Publicité

Wikileaks a publié sa nouvelle bombe. Plus d’un quart de millions de câbles diplomatiques américains lâchés en pâture à la vindicte populaire sur la toile, ça fait évidemment grand bruit. Et la presse à travers le monde s’occupe de dépatouiller tout ça pour éclairer ses lecteurs sur ce qui les concerne : leur pays.

 

Les « Embassy files » ou « statelogs » de WikiLeaks représentent, pour être précis, pas moins de 251 287 télégrammes diplomatiques en provenance du Département d'Etat à Washington et de toutes les ambassades américaines dans le monde, classés pour certains « confidentiel » ou « secret ».

Wikileaks fait les grands titres de la presse mondiale, révélant les dessous de la diplomatie des Etats-Unis. Il s'agit "d'un quart de million de câbles diplomatiques américains confidentiels", écrit le New York Times, auquel Wikileaks a donné accès aux documents, comme à quatre titres de référence de la presse mondiale: Le Monde (France), The Guardian (Grande-Bretagne), El Pais (Espagne) et Der Spiegel (Allemagne).
Ces notes "offrent un panorama inédit des négociations d'arrière-salle telles que les pratiquent les ambassades à travers le monde", observe le quotidien américain. Ces documents étalent au grand jour les usages habituellement tenus secrets de la diplomatie américaine sur toute une série de dossiers, sensibles ou non. Certains documents pourraient s'avérer gênants pour de futures rencontres entre les Etats-Unis et leurs partenaires…

 

 

Les fuites de documents secrets sur Wikileaks ne révèlent pas seulement les dessous de la diplomatie américaine sur des dossiers comme l'Iran ou le nucléaire coréen : elles jettent aussi un jour cru sur la manière dont sont vus nos dirigeants. Et sur la manière dont on espionne chez les diplomates.


Au-delà du dossier du nucléaire iranien, des inquiétudes entourant Al-Qaïda ou du cas de la Corée du Nord, les documents diplomatiques dévoilés par Wikileaks éclairent d'un jour nouveau les relations diplomatiques des Etats-Unis avec leurs alliés. Ce qui pourrait largement embarrasser, et durablement affecter, toute la diplomatie américaine. Les câbles évoquent certains dirigeants étrangers en des termes ironiques et leur divulgation met à mal le principe de confidentialité, vital pour les diplomates en quête d'informations. Sans communiquer les liens vers les documents en question, le Guardian, un des cinq titres qui a pu étudier les 251.287 documents diplomatiques fournis par Wikileaks avant de commencer à les mettre en ligne dimanche, précise que certains messages contiennent des commentaires acides et embarrassants envers plusieurs leaders.

 

 

Les documents classifiés couvriraient donc la correspondance entre les missions diplomatiques américaines à l’étranger et le Département d’Etat à Washington, et pourraient révéler des points de vue « peu flatteurs » qu’auraient les responsables américains sur leurs alliés de l’UE et d’autres pays proches comme la Russie, la Chine et l’Arabie saoudite.

Les gouvernements à travers le monde peuvent être secoués par la publication de câbles diplomatiques potentiellement embarrassants et dont Washington a voulu limiter les retombées.

Les diplomates américains ont abandonné leur week-end du Thanksgiving et se sont rendus au ministère des Affaires étrangères, espérant conjurer la colère concernant les câbles, lesquels sont des messages internes qui sont souvent dépourvus des subtilités diplomates appliquées en public.

 

Steve Clemons, un stratège politique et directeur du American Strategy Programme à Doha a déclaré à Al Jazeera que la réaction américaine à cette dernière série de fuites a été plus forte que dans le passé en raison de préoccupations essentiellement diplomatiques.

« Certainement, je ne placerai pas cela pas au niveau de vies perdues sur un champ de bataille. Il s’agit essentiellement d’un brouhaha diplomatique », a-t-il dit.

« Je pense aussi que le contenu de ces documents concerne beaucoup de ragots et d’insinuations ... et il va y avoir beaucoup de choses embarrassantes qui vont en surgir. »

« Il y aura des répercussions politiques lorsque les dirigeants étrangers vont lire ces documents. Et vous allez voir des gens, depuis [Asif Ali] Zadari au Pakistan, jusqu’à Nelson Mandela en Afrique du Sud - avec de mauvaises considération à leur égard dans ces câbles - en passant par le roi d’Arabie saoudite ... »

Toujours selon Clemons, quelque soit les conséquences pour les États-Unis, les fuites soulignent à quel point les gouvernements dépendent du secret.

 

 

 

Les « Embassy files » ou « statelogs » sur certains Etats

 

_L'un des principaux scoops dévoilé par WikiLeaks est l'évocation des liens militaires entre l'Iran et la Corée du Nord. Les services de renseignement américains, nous apprennent les télégrammes, pensent ainsi que la Corée du Nord a livré à l'Iran 19 missiles, avec une portée de plus de 3000 kilomètres. Les missiles seraient des BM-25, dérivés de R-27 russes. Ce sont des missiles de croisière à têtes multiples. Tirés depuis l'Iran, ils pourraient atteindre Berlin ou Moscou .

En réalité, cette information avait déjà été découverte en 2005 par les services de renseignement allemands, comme l'avait alors rapporté en décembre de cette année le journal allemand Bild, et par les services israéliens, comme on avait pu le lire dans Haaretz. .


_Des puces sous la peau des détenus de Guantanamo ? 
En mars 2009, le roi Abdallah d'Arabie Saoudite demande à John Brennan, responsable du contre-terrorisme à la Maison Blanche s'il n'est pas possible de glisser, sous la peau des détenus de Guantanamo, des puces électroniques. Cela permettrait, a-t-il expliqué, de « suivre leurs mouvements par Bluetooth ». Après tout, « cela se fait déjà avec les chevaux et les faucons », a-t-il ajouté. Brennan a écarté avec humour l'idée : « les chevaux n'ont pas de bons avocats… »

 

_Diplomates ou espions ? 
http://www.lemonde.fr/international/article/2010/11/28/espionnage-les-ordres-de-washington-aux-diplomates-americains_1446085_3210.html

 Comme le dit joliment le New York Times, les Etats-Unis ont sacrément « rendu floues » (blurred) les frontières entre la diplomatie et l'espionnage. Des instructions du Département d'Etat, signées par Hillary Clinton, demandent aux diplomates en poste dans certaines régions de développer leur activité de « Humint » (Human Intelligence), y compris dans la collecte de l'ADN de certaines personnalités.

Les diplomates, selon cette directive, doivent réunir des informations sur leurs interlocuteurs, allant bien au-delà de la biographie traditionnelle, puisqu'on y inclut leur numéro de carte de crédit, leur carte de fidélité de compagnies aériennes, leurs habitudes de travail, les mots de passe d'accès à leurs réseaux de communication… Et même leur ADN !

Principalement visées, les Nations Unies, jusqu'au Secrétaire Général Ban Ki-moon, les diplomates de pays dits « sensibles », mais aussi ceux des pays alliés comme la France.

Une trentaine d'ambassades américaines dans le monde, dont Paris, ont reçu ces instructions d'Hillary Clinton, qui risque de sérieusement compliquer le travail des diplomates américains. Déjà soupçonnés d'être parfois des agents de la CIA camouflés, ils apparaîtront désormais comme des supplétifs des services de renseignement malgré eux : gare aux cheveux qui traînent pour la prise d'ADN...

 

_Google et la Chine : un ordre du sommet
En janvier dernier, un télégramme diplomatique américain diffusé dimanche par WikiLeaks affirme avoir recueilli des informations indiquant que la décision d'espionner Google, qui a conduit à la sortie de Chine du géant américain, a été prise au sein du Bureau politique du parti communiste chinois, c'est-à-dire au plus haut niveau du pouvoir de Pékin.

Il s'agissait bien, selon ce télégramme officiel, d'une campagne concertée d'espionnage menée par les services chinois et par des hackeurs « privés » recrutés par le gouvernement chinois visant des ordinateurs du gouvernement américain et ceux de leurs aliés occidentaux, ainsi que ceux du dalai lama et ceux de grandes entreprises. La campagne a commencé en 2002, selon ce télégramme.

 

_« Il vous a dit de couper la tête du serpent »
On connaît l'hostilité saoudienne au régime iranien, mais là c'est noir sur blanc et c'est brutal : le roi d'Arabie Saoudite recommande ouvertement aux Etats-Unis d'attaquer militairement l'Iran.

Dans un télégramme du 20 avril 2008 (disponible intégralement sur le site du Guardian), rendant compte d'un entretien entre l'ambassadeur des Etats-Unis en Irak, Ryan Crocker, le général David Petraeus, alors commandant des forces américaines en Irak, et d'une forte délégation saoudienne conduite par le roi Abdallah, il fait explicitement référence à une action militaire : « Le roi, le ministre des Affaires étrangères, le prince Muqrin, et le prince Nayif, étaient tous d'accord sur le fait de coopérer avec les Etats-Unis pour résister et repousser l'influence et la subversion iraniennes en Irak. Le roi insistait beaucoup sur ce point, et était soutenu par les deux princes.

Al-Jubeir a rappelé les exhortations répétées du roi aux Etats-Unis pour qu'ils attaquent l'Iran et mettent fin au programme nucléaire iranien militaire. “Il vous a dit de couper la tête du serpent”, a-t-il dit au chargé d'affaires, rappelant que c'était une priorité stratégique pour le roi et son gouvernement de travailler avec les Américains pour repousser l'influence iranienne en Irak »

 

Selon le Spiegel, de nombreux documents publiés dimanche soir donnent la vision américaine des relations internationales. Ainsi, on peut lire qu'"Obama n'a aucun sentiment envers l'Europe", que "les Etats-Unis voient le monde comme une confrontation entre deux superpuissances [avec la Chine]", où "l'UE joue un rôle secondaire". Plusieurs leaders étrangers sont visés par ces documents, dont le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, comparé à Hitler. Le président afghan, Hamid Karzai, est qualifié de "paranoïaque" et Nicolas Sarkozy est désigné comme un "roi nu".

 

http://www.lemonde.fr/international/portfolio/2010/11/29/wikileaks-comment-la-diplomatie-americaine-voit-les-dirigeants_1446129_3210.html#ens_id=1446075

 

 

Les « Embassy files » ou « statelogs » sur certaines personnalités

Parmi les milliers de documents, on trouve donc des portraits peu flatteurs de dirigeants alliés ou non des Etats-Unis. Voici un florilège des plus édifiants publiés par les quotidiens américain New York Times et britannique Guardian et l'hebdomadaire allemand Spiegel.

 

_Le Président français Nicolas Sarkozy est "Susceptible et autoritaire" selon l'ambassade des Etats-Unis, qui souligne les manières abruptes , vulgaires qu'adopte, selon elle, le dirigeant français avec ses collaborateurs.... Sarkozy, "un roi nu" pour la diplomatie américaine...

 

_La chancelière allemande Angela Merkel: "elle a peur du risque et fait rarement preuve d'imagination" juge un câble alors que son ministre des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, ouvertement homosexuel, est qualifié de "personnalité exubérante" mais ayant peu de savoir-faire en matière de diplomatie.Le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, est jugé "arrogant", vaniteux et ambivalent envers les Etats-Unis par les diplomates américains, révèlent les documents dévoilés par WikiLeaks sur lesquels s'appuie l'hebdomadaire allemand Der Spiegel. Guido Westerwelle est décrit comme ayant une "personnalité exubérante", qui le pousse parfois au conflit avec Angela Merkel, et comme ayant peu d'expérience en politique étrangère et une attitude ambivalente à l'égard des Etats-Unis. "Il y avait consensus parmi les agents - mûs, peut-être, par leurs penchants politiques - sur le fait que Westerwelle était arrogant et trop concentré sur la perpétuation de son 'culte de la personnalité'", lit-on dans un rapport rédigé avant que Westerwelle obtienne le portefeuille des Affaires étrangères.

 

_Le Président afghan Hamid Karzai: un document le qualifie "d'extrêmement faible" et enclin à se laisser convaincre par des théories du complot.

 

_Le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi: un câble indique "qu'il dépend presque obsessivement d'un petit noyau dur d'hommes de confiance" et qu'il ne saurait voyager sans une infirmière ukrainienne à la poitrine avantageuse. Le dirigeant a aussi peur de survoler l'eau et de se rendre dans les étages d'un immeuble.

 

_Le Président russe Dmitri Medvedev: "C'est le Robin du Batman joué par Poutine", selon l'ambassade des Etats-Unis à Moscou, faisant allusion au jeune comparse du héros de bande dessinée, pour souligner que c'est en fait le Premier ministre Vladimir Poutine qui détient le pouvoir en Russie.

 

 

_Berlusconi physiquement faible et porte-parole de Poutine en Europe

"Irresponsable, imbu de lui-même et inefficace en tant que dirigeant européen moderne", c'est le jugement sur Silvio Berlusconi asséné dans l'un des documents par la chargée d'affaires américaine à Rome Elizabeth Dibble, selon les médias italiens qui reprennent aussi le Guardian. Dans un autre télégramme, Mme Dibble décrit le chef du gouvernement italien comme un dirigeant "physiquement et politiquement faible", estimant qu'à cause de "longues nuits sans sommeil" et "de son penchant pour les fêtes", "il ne se repose pas suffisamment".

Les Etats-Unis se sont montrés préoccupés par "les excessivement cordiales relations entre Vladimir Poutine et Silvio Berlusconi" et l'accord entre les groupes italien Eni et russe Gazprom sur Southstream, le gazoduc géant devant relier la Russie à l'Europe. D'autres passages parlent "de cadeaux généreux, contrats énergétiques rentables" et de Berlusconi qui "semble être le porte-parole de Poutine en Europe".

 

From : Slate , le Monde , Rue 89 , Jdd , Rtl Info. be , Lci tf1 , ......

Publicité
Tag(s) : #Politique Intérieure - Extérieure
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :