Le président du Medef, Pierre Gattaz, a ouvert hier la boîte de Pandore en se disant favorable à un salaire « transitoire » inférieur au smic pour encourager l'embauche des jeunes. Il s'est prononcé pour « avoir temporairement un système permettant la première année » pour « un jeune ou quelqu'un qui ne trouve pas de travail, de rentrer dans l'entreprise de façon transitoire avec un salaire adapté, qui ne serait pas forcément le salaire du Smic », 1.445 euros mensuels. Il n'en fallait pas moins pour provoquer l'ire des syndicats, une fin de non-recevoir du gouvernement et même une attaque de Laurence Parisot. « Ceux qui préconisent un salaire en dessous du smic pour favoriser l'emploi font une erreur d'analyse sur les véritables causes du chômage » a lancé l'ancienne présidente du Medef, dans un premier tweet avant d'enchaîner, lapidaire : « Proposer un salaire en dessous du smic s'apparente à une logique esclavagiste ».
Pierre Gattaz propose, pour « un jeune ou quelqu’un qui ne trouve pas de travail, de rentrer dans l’entreprise de façon transitoire avec un salaire adapté, qui ne serait pas forcément le salaire du Smic ». PHOTO AFP. - A + « Le niveau élevé du Smic est une marche d’escalier à franchir en France » pour trouver du travail, a affirmé M. Gattaz lors de son point de presse mensuel.
Une solution, selon lui, consisterait à « avoir temporairement un système permettant la première année » pour « un jeune ou quelqu’un qui ne trouve pas de travail, de rentrer dans l’entreprise de façon transitoire avec un salaire adapté, qui ne serait pas forcément le salaire du Smic », 1 445 euros bruts mensuels.
« Explorer toutes les pistes »
M. Gattaz a estimé qu’avec un « niveau de chômage à 11 % », il fallait « explorer toutes les pistes ». Il a souhaité en débattre « avec le gouvernement et les partenaires sociaux ».
Hollande et le Gouverement sont dans une position de faiblesse avec son pacte de responsabilité .
Baisse du Smic, modération salariale: le patronat n'en demande-t-il pas trop?
La première réaction du gouvernement a été un net refus : « Le Smic jeunes, nous y sommes bien sûr fermement opposés. Le sujet de l’emploi des jeunes mérite mieux que cela. Je verrai prochainement Pierre Gattaz pour lui en parler », a déclaré Najat Vallaud-Belkacem, ministre de la Jeunesse et des sports.
Le projet d’un Smic au rabais a laissé de douloureux souvenirs aux gouvernements qui l’ont tenté : le Contrat d’insertion professionnelle (CIP) d’Édouard Balladur en 1994 et le Contrat première embauche (CPE) de Dominique de Villepin en 2006 ont soulevé une telle levée de boucliers des jeunes qu’ils ont été abandonnés.
« Que les plus hautes rémunérations montrent l’exemple »
Le président du Medef emboîtait le pas à l’ex-directeur général de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), Pascal Lamy, qui a récemment avancé l’idée de « petits boulots » payés en dessous du Smic.
La réaction des syndicats à la proposition de Pierre Gattaz ne s’est pas fait attendre : « On rentre dans la provocation et l’indécence, c’est inacceptable », s’est insurgé sur i-Télé le numéro un de Force ouvrière, Jean-Claude Mailly.
Il prévient que si le gouvernement suivait le Medef sur cette proposition, « nous n’hésiterons pas à mobiliser avec d’autres organisations ». FO a rappelé que le Premier ministre Manuel Valls avait déjà « accédé aux revendications du Medef » en annonçant la suppression totale des charges pour les salariés payés au Smic.
« Avec le Smic transitoire, Pierre Gattaz ressort une idée du passé. Visiblement les mauvaises idées ne sont jamais transitoires », a réagi dans un tweet le numéro un de la CFDT Laurent Berger.
De son côté, le vice-président de la CFTC, Joseph Thouvenel, a déclaré sa totale opposition à « toute remise en cause du salaire minimum ». « Celui qui travaille, quel que soit son âge, doit être payé correctement et dignement ».
« Et s’il faut baisser des rémunérations, on peut imaginer que les plus hautes rémunérations commencent par montrer l’exemple », a-t-il ironisé.
Parisot : « Logique esclavagiste »
Le prédécesseur de M. Gattaz à la tête du Medef, Laurence Parisot, n’a pas mâché ses mots : « proposer un salaire en dessous du Smic s’apparente à une logique esclavagiste ! », a-t-elle tweeté, estimant que ceux qui le proposent « font une erreur d’analyse sur les véritables causes du chômage ».
Du côté des économistes, Gilbert Cette, qui a déjeuné avec deux de ses collègues, Philippe Aghion et Elie Cohen, mardi avec le président François Hollande, a estimé que sur l’emploi des jeunes, « rien ne doit être tabou ». Il faut étudier « ce qui s’est fait à l’étranger notamment en Grande-Bretagne et aux Pays-Bas ».
M. Cette a précisé que lors de ce déjeuner « tous les thèmes concernant la situation économique ont été abordés de façon franche, complète et sans a priori ».
« L’emploi est sensible au coût du travail »
Pour Yannick L’Horty, professeur à l’université Paris-Est, « l’emploi est sensible au coût du travail, en particulier au voisinage du salaire minimum ». Toutefois, selon cet économiste, il n’est pas nécessaire « d’agiter le chiffon rouge d’une baisse frontale du salaire minimum ». D’autres solutions sont « aussi efficaces » comme de « désindexer temporairement le salaire minimum de l’indice des prix », selon lui.
Le débat sur le Smic est relancé au moment où le gouvernement allemand, sous la pression des sociaux-démocrates, vient de décider d’un salaire minimum (8,50 euros bruts l’heure) dont certains seront toutefois exclus.
Non content d'avoir obtenu des allègements de charges de plus de 30 milliards d'euros, le président du Medef, Pierre Gattaz, réclame une modération des salaires et l'instauration d'un salaire inférieur au Smic pour les jeunes.
Le patronat français sera-t-il un jour rassasié des baisses de charges? Ce n'est en tout cas pas pour demain. Le Premier ministre Manuel Valls a annoncé, lors de son discours de politique générale, une série de mesures (allègement des cotisations patronales entre 1 et 1,6 SMIC, baisse des cotisations familiales de 1,8 point pour les salaires jusqu'à 3,5 SMIC, suppression de la surtaxe sur les sociétés, réduction du taux de l'impôt sur les sociétés de 33% à 28%, suppression de la C3S, etc.) pour alléger le coût du travail des entreprises.
Au total, ces mesures sociales et fiscales du pacte de responsabilité vont se traduire par près de 20 milliards d'euros de baisse de charges pour les entreprises d'ici à 2020, qui viendront s'ajouter aux 20 milliards du crédit d'impôt compétitivité emploi (CICE) voté en 2012. Jamais un gouvernement, de droite et encore moins de gauche, n'avait fait un geste d'une telle ampleur envers les entreprises.
Et pourtant, le Medef en réclame encore plus. Son président, Pierre Gattaz, a estimé ce mardi que la France devait pratiquer la modération salariale pour que les hausses de rémunérations n'annulent pas les effets sur la compétitivité des entreprises . "Oui, il faut pratiquer la modération salariale tout simplement parce que depuis une douzaine d'années nous avons augmenté les salaires au-delà de la productivité et au-delà de l'inflation", a déclaré le patron des patrons au cours de sa conférence de presse mensuelle.
Haro sur le Smic
Cette déclaration intervient alors que les salariés français, dont les rémunérations sont pour beaucoup gelées depuis la crise, ont vu leur pouvoir d'achat chuter en 2012, avant de se rétablir partiellement en 2013. Certes, le gouvernement a annoncé un geste de 5 milliards d'euros d'allègements de cotisations sociales pour les salariés modestes. Mais seuls seront concernés ceux gagnant moins de 1,3 Smic. Les classes moyennes, durement frappées par les hausses d'impôts ces deux dernières années, n'en verront pas la couleur.
Ce n'est pas tout. Pierre Gattaz s'est aussi prononcé pour l'instauration, à titre "temporaire", d'un salaire "transitoire" inférieur au Smic, pour permettre aux jeunes, notamment, d'entrer sur le marché du travail. "Il vaut mieux quelqu'un qui travaille dans l'entreprise avec un salaire un peu moins élevé que le Smic, de façon temporaire et transitoire, plutôt que de le laisser au chômage", a souligné le patron des patrons.
Cette idée avait été lancée il y a deux semaine par Pascal Lamy, ex-directeur général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) et proche du président François Hollande. Ce mardi 15 avril, le chef de l'Etat reçoit justement à l'Elysée les économistes Elie Cohen, Philippe Aghion et Gilbert Cette, selon BFMTV. Tous trois sont favorables à une baisse du niveau du Smic. Interrogé par L'Expansion, Bertrand Martinot, auteur de Chômage: inverser la courbe publié par l'Institut Montaigne, plaide aussi pour une dérogation du Smic pour les jeunes
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