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La SNCF a commandé en 2010 de nouveaux modèles de trains régionaux (TER), qui vont entrer en service progressivement d'ici la fin 2016. Problème: les 182 rames Regiolis d'Alstom et les 159 Regio 2N de Bombardier sont plus larges de 20 centimètres que les précédents. Résultat: il va falloir raboter environ 1300 des 8700 quais du réseau ferré français, pour un surcoût estimé à 50 millions d'euros. 

 

 

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Cette information, révélée par le Canard enchaîné daté du mercredi 21 mai, a vite tourné en affaire nationale : politiques de droite et de gauche ont jeté l'opprobre sur les responsables de la SNCF et de Réseau ferré de France (RFF), réclamant même leur démission, le gouvernement s'en est mêlé, exigeant un rapport d'enquête interne. Celui-ci sera remis lundi 26 mai au secrétaire d'Etat aux Transports, Frédéric Cuvillier. Pire: la France est la risée de la presse internationale. 

 

Pour autant, il ne s'agit en aucun cas d'une bévue. La SNCF a commandé en toute connaissance de cause ces nouvelles rames, plus modernes, mieux adaptées aux besoins du trafic et d'accessibilité pour les handicapés. "Quand on achète une voiture, on peut avoir des travaux d'adaptation à faire chez soi pour la faire entrer où on doit la faire entrer. C'est vrai pour les trains, c'est vrai pour les avions, c'est vrai pour les bateaux", a justifié le patron de RFF, Jacques Rapoport, ce matin sur Europe 1.

Les infrastructures ferroviaires, souvent vieilles d'un demi-siècle, voire plus, sont régulièrement modifiées pour être adaptées au nouveau matériel. Il en est ainsi pour l'arrivée du TGV dans une gare. De même, le déploiement du Transilien a nécessité d'abaisser les quais de nombreuses gares en Ile-de-France. Par ailleurs, sur les 1300 quais qui doivent être rabotés d'ici à 2016 pour accueillir les nouveaux TER, 300 ont déjà été traités, 600 le seront à la fin 2014, selon RFF. 

 

 

Les nouveaux trains régionaux sont trop larges pour les quais de beaucoup de gares. Cette bévue souligne la décrépitude du système ferroviaire français. 

Pour quelques centimètres en trop… Le patron de la SNCF, Guillaume Pepy, se trouve aujourd’hui sur un siège éjectable, ou du moins dans une situation inconfortable. Tout ça à deux semaines de la présentation du projet de réforme ferroviaire, à l’Assemblée nationale, dont il est l’un des inspirateurs et l’un des plus farouches partisans. Réunir la SNCF et Réseau ferré de France pour que les deux frères ennemis échangent et travaillent ensemble apparaît plus que jamais nécessaire ! Comment expliquer autrement le déficit de communication entre les deux entités, après le pataquès dévoilé par "Le Canard enchaîné" ? L’affaire des nouveaux trains TER trop larges pour les quais de gare ridiculise la SNCF et son président, devenu la cible des politiques. La rapporteur générale de la commission des Finances de l’Assemblée nationale, Valérie Rabault (PS), a réclamé sa démission, le jour même. De son côté, le Premier secrétaire du parti socialiste, Jean-Christophe Cambadélis, a estimé que "la responsabilité des dirigeants est engagée". Personne n’a remis en cause la nécessité de mettre en service des trains plus confortables et capables de transporter davantage de voyageurs…

 

Conscients de leur bourde depuis des mois, les dirigeants de la SNCF et de RFF se sont bien gardés de révéler l’ampleur du chantier. Pour que les 182 rames Régiolis d’Alstom et les 159 Regio 2 N de Bombardier puissent entrer en service d’ici à la fin 2016, il faut adapter quelque 1 300 quais. Certaines gares, construites il y a plus d’un siècle, ne répondent pas aux nouveaux standards. La SNCF et RFF auraient dû s’inspirer d’Airbus, qui avait préparé la mise sur le marché de son avion gros porteur A 380, en s’assurant que les grands aéroports de la planète allaient adapter leurs infrastructures. "Cette affaire est la conséquence de la séparation de la SNCF et de RFF en 1997, juge Véronique Martin, secrétaire fédérale de la CGT-Cheminots, élue au conseil d’administration de la SNCF. L’ingénierie, qui dépend de la direction du matériel, établit un cahier des charges pour les constructeurs. Elle prend en compte les données de SNCF Infra et de RFF pour les dimensions des voies et des quais." La SNCF savait depuis plusieurs mois, voire quelques années, qu’il faudrait raboter des centaines de quais, mais pas au moment où elle a défini le cahier des charges !

 

Le précédent Bombardier

Heureusement qu’Alstom a pris plusieurs mois de retard, sinon, les nouveaux trains n’entraient pas dans certaines gares… La SNCF et RFF prétendent maintenant que ces travaux étaient prévus. Ce qui ne tient pas la route : la facture n’a jamais été établie. C’est tellement vrai que les régions ont hurlé quand leur contribution a été évoquée. "Nous refusons de verser un seul centime pour cette réparation", a prévenu Alain Rousset, président (PS) de l’Association des régions de France. "Les 50 millions, c’est bidon. […] Je pense qu’on aboutira à des sommes qui peuvent être supérieures à 300 millions", a estimé Dominique Bussereau, l’ancien ministre des Transports.

Cette bourde n’est pas la première du genre. "C’est une situation hallucinante ! Il y a eu un précédent sur le Francilien, livré par Bombardier en Île-de-France, à propos de la hauteur des quais. Là, c’est dans le sens de la largeur", rappelle un industriel du secteur ferroviaire. Il est bien difficile de croire Alain Le Vern, le nouveau patron des TER et des Intercités, qui doit faire face à la fronde des régions, quand il affirme à "L’Usine Nouvelle" que "les TER français ont la meilleure performance mondiale des trains régionaux". L’affaire des trains trop larges n’est sans doute pas terminée. La CGT assure que "certains ateliers de maintenance n’ont pas encore été aménagés pour accueillir les nouveaux trains". Le jugement d’un ancien directeur de la SNCF est sans appel : "Derrière l’absence de stratégie industrielle, il y a une entreprise qui ne sait plus produire. Aujourd’hui, on ne sait plus faire rouler les trains."

 

 

 

L'urgence d'une réforme
En fait d'une boulette, la SNCF et RFF, séparées depuis 1997 ,entretiennent des relations glaciales. La SNCF n'a pas informé RFF des délais de livraison des nouveaux TER, ni des gares concernées. Quant à RFF, il n'a pas informé la SCNF du nombre et de la localisation des quais qu'il faudrait raboter. 

Autre erreur: la SNCF et RFF ont tenté de faire payer aux régions, qui financent déjà les TER, le surcoût de ces aménagements. Face à la fronde de ces dernières - "nous refusons de verser un seul centime sur cette question", a déclaré mardi soir le président de l'Association des régions de France (ARF), Alain Rousset - elles se sont rétractées. 

RFF a indiqué que les 50 millions seraient pris sur l'enveloppe de 4 milliards d'euros consacrée chaque année à la modernisation du réseau ferroviaire hexagonal. Ces travaux n'auront "aucun impact ni sur les voyageurs, ni sur les prix du billet, ni sur les contribuables", a assuré son président Jacques Rapoport. 

La morale de cette histoire, c'est que la réforme ferroviaire est plus que nécessaire. Ce projet de loi, qui sera étudié en première lecture à l'Assemblée Nationale les 17 et 18 juin prochains, doit fusionner les deux entreprises pour créer un pôle ferroviaire public intégré. La réforme "va permettre de créer un grand groupe public ferroviaire, et notamment la gestion unifiée de l'infrastructure, donc éviter que cette séparation ne tourne à ce genre de situation, digne du roi Ubu", a souligné aujourd'hui Frédéric Cuvillier.

 

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La SNCF et RFF sont la risée des réseaux sociaux
Les internautes n'ont pas manqué de se moquer du couac entre les deux sociétés qui se sont rendu compte que les nouveaux TER ne pourront pas rentrer dans certaines gares.
«Rassurez-moi c'est une blague?» Les internautes n'en croyaient pas leurs yeux lorsqu'ils ont appris que la SNCF va devoir raboter 1300 quais de gare après avoir commandé des rames trop larges. Et lorsqu'ils ont compris qu'il ne s'agissait en aucun cas d'un canular, certains n'ont pas manqué d'user de leur humour, notamment en ressortant un spot publicitaire de 1988 faisant apparaître un ancien slogan de la SNCF: «SNCF, c'est possible!», pour se moquer de ce «big fail»,

 

 

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  Mais alors qui va payer ce montant? Le président de l'Association des Régions de France a d'ores et déjà annoncé que les régions - et à travers elles le contribuable - ne débourseront pas le moindre euro. Pourtant, Jacques Rapoport affirme que «les régions paieront (une partie de ces 50 millions d'euros, ndlr) dans le cadre du financement normal du réseau ferroviaire». En revanche, il a assuré que les voyageurs n'auront pas à mettre la main à la poche. «Le coût du rabotage des quais n'aura aucun impact sur le prix des billets, je m'en porte totalement garant, affirme-t-il. Le trafic augmentant de 40% à 50% selon les régions, il sera financé en partie par la hausse des recettes». Reste à savoir qui des régions, de l'État, de RFF ou de la SNCF, qui paient chacun une redevance pour avoir accès au réseau, paiera la plus grosse part du gateau...

Le président PS de la Région Rhône-Alpes, Jean-Jack Queyranne, a fait état mercredi de sa «colère» concernant l'affaire des trains trop larges, rappelant que sa région a récemment commandé 40 rames pour un montant de 400 millions d'euros, n'entendant pas payer des travaux d'adaptation. «Une nouvelle fois, je constate que le système de gouvernance du ferroviaire partagé entre la SNCF et RFF connaît de graves dysfonctionnements. Ils confinent à l'absurde. Comme tous les présidents de régions, je suis en colère», écrit le président socialiste dans un communiqué. La région, a-t-il rappelé, avait été alertée «des difficultés d'adaptation des quais en 2013 par RFF et Réseau ferré de France s'engageait alors à faire le nécessaire en termes de travaux pour accueillir le nouveau matériel dans les délais». En Rhône-Alpes, «ces engagements sont tenus» et des travaux «sont en cours de finalisation» a souligné la collectivité: «A ce jour, les problèmes sont en cours de résolution sur les axes Villefranche-sur-Saône / Vienne et Saint-Etienne / Lyon / Ambérieu. D'après RFF, 119 quais sont concernés en Rhône-Alpes, pour un montant des travaux de l'ordre de 5 M euros », selon la région.

 

 

«Le chiffre de 50 millions d'euros est très largement sous-estimé» 
Si le couac déchaîne les moqueries voire les insultes sur les réseaux sociaux, il ne fait absolument pas rire les personnalités politiques. Après, le secrétaire d'État en charge des Transports, Frédéric Cuvillier qui parlé hier d'une situation «rocambolesque et comiquement dramatique», d'autres personnalités n'ont pas manqué de réagir à ce couac. Le premier secrétaire du Parti socialiste, Jean-Christophe Cambadélis, s'en est pris directement aux dirigeants de RFF et de la SNCF. «Quand il y a une telle erreur qui coûte tellement d'argent on en tire les conséquences, a-t-il lâché sur i-Télé, appelant implicitement à leur démission. C'est hallucinant, la responsabilité des dirigeants est engagée. Je crois qu'il ne faut pas laisser passer ça. On ne comprendrait pas qu'ils restent tranquillement à regarder passer les trains». Idem du côté de la ministre de l'Écologie, Ségolène de Royal. «Les responsables de cette décision paieront, a-t-elle déclaré à l'issue du Conseil des ministres. C'est consternant, les régions ne paieront pas ces erreurs invraisemblables». Même l'ancien ministre UMP des Transports, Dominique Bussereau, a reconnu que «c'était à la SNCF de payer». «Les régions n'y sont pour rien dans la commande des TER», a-t-il affirmé ce jeudi sur Europe 1. Et d'ajouter: «Le chiffre de 50 millions est très largement sous-estimé».

Preuve que l'affaire a été prise très au sérieux, les présidents de la SNCF et de RFF, Guillaume Pépy et Jacques Rapoport, auront justement à répondre sur cette polémique géante. Ils seront auditionnés, «dans les plus brefs délais», à la demande du député UMP, Jean-Marie Sermier, par la commission du développement durable de l'Assemblée nationale

 

 

From : l'Express,le Figaro ,Nlle Usine,....

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Tag(s) : #Politique Intérieure - Extérieure
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