De plus en plus de pharmacies sont en rupture de stock : chaque jour, 5 % des médicaments commandés par les pharmaciens de ville ne sont pas disponibles, et la moitié de ces interruptions dépassent quatre jours. Antibiotiques, anticancéreux, anesthésiques sont les principales classes concernées, mais vaccins ou anxiolytiques manquent également. Au total, l'Agence nationale de sécurité du médicament a recensé 118 produits dont l'approvisionnement est difficile ou tout simplement arrêté.
"Ce phénomène... s'est aggravé ces dernières années. Tous les jours, il nous manque un ou plusieurs médicaments", explique Philippe Liebermann, pharmacien à Strasbourg et vice-président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France.
Ces ruptures de stock ne font qu'empirer. Soixante-cinq médicaments ne sont pas en stock, la situation est préoccupante", a prévenu, mercredi, le professeur Alain Astier, chef du département pharmacie de l'hôpital Henri-Mondor à Créteil.
"Je ne parlerais pas de pénurie, mais plutôt de difficulté d'approvisionnement, tempère Jean-Luc Audhoui, pharmacien et membre de la Fédération des syndicats pharmaceutiques. C'est un problème qui existe depuis deux ou trois ans et pour lequel on n'a pas encore trouvé de solution". Les médicaments concernés ? "Ceux dont le générique n'existe pas, qui sont pointus, récents, et dont le besoin est immédiat pour les malades", indique le pharmacien.
Face à cette situation, les pharmaciens sont "dans la débrouille" et dans des situations "chronophages", explique à MYTF1News Jean-Luc Audhoui. "On peut contacter un autre grossiste ou s'adresser à un autre fournisseur, mais dans ce cas-là les délais d'obtention du médicament sont plus importants, ajoute le pharmacien. Sinon on demande à un confrère ou aux hôpitaux". Cependant selon l'Académie de pharmacie, ces les pénuries concernent également les pharmacies hospitalières, seules habilitées à dispenser les traitements les plus lourds, notamment les chimiothérapies, en cas de cancer.
Cet état de fait peut avoir des répercussions graves pour les malades. Une étude publiée fin décembre 2012 dans le New England Journal of Medicine a mis en évidence les conséquences de cette pénurie. Le médicament générique méchloréthamine, utilisé depuis les années 1960 dans le traitement du lymphome de Hodgkin, une pathologie touchant 9 000 enfants par an aux Etats-Unis, a dû être remplacé. Les scientifiques ont évalué un taux de rechute de 12 % chez 181 enfants traités avec la méchloréthamine tandis que 25 % des 40 autres enfants traités avec un substitut rechutaient, indique le professeur Monika Metzger, de l'hôpital St. Jude Children, de Memphis, principale auteure de l'étude.
Les raisons de ces ruptures de stock sont multiples. L'Académie de pharmacie indique que certains médicaments, comme des antibiotiques ou anticancéreux injectables utilisés exclusivement à l'hôpital, sont abandonnés par les fabricants faute de rentabilité suffisante.
Selon elle, ces pénuries sont aussi le résultat de problèmes et de blocages à tous les stades de la chaîne du médicament. Il peut s'agir d'une difficulté d'approvisionnement en matières premières pharmaceutiques, d'autant plus difficile à compenser que 60 à 80% des principes actifs sont aujourd'hui fabriqués hors d'Europe, principalement en Inde et en Chine, contre 20% il y a trente ans.
Jean-Luc Audhoui avance une autre cause : les quotas. "En France, la production des médicaments est limitée. Par exemple, si un laboratoire produit 1 million de boîtes de médicaments, seul 100.000 sont réservées à la France". Enfin, "toutes les structures travaillent à flux tendues et le moindre problème peut entraîner une rupture de stock, explique Jean-Luc Audhoui. Les conditions économiques sont telles que l'on ne peut pas se permettre d'avoir des stocks trop importants".
Que préconise l'Académie de pharmacie ?
Pour éviter la dépendance aux pays producteurs de matières premières, l'Académie préconise "d'engager une politique volontariste de relocalisation" de la fabrication des principes actifs jugés "stratégiques" et "indispensables à la santé publique", notamment ceux pour lesquels il n'existe qu'un seul fabricant mondial. Au-delà de la disponibilité, l'Académie s'inquiète également de la qualité des matières premières actives importées et propose la mise en place d'un répertoire européen, recensant tous les sites de fabrication et de contrôle, avec l'historique des ruptures d'approvisionnement et des inspections.
Concernant le manque de rentabilité de certains médicaments, l'Académie préconise une revalorisation du prix après évaluation de leur intérêt par les autorités sanitaires.
Elle propose aussi d'interdire l'exportation des médicaments sans équivalent thérapeutique "nécessaires aux besoins nationaux", pour empêcher que ceux-ci ne soient vendus à l'étranger où les prix sont en général plus élevés qu'en France. Dans un décret publié en octobre 2012 sur la sécurité de l'approvisionnement des médicaments, le gouvernement avait déjà prévu l'obligation de couvrir les besoins des patients français, mais sans mentionner explicitement les exportations. Le décret prévoyait également la création de centres d'appel d'urgence par les exploitants pharmaceutiques.
Pour faciliter la tâche des pharmacies et éviter que les malades soient contraints d'aller à l'hôpital pour continuer à recevoir leur traitement, l'Académie évoque la mise en place d'un droit de substitution des traitements par le pharmacien .
Les causes de ces pénuries sont multiples. Yves Juillet, président de l'Académie nationale de pharmacie, pointe les difficultés d'approvisionnement en matières premières actives, d'autant plus dures à compenser que 60 % à 80 % de ces principes actifs sont aujourd'hui fabriqués principalement en Inde et en Chine, contre 20 % il y a trente ans.
Autre cause : le renforcement des normes de production conduit souvent à des arrêts. Mais les raisons économiques dominent : un laboratoire peut décider d'arrêter un produit s'il n'est plus rentable. Autre facteur, le nombre de génériques a considérablement augmenté ces dernières années, ce qui accroît d'autant le nombre de lignes de références à gérer et à approvisionner.
En conséquence, l'Académie nationale de pharmacie a formulé plusieurs propositions. Elle suggère la mise en place d'un répertoire européen recensant tous les sites de fabrication et de contrôle, avec l'historique des ruptures d'approvisionnement et des inspections de sites. Elle préconise aussi d'interdire l'exportation des médicaments sans équivalent thérapeutique, pour empêcher que ceux-ci soient vendus à l'étranger, où les prix sont en général plus élevés qu'en France .
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