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Des députés de la majorité adressent une lettre contre l'austérité à Manuel Valls
 
L'aile gauche du parti socialiste craint que la réduction des dépenses publiques ne vienne freiner la reprise et les chances de réduction du taux de chômage. (Photo : Reuters) Romain Renier  |  17/04/2014, 19:46  -  655  mots
Une douzaine de députés a signé une lettre appelant le Premier ministre Manuel Valls à revenir sur son objectif de réduction des dépenses de 50 milliards d'euros d'ici à 2017. Seloneux, au delà de 35 milliards, la facture risque d'être salée pour les électeurs.
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"Au delà de 35 milliards, nous croyons que reculs sociaux et mise à mal des services publics seront inéluctables." C'est le message qu'ont lancé aujourd'hui une douzaine de députés de la majorité, qui contestent le plan d'économies de 50 milliards d'euros d'ici à 2017 dans une lettre adressée jeudi à Manuel Valls.

Le plan d'économie "contraire aux engagements pris devant les électeurs"
S'exprimant "au nom de l'appel des cents" députés qui avaient déjà exhorté l'exécutif à mener une politique en faveur de la croissance avant le vote de confiance au gouvernement, ils estiment "dangereux économiquement" ce plan de réduction des dépenses car il conduira inéluctablement à une asphyxie de la reprise et de l'emploi. Selon eux, un tel engagement pour contenter les partenaires européens et Bruxelles, serait contraire aux "engagements pris devant (les) électeurs".

Parmi les signataires de cet appel à l'exécutif, on trouve notamment les députés aubrystes Christian Paul et Jean-Marc Germain, mais aussi Laurent Baumel, Pouria Amirshahi, ou encore le vice-président de la commission des Finances et économiste, Pierre-Alain Muet.

D'autres élus, qui ne sont pas signataires de la lettre, ont tenu par ailleurs à apporter leur soutien à cette démarche. C'est le cas notamment de la sénatrice Marie-Noëlle Liennemann, de l'aile gauche du parti socialiste, qui considère que la "la résorption massive des déficits et le suivi de la feuille de route imposée par Bruxelles constitueraient un handicap majeur pour le redressement de l'économie française".

Décaler l'objectif de 3% dans le temps
"Nous nous opposons au gel des prestations sociales, qui atteindrait des millions de familles modestes", déclarent les onze députés après l'annonce mercredi par Manuel Valls de son plan de 50 milliards d'économies.

En outre, l'effort demandé aux collectivités locales "fait courir le risque de briser l'investissement local", préviennent ces députés, qui demandent de le ramener à 5 milliards, au lieu de 11 milliards prévus. Ils estiment que des "marges de manoeuvre nouvelles" peuvent être dégagées, en particulier "en présentant, dans le pacte de stabilité, une trajectoire plus crédible de réduction des déficits". "L'objectif de passer sous la barre des 3% (du PIB) pourrait être maintenu mais décalé dans le temps", selon eux. Egalement sur les aides aux entreprises, "on peut faire mieux avec moins", suggèrent-ils en proposant de réduire de 30 à 20 milliards le montant des baisses de cotisations prévues.

Ces élus veulent "aller plus loin et plus vite sur le pouvoir d'achat", avec "un effort supplémentaire de 5 milliards d'euros", et demandent de débloquer "une enveloppe de 1 milliard d'euros pour 50.000 emplois d'avenir supplémentaires et un plan pour les chômeurs de longue durée". En clair, les députés appellent l'exécutif à ménager la demande intérieure, principale moteur de la croissance en France.

L'OFCE craint aussi pour la croissance et l'emploi
Un peu plus tôt dans la journée, l'Observatoire français de conjoncture économique (OFCE) en est lui aussi allé de sa critique à l'encontre d'une réduction des dépenses trop violente induite par le maintien de l'objectif d'un déficit public à 3% fin 2015.

Selon l'Observatoire, un plan de 50 milliards d'euros permettrait bel et bien d'atteindre les objectifs de réduction des déficits. Mais cela se traduirait par une perte de -0,7 point de PIB dés 2014, et de -0,6 point de PIB en 2015. Le taux de chômage, qui ne bénéficierait pas de la faible reprise surtout favorable à la reconstitution des marges pour les entreprises, resterait durablement au dessus des 10%. Bref... comme on pouvait s'y attendre, le plan présenté par Manuel Valls ne fait pas l'unanimité à gauche et chez les économistes keynésiens de l'OFCE.

 

 

Une énième colère pour rien?

Les annonces de Manuel Valls sur les futures réductions des dépenses publiques ont heurté l'aile gauche du PS. Sans conséquence comme depuis des mois? 

"On parlait de la défaite aux municipales depuis 1h30 et on attendait l'arrivée de la ministre Marylise Lebranchu pour parler de la réforme de l'Etat. Soudain, on voit apparaître à la télé le docteur La Douleur." Ce cadre du groupe PS qui raconte comment lui et ses collègues ont appris le contenu du plan de réduction des dépenses publiques, en est encore stupéfait. 

 

L'allocution de Manuel Valls ne passe pas. Dans les minutes qui suivent, les réactions de colère des députés se multiplient. Christian Paul, le remuant élu de la Nièvre à la tête de la Gauche durable, ouvre le bal. Sur Twitter puis sur BFM. Les députés sont "atterrés", dit-il. "On va dans le mur", ajoute Laurent Baumel, chef de file de la Gauche populaire, une autre chapelle socialiste. "En l'état", le vote du 30 avril -ce jour-là, l'Assemblée se prononcera sur le programme de stabilité- n'est pas acquis pour le gouvernement, menacent-ils. 

 

« Ne me parlez pas d'une fronde du groupe PS. »
Ça ne vous rappelle rien? Remplacez "vote du 30 avril" par "vote de confiance", conservez les mêmes grognards, et vous reviendrez deux semaines en arrière, juste après la nomination de Manuel Valls à Matignon. La colère de la majorité, l'éternel feuilleton. 

"Ne me parlez pas d'une fronde du groupe PS, s'emporte Bernard Roman, député PS du Nord. Ce sont toujours les mêmes. Il faut qu'ils se rappellent qu'ils ont été élus dans la foulée de l'élection présidentielle de François Hollande. On ne peut pas être réformiste en 2012 et révolutionnaire en 2014." 

Sur le fond, l'intervention de Manuel Valls inquiète la fameuse aile gauche du PS, une cinquantaine d'élus tout au plus. Si bataille il doit y avoir, ce n'est pas là qu'elle se jouera. Les non-alignés rechignent à rejoindre une fronde qu'ils estiment noyautée par des courants qui rêvent de rejouer le dernier congrès du PS. "Je ne veux pas rentrer dans une logique de l'aile gauche contre l'aile machin", avance Jean-Patrick Gille, député d'Indre-et-Loire. Gérard Bapt ou Catherine Lemorton, remontés contre les cabinets ministériels et la difficulté de dialoguer avec eux, n'assistent pas aux réunions des mécontents le mardi matin. 

 

La volte-face qui pourrait faire basculer des députés
Les menaces de l'aile gauche sont-elles une nouvelle fois inoffensives? Non, jure un député, membre du courant Un monde d'avance, celui de Benoît Hamon. Pour lui, les onze abstentions socialistes le jour du vote de confiance peuvent servir de détonateur, sur l'air du "s'ils l'ont fait, pourquoi pas moi?". L'ambiance actuelle pourrait achever d'entraîner d'autres socialistes mécontents non pas du fond de l'intervention de Manuel Valls, mais de sa forme. Une semaine après avoir assuré qu'il respecterait le Parlement, le Premier ministre prend par surprise sa majorité. La volte-face est soudaine. Il va falloir cajoler le groupe. 

"A mon avis, Manuel Valls va recevoir tout le monde... 4 ou 5 fois", sourit Thierry Mandon, porte-parole du groupe à l'Assemblée, qui annonce la création de groupes de travail pour préciser et, soyons audacieux, modifier à la marge les annonces d'hier. Et si ça ne suffit pas à éteindre le début d'incendie, le Premier ministre a une autre idée: le noyer sous des déclarations de soutien à sa politique grâce à des députés nouvellement recrutés. Le Parisien cite Luc Belot, Carole Delga ou Matthias Fekl, de nouvelles têtes et des non-alignés. L'opposé des habituelles grandes gueules du PS.

 

 

Cambadélis: le Parti socialiste «touché mais pas coulé»

Jean-Christophe Cambadélis parle après le conseil national du PS à Paris le 15 avril 2014 (Photo Jacques Demarthon. AFP)Le Parti socialiste est «touché mais pas coulé», assure son nouveau Premier secrétaire Jean-Christophe Cambadélis dans une interview publiée dimanche dans le Parisien/Aujourd’hui en France.

«Le PS doit se bouger, c’est une nécessité. Nous avons été sévèrement et tragiquement battus aux municipales. Les fondations sont touchées. Je dis: touché mais pas coulé !», s’exclame M. Cambadélis. «Le PS reste une grande force avec près de 300.000 adhérents. Mais il est vrai qu’au fil du temps ce parti a perdu ses réflexes, ses règles, sa colonne vertébrale, voire son attractivité politique. L’individualisme et le narcissisme y font aussi des dégats. Le PS est une grande formation politique mais anémiée», estime-t-il.

Sur la base de ce diagnostic, le nouveau Premier secrétaire entend dynamiser sa formation politique. «Dès la semaine prochaine nous lancerons une mission, sorte d’audit sur l’état de notre parti», explique-t-il. «Elle aura pour but de mesurer l’impact de la défaite département par département. Pendant 15 jours, les 30 secrétaires nationaux iront dans les territoires réunir les militants pour engager le dialogue. Je compte faire le tour de l’ensemble des fédérations. Je ne veux laisser personne au bord du chemin.»

M. Cambadélis demande au passage aux socialistes «de faire un effort, le jargon technocratique, ça suffit.»

Il prône une «solidarité exigeante» vis-à-vis du gouvernement. Quant au Premier ministre Manuel Valls, «en tant que Premier secrétaire, je revendique le droit de lui dire +vous avez tort+. Et vice versa. Je souhaite pouvoir avoir des entretiens réguliers avec lui. Et rencontrer le Président de la République quand il le veut», ajoute-t-il.

Interrogé sur la capacité du PS à faire plus que les 16,4% de 2009 aux élections européennes de mai, M. Cambadélis répond: «Bien sûr. Le PS peut même terminer en tête. Rien n’est désespéré. Si on veut que ça change en Europe, le président de la Commission, dirigée par des conservateurs, doit changer.»

 

 

 Jean-Christophe Cambadélis a hérité, mardi 15 avril, d’un poste que Pôle emploi n’aurait pas osé lui proposer s’il avait été mis sur le marché : un CDD de dix-huit mois de premier secrétaire du Parti socialiste, jusqu’au congrès d’octobre 2015. Autrement dit, une mission de sauvetage d’un parti en détresse, qu’Henri Emmanuelli qualifiait récemment de « parc à moutons » en « coma dépassé ».
Au lendemain d’un désastre électoral qui, avec la perte de quelque 160 villes de plus de 10 000 habitants, a sapé le socialisme municipal, le diagnostic impitoyable de Michel Rocard, en 1994, s’impose de nouveau. L’ancien premier ministre décrivait, alors, le PS comme « un champ de ruines », « pratiquement vidé de toute idée, de toute force, de toute influence ».

Si les socialistes ont (encore) tous les pouvoirs – Elysée, Matignon, Assemblée nationale, Sénat, régions, majorité des départements –, leur parti n’existe plus. Il est devenu un astre mort. Les premiers symptômes du mal ne sont pas apparus avec l’élection de François Hollande. Ils remontent loin.

En 1995, Lionel Jospin, redevenu premier secrétaire, avait favorisé un certain renouveau idéologique, sans toutefois faire le ménage nécessaire dans les baronnies locales d’un appareil de plus en plus sclérosé. Son successeur, François Hollande, a exercé une réelle influence sur la ligne du gouvernement pendant la cohabitation de 1997 à 2002. Mais il n’a pas rénové le PS. Et depuis le choc du 21 avril 2002 et l’élimination de son candidat au premier tour de la présidentielle, ce parti dérive sans boussole, sans autre stratégie que la reconquête du pouvoir, sans renouvellement de sa doctrine.

 

Jean-Christophe Cambadélis a été élu premier secrétaire par le Parlement du Parti socialiste, ce mardi soir. Le successeur d'Harlem Désir a obtenu la majorité: 67% des suffrages exprimés. "Il s'agit de reformuler le socialisme à travers des états généraux. Nous voulons faire remonter tout ce que nous avons vu pour essayer de construire des réponses qui permettent au Parti socialiste de se reformuler ", a déclaré Jean-Christophe Cambadélis, lors de son discours devant le Conseil national.
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Jusqu’au séisme municipal de 2014, le PS s’est replié sur son seul rôle de machine électorale. Pour la présidentielle de 2012, il a inventé, avec succès, la procédure démocratique de la primaire. Mais, aujourd’hui, sa machine tourne à vide. Depuis 2002, en dehors de vagues considérations sur « un nouveau modèle de civilisation », il n’a rien produit. Il s’est montré incapable de formuler des idées neuves, soit pour aider l’action gouvernementale, soit pour défricher l’avenir, soit pour redéfinir ce qu’est le socialisme en 2014. Depuis douze ans – et le phénomène s’est aggravé avec la calamiteuse gouvernance d’Harlem Désir –, il est en panne de pensée.

La crise existentielle du PS est si profonde qu’on finit par se demander à quoi il sert. Penseur et stratège, formé à la double école du trotskisme et du jospinisme, M. Cambadélis a la stature pour empêcher « le bateau ivre » de couler. « L’enjeu pour le Parti socialiste, a-t-il déclaré, c’est la glissade ou le renouveau, la dispersion ou le sursaut. » Il lui faudra beaucoup d’énergie pour remettre à flot un parti dont les militants sont désemparés au point de se détourner de leur président.

M. Cambadélis a l’ambition de « reformuler idéologiquement le socialisme pour qu’il soit à nouveau une doctrine vivante, capable de transformer le monde et pas seulement de le gérer ». A cette condition seulement, le nouveau « patron » du PS pourra être davantage qu’un intérimaire ou un syndic de faillite

 

 

 

From : les Echos ,la Tribune , l'Express , Matthieu Deprieck,Libération , le Monde,....

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Tag(s) : #Politique Intérieure - Extérieure
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