Ce qu'on ne dit jamais sur la dette, la Sécu, le patrimoine et les impôts
Si, au lieu d'évoquer des données abstraites en milliards, on parlait de moyenne? Cela change tout. Voici de quoi pimenter un peu vos conversations lors des deux réveillons.
1.900 milliards d’euros, c’est le niveau atteint par la dette publique de la France fin septembre, selon les données publiées ce mardi 24 décembre 2013. A quelques heures du réveillon, ce chiffre semble encore plus indigeste. Pour le rendre plus léger, faisons donc une division. On compte, toujours selon l’Insee, 65,6 millions d’habitants en France (métropole et départements d’outre-mer). Autrement dit, le poids de la dette qui repose sur nos épaules atteint en moyenne 28.975 euros par Français.
Voilà qui devrait nous réjouir, puisque, vu sous cet angle, nous sommes nettement moins endettés que les Américains. Selon le tableau permettant de suivre en direct l’évolution de l’endettement national de la première puissance économique mondiale, chaque citoyen des Etats-Unis devrait aujourd’hui faire un chèque de 54.416 dollars (40.000 euros) pour rembourser l’intégralité des dettes contractées par son pays.
Par rapport au PIB, la différence est plus légère
Rapporté au nombre de contribuable, la moyenne s’élève même à 150.146 dollars (110.400 euros). Mais des deux côtés de l’Atlantique, ce n’est pas cette moyenne que les économistes scrutent. Ils s’attardent davantage sur un ratio jugé plus significatif, la part de la dette par rapport au PIB. Cette fois, la différence entre nos deux dettes est donc moins importante: 98,9% outre-Atlantique contre 92,7% en France.
Si l’on veut être complet, il faudrait prendre aussi en compte les dettes des entreprises et des ménages. Aux Etats-Unis, l’endettement du secteur privé non financier (ménages et sociétés non financières) représentait 154,3% du PIB contre 122,3% en France. Car nos compatriotes sont nettement moins criblés de dettes. Rapportées au produit intérieur brut, les sommes encore dues par les ménages français à leurs divers créanciers sont quasiment deux fois inférieures à celles que doivent les Américains.
Chaque assuré coûte 2.894 € à la Sécu en frais de santé
Voilà pour ce qui est de la dette. Penchons nous à présent sur le budget de la Sécurité sociale. Les milliards de déficit nous laissent d'autant plus indifférents que nous n'avons aucune idée de ce qu'ils représentent. Prenons donc un exemple concret. En 2013, la branche maladie de la Sécurité sociale a prévu de dépenser 165 milliards d’euros, soit... 2.894 euros par assuré.
Mais là encore, cette moyenne, ne signifie pas grand chose. Entre un salarié en pleine forme qui se contente d’une visite annuelle chez son médecin et chez son dentiste et son collègue qui a contracté la malaria lors d’un safari en Tanzanie, la prise en charge par la Sécu est sans commune mesure. L’AP-HP estime ainsi à 781 euros (en moyenne) par jour ce que lui coûte l’hospitalisation d’un patient en court séjour.
A combien s'élève l'impôt sur le revenu en moyenne ?
Côté impôt, les moyennes sont tout aussi trompeuses. Si l’on se fie aux dernières estimations de Bercy, les contribuables devraient cette année avoir versé au titre de l’impôt sur le revenu un peu plus de 69 milliards d’euros, soit 1.890 euros par foyer fiscal. En 2012, les recettes nettes, après prise en compte des remboursements, dégrèvement et versement de la prime pour l’emploi s’était élevées à 59,5 milliards soit 1.630 euros par foyer fiscal.
Autrement dit, en moyenne, chaque contribuable aura vu son impôt sur le revenu progresser de 260 euros. Mais la réalité telle que l’ont perçue les Français cette année est tout autre. D’abord parce que le nombre de foyers fiscaux réellement imposés a augmenté cette année : 787.000 de plus pour atteindre quasiment 19 millions selon les estimations de Bercy dévoilées en septembre par Le Monde.
Si l’on ne prend en considération que ceux qui ont effectivement fait un chèque ou des virements au fisc, la moyenne est donc passée de 3.280 à 3.630 euros. Mais là encore, la moyenne ne signifie pas grand-chose. En fait, selon les estimations de Bercy, seuls 44% des foyers fiscaux ont effectivement vu leur impôt sur le revenu augmenter. Et parmi eux, 2,65 millions ont eu à faire un chèque au fisc alors qu’ils étaient non imposables en 2012 . Mais certains ont aussi vu leurs impôts baisser cette année. Bercy assure même que 1,54 million de foyers fiscaux n’ont rien eu à payer alors que l’an passé, ils étaient encore imposables.
Et ce que possèdent les Français, cela vaut combien ?
Les dernières données macroéconomiques publiées par l’Insee évaluent à 11.939 milliards d’euros la valeur des actifs (immobilier, épargne,…) détenus par les Français. Si on prend en compte leurs dettes, les ménages français détiennent ainsi en moyenne près de 380.000 euros net. Mais cette moyenne cache de fortes disparités puisque, selon une enquête plus ancienne de l’Insee, les 10% des Français les plus riches concentrent près de la moitié du patrimoine total.
La France est d’ailleurs aussi le pays d'Europe qui compte le plus de millionnaires. Selon une étude rendue publique par le Crédit Suisse en octobre 2013, il y aurait, en France, plus de 2 millions de millionnaires (en dollars).
Donc pour résumer : en moyenne, chaque ménage ne devrait sacrifier que 18% de son patrimoine net pour régler la dette du pays. Ceux qui n’ont rien ne seraient peut-être pas contre…
Qui détient la dette des principaux pays de la planète?
ETATS-UNIS "Pourquoi dois-je 46.000 dollars au gouvernement", se demande cette jeune Américaine? Mais c'est surtout son pays qui doit de l'argent aux épargnants américains. Selon les données agrégées par la World Bank, la dette de son pays (12.258 milliards de dollars) est majoritairement détenue par des institutions financières et des épargnants résidant aux Etats-Unis. La part des créanciers étrangers se limite à 41,8%.
FRANCE Avec une dette détenue à 63,8% par des créanciers étrangers, la France se situe à un niveau record. Il y a certes d'autres pays, notamment dans la zone euro, qui sont encore plus dépendants de la confiance des marchés pour financer leur déficit, mais aucun ne figure parmi les 5, ni même les 10 premières puissances mondiales.
JAPON La dette publique du Pays du Soleil Levant bat record sur record. Elle est estimée à 214% de son PIB et pourrait atteindre 230% en 2014. Mais le Japon peut compter sur le patriotisme de ses épargnants qui détiennent 91% de sa dette publique.
ROYAUME-UNI La dette britannique (1.543,3 milliards de dollars) est détenue à 32,8% (*) par des créanciers étrangers. C'est un peu plus qu'en 2009. Rapporté à son PIB, l'endettement du pays dirigé par David Cameron se situe au dessus de la moyenne européenne à plus de 100%. (*) chiffre fourni par la Banque Mondiale.
ALLEMAGNE Très recherchée par les investisseurs, la dette allemande a tendance à s'internationaliser. En 2009, elle n'était détenue par des non-résidents qu'à 53%. Trois ans plus tard, ce taux atteint 57% selon les chiffres fournis par la Bundesbank.
AUSTRALIE Le pays-continent n'est pas seulement très peu endetté (47,2 milliards de dollars soit moins de 29% de son PIB). Il est aussi parmi les grands pays qui font le moins appel aux investisseurs étrangers pour trouver des ressources complémentaires à ses rentrées fiscales. Selon la World Bank, les non-résidents ne détiennent que 11,4% de sa dette publique.
BELGIQUE En 2009, l'endettement public du royaume a passé la barre des 100% de son PIB. Et, depuis, ce taux ne cesse de progresser. Dans le même temps, la part des non-résidents parmi les détenteurs de cette dette a baissé. Elle représente selon les données de la Banque mondiale, 50,4% du total.
CANADA La 11e puissance mondiale ne parvient pas à faire fondre sa dette (Etat fédéral + provinces) qui, selon les dernières estimations de l'OCDE, représente près de 86% de son PIB contre 65% en 2007. Mais les institutions financières canadiennes en sont les principaux détentrices. Selon les données de la Banque Mondiale, 20,4% seulement de la dette du pays est entre les mains de créanciers non résidents.
CHINE Intronisée première puissance commerciale du monde en 2012, la Chine est aussi, de loin, parmi les grands pays, celui qui compte les plus sur ses banques et ses épargnants pour financer son budget. Sur les 1.143 milliards de dollars que représente sa dette seuls 10 milliards (*) sont détenus par des créanciers non-résidents, soit moins de... 0,01%! (*) chiffre fourni par la BAnque Mondiale.
« La faible rentabilité des entreprises, notamment dans le secteur manufacturier, et leur fort endettement constituent une menace pour la compétitivité de l'économie française. La marge bénéficiaire des entreprises françaises est la plus faible de la zone euro. De plus, l'endettement croissant du secteur privé risque de nuire à sa capacité d'investissement et d'innovation. » La Commission européenne n'a pas attendu les derniers chiffres de l'Insee pour tirer la sonnette d'alarme. Dans son rapport sur la France du printemps dernier, elle faisait déjà part de sa grande préoccupation. Et s'en servait comme d'un argument pour donner deux ans supplémentaires à la France pour réduire son déficit, le temps d'engager de profondes réformes.
A moins de 28 %, le taux de profit des sociétés hexagonales a reculé de près de 4 points depuis 2007. Comme ailleurs en Europe, les entreprises ont souffert de la forte chute de l'activité avec la crise. Mais la compression de leur marge ne vient pas que de là : « L'emploi ne s'est pas ajusté aussi rapidement que l'activité, ce qui réduit les gains de productivité », indique Laurent Clavel, économiste à l'Insee.
« Il y a partout un très fort ralentissement des gains de productivité sauf en Espagne, où ils augmentent sous l'effet des restructurations et de la disparition des petites entreprises du bâtiment », constate Patrick Artus, directeur de la recherche chez Natixis. En France et en Italie, cela vient principalement d'un sous-investissement technologique des entreprises et à un effet de structure de l'économie avec des secteurs, comme les services à la personnes et la distribution, dont le poids augmentent mais qui sont peu productifs ».
From : Pierre Kupferman ( Challenges ), Frédéric Schaeffer (Echos ).....