Le président du Medef et patron de Radiall a vu son salaire passer de 329 189 à 426 092 euros avec la hausse des résultats de sa société.
Pierre Gattaz contre-attaque. Le patron du Medef est obligé de se justifier sur son blog après une diatribe du Canard enchaîné. Lundi, l'hebdomadaire l'a cloué au pilori pour s'être octroyé une confortable augmentation de sa rémunération de 29 %, en tant que patron de l'entreprise de composants électroniques Radiall. Une position d'autant plus délicate à assumer que le dirigeant du Medef avait plaidé, fin avril, pour deux ou trois années de modération salariale. Surtout lorsque le président de la République s'en mêle ! Lors de son interview radio télévisée sur RMC-BFM TV, François Hollande a envoyé une pique à peine voilée au patron des patrons. "On ne peut pas demander la baisse du smic et en même temps considérer qu'il n'y a pas de salaire maximum", a glissé le président, sans citer explicitement le nom de Pierre Gattaz.
"À peine un journal satirique publie-t-il une information incomplète et biaisée que voilà la classe politique qui s'en saisit, souvent à contresens", regrette Pierre Gattaz. Le patron de Radiall souligne ensuite que la plupart des chiffres cités par Le Canard enchaîné n'ont rien d'un scoop puisqu'ils sont librement accessibles dans les rapports financiers annuels de Radiall disponibles en ligne.
Sur le fond, le président du Medef souligne que l'augmentation de son salaire fixe est de 3 % au 1er janvier 2014 quand la hausse globale dans l'entreprise a atteint 3,3 %. Cette année, le patron de Radiall va donc toucher 318 000 euros de part fixe. Ce à quoi il faut ajouter son bonus, "indexé sur la croissance du résultat opérationnel courant", c'est-à-dire la performance annuelle de l'entreprise. Soit 102 000 euros au titre des résultats de 2013, à en croire Pierre Gattaz, à comparer avec les 14 000 touchés en 2012, 58,4 en 2011 et rien entre 2009 et 2011. "Au final, ma rémunération en 2013 s'élève donc à 420 000. (...) Pour mémoire, la limite maximum des salaires des P-DG des entreprises publiques a été fixée par l'État à 450 000 euros", affirme-t-il. Selon le rapport annuel 2013 de l'entreprise, cité par l'Agence France-Presse, la rémunération totale de Pierre Gattaz est passée de 329 189 à 426 092 euros.
Moins 2,1 % pour les patrons du CAC 40
Un classement des rémunérations des patrons des entreprises du CAC 40 publié lundi par Les Échos montre de belles hausses mais aussi un très grand nombre de baisses dont deux atteignent 55 ou 65 %. En tête de liste, Maurice Lévy, patron du 3e groupe publicitaire mondial Publicis, avec 4,5 millions d'euros, entièrement en variable, en baisse de 6,25 %. Il est suivi de L'Oréal (Jean-Paul Agon, + 1,34 %) et Carrefour (Georges Plassat, + 39,97 %). La plus forte hausse est celle du président du directoire de Vivendi, Jean-François Dubos (+ 190,24 %).
Sur les 18 baisses, les plus fortes sont celles du P-DG du groupe Accor, Sébastien Bazin (- 55,43 %) et du P-DG d'EDF, Henri Proglio (- 65,01 %). Au total, les rémunérations du CAC 40 sont en repli de 2,1 %.
En cette saison des assemblées générales d'entreprises, qui plus est l'année où est introduit en France le "Say on Pay", déjà dans les moeurs des pays anglo-saxons et qui permet aux actionnaires de se prononcer à titre consultatif sur les rémunérations 2013 des dirigeants, la polémique allait bon train mardi.
Poussée de fièvre chez Sanofi
Le matin Libération titrait "Salaires des patrons : la Macif oublie sa déontologie" sous une large photographie du patron du groupe de réassurance Scor, Denis Kessler, attablé. "En violation de ses principes, le mutualiste s'apprête à valider une augmentation de salaire, à 5 millions d'euros en 2013, pour Kessler, P-DG de Scor", dont la Macif est actionnaire, écrivait le quotidien. L'assemblée générale de Scor a approuvé mardi, par 64 % de voix contre 35 %, une rémunération brute totale en 2013 (y compris actions et stock-options) de 5,13 millions d'euros (+ 10 %). "C'est tout à fait en ligne voire inférieur à la rémunération de mes concurrents. C'est un métier extrêmement technique, extrêmement compliqué, qui ne doit pas être jugé à l'aune des normes purement françaises", a déclaré Denis Kessler en réponse à une question de l'AFP.
La rémunération des dirigeants avait suscité une poussée de fièvre lundi lors de l'assemblée des actionnaires du groupe pharmaceutique Sanofi, sans remettre pour autant en cause leur approbation.
Mardi, 94,61 % des actionnaires du groupe Lagardère ayant voté ont donné un avis favorable à la rémunération d'Arnaud Lagardère, avec un total général versé de plus de 2,78 millions d'euros
Le président du Medef n’aime pas les déclarations intempestives de sa prédecesseure, Laurence Parisot. Et il a décidé de le lui faire savoir très officiellement. Le Monde s’est procuré une lettre que Pierre Gattaz lui a envoyé lundi 5 mai pour lui demander de respecter « une obligation de réserve ». « J’ai été choqué (...) de certaines de vos prises de positions récentes sur des sujets que je portais au titre de notre institution », écrit-il à Mme Parisot, en lui demandant « à tout le moins » de veiller à ce que la mention « ancienne présidente du Medef » n’apparaisse pas lors de ses interventions médiatiques.
Depuis quelques semaines, l’ancienne patronne des patrons a multiplié les critiques sur les prises de positions de Pierre Gattaz. La dernière en date s’est faite par Twitter, le 15 avril, quand Mme Parisot a dénoncé « la logique esclavagiste » de ceux qui proposent « un salaire en dessous du smic », comme l’avait fait M. Gattaz quelques heures plus tôt. Une déclaration qui avait été reprise par tous les médias. En février, elle avait déjà défendu le maintien du régime des intermittents du spectacle dans une tribune aux Echos, alors que le Medef demandait officiellement sa suppression.
Jusqu’ici, M. Gattaz avait plutôt choisi de ne pas commenter directement ces déclarations, laissant ses lieutenants le faire pour lui. Mais il a visiblement décidé de changer de stratégie. « Votre statut d’ancienne présidente du Medef et de présidente d’honneur vous impose, plus qu’à quiconque et comme à vos prédecesseurs, une obligation de réserve dans votre commentaire de l’action de notre institution », estime -t-il, avant de conclure qu’il est « toujours disposé à écouter [ses] remarques et conseils sur tous nos sujets, mais qu’il nous semblerait préférable que ces remarques se formulent en bilatéral plutôt que sur les ondes. »
Pas sûr que Mme Parisot, qui n’aime rien moins que concentrer l’attention des médias sur elle, accepte de respecter les demandes de son successeur. La vice-présidente de l’IFOP, qui avait tenté en février 2013 de changer les statuts du Medef pour faire un troisième mandat, n'a en effet jamais caché en privé son aversion pour M. Gattaz. Elle critique notamment régulièrement son opposition supposée aux vertus du dialogue social.
Dans les milieux patronaux, on la soupçonne de plus en plus de vouloir entrer en politique. « Elle a toujours été fascinée par la politique. Taper sur Pierre est pour elle une façon d’exister. Cette lettre est une bonne idée, mais à mon avis, elle n’en tiendra pas compte », lâche d’ailleurs, désabusé, un cadre du Medef.
La patron du Medef souhaite diminuer le Smic mais augmente son salaire. Une décision "contraire aux principes de la République", pour François Hollande.
Le président de la République François Hollande a appelé le président du Medef Pierre Gattaz à la "responsabilité" mardi. Le Canard enchaîné révèle que celui-ci a augmenté sa rémunération dans son entreprise, alors qu’il plaide pour un abaissement du niveau du Smic.
Selon le journal satirique, Pierre Gattaz, qui dirige l'entreprise de composants électroniques Radiall, s'est octroyé l'an dernier une augmentation de 29%, "bonus compris". Europe1.fr revient sur cette polémique.
Acte 1 : Gattaz et le Smic. Le patron du Medef a créé la polémique lors de sa conférence de presse annuelle en avril : "Le niveau du Smic est une marche d’escalier importante à franchir", a lancé Pierre Gattaz. Selon le patron des patrons ce salaire minimum est un frein à l’embauche pour "les personnes très éloignées de l’emploi et pour les jeunes". La solution serait donc de créer un "Smic intermédiaire, qui permettrait sur une période déterminée, transitoire et temporaire de pouvoir franchir cette marche d’escalier", détaille le patron.
Acte 2 : Gattaz et Hollande. "Il y a un moment où chacun doit être responsable: on ne peut pas demander la baisse du Smic, voire sa suppression, et en même temps considérer qu'il n'y a pas de salaire maximum", a déclaré François Hollande sur BFMTV-RMC. Pour le chef de l’Etat, c'est "un principe contraire aux principes de la République".
Acte 3 : Gattaz répond à ses détracteurs. Le président du Medef n’a pas apprécié ces attaques à son encontre et a réagi sur son blog. "Ce qui est bien, dans notre pays, c’est qu’on n’est jamais déçu", ironise Pierre Gattaz. L’industriel détaille mardi après-midi pourquoi les affirmations du Canard Enchaîné et de François Hollande sont, à ses yeux, injustifiées. Il précise que le groupe qu’il dirige se porte bien financièrement, qu’il embauche et distribue à ses collaborateurs de larges primes d’intéressement, que lui ne touche pas. Il ajoute que son "salaire a été augmenté de +3% au 1er janvier 2013 et a atteint donc 318.000 euros", par an. Auquel s’ajoute un bonus de 102.000 euros, contre 14.000 en 2012. "Soit une rémunération de 420.000 euros" par an, contre environ 322 l’année précédente, selon les chiffres donnés par le patron du Medef.
Le salaire de Pierre Gattaz a donc bien augmenté de 30%, mais l’industriel prend soin de préciser que sa rémunération reste inférieure à 450.000 euros, le maximum fixé par l’Etat pour les patrons d’entreprises publiques
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