Un bouclier humain à Tripoli
Peu après les premières frappes aériennes de la coalition, des feux d'artifices ont éclairé la nuit libyenne et des gens tiraient en l'air à partir de cette enceinte fortifiée.
Des Libyens de tous les milieux se sont dirigés vers Bab al Azizia, la base de Kadhafi située dans la banlieue sud de Tripoli, brandissant des portraits du colonel et criant des slogans à sa gloire. Des hauts parleurs diffusaient des chansons en l'honneur du "Guide" de la révolution libyenne.
"Ma mère et mon père m'ont dit qu'ils allaient attaquer la résidence alors je suis venu ici pour protéger notre dirigeant", commente Mahmoud, un garçon de 10 ans.
Le régime de Kadhafi a invité quelques journalistes étrangers à visiter cette enceinte militaire, d'ordinaire fermée, pour constater le soutien populaire au colonel.
L'énorme complexe de Bab al Azizia, qui abrite des baraquements militaires, a été visé par les bombardements américains en 1986.Le président américain de l'époque, Ronald Reagan, agissait en réponse à la présumée complicité libyenne dans un attentat contre une boîte de nuit berlinoise.
Derrière de hauts murs d'enceinte de couleur verte, des gens dansent sur une mélodie qui reprend une phrase d'un récent discours de Kadhafi, "maison par maison, rue par rue".
Les hommes en arme sont partout. L'un est assis à l'arrière d'un pick-up équipé d'une défense antiaérienne et observe la foule.
Le monument érigé dans le complexe après l'attaque américaine, une main écrasant un avion F-16, se dresse devant une maison délabrée par les frappes d'il y 25 ans.
Des hommes en gardent l'entrée, fusils AK-47 en mains, d'autres sont perchés dans des tours de surveillance.
Une fille de Kadhafi, Aïcha, a effectué une visite surprise, juchée sur un véhicule. Elle a été acclamée par les partisans du Guide.
Les portes de l'enceinte, coeur de l'appareil sécuritaire de Kadhafi, étaient grandes ouvertes et des Libyens ont continué d'y pénétrer jusque dans la soirée.
"Nous sommes là. Nous sommes prêts à mourir pour notre chef", dit Om Abdel Qadir, une professeur d'arabe. Ses six enfants se sont tous engagés dans la lutte pour le maintien au pouvoir de Kadhafi, affirme-t-elle.
"Même si nous n'avons pas d'armes, les gens vont faire tout ce qu'ils peuvent pour se battre. Dans toutes les rues, vous verrez des gens jeter de l'huile bouillante sur l'ennemi", dit-elle.
Mahmoud el Mansouri, un agriculteur, affirme que le peuple est en colère. "Il y a 5.000 membres d'une tribu qui s'apprêtent à venir ici pour combattre avec notre chef. Ils n'ont pas intérêt à attaquer notre pays", dit-il.
Les médias officiels libyens affirment que des «objectifs civils» ont été la cible de raids de l'aviation des «ennemis croisés» à Tripoli. Ils font état de blessés. Un peu plus tôt, des témoins avaient indiqué à l'AFP que de fortes explosions avaient retenti à l'est de Tripoli, où des boules de feu ont été vues à l'horizon...
Le pape Benoît XVI, face aux "informations préoccupantes en provenance de Libye", a lancé "un appel pressant aux responsables politiques et militaires" afin qu'ils assurent "la sécurité des citoyens et garantissent l'accès aux secours humanitaires".
"Je lance un appel pressant aux responsables politiques et militaires afin qu'ils aient à coeur la sécurité des citoyens et garantissent l'accès aux secours humanitaires", a déclaré le pape à l'issue de son angélus dominical place Saint-Pierre.
"Ces derniers jours, les informations préoccupantes en provenance de Libye ont suscité en moi une vive anxiété ainsi que des craintes", a-t-il expliqué.
"Je suis maintenant les événements avec une grande appréhension, je prie pour ceux qui sont impliqués dans la situation dramatique de ce pays", a dit Benoît XVI.
"Je désire assurer la population de ma sollicitude émue, et je demande à Dieu qu'un horizon de paix et de concorde se lève au plus tôt sur la Libye et sur l'entière région nord-africaine".
Croix-Rouge. Europe 1 rapporte que Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) se dit «vivement préoccupé» par «l’intensification (...) des combats qui se déroulent en Libye» en raison «des risques que cela comporte pour la vie des civils». L'organisation appelle toutes les parties à «se conformer rigoureusement aux règles et aux principes du droit international humanitaire».
En France. Le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (Mrap) exprime son «inquiétude face à toute intervention qui risque de ne pas se limiter à la stricte protection des populations civiles». L'organisation appelle au respect «des normes internationales».
L'intervention militaire occidentale : les scénarios
Du simple brouillage des systèmes radars libyens au bombardement du bunker de Kadhafi, différents degrés sont envisageables.

La France, la Grande-Bretagne, les États-Unis et leurs alliés arabes devront choisir entre plusieurs scénarios pour leur opération militaire décidée contre la Libye. Brandie à la tribune de l'ONU par les diplomates, la «zone d'exclusion aérienne» semblait davantage destinée à éviter un veto russe ou chinois, en dissimulant, sous un vocable acceptable par tous, la réalité d'une intervention militaire.
En Bosnie, où elle fut imposée au début des années 1990 pour empêcher les Serbes de bombarder les populations civiles, elle n'a pas empêché le massacre de Srebrenica. En Irak, elle fut maintenue pendant douze ans sans infléchir d'un pouce la politique de Saddam Hussein. De toute façon, le temps d'imposer une «no fly zone» au-dessus de la Libye, les troupes de Kadhafi auront probablement déjà repris le contrôle des dernières zones rebelles.
Plus sérieusement, et parce que le projet de résolution du Conseil de sécurité de l'ONU promet de protéger les civils «par tous les moyens», les alliés pourraient décider de lancer, dans les heures suivant ce vote, des frappes ciblées contre des intérêts stratégiques libyens. Des raids visant à détruire la défense antiaérienne de la Libye, les centres de commandement et les aéroports, afin de clouer les avions au sol.
Parallèlement, une guerre électronique pourrait être déclenchée pour neutraliser les systèmes radars libyens. Dans cette configuration, la France pourrait participer en faisant décoller ses chasseurs de la base aérienne de Solenzara, en Corse. Mais également en envoyant des avions radars Awacs. Une telle action militaire constituerait un signal fort, dont certains espèrent qu'il pourrait avoir un effet psychologique et provoquer une débandade dans l'entourage du Guide libyen. Mais rien n'est moins sûr.
Si le but de l'intervention est de faire tomber le régime, comme le suggèrent certains diplomates, les alliés pourraient également décider de s'attaquer aux chars et à l'infanterie libyenne en frappant dans le désert, le long de la route jadis empruntée par la 8e armée britannique et par le général allemand Rommel. «Un acte particulièrement intense, politiquement et militairement», prévient un officier général. Et qui risque en outre de ne pas suffire.
S'il s'attend à des frappes aériennes, le colonel Kadhafi ne manquera pas de disperser ses forces au sol, comme le fit Saddam Hussein en mars 2003.
Il sera difficile alors d'éviter des dégâts collatéraux sur les populations. Comme le rappelle un officier général, «on ne gagne jamais une guerre uniquement avec l'aviation. Pour détruire une armée de terre, il faut aller au carton.» Or, le projet de résolution exclut «une force d'occupation terrestre».
Bien qu'affaibli, le colonel Kadhafi pourrait encore compter sur la fidélité de 10.000 à 12.000 soldats. Sans oublier des mercenaires africains, des missiles sol-air, de nombreux tanks et pièces d'artillerie.
Dernière option, attaquer directement le centre de gravité du régime, Kadhafi lui-même, en bombardant son bunker ou les abris dans lesquels il est susceptible de se cacher. En 1986, les frappes aériennes lancées par Ronald Reagan contre sa résidence l'avaient manqué de peu. Depuis, les moyens de détection, notamment satellitaires, mais aussi de frappe, se sont beaucoup modernisés, rendant théoriquement une telle opération faisable.
Critique et désapprobation dans le monde
Ligue arabe .Le secrétaire général de la Ligue arabe Amr Moussa a critiqué dimanche les frappes aériennes occidentales sur la Libye, estimant qu'elles allaient au-delà de la zone d'exclusion aérienne réclamée par l'organisation et causaient des pertes civiles.
"Ce qui s'est passé ne correspond pas aux objectifs de la zone d'exclusion aérienne", a déclaré Amr Moussa devant la presse. "Ce que nous voulons c'est la protection des civils et pas bombarder plus de civils".
La Ligue arabe avait demandé l'instauration d'une zone d'exclusion aérienne pour protéger les populations civiles en Libye. Dans la semaine, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté la résolution 1973 autorisant à prendre "toutes les mesures nécessaires" pour protéger les civils, dont l'instauration d'une zone de non-survol.
Selon l'armée américaine, les raids aériens franco-britanniques et les tirs de missiles américains ont visé dans la nuit de samedi à dimanche essentiellement des sites de défense anti-aérienne. Le régime de Moammar Kadhafi a affirmé que 48 personnes avaient été tuées dans ces raids, essentiellement des civils.
Estimant qu'ils s'écartaient "du but qui est d'imposer une zone d'exclusion aérienne",Amr Moussa a également annoncé que des consultations étaient en cours pour la tenue d'une réunion d'urgence de l'organisation panarabe, qui siège au Caire, sur la situation dans le monde arabe, en particulier sur la Libye. "Ce qui s'est passé en Libye diffère du but qui est d'imposer une zone d'exclusion aérienne, et ce que nous voulons, c'est la protection des civils, et pas le bombardement d'autres civils", a-t-il déclaré à des journalistes.
"Nous avons dès le début demandé qu'une zone d'exclusion aérienne soit instaurée pour protéger les civils libyens et pour prévenir tout développement ou mesure supplémentaire", a-t-il ajouté. "Nous sommes en ce moment en consultation pour une réunion destinée à suivre tous les événements arabes", a-t-il dit.
Union Africaine Le président de la Commission de l’Union Africaine, Jean Ping ne sera pas à Paris pour prendre part au sommet sur la Libye . Selon une source diplomatique française, une réunion est prévue aujourd’hui à Nouakchott (Mauritanie) entre cinq Chefs d’Etat africains mandatés par l’Ua pour trouver une issue pacifique à la crise libyenne.
Le comité de l'Union africaine (UA) se déclare opposé à «toute intervention militaire», selon le président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz, à l'ouverture d'une réunion à Nouakchott des membres de ce comité.Depuis le 11 mars dernier, l’Ua avait marqué son opposition à toute intervention militaire en Libye.
Le comité de l’Union africaine (UA), réuni sur la Libye, rejette « toute intervention militaire étrangère quelle qu’en soit la forme », a déclaré le président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz à l’ouverture d’une réunion à Nouakchott des membres de ce comité.
La situation en Libye « exige une action urgente pour une solution africaine à la crise gravissime que traverse ce pays frère », a déclaré M. Ould Abdel Aziz.
« Cette solution doit être conforme à notre attachement au respect de l’unité et de l’intégrité territoriale de la Libye, ainsi qu’au rejet de toute intervention militaire étrangère quelle qu’en soit la forme », a-t-il ajouté .
La Russie regrette l’intervention armée étrangère en Libye, a indiqué Alexandre Loukachevitch, le porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères dans un communiqué.
« À Moscou, nous regrettons cette intervention armée, effectuée dans le cadre de la résolution 1973 de l’ONU, adoptée à la hâte », a-t-il déclaré. La diplomatie russe appelle alors à un cessez-le-feu rapide en Libye.
« Nous restons convaincus que pour régler de manière stable le conflit interne en Libye (…) il faut rapidement arrêter les effusions de sang et que les Libyens entament le dialogue », a ajouté M. Loukachevitch.
Moscou insiste par ailleurs pour que toutes les mesures nécessaires soient prises pour assurer la sécurité des membres des missions diplomatiques étrangères présentes en Libye.
Chavez juge « irresponsable » l’intervention armée
Le président vénézuélien Hugo Chavez a jugé « irresponsable » l’intervention armée internationale lancée contre la Libye, qui vise selon lui à s’emparer du pétrole libyen, et il a réclamé qu’un cessez-le-feu soit instauré.
Dans une déclaration télévisée, M. Chavez a condamné « l’action militaire des alliés contre la Libye », qui constitue « une ingérence dans les affaires intérieures d’un pays ».
« Nous exigeons (que soit instauré) un cessez-le-feu effectif et que l’on reprenne le chemin de la paix en Afrique du Nord », a déclaré M. Chavez, principal allié en Amérique Latine du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi.
« L’action militaire des alliés contre la Libye a commencé. C’est profondément regrettable. Quelle irresponsabilité ! Et derrière cela, la main des Etats-Unis et de leurs alliés européens », a commenté le président vénézuélien.
M. Chavez a déploré que la proposition de médiation de paix internationale que le Venezuela avait faite il y a quelques jours n’ait pas été acceptée.
La Chine regrette les frappes contre la Libye, craint une escalade et souhaite le rétablissement au plus tôt de la stabilité dans le pays, a déclaré aujourd'hui le ministère chinois des Affaires étrangères.
"La Chine a observé les derniers développements en Libye et exprime ses regrets à propos des attaques militaires", a déclaré le ministère dans un communiqué sur son site.
Pékin souhaite le retour de la stabilité en Libye au plus tôt et éviter "une escalade du conflit militaire conduisant à de nouvelles pertes de vies civiles", a-t-il ajouté.
From : Yahoo , Figaro ,le Parisien,Soirbe ,le Point, ...