Publicité

Histoire de prénom
From : l' express ,Jacques Attali


La critique du prénom du petit-fils de Nicolas Sarkozy par Jean-Marie Le Pen est absurde. Mais elle en dit long.

A propos du choix par Jean Sarkozy de Solal comme prénom pour son fils, Jean-Marie Le Pen a cru bon de faire remarquer que cela "ne relève pas d'une franche assimilation de sa famille à la société française". On pourrait se contenter de hausser les épaules et de passer son chemin devant l'une des ultimes manifestations d'un racisme de plus en plus dérisoire, au milieu d'un débat malvenu sur l'identité nationale. Mais sans doute faut-il prendre plus au sérieux une telle remarque.

D'abord, parce que cet homme s'est trouvé, il y a huit ans, au second tour de l'élection présidentielle. Ensuite, parce que le choix des prénoms dit énormément sur l'évolution d'une nation. A priori, la remarque elle-même, envers ce prénom particulier, est particulièrement absurde. Solal est en effet le prénom du héros d'une des plus grandes sagas de la littérature francophone, personnage récurrent que l'on retrouve dans les magnifiques livres de la tétralogie d'Albert Cohen: son premier roman, Solal, paru en 1930; puis Mangeclous, en 1938, Belle du Seigneur, publié trente ans après, et enfin Les Valeureux, en 1969. Solal: amoureux, cynique et opportuniste, diplomate de génie, venu de Céphalonie avec ses inénarrables cousins, mêlé à toutes les grandes affaires de la Société des nations, dont il est un des hauts fonctionnaires les plus lucides; se niant lui-même pour s'assimiler, puis s'affirmant en niant les autres, et enfin allant au bout de sa négation du monde. Qui n'a jamais rêvé d'être un jour Solal?

De plus, si Solal est un prénom d'origine hébreue signifiant "celui qui ouvre le chemin, le guide", c'est aussi, ironie particulière, le cas du prénom de Jean-Marie Le Pen. Jean-Marie renvoie en effet à deux prénoms d'origine hébraïque: Jean est la forme latinisée de Yoch annan (Dieu pardonne) et Marie celle de Myriam, prénom de la soeur de Moïse et de la femme de Joseph. Partout, les prénoms renvoient à des origines infiniment diverses et révélatrices de la dynamique d'une nation. En France, on en trouve d'origines celte, germanique, italienne, saxonne, hébraïque, arabe...; très peu sont d'origine gauloise.

De fait, les prénoms s'avancent avec les vagues de peuplement, qui sont aussi autant de modes. Ainsi avons-nous eu récemment d'innombrables Philippe puis d'aussi nombreux Charles. Avant d'inaugurer le temps des Loana et des Nolwenn. Et celui des Abdel et des Minh. Les prénoms ne se normalisent pas. Ils sont comme des êtres vivants: ils naissent, voyagent, s'installent, se rencontrent, s'apprivoisent, se croisent, évoluent puis repartent ou font souche et se diversifient. Quand une nation décline, se rétrécit et se recroqueville, elle assimile; et le nombre de prénoms qu'elle emploie est de plus en plus réduit, signe de son uniformisation. Au contraire, quand une nation est vivante, dynamique, ouverte, en croissance, elle intègre; et elle utilise alors de plus en plus de prénoms différents, dont elle se nourrit pour augmenter sa diversité. L'assimilation appauvrit. L'intégration enrichit. On peut remercier Jean-Marie Le Pen de l'avoir rappelé.




Leur nom est Sarkozy
From : l'express , Élise Karlin

"Quand j'avais une bonne note, on me disait: 'Evidemment, c'est ton père le maire!'" se souvient Jean Sarkozy.

Le 13 janvier est venu au monde Solal, fils de Jean et dernier-né d'une famille dont la lignée en France commence dans le Paris de l'après-guerre. Avec un exilé hongrois, au patronyme qu'il n'a pas toujours été facile de porter.

 



Pas de s'appeler Sarkozy, du moins il le dit: "Je n'aurais pas aimé porter un autre nom, mon nom ne m'a jamais gêné", assure le futur chef de l'Etat à Michel Denisot en 1995, dans le livre d'entretiens Nicolas Sarkozy, Au bout de la passion, l'équilibre (Albin Michel). Et s'il a reçu, raconte-t-il alors, beaucoup de lettres d'insultes faisant référence à l'origine étrangère de son patronyme, ces courriers l'ont toujours laissé "indifférent". Indifférent, vraiment? "J'ai choisi la politique parce que c'était sans doute le seul domaine ouvert, le seul accessible quand on s'appelle Sarkozy et qu'on ne connaît personne", précise-t-il néanmoins.

Ne pas être un fils de famille, porter un nom étranger: double difficulté pour un jeune homme aussi ambitieux que pressé. A ce nom qui ne "sonne" pas français, ce nom qui trahit l'exil d'Europe de l'Est, son aïeul était déjà sensible. En 1949, Benedict Mallah, le grand-père maternel du futur chef de l'Etat, exige du jeune émigré hongrois qui courtise sa cadette, un certain Pal Sarkozy de Nagy Bocsa, qu'il demande la nationalité française avant d'épouser sa fille Andrée. Mais, contrairement à celui qui va devenir son beau-père, Pal Sarkozy tire une grande fierté de son passé, de ses racines - il accepte, enfin, de franciser son prénom. Pal devient Paul, rien de plus.


Pal Sarkozy, père de Nicolas, tire une grande fierté de son passé, de ses racines.
Son rêve? Une dynastie de Sarkozy sur ce sol qu'il a conquis. Lorsqu'il arrive en France, à l'hiver 1948, il n'a pas un sou en poche, transi sous ses vieilles nippes élimées. Un an plus tard, c'est un dandy bien mis, hâbleur et flamboyant, qui joue de son accent chantant pour séduire Andrée Mallah... Le père de la demoiselle ne désarme pas: un jour de 1953, il dépose, à l'insu de son gendre, une demande de naturalisation. Convoqué à la préfecture, Paul Sarkozy, furieux, fait interrompre la procédure... Et lorsqu'il quitte son épouse, celle-ci préfère rester Mme Sarkozy que s'afficher divorcée.

En 1951, Andrée Sarkozy a mis au monde le premier descendant du nom né en France. Il s'appelle Guillaume, fils de Paul - pour lui, s'appeler Sarkozy sera un sacré handicap quand il voudra briguer la tête du Medef alors que son frère, ministre, est potentiellement candidat à la présidence de la République. Presque soixante ans après, Solal, fils de Jean et petit-fils de Nicolas, arrière-petit-fils de Paul, est le premier représentant de la quatrième génération. Celle qui va grandir dans une France où le sarkozysme est devenu un néologisme, un nom commun à force d'être dit, une séquence de l'histoire de France. Nul ne sait la trace que les livres en conserveront, mais il restera écrit qu'un fils d'immigré fut élu président de la République en mai 2007, que cet homme portait pour nom Sarkozy ...



 

 

Eric Zemmour, Solal est-il un prénom français ?
from : Agoravox , Allain Jules

Solal est le prénom choisi par Jean et Jessica Sarkozy,. Vous savez, le fils du chef de l’État français, Nicolas Sarkozy. Jusque là, rien à signaler, simplement parce que chacun est libre de donner le prénom qu’il veut à son enfant. Or, depuis 1900, soit 110 ans, ce prénom n’a été donné en France qu’à 541 personnes. Ce prénom d’origine hébreu « Solel » signifie « celui qui fraie un chemin ». Le chroniqueur-journaliste-essayiste-polémiste-anti-rap et culture urbaine Eric Zemmour est-il toujours sincère dans ses indignations ? Sincèrement, non. On se souvient que le 10 janvier 2009, il critiquait vertement l’ex garde des Sceaux, Rachida Dati, la nullissime selon lui, d’avoir osé prénommer sa fille, Zohra. Ce prénom Zohra a été donné en France depuis 1900 à 5259 personnes. Décryptage.

Nous sommes sur notre faim. Dans l’attente d’un commentaire vaseux du nouveau roi des médias, du Figaro à France 2, en passant par LCI ou RTL. De mon point de vue, je croyais qu’il allait descendre la famille Sarkozy pour ce prénom. Il voulait l’assimilation pour Zohra, la fille de Rachida Dati. Et pour Sarkozy alors , rien ? N’existerait-il pas un semblant de réciprocité ou alors ce « privilège serait autorisé à certains et pas à d’autres ? Mon but n’est pas de créer la polémique, simplement pour montrer l’hypocrisie, et essayer de déconstruire le mensonge. Il ne fait aucun édito. Il ne crie plus son amour de la France bafoué par ce prénom-là, Solal ? Etonnant, non ?


Eric Zemmour est ici et là, accusé d’être réac, parfois même de « facho » et aussi de macho. Le journaliste se demandait en ces termes : « La France importerait-elle sur son sol l’affrontement de Gaza ? (…) Comme si un lent travail d’identification communautaire à des patries d’adoption largement mythifiées, avait réduit à rien le sentiment d’appartenance française. De manière anecdotique, cette exaltation identitaire a débuté dans les années 80, avec le choix des prénoms des enfants, chacun cherchant « ses racines » ou se projetant dans une « modernité » anglo-saxonne ; et on ne s’étonne plus aujourd’hui qu’un ministre de la République prénomme sa fille Zohra.« . C’était le 10 janvier 2009 dans Le Figaro Magazine. Pourquoi s’en prendre ainsi à Rachida dati ? Que voulait-il insinuer ?

Aujourd’hui, il a une très bonne occasion aussi d’épingler Jean, Nicolas et Jessica, non ? Quand on est polémiste, on va au bout de sa logique, on dézingue, flingue, tire à boulets rouges sur ce qui ne sort pas de l’ordinaire. Où est donc le fameux Eric Zemmour décrit ici et là comme anti-langue de bois lorsqu’il épingle les uns et les autres ? Où est le roi au verbe haut perché qui tire sur tout ce qui bouge ? Il n’y a pas une logique réelle de polémiquer quand on prénomme son enfant avec des prénoms venus d’ailleurs. Ainsi, il ne doit pas critiquer Rachida Dati pur Zohra et laisser Jean Sarkozy tranquille. Enfin, c’est la démonstration que cet homme est un faussaire.

Ses grands discours sur l’assimilation ont donc ici, une vraie limite. D’ailleurs, le même avait été épinglé sur le plateau de Laurent Ruquier par le comédien Francis Huster qui lui demandait s’il se considérait comme Juif-Français ou Français-Juif. L’effronté Eric Zemmour n’est pas sincère dans ses critiques. Alors Zemmour est-il un nationaliste, un patriote, ou simplement un arnaqueur ? Alors juif-Français, noir-Français, arabe-Français, chinois-Français ne devrait pas exister. On est Français, c’est tout.

 

Publicité
Tag(s) : #Politique Intérieure - Extérieure
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :