Publicité

 

Une quarantaine de parlementaires UMP d'horizons variés, dont Laurent Wauquiez et Henri Guaino, signent une tribune dans Le Figaro où ils accusent l'Europe de nombreux maux, alors que le parti avait décidé de ne pas présenter l'UE comme "un monstre". 

Laurent Wauquiez et Henri Guaino co-signent une tribune pour réclamer "une remise en cause profonde de la politique européenne", ce vendredi dans Le Figaro. L'un veut faire "exploser" l'Europe et parle sans fard de protectionnisme. L'autre se revendique gaulliste depuis toujours et refuse de voter pour Alain Lamassoure, tête de liste UMP en Ile-de-France aux élections européennes de fin mai. 37 parlementaires UMP leur emboîtent le pas dans ce texte qui montre que la droite est loin d'être unie à quelques semaines de ce scrutin.

 

Que demande ce texte?
Cette tribune a pour objectif d'éviter que le rêve européen des pères fondateurs "tourne au cauchemar", après "trente années de renoncements" et "d'aveuglements". "En rupture avec les atermoiements des dernières décennies", ces parlementaires appellent de leurs voeux une Europe plus souverainiste.

Les signataires décrètent donc que plusieurs choses ne peuvent "plus durer", parmi lesquelles "l'austérité aveugle qui détruit la croissance et creuse les déficits", "l'élargissement sans fin", "la politique monétaire qui fait peser sur l'Europe tout entière le spectre de la déflation", "l'Europe désarmée" ou "le dumping fiscal et social à l'intérieur de l'Europe".

Un curieux attelage idéologique
Laurent Wauquiez et Henri Guaino allient leurs forces à la tête d'un curieux attelage qui réunit fillonistes et copéistes... On y retrouve bien sûr des membres du courant gaulliste d'Henri Guaino ou de la Droite sociale de Laurent Wauquiez, bien sûr, mais aussi des membres des autres trois courants. Exemples: Arlette Grosskost pour les humanistes, Bernard Brochand pour la Droite forte ou Philippe Meunier pour la Droite populaire.

La quarantaine de signataires rassemble aussi des parlementaires radicalement opposés il y a moins de deux ans, au moment du vote sur le traité budgétaire européen. Il y a ceux qui avaient voté ce texte, à commencer par Laurent Wauquiez et Henri Guaino, comme Patrick Ollier ou Bernard Brochand. Mais ils sont rejoints par 10 parlementaires qui avaient dit "non" au texte: Julien Aubert, Jean-Louis Christ, Gérald Darmanin, Christophe Guilloteau, Lionnel Luca, Philippe Meunier, Jacques Myard, Christophe Priou, Michel Terrot et Patrice Verchère. Et par deux autres parlementaires qui s'étaient abstenus: Jean-Jacques Guillet et Bérengère Poletti.

 

L'Europe divise l'UMP
Faut-il y voir une preuve de l'union de l'UMP, au lendemain d'une conférence de presse de Jean-François Copé visant à la mettre en avant? Difficile... quand Alain Juppé, figure de Sage à droite, jugeait récemment que "parler de protectionnisme, c'est une idée stupide". Le président de l'UMP, lui, ne la jugeait pas "moderne". "On ne peut pas dire n'importe quoi sur l'Europe quand on est responsable de l'UMP", ajoutait-il récemment, qualifiant les positions de Laurent Wauquiez de "personnelles" et "populistes".

 

« Henri Guaino n'est d'accord qu'avec la pensée unique d'Henri Guaino  »
Les meneurs de cette tribune sont par ailleurs frontalement opposés à la ligne défendue par l'UMP et notamment par Alain Lamassoure, député européen depuis 1999 et tête de liste UMP en Ile-de-France, pour les élections européennes. Henri Guaino refuse d'ailleurs de voter pour lui, dans la mesure où il "incarne l'Europe dont plus personne ne veut" et qui "est à l'opposé de l'intérêt de mon pays", a-t-il assuré sur LCP. 

Ce à quoi Alain Lamassoure réplique dans Le Monde: "Henri Guaino n'est d'accord qu'avec la pensée unique d'Henri Guaino". Et sur RFI: "Je n'admets pas que dans cette tribune on critique tout ce qui a été fait au niveau européen depuis trente ans, c'est-à-dire sous François Mitterrand, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy"... dont Henri Guaino était un proche conseiller. 

 

Quelques absents...
Quelques absents de cette liste se sont fait connaître. Comme Roger Karoutchi, qui confirme au Lab d'Europe 1 avoir décliné l'invitation. Il confiait récemment à Mediapart que la ligne directrice définie par l'UMP pour les élections européennes était la suivante: "Ne pas faire de l'Europe un monstre, mais ne pas dire qu'elle est la solution à tous nos maux." Il ne pouvait donc pas signer un texte qui opte pour la première de ces deux non-options.

« L'UMP devra, après les européennes, clairement savoir quelle est sa position  »
Rachida Dati n'est pas là non plus. La député européenne disait pourtant récemment à Mediapart que "Laurent Wauquiez a le mérite d'aborder des sujets qui inquiètent les Français" ou qui assurait "partager beaucoup des idées d'Henri Guaino sur l'Europe" dans une interview accordée au Figaro. Les deux hommes "ont le mérite de faire avancer le débat sur l'Europe", ajoutait-elle sur Twitter, avant cette tribune. 

Thierry Mariani, lui, "ne pouvait pas signer une tribune initiée par un homme qui a clairement dit qu'il ne voterait pas UMP. Même si je suis sur la même ligne, je me sens tout de même plus proche de l'UMP que du Front national", a-t-il expliqué au Lab d'Europe 1. 

Histoire de brouiller encore plus les lignes au sein de l'UMP sur l'Europe, il ajoute que l'UMP doit "choisir": "Ou on est de droite, ou on est du centre", comment-t-il lors d'une interview à la chaîne de télévision proche de l'extrême droite, TV Libertés. "Entre les idées de Monsieur Lamassoure qui est pour une Europe fédérale avec, à la limite, un seul gouvernement et les idées des parlementaires de la Droite populaire, on est aux antipodes (...) L'UMP devra, après les européennes, clairement savoir quelle est sa position et clarifier ses choix." Pas avant?

 

 

 Après la Seconde Guerre mondiale, les pères fondateurs de l'Europe avaient fait partager aux peuples européens leur grand rêve d'union, pour que les tragédies du passé ne recommencent jamais, pour que notre continent, rassemblant ses moyens et ses volontés, fasse entendre sa voix dans le monde, y défende ses idées, ses principes et ses intérêts, pour que nos nations s'ouvrent les unes aux autres, et tirant ensemble le meilleur parti de leurs forces productives, s'engagent durablement sur le chemin de la prospérité.

 

Qu'avons-nous fait de ce grand rêve?

Beaucoup d'Européens de cœur et de raison se posent désormais cette question: ceux qui ont répondu oui lorsqu'on leur a demandé d'approuver le traité de Maastricht ou la Constitution européenne, parce qu'ils ne voulaient pas sacrifier une si belle espérance, et ceux qui ont dit non parce qu'ils ne voulaient pas approuver ce qui, à leurs yeux, entraînait l'Europe et la France sur la voie du déclin.

Trente années de renoncements ont provoqué une profonde crise identitaire, mis à mal la cohésion des sociétés, creusé un fossé d'incompréhension entre les peuples et les responsables politiques, nourri la montée des populismes et des extrémismes.

Sans nier les responsabilités des gouvernements nationaux, à commencer par les nôtres, force est de constater que trente années de dérives ont condamné l'Europe à devenir une machine bureaucratique qui réduit, jour après jour, l'espace des libertés et de la démocratie. Trente années d'aveuglements ont installé durablement sur notre continent le chômage de masse, l'exclusion, la stagnation économique. Trente années de renoncements ont provoqué une profonde crise identitaire, mis à mal la cohésion des sociétés, creusé un fossé d'incompréhension entre les peuples et les responsables politiques, nourri la montée des populismes et des extrémismes. Si nous ne voulons pas que le rêve tourne au cauchemar et que reviennent les vieux démons qui ont été à l'origine de tant de malheurs, il faut changer d'Europe.

 

L'austérité aveugle qui détruit la croissance et creuse les déficits, ça ne peut plus durer.

Au point où nous en sommes, le temps n'est plus à la valse-hésitation des ajustements à la marge du Meccano institutionnel. L'urgence est aux remises en cause profondes. Notre pays doit prendre ses responsabilités et demander à nos partenaires de se prononcer. Le risque de crises circonscrites est moins grand que celui d'une crise générale qui pourrait tout emporter. Souvenons-nous de la chaise vide du général de Gaulle qui sauva la politique agricole commune.

L'austérité aveugle qui détruit la croissance et creuse les déficits, ça ne peut plus durer.

La politique monétaire qui fait peser sur l'Europe tout entière le spectre de la déflation et ruine la compétitivité de nos entreprises, ça ne peut plus durer.

L'ouverture sans contrepartie à toutes les concurrences déloyales, à tous les dumpings, ça ne peut plus durer.

La politique de la concurrence qui interdit toute politique industrielle et qui met les entreprises européennes à la merci de leurs concurrents, tellement plus habiles, c'est un comble, pour se protéger dans leur pays, ça ne peut plus durer.

La libre circulation poussée à l'excès qui interdit tout contrôle des déplacements de populations à l'intérieur de l'Europe pouvant mettre en péril la cohésion de nos sociétés et qui va jusqu'à mettre en concurrence, sur notre sol, nos salariés avec des salariés qui supportent trois fois moins de charges sociales, ça ne peut plus durer.

Le dumping fiscal et social à l'intérieur de l'Europe, ça ne peut plus durer.

Les frontières extérieures de l'Espace Schengen qui laissent passer des flux d'immigration incontrôlés, ça ne peut plus durer. L'élargissement sans fin, ça ne peut plus durer.

 

De ce constat, il nous faut maintenant tirer des conclusions politiques en rupture avec les atermoiements des dernières décennies.

L'Europe désarmée, l'Europe qui ne défend pas ses intérêts dans le monde, l'Europe qui est la variable d'ajustement de toutes les politiques de change, de toutes les politiques commerciales, de toutes les politiques migratoires du monde, l'Europe qui empêche ses nations de se protéger et qui ne les protège pas, l'Europe qui étouffe sous une masse de réglementations, l'Europe qui se construit contre les États et la souveraineté des peuples, ça ne peut plus durer.

De ce constat, il nous faut maintenant tirer des conclusions politiques en rupture avec les atermoiements des dernières décennies. Notre famille politique doit le faire. C'est son devoir si elle ne veut pas livrer notre pays à des aventures dangereuses et sans lendemain auxquelles pourraient conduire la colère et le désespoir de ceux, de plus en plus nombreux, qui souffrent et qui ont le sentiment de ne plus être maîtres de leur vie.

Ne nous y trompons pas: se résigner à inscrire la politique de la France dans le cadre d'une construction européenne à la dérive sans le changer profondément serait moralement inacceptable et politiquement intenable. Cette résignation nous condamnerait rapidement à l'échec si les Français nous confiaient à nouveau le destin du pays.

Ce qui se joue dans la campagne qui s'ouvre pour les élections au Parlement européen, c'est d'abord la définition de notre rapport à l'Europe pour pouvoir gouverner demain sans décevoir aussitôt tous ceux qui nous auront fait confiance.

 

 

 

 

 

 

From : l'Express, le Figaro ,....

http://www.lexpress.fr/actualite/politique/ump/europeennes-guaino-et-wauquiez-brouillent-les-lignes-a-l-ump_1511566.html?xtor=RSS-3011&google_editors_picks=true

http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2014/04/25/31001-20140425ARTFIG00081-henri-guainolaurent-wauquiez-il-est-temps-de-tout-changer-en-europe.php

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publicité
Tag(s) : #Politique Intérieure - Extérieure
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :