La France plonge dans le désastre diplomatique ....Plusieurs Etats ont pris position. Tour d'horizon.
From : NouvelObs , le Point , Libération , le Parisien , ....
"Tout le monde est d'accord pour dire que c'est la Commission qui doit veiller à la bonne application des engagements pris par la France" sur cette question sensible, a déclaré jeudi 16 septembre le Premier ministre belge, Yves Leterme.
- La Commission européenne
Le président de la Commission, José Manuel Barroso, a apporté son soutien à la commissaire Viviane Reding : "La position de la Commission est claire, la loi communautaire (de l'Union européenne) doit être respectée, l'interdiction de la discrimination basée sur l'origine ethnique est l'une des valeurs fondamentales de l'UE et la Commission européenne fera tout ce qui est nécessaire pour garantir le respect de ces principes", a-t-il déclaré mercredi. "J'espère vraiment maintenant que nous pourrons avoir une pleine transparence sur le sujet", a-t-il ajouté, faisant allusion à la dissimulation par Paris d'une circulaire administrative ciblant spécifiquement les Roms pour les renvois.
- Le Parlement européen
Dans une résolution adoptée le 8 septembre, le Parlement européen se déclare "vivement préoccupé par les mesures prises par les autorités françaises ainsi que par les autorités d'autres Etats membres à l'encontre des Roms et des gens du voyage prévoyant leur expulsion". Il demande à Paris et aux autres "de suspendre immédiatement toutes les expulsions de Roms". Même s'il s'en prend à "d'autres Etats", le texte du Parlement européen ne mentionne explicitement que la France.
- L'ONU
La haut commissaire des Nations unies aux droits de l'Homme, Navi Pillay, a estimé lundi que la politique française était "préoccupante". "Cela ne peut qu'exacerber la stigmatisation des Roms et l'extrême pauvreté dans laquelle ils vivent", a-t-elle estimé.
- Les Etats-Unis
"A l'évidence, les droits des Roms sont importants pour nous, et nous invitons la France et d'autres pays à (les) respecter", a déclaré mercredi un responsable du département d'Etat. Cette critique, qui reste sobre, n'en est pas moins exceptionnelle de la part des Etats-Unis envers un allié aussi proche que la France.
Plus explicite, une commission de parlementaires américains a qualifié les expulsions de "manœuvres politiques inopportunes". "Les minorités font partie intégrante de la société, et il y a un risque, quand ceux qui cherchent à diviser pour obtenir un avantage politique ont la possibilité de prendre les commandes", a déclaré le représentant Alcee L. Hastings, (démocrate), coprésident de la Commission pour la sécurité et la coopération en Europe.
- Le Luxembourg
Le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères, Jean Asselborn, a déclaré mercredi que Nicolas Sarkozy s'était montré "malveillant" en conseillant à Viviane Reding d'accueillir des Roms dans son pays, le Luxembourg. "Ce n'est pas Viviane Reding en tant que Luxembourgeoise qui a parlé. Elle est Luxembourgeoise d'origine, mais elle est commissaire et responsable pour le domaine de la Justice", a déclaré Jean Asselborn. "Elle ne parle pas pour le Luxembourg et n'a pas pris d'instruction au Luxembourg. Faire cet amalgame là de la part de Nicolas Sarkozy entre la nationalité de la commissaire et le Luxembourg est quelque chose de malveillant." "La circulaire sur les Roms, qui a été retirée, (reflète) une "mentalité dangereuse", a jugé le ministre luxembourgeois, "et on ne change pas une politique en changeant une circulaire". "On doit aussi changer la mentalité et l'approche d'ensemble du gouvernement français en ce qui concerne cette matière", a-t-il renchéri.
- L'Allemagne
Le droit de libre circulation au sein de l'Union européenne (UE) "est inconditionnel", et "aucune discrimination n'est autorisée à l'encontre de minorités ethniques", a souligné mercredi le porte-parole du gouvernement allemand Steffen Seibert. "Si la Commission européenne examine à présent si la France est en accord avec tout ceci, alors c'est son droit de le faire". Une représentante de la Commission "a par ailleurs parfaitement le droit de faire une déclaration, comme elle l'a fait hier mardi .Bien sûr, de telles déclarations sont parfois plus utiles si elles sont mesurées au niveau du ton," a ajouté Steffen Seibert.
Jamais peut-être un sommet européen n'a été l'occasion de prises de position aussi franche. La France semble être la cible de nombreuses critiques de la part des autres pays au sujet de sa politique à l'encontre des Roms. De nombreux journaux européens sont revenus aujourd'hui sur les différents "clashes" ayant émaillé la journée de jeudi. Revue de presse.
Le président de la République Sarkozy avait annoncé au cours d'une conférence de presse vouloir poursuivre le démantèlement des camps. Comme pour appuyer le bien-fondé de sa politique, il a annoncé : «Mme Merkel m'a indiqué sa volonté de procéder dans les prochaines semaines à l'évacuation de camps, nous verrons à ce moment là le calme qui règne dans la vie politique allemande.» «Je dois dire que j'ai été très sensible au soutien complet, total et entier une fois encore d'Angela Merkel sur cette question comme sur tellement d'autres», a-t-il ajouté.
Un diplomate allemand avait déjà accueilli cette annonce avec circonspection : «L'Allemagne n'a, à aucun moment, au cours du sommet européen, fait de quelconques déclarations sur de quelconques camps de Roms ou d'évacuations en Allemagne».Le démenti officiel est tombé vers 20h20 : «La chancelière Merkel n'a parlé ni lors du Conseil européen, ni lors d'entretiens en marge du Conseil avec le président français Sarkozy de prétendus camps de Roms en Allemagne, et en aucun cas de leur évacuation», a déclaré in extenso le porte-parole du gouvernement, Steffen Seibert, dans un communiqué.
"C'est parole contre parole". Le journal allemand Die Zeit ne tranche pas dans l'affaire du couac entre Paris et Berlin au sujet des Roms. Mais l'affirmation de Nicolas Sarkozy jeudi à Bruxelles rebondit forcément outre-Rhin. Angela Merkel a-t-elle réellement déclaré au président français qu'elle allait elle aussi expulser des Roms? "C'est un malentendu", a répondu Guido Westerwelle, cité par Die Zeit. Le quotidien publie également les propos d'un diplomate allemand sans équivoque: "Sarkozy a complètement inventé cette histoire". Bild , journal populaire, s'amuse de ce "sommet de la brouille" et du déjeuner de travail où le président français et Jose Manuel Barroso se sont "franchement" expliqués. "Les chefs d'Etat s'étaient à peine assis que Nicolas Sarkozy a commencé ses attaques contre la Commission européenne", explique le journal, citant la chancelière allemande Angela Merkel: "Le déjeuner était très agréable, du moins en ce qui concerne les plats".
Au lendemain du sommet européen de Bruxelles, au cours duquel José Manuel Barroso et Nicolas Sarkozy ont eu un échange «mâle et viril» à propos de la politique anti-Roms menée par la France, la presse européenne n'est pas tendre avec le président français.
«Mais qu'arrive-t-il donc à Nicolas Sarkozy?», se demande le site internet de Bild a à l'instar du Spiegel, qui estime que le démenti d'Angela Merkel (sur un projet évoqué par la président français d'expulsions de Roms par l'Allemagne) montre que «soit le Français n'entend pas correctement, soit il interprète les nuances à sa façon». Quant à son altercation avec Barroso, le Spiegel remarque aussi qu'il s'agit d'un tournant dans le style du président français: «Fini le "Cher José Manuel" ou les décontractés "mon ami" distribués à tout va» (en français dans le texte).
Même constat pour la Süddeutsche Zeitung, pour qui «Super-Sarko est devenu un enfant terrible et fait, dans ce rôle, concurrence à Silvio Berlusconi». Pire: il s'agit selon la Frankfurter Allgemeine Zeitung, d'une véritable «perte de contrôle de Sarkozy». «La crise des Roms est un cas d'école des faiblesses de la "méthode Sarkozy"», note le journal. «Le turbulent président, qui saute d'une crise à l'autre, est l'homme des coups médiatiques, un opportuniste des projecteurs. Mais la méthode s'est usée. Et laisse le gouvernement plongé dans une véritable crise existentielle.»
Le quotidien El Pais fait sa Une sur le sommet européen et raconte, sous le titre "La xénophobie en Europe: Sarkozy face à l'Europe", le clash entre le chef de l'Etat et le président de la Commission. "On a entendu les cris depuis le couloir", raconte une source au quotidien espagnol. Le président français a répondu de "manière très agressive" à Barroso. Dans un édito intitulé "l'Angoisse Europe", El Pais souligne que les expulsions de Roms depuis cet été en France ont provoqué une "crise sans précédent" dans l'UE.
" Ç a suffit, monsieur Sarkozy"
L'affaire est également traitée par Le Soir , quotidien belge, qui titre sur le "clash Sarkozy-Barroso à Bruxelles", quand le journal suisse Le Temps s'intéresse au "couac franco-allemand sur les Roms". Des analyses bien sages face à la Une du quotidien de gauche italien Il Manifesto . Mercredi, le journal titrait sur Sarkozy et Berlusconi, qualifiés de "fils de Pétain". Jeudi, c'est une caricature qui illustre à nouveau le soutien apporté par "Il Cavaliere" à notre président. On y voit des Italiens bottant leur président du Conseil en dehors de l'Italie et le lançant vers Nicolas Sarkozy. "Si vous le voulez, vous n'avez qu'à le prendre", s'écrient-ils.
Un dessin acide certes, mais moins virulent que l'édito du Tageblatt , un journal luxembourgeois. Sous le titre "Ça suffit, monsieur Sarkozy", Danièle Fonck explique pourquoi elle souhaite arrêter le chef de l'Etat (qui a invité le Luxembourg, pays d'origine de Viviane Reding, à accueillir des Roms) dans sa politique à l'encontre des Roms: "Parce qu’il voit tout par le petit bout de la lorgnette, le président de la République voisine ignore les règles de base du fonctionnement de l’Europe. Parce qu’il croit que les commissaires issus de son pays seraient sous la botte de l’Elysée, il ignore qu’un commissaire européen n’est pas un national, mais une personnalité indépendante oeuvrant dans un intérêt supranational". Et conclut en remettant en cause l'amitié franco-luxembourgeoise: "La France des Lumières mérite-t-elle ses gouvernants? La France des poètes et des philosophes mérite-t-elle des citoyens ânonnant ce qu’on leur répète à longueur des discours et de déclarations? Oui, ça suffit amplement.
L'Union romani d'Espagne, qui regroupe les associations de Roms du pays, a annoncé samedi qu'elle voulait porter plainte contre la France devant la Cour européenne de justice à Luxembourg, espérant "une sentence exemplaire". "Nous exprimons notre peine et notre déception parce que les dirigeants européens au sommet (jeudi de l'UE) n'ont pas eu le courage nécessaire pour remettre à sa place le président français" Nicolas Sarkozy, écrit l'Union romani d'Espagne dans un communiqué.
La circulaire du ministère français de l'Intérieur ciblant expressément l'évacuation des camps de Roms est "une mesure raciste, anticonstitutionnelle, anti-européenne, inhumaine et avec de claires connotations nazies", affirme-t-elle. "Nous irons jusqu'au tribunal de justice des communautés européennes", la Cour européenne de justice à Luxembourg, "et ce seront les juges, les 27 juges du tribunal, qui décideront d'une sentence qui, nous n'en doutons pas, sera exemplaire et condamnera le gouvernement français". L'Union romani (IRU) est une organisation internationale de défense des droits des Roms, créée en 1978 et présente dans une trentaine de pays. Son siège se trouve à Prague.
D. Cohn-Bendit : " La circulaire du ministère de l’Intérieur est très claire. Elle est écrite en français. La juridiction européenne dit qu’on ne peut pas expulser collectivement. Si vous prenez un camp de Roms, vous devez, selon la juridiction européenne, analyser cas par cas et leur donner la possibilité de se défendre. Si on fait ça en deux heures, en masse, il y a bien une infraction à la juridiction européenne. Bruxelles doit donc lancer au plus vite une procédure d’infraction contre la France et la Cour européenne de justice tranchera. Je propose, pour faire la paix avec les Roms, de distribuer symboliquement à tous ceux qui ont été expulsés de France des drapeaux européens et français à la veille du match de football Roumanie - France en octobre. Ils pourront chanter « la Marseillaise » et montrer leur attachement à ce pays......
Nicolas Sarkozy a soutenu qu’Angela Merkel lui avait confié vouloir comme lui procéder à des expulsions de Roms…
" Parfois, Nicolas Sarkozy dit vraiment n’importe quoi! Après l’extermination de Roms par les nazis, l’Allemagne ne va évidemment pas s’amuser à faire des expulsions collectives. Angela Merkel sait que c’est extrêmement sensible donc qu’elle doit être juridiquement irréprochable. Vous comprenez qu’elle ne va pas se mettre les bonnes âmes d’Allemagne à dos pour soutenir un Sarkozy inconscient. Mais je trouve que, si l’Allemagne ne commet aucune faute juridique en voulant expulser, au cas par cas, près de 12000 Roms venant du Kosovo, elle commet une faute morale. Parmi ces Roms, il y a près de 5000 enfants, dont 3000 qui ont déjà commencé à être scolarisés en Allemagne. Si vous expulsez ces enfants au Kosovo, même de manière légale, c’est dramatique....
Le couple franco-allemand vous paraît-il affaibli?
" Il y a toujours des intérêts communs, mais le problème, c’est le comportement de Nicolas Sarkozy. Il croit qu’il est seul au monde. Ne pas dire la vérité a l’air d’être une culture dans son gouvernement. Pourquoi Viviane Reding a-t-elle explosé? La semaine dernière, la majorité des eurodéputés a été très dure vis-à-vis de la politique de Sarkozy. Mme Reding et M. Barroso ont alors défendu la France en disant : « Nous avons parlé avec les ministres français, tout se fait dans les règles. » Et patatras, ils découvrent ensuite cette circulaire. MM. Lellouche et Besson ont menti à Mme Reding. C’est pour ça qu’elle est furieuse.
La France est très critiquée dans le monde, seul l’Italien Silvio Berlusconi défend Nicolas Sarkozy…
Si en Europe il y a bien un super clown politique, c’est Berlusconi. Que le soutien du président français soit cet homme, c’est grave et inquiétant pour lui. C’est l’image de Sarkozy qui s’abîme! Pas celle de la France." ...