Une enquête de Médiapart révèle qu'Aquilino Morelle, l'influent conseiller du président de la République, aurait notamment travaillé pour des laboratoires pharmaceutiques alors qu'il était rattaché à l'Inspection générale des affaires sociales (Igas).
Inspecteur de l'Igas et conseil pour des laboratoires privés, «ça n'a pas de sens. C'est comme si on accordait le droit à un directeur d'hôpital entré à l'Igas de travailler pour une clinique privée, comme si un inspecteur du travail conseillait une entreprise privée.» Au journaliste de Mediapart , l'ancien chef de service d'Aquilino Morelle, André Nutte, certifie qu'il ne se souvient pas avoir signé d'autorisation. Ce que confirment les archives de l'Inspection générale des affaires sociales.
Les faits révélés par le journal en ligne remontent à 2007. La plume de François Hollande vient de réintégrer l'Inspection générale des affaires sociales, un service interministériel de contrôle, d'audit et d'évaluation des politiques sociales et sanitaires, destiné à «éclairer la décision publique». À ce titre, il est fonctionnaire et tenu de se consacrer pleinement à sa fonction.
Pourtant, Aquilino Morelle cherche alors à offrir ses services et à ouvrir ses réseaux à l'industrie pharmaceutique. Il y parvient auprès du laboratoire Lundbeck, selon Mediapart. Il permet aux cadres du laboratoire privé d'entrer directement en contact avec les bons interlocuteurs au sein du comité économique des produits de santé. Une mission pour laquelle il aurait perçu 12.500 euros hors taxes.
«C'est comme si un inspecteur du travail conseillait une entreprise privée»
À l'Igas, Aquilino Morelle s'est notamment illustré pour un rapport mettant en cause les laboratoires Servier dans l'affaire du Mediator, mais aussi l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps). Ce document a servi de base à l'instruction judiciaire ouverte contre le ponte de l'industrie pharmaceutique Jacques Servier, décédé mercredi soir. Les révélations du rapport de l'Igas ont été étayées par la suite lors des perquisitions et des auditions menées par les juges d'instruction.
Selon les informations du Scan, les accusations décrites par Mediapart auraient été lancées par les laboratoires Servier dès le printemps 2011 pour discréditer Morelle. Ce dernier avait alors confié au Figaro qu'il avait hésité à porter plainte. En réalité, Aquilino Morelle travaillait à l'époque pour l'agence de conseil en communication Euro-RSCG/Havas et aurait par ailleurs offert ses services à d'autres laboratoires privés que Lundbeck.
Selon le Code pénal, ces activités pourraient s'apparenter à une prise illégale d'intérêts. Selon les archives de l'Igas, le conseiller du président n'aurait jamais reçu d'autorisation pour exercer une telle activité. S'il est inquiété par la justice, Aquilino Morelle risque au minimum de devoir rembourser les sommes perçues, au pire 75.000 euros d'amende et cinq ans de prison.
Contacté par Le Scan, Aquilino Morelle n'a pas donné suite à nos sollicitations pour le moment. Cependant, sur son profil Facebook, Aquilino Morelle a publié jeudi après-midi une longue réponse à Mediapart. Il reprend en détail les faits énoncés et réfute toute situation de conflit d'intérêts.
Voir : https://www.facebook.com/aquilino.morelle/posts/10203619108343374
La plume de François Hollande admet notamment avoir été engagée par Euro-RSCG/Havas avec pour mission de développer une activité «corporate santé», une activité de conseil dont il revendique la totale légalité. À ce sujet, il écrit: «J'ai réintégré mon corps d'origine (l'Igas) le 1er mars 2007. En tant que fonctionnaire, un certain nombre d'activités annexes sont autorisées par la loi, dont l'enseignement et le conseil. (…) C'est dans ce cadre que j'ai accepté le contrat ponctuel avec le laboratoire Lundbeck (du 15 octobre au 31 décembre 2007). Ce fut le second et dernier contrat de cette activité de conseil. Ces activités ont dû être déclarées à l'Igas. Je n'ai pas retrouvé la trace de cette démarche en dépit de mes recherches. Ce sont des faits anciens, plus de sept ans. Je souligne enfin que je n'ai jamais eu, ni auparavant ni après, de contact avec ce laboratoire. En particulier, lorsque j'ai été désigné par le chef de l'Igas pour coordonner l'enquête sur le Mediator en novembre 2010, je n'avais aucun lien avec aucune entreprise quelle qu'elle soit et, en particulier, aucun lien avec aucun laboratoire pharmaceutique. A aucun moment je n'ai donc été en situation de conflit d'intérêts.»
Ce droit de réponse a le mérite d'apporter nombre de précisions au déroulement des faits cités par Mediapart. Il ne lève pas pour autant les doutes soulevés par l'absence de document certifiant que la hiérarchie de l'Igas était informée des activités de conseil d'Aquilino Morelle en 2007. Pour pouvoir être exercées par un fonctionnaire de l'Igas, les activités annexes telles que le conseil doivent obtenir l'autorisation du chef de service, si l'on se réfère à l'article 25 de la loi du 13 juillet 1983.
Elysée: les folies du conseiller de François Hollande
A-t-il l’image d’un médecin intègre, adversaire de l’industrie pharmaceutique depuis son rapport sur le Mediator ? Mediapart a découvert qu’il avait travaillé en cachette pour des laboratoires pharmaceutiques, y compris à une époque où il était censé les contrôler. A-t-il la réputation d’être solidement ancré à gauche ? Il se comporte comme un « petit marquis » au Palais où il abuse des privilèges de la République. Est-il connu pour sa plume aiguisée ? Il a longtemps fait écrire ses discours par d’autres. Aquilino Morelle, conseiller politique du président et nouvel homme fort de l'Élysée, a beaucoup menti.
La première fois que David Ysebaert a ciré les chaussures d’Aquilino Morelle, c’était au Bon marché, dans le VIIe arrondissement de Paris. Il lui a laissé sa carte. Et quelques semaines plus tard, raconte le cireur, « une femme, probablement sa secrétaire, m’a appelé pour prendre rendez-vous ». Au Palais même. Depuis, tous les deux mois environ, « le temps de garantie pour un glaçage », il revient à l’Élysée s’occuper des souliers du conseiller politique de François Hollande, également directeur de sa communication. « Aquilino Morelle a 30 paires de souliers de luxe faites sur-mesure, pour son pied qui a une forme particulière.
L'attaque est violente. Mediapart a en effet publié ce jeudi une enquête sur Aquilino Morelle, l'un des conseillers de François Hollande. Titré "Les folies du conseiller de François Hollande", le site d’investigation explique avoir mené l'enquête durant six semaines. Et visiblement, le résultat vaut le détour. Mediapart écrit que le nouvel homme influent à l'Elysée aurait "beaucoup menti et beaucoup omis". Selon le site, Aquilino Morelle, qui " a l’image d’un médecin intègre, adversaire de l’industrie pharmaceutique depuis son rapport sur le Mediator", aurait travaillé "en cachette pour des laboratoires pharmaceutiques, y compris à une époque où il était censé les contrôler".
Mediapart accuse le conseiller de se comporter "comme un petit marquis au Palais de l’Elysée où il abuse des privilèges de la République". L'homme posséderait notamment "30 paires de souliers de luxe faites sur-mesure" et aurait "fait privatiser un salon de l’hôtel Marigny afin de se faire cirer les chaussures seul au milieu de cette pièce toute en dorure". Le Point a d'ailleurs retrouvé la trace de ce "cireur de pompes" et a fait un papier sur son sujet : après publication de celui-ci, le conseiller l'aurait rappelé pour lui signifier qu'il n'avait "qu'une douzaine" de paires... et qu'il n'avait plus à compter M. Morelle comme un de ses clients, selon son témoignage.
Aquilino Morelle a indiqué à nos confrères que ces "affirmations dénuées de tout fondement visent uniquement à me salir". Mais Mediapart insiste disant que le conseiller, "connu pour sa plume aiguisée " aurait "longtemps fait écrire ses discours par d’autres". "Toute l’année 2012", il se serait ainsi « attribué les mérites de discours écrits par Paul Bernard". François Hollande s’en serait aperçu, réprimant alors son conseiller...
Résultat : le conseiller a répondu, ce jeudi après-midi, sur sa page Facebook : "Je suis suffisamment au fait de la vie politique pour ne pas m’émouvoir de la charge dont je viens d’être l’objet. Je veux néanmoins apporter ici des réponses précises à ces allégations" explique-t-il, avant de développer. A noter que, selon le journaliste de Mediapart à l'origine de cette enquête, la réplique sur Facebook n'a pas été précédée d'une demande de "droit de réponse" à proprement parler sur le site du pure player.
From : le Figaro ,Atlantico,....