signal que le protectionnisme est de retour»
De passage en Allemagne, seul pays de l'Union européenne au programme de sa première tournée à l'étranger depuis sa prise de fonction, le premier ministre chinois Li Keqiang a réitéré son désaccord avec la politique de Bruxelles ce week-end. Interrogé sur la taxation des panneaux solaires chinois, il a affirmé qu'une telle mesure «ne mettra pas seulement en danger des emplois en Chine, mais nuira aussi aux intérêts des entreprises et des consommateurs européens». «Nous espérons que nous pourrons surmonter par le dialogue le différend commercial entre la Chine et l'UE, a-t-il ajouté. La mise en place d'une taxe sur les panneaux solaires enverrait le mauvais signal, le signal que le protectionnisme est de retour».
Angela Merkel était du même avis. Lors d'une conférence de presse commune dimanche soir, la chancelière a assuré qu'elle ferait «tout pour trouver une solution par la discussion et ne pas tomber dans une sorte de confrontation qui se termine finalement par la mise en place de droits de douanes réciproques. Je vais m'engager en tant que chef du gouvernement (allemand) pour qu'au niveau européen, nous nous engagions aussi vite que possible dans des discussions intensives avec la partie chinoise».
Cet engagement de Berlin contre les projets de Bruxelles n'est pas anodin. L'Allemagne est de loin le plus grand partenaire commercial européen de la Chine: les échanges entre les deux pays ont atteint 187 milliards de dollars l'an dernier. La chancelière a déclaré hier vouloir encore renforcer les relations déjà «très étroites» entre les deux pays, citant quatre domaines: l'industrie, les technologies de l'information, la gestion de l'environnement et l'agriculture
From : Le Point,le Figaro,.....