Peterson Institute de Washington décrypte les difficultés économiques rencontrées par l’Hexagone et affirme qu’elles sont une menace pour l’Union européenne. Un point de vue décapant.
Droite, gauche, c’est blanc bonnet et bonnet blanc selon Jacob Funk Kirkergaard, les deux bords politiques "favorisent le statut go et redoutent les manifestations, ce qui bloque toute tentative sérieuse de réforme."
"La France, est-elle un pays périphérique de la zone euro?", s'interroge le think-tank 'Peterson Institute' de Washington dans une étude publiée le 8 mai dernier. Son auteur danois, Jacob Funk Kirkegaard qui a notamment travaillé avec le ministère de la Défense de son pays, n'y va pas par quatre chemins...
"La France correspond à la définition politique d’un "pays périphérique" au sein de la zone euro, à l’exception du fait que les choses ne sont pas aussi catastrophiques qu'en Grèce, au Portugal, en Irlande et sans doute en Italie et en Espagne au cours de ces dernières années", considère l'économiste danois Jacob Funk Kirkergaard, qui n’y va pas avec le dos de la cuillère.
Dans son exposé, il estime que politiquement, la France "répond à la définition d'un pays périphérique". Sauf qu'économiquement, sa situation n'est pas aussi dégradée qu'en Grèce, en Espagne ou en Italie. L'Hexagone ne partage pas les folies dépensières de Rome et possède deux atouts majeurs : sa démographie et des infrastructures publiques de qualité, souligne-t-il.
La France à l'abri d'une attaque spéculative
Le grand risque pour le pays, poursuit Jacob Funk Kirkegaard, ce n'est pas une attaque spéculative surprise mais une lente dégradation de son économie, faute de réformes structurelles. Malgré ses faiblesses, l'Hexagone bénéficiera toujours de conditions optimales sur le marché avec de faibles taux d'intérêts explique-t-il, car s'il devait connaître une crise, l'Allemagne ou la BCE viendraient à son secours, coûte que coûte.
Réformes insuffisantes
Or, l'économiste pense que la France ne va pas dans le bon sens, ou du moins que ses réformes ne vont pas assez loin. Il cite notamment son refus de voir les capitaux étrangers entrer sur son territoire, prenant l'exemple de l'échec des négociations entre Yahoo et Dailymotion après l'intervention d'Arnaud Montebourg. Par ailleurs, le récent projet de loi sur la réforme du marché du travail ne suffira pas à sortir la France de sa paralysie, déplore-t-il, taclant au passage l'attitude "bloquante" de certains syndicats.
L'incapacité de la France à se réformer n'est pas seulement une menace pour elle-même, mais pour l'Europe toute entière. "L'Allemagne va probablement refuser de discuter d'une union fiscale et politique en Europe si Paris ne change pas d'abord de l'intérieur", écrit-il. "La France doit mieux faire", conclut Jacob Funk Kirkegaard.
"Pendant vingt ans, la France n’a pas su réformer son économie", juge-t-il. L’auteur a la dent dure envers le président de la République : "Le gouvernement de François Hollande n’a entrepris que peu de choses pour enrayer le lent déclin de la France entamé depuis la signature du traité de Maastricht en 1992."
Mais il n’épargne pas non plus ses prédécesseurs, Nicolas Sarkozy et Jacques Chirac, incapables déjà de donner un coup de barre pour changer de cap. Droite, gauche, c’est blanc bonnet et bonnet blanc selon Jacob Funk Kirkergaard, les deux bords politiques "favorisent le statu quo et redoutent les manifestations, ce qui bloque toute tentative sérieuse de réforme."
L’Allemagne, un ancien "géant incertain"
En cause également selon lui : les syndicats qu’il égratigne sans prendre de gants. "Comme la National Riffle Association (NRA) aux Etats-Unis, les syndicats français, les représentants du secteur public, les industries protégés en appellent à la ferveur patriotique de leurs concitoyens pour défendre leurs intérêts économiques et politique. Résultat: la compétitivité internationale du pays est en souffrance, le poids du secteur public continue de croître, le chômage d’augmenter, et la dette publique et le déficit approchent des niveaux dangereux."
Arguant qu’un pays doit être "solide", surtout en en ces temps de turbulence, Jacob Funk Kirkergaard prend à titre d’exemple l’Allemagne et rappelle que l’économie d'outre-Rhin doit sa vigueur aux réformes lancées par Gerhard Schröder, l’ancien chancelier de 1998 à 2005, via l’agenda 2010, comprenant notamment hausse de la TVA, indemnisation réduite du chômage, allongement de la durée de la cotisation pour la retraite…
Une potion amère mais efficace pour l’Allemagne, aujourd’hui figure de proue de la zone euro, alors que The Economist surnommait le pays de "géant incertain" en 2002.
Il soutient également que si la France n’est pas loin d’être un cas désespéré sur le plan économique, les marchés financiers continuent à regarder avec bienveillance car il est garanti que l’Allemagne volera au secours de l’Hexagone en cas de soucis. Ce qui la protège d’une envolée des taux auquel elle emprunte.
Rien à craindre d’une "attaque spéculative"
Conséquence: la France n’a rien à craindre d’une éventuelle "attaque spéculative", d’après lui. Mais l’Hexagone devrait en revanche s’inquiéter de ce "malaise", cette "stagnation" et ce"déclin" continus. Un exemple selon lui : le rachat avorté de Daily Motion par Yahoo ! qui traduit le fait que "le gouvernement de François Hollande continue de nier la mondialisation en bloquant les investissements étrangers en France."
Ce déclin pourrait également avoir des conséquences majeures pour l’Europe, selon son analyse. "Cette absence de réforme a pour conséquence le fait que l’Allemagne refusera une union politique et économique plus avancée. (...) Le chemin vers une plus grande intégration budgétaire de la zone euro - mutualisation de la dette, augmentation des capacités fiscales financières de la zone euro - passe d’abord par des réformes économiques à l’échelle du pays."
Sans ça, l’Allemagne n’acceptera jamais d'aller plus loin dans le processus de l’intégration économique fiscale et monétaire de la zone euro, selon Jacob Funk Kirkergaard qui conclut: "L’incapacité de la France à se réformer met l’Europe en danger et condamne le pays à voir son influence décliner à l’échelle européenne."
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