Cholestérol, hypertension artérielle, dépression, ostéoporose, ménopause, et si l'on en faisait un peu trop? On assiste depuis quelques années à une surmédicalisation source d'une surconsommation de médicaments, d'examens biologiques, de radiographies, pour aboutir à un excès abusif de traitements. Tout est fait pour que l'on devienne des malades chroniques avec des traitements de longue durée.
"On ne tombe pas malade, on le devient", tel est l'objectif de la médecine marketing utilisée par les laboratoires pharmaceutiques avec parfois la participation de leaders d'opinion et des pouvoirs publics. Le marketing médical augmente artificiellement le nombre de malades dans un seul but de consommer toujours plus de médicaments.
Les exemples les plus frappants sont les maladies métaboliques, hypertension artérielle, cholestérol, diabète. On assiste depuis quelques années à une augmentation du nombre de ces patients. Plusieurs stratégies ont été mises en œuvre. On joue sur les peurs et l'anxiété, on évoque les risques à long terme d'une maladie, ce qui engendre une inquiétude, source d'examens complémentaires et de traitements.
Sauveur Boukris pointe une société surmédicalisée et notre obsession de la santé. Il explique que le système médico-industriel invente des maladies et en premier lieu l'industrie pharmaceutique avec la complicité, parfois, des leaders d'opinion.
"L'industrie pharmaceutique a pour obsession de rentabiliser toujours plus, d'avoir un retour sur investissement conséquent et quand on ne peut pas trouver les médicaments pour d'autres maladies on essaye d'étendre le champs des malades, de faire en sorte que les gens bien portants se transforment en malades."
Dans son livre Sauveur Boukris raconte son vécu de médecin. "On a tendance à dramatiser les situations, à jouer sur les peurs pour sensibiliser les personnes à aller consulter et à prendre un traitement à vie. On nous demande de traiter de la même façon les personnes qu'elles aient 70 ans ou 50 ans."
Si le Docteur Michel Chassang, président de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF) reconnaît qu'il y a pu avoir un certain nombre de manipulations de la part de l'industrie pharmaceutique, il insiste sur le fait que "les choses sont en train de changer et qu'il ne faut pas remettre en cause les évolutions de la science."
"Tout bien portant est un malade qui s'ignore", disait le docteur Knock. Aujourd'hui, "tout bien portant est quelqu'un qui n'a pas eu de dépistage". Des centaines de milliers de Français consultent à l'hôpital ou en cabinet pour pratiquer un bilan médical, radiologique ou biologique. Inquiets et prudents, ils pensent qu'il vaut mieux prévenir que guérir et comptent ainsi éviter une maladie silencieuse.
Dans ce livre, le docteur Boukris évoque la "médecine marketing" et montre comment on manipule médecins et malades en jouant sur les peurs, comment on médicalise nos vies pour pratiquer davantage d'examens biologiques, de radiographies et faire consommer toujours plus de médicaments.
Transformer des sujets bien portants en malades potentiels, tel est l'objectif de certains secteurs médicaux, privés ou publics, qui transmettent un message trompeur, lequel engendre de l'anxiété et génère un gâchis financier.
Surmédicalisation, sur-diagnostic, sur-traitement, ce document nous ouvre les yeux sur des pratiques du monde médico-industriel qui peuvent être nuisibles pour la santé et bouleverse de nombreuses idées reçues
Dans son dernier ouvrage, La fabrique des malades*, il dénonce "la médecine marketing" et montre comment certains secteurs médicaux, privés ou publics, jouent sur nos peurs, médicalisent nos vies pour pratiquer davantage d'examens biologiques, de radiographies et pour faire consommer toujours plus de médicaments.
"Le marché de la maladie s'étend et les profits des entreprises concernées progressent", écrit le Dr Boukris. "La communication en direction des médecins et des patients se fait plus agressive, plus sophistiquée et utilise de nouveaux instruments. Lorsque les firmes pharmaceutiques mettent au point et testent une molécule avec les cliniciens, elles en déterminent les applications thérapeutiques et vont jusqu'à redéfinir les pathologies visées. (...) En résumé, on construit des maladies pour vendre des médicaments. Le médicament devient un 'objet technique'". Le monde à l'envers...
Développer de nouveaux marchés
Pour l'auteur, cette méthode marche particulièrement bien dans le domaine de la psychiatrie. L'apparition des antidépresseurs aurait "façonné" le diagnostic de la dépression, devenue "maladie du siècle". Puis de nouveaux marchés ont été développés : les troubles anxieux ou encore le syndrome post-traumatique. Un mécanisme identique a été retrouvé dans les troubles de l'attention et l'hyperactivité qui "touchent" aujourd'hui près de six millions d'enfants américains (contre moins de 500 000 dans les années 1970) !
Les troubles de la sexualité et les maladies chroniques et/ou métaboliques (HTA, diabète, excès de cholestérol...) sont aussi particulièrement concernés car ce sont des affections à traitement de longue durée, souvent à vie. Et pour augmenter le"cheptel" de malades, les critères de définition du diabète, de l'hypertension et du cholestérol ont été revus à la baisse. Par exemple, jusqu'en 2000, le seuil de glycémie permettant de définir le diabète était de 1,4 g/l. Depuis 2000, il est passé à 1,26 g/l. Mieux encore, entre 1,1 et 1,26 g/l, on est désormais considéré comme "pré-diabétique".
Industrie de la maladie
Et voilà un nouveau marché, celui des "pré" : pré-diabète donc, mais aussi pré-hypertension, pré-dépression et pré-ostéoporose. Cette dernière concernerait la moitié des femmes âgées de 55 à 65 ans. "Or les médicaments contre l'ostéoporose ont un rapport bénéfice/risque défavorable pour ces personnes à faible risque que sont les femmes ménopausées", insiste le médecin pour qui ces patientes n'ont pas a être traitées. "En effet, sur 270 femmes atteintes de pré-ménopause prenant des médicaments pendant trois ans, un seule évitera une fracture vertébrale".
Cette médicalisation de la vie n'est pas sans conséquence sur le niveau d'angoisse individuelle et sociale, sur la croissance de la demande de soins et sur les coûts de la santé. "La Sécurité sociale dépense des milliards d'euros pour lutter contre la maladie et, dans le même temps, on crée des millions de malades supplémentaires... qui sont inévitablement source de dépenses supplémentaires", estime Sauveur Boukris, qui attaque principalement les laboratoires pharmaceutiques et les fabricants d'outils de dépistage, responsables d'une "véritable industrie de la maladie". Il n'est pas le premier à dénoncer ce système, qui perdure toujours. Jusqu'à quand ?
Les exemples les plus frappants sont les maladies métaboliques, hypertension artérielle, cholestérol, diabète. On assiste depuis quelques années à une augmentation du nombre de ces patients. Plusieurs stratégies ont été mises en œuvre. On joue sur les peurs et l'anxiété, on évoque les risques à long terme d'une maladie, ce qui engendre une inquiétude, source d'examens complémentaires et de traitements.
Par exemple dans le cholestérol on évoque les risques à long terme d'artériosclérose et de thrombose artérielle. On a crée aussi le pré-diabète, la pré-hypertension à partir de chiffres de tension artérielle et de chiffres biologiques. Il y a des quelques années, on définissait l'hypertension artérielle ou le diabète selon des moyennes ou des normes, aujourd'hui on se fixe des objectifs et tout doit être mise en œuvre pour atteindre ces objectifs.
C'est ainsi que l'on était hypertendu lorsque l'on avait une tension supérieure à 16/9,5. Aujourd'hui, l'objectif est d'avoir moins de 14/9 de tension. Pour le diabète on acceptait des variations en fonction de l'âge. Aujourd'hui on se fixe des objectifs d'hémoglobine cliquée inférieure à 6,5. Ces objectifs difficilement atteignables, ne font qu'augmenter le nombre de médicaments à consommer. On voit des milliers de malades prendre une multi-thérapie pour une seule maladie. Par ailleurs, chaque variation d'un point de l'hypertension, sont des milliers de malades supplémentaires.
Cette surconsommation médicale en traitements, en examens, en radiographies est source d'un gâchis économique. La Sécurité Sociale n'a plus les moyens de rembourser ces actes médicaux. Je préconise donc une décroissance médicamenteuse et une consommation raisonnée d'actes médicaux.
Chaque patient est unique et on doit tenir compte de son âge, de sa profession, de ses conditions sociaux économiques. On ne traite pas une maladie, on soigne des malades. On ne traite pas des chiffres biologiques, mais des patients,.
Enfin, fonder la médecine sur des statistiques sans tenir compte de la personne est une hérésie. Le malade ne peut être réduit à des données chiffrées, il n'est pas un numéro. Méfions-nous des "ayatollahs" qui dictent des dogmes auxquels les médecins doivent se soumettre. Il n'y a pas de place pour la pensée unique en médecine.
Nous devons apaiser nos malades et non les inquiéter. La culture de la peur, (peur de la maladie, du vieillissement, de la mort) ne doit pas nous pousser dans les bras d'un système de santé de plus en plus incontrôlé, fou et aveugle. Il est temps que la médecine s'ouvre aux débats, aux discussions, aux remises en question, afin que le bien portant ne soit plus un malade qui s'ignore mais un citoyen bien informé et averti.
Des médecins aux honoraires abusifs rappelés à l'ordre
L'Assurance-maladie y a mis les formes, mais le message est clair : la guerre aux dépassements d'honoraires excessifs aura bien lieu. L'administration est en train d'adresser des courriers à 554 médecins à honoraires libres dont la moyenne des tarifs, supérieure à 2,5 fois le tarif de la Sécurité sociale, est jugée abusive.
Parmi eux se trouvent 105 médecins dits "à exercice particulier" (homéopathes, acupuncteurs...), 101 chirurgiens, 77 généralistes, 69 gynécologues, 49 ophtalmologues. 85 sont des médecins hospitaliers qui pratiquent une activité libérale dans leur établissement. 264 médecins épinglés, soit près de la moitié, exercent en Ile-de-France, dont 143 à Paris. 35 se trouvent dans les Alpes-Maritimes, 33 dans les Bouches-du-Rhône.
Chacun a droit à un courrier personnalisé, avec indication de la moyenne des dépassements en 2012 et de mars à avril 2013. La démarche s'inscrit dans le cadre de l'accord signé en octobre 2012 avec les syndicats de médecins, qui vise à freiner l'essor des dépassements et à sanctionner les abus.
Au printemps, les directeurs des caisses départementales d'assurance-maladie avaient pris leur téléphone pour discuter avec ces médecins parfois stars, aux tarifs prohibitifs pour le Français lambda. Au total, 778 dépasseurs excessifs ont été recensés et appelés sur les 29 135 médecins pratiquant des dépassements d'honoraires. Quarante-quatre ont refusé l'entretien, d'autres ont immédiatement modifié leurs tarifs. Pour préparer le terrain, les présidents des commissions médicales d'établissement (le représentant des médecins) des Assistances publiques de Paris, Lyon et Marseille, ou encore l'Hôpital américain de Neuilly, avaient aussi été contactés.
Les courriers annoncent clairement la couleur. Si aucune modération des tarifs n'est constatée prochainement, le directeur de caisse sera "au regret d'envisager de poursuivre le cours de la procédure". Autrement dit, de mettre en oeuvre une instance contradictoire pour obliger le médecin à s'expliquer, ce qui pourrait aboutir à transmettre le dossier des plus récalcitrants à la commission paritaire régionale des médecins, entre octobre et décembre. La sanction pourrait aller jusqu'à un déconventionnement temporaire – leurs patients ne seraient plus pris en charge.
TOLÉRANCE POUR PARIS
Le but, selon l'Assurance-maladie, n'est pas de sanctionner mais de faire baisser les tarifs, et l'accord prévoit une certaine tolérance dans des secteurs comme Paris. La démarche ne va pas s'arrêter là. Des médecins, installés dans des départements moins touchés par les dépassements excessifs, devraient à leur tour recevoir des courriers. Seront visés les 5 % de praticiens facturant les montants les plus élevés, de 2 à 2,5 fois le "tarif Sécu".
Les vives critiques émises ses dernières années sur les honoraires libres, puis la signature de l'accord, semblent avoir déjà eu un impact sur les tarifs. Si le nombre de spécialistes pratiquant des dépassements continue d'augmenter – 42,4 % d'entre eux sont concernés –, le taux moyen de leurs compléments d'honoraires s'est stabilisé en 2012, pour la première fois depuis des années. Il est passé en un an de 56,1 % à 55,9 % du tarif Sécu, et la baisse semble se confirmer en 2013.
L'évolution est sensible notamment chez les praticiens hospitaliers ayant une activité libérale, avec un taux de dépassement moyen s'élevant à 67,9 % en 2012, contre 75,9 % en 2010. Parmi eux, certains gros dépasseurs sont déjà rentrés dans le rang, à l'instar du célèbre cancérologue David Khayat. Au printemps 2012, sa fiche assurance-maladie, consultable sur le site ameli-direct.fr, indiquait un tarif de consultation de 500 euros en général (remboursé sur la base de 69 euros). Mardi 13 août, elle affichait des consultations à 173 euros dans sept cas sur dix. Pile 2,5 fois le tarif de la Sécu
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