Retraites , on achève bien les chevaux
From : France Info , Rue 89 , Yahoo , Jdd , le Figaro ,le Parisien, ...
Après le succès des journées de mobilisation contre la réforme des retraites , les syndicats doivent se rencontrer pour décider des suites.
Tentant de maintenir la pression sur le gouvernement, ils l’exhortent à entendre la contestation grandissante et à revoir sa copie. De son côté, le gouvernement fait le pari d’une réforme acceptée et estime qu’il doit tenir.
Des millions de manifestants : les syndicats veulent intensifier la pression sur le gouvernement.La contestation de la réforme des retraites tourne au bras de fer, et rien n’annonce une détente...Ils ont l’arithmétique de leur côté, et ne se privent pas de la mettre sous les yeux du gouvernement. Le leitmotiv est simple : l’Etat ne peut pas rester sourd face une telle contestation, qui s’inscrit dans la durée.
Outre les manifestations, des salariés ont protesté contre la réforme du gouvernement en procédant à des arrêts de travail dans des secteurs dit stratégiques comme dans l'énergie , les transports ....
Malgré les chiffres et la menace de grèves reconductibles, François Fillon a répété qu'il ne céderait pas sur l'essentiel de son texte, c'est-à-dire sur le report à 62 et 67 ans des deux bornes d'âge. "Je le dis très solennellement à cette heure devant l'Assemblée nationale, nous sommes décidés à mener cette réforme à son terme", a insisté le Premier ministre lors des questions d'actualité, au Palais-Bourbon, peu après 15 heures.
Nicolas Sarkozy avait pourtant tenté de forcer la main en faisant adopter au Sénat les principales mesures ( les articles 5 et 6 ) de son projet de loi avant cette journée de mobilisation. La stratégie était claire. Une fois le coeur de la réforme adopté par la représentation nationale (au Sénat, lundi), la contestation n'avait plus de raison d'être et le mouvement devait s'étioler.
La mobilisation s'amplifie...
"Nous allons continuer, la mobilisation ne va pas s'arrêter au motif que les sénateurs ont voté", a affirmé, dans le cortège parisien, le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault. Son camarade, Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force ouvrière, a tout bonnement fait allusion à ce qui s'était passé en 2006 avec le contrat première embauche (CPE), retiré par le gouvernement alors qu'il avait pourtant été adopté par le Parlement.
L'intersyndicale devrait se réunir jeudi pour décider des suites à donner au mouvement. Sa décision devrait être largement influencée par la détermination de la base, notamment la frange la plus ferme. À la SNCF déjà, les assemblées générales de cheminots qui se sont tenues mardi ont toutes reconduit la grève pour mercredi...
« Les retraites sont un prétexte à la formulation de la colère »
Selon Henri Vacquin, spécialiste des conflits sociaux, la mobilisation est plus proche de Mai 68 que de décembre 95. Entretien.
Rue89 : Les grandes confédérations syndicales ont lancé un mouvement de grèves reconductibles. Elles ont cédé à la pression de la base ?
Henri Vacquin : Essayons d'abord de situer le cadre. Les retraites, en soi, sont plus un prétexte et un symptôme lourd d'autre chose.
Dans ce conflit, on est dans une conjoncture plus large. La question de l'âge du départ à la retraite n'est pas nouvelle : souvenons-nous de ceux qui avaient des activités pénibles, à partir de 50-55 ans, dans la sidérurgie des années 80. Il y avait déjà de fortes disparités. Le fond du problème n'est donc pas l'âge de la retraite.
Le problème est pour les jeunes de moins de 25 ans qui sont au chômage et les plus de 55 ans qui sont poussés vers la sortie (cette année, il y a eu 350 000 licenciements conventionnels).
En fait, on a une majorité de l'opinion qui est pour la réforme, mais cette majorité la considère aussi comme injuste.
A réduire la réforme au problème financier du système ou au couperet de l'âge, on est à côté de la plaque… Le sujet, c'est l'emploi et la manière de le gérer depuis trente ans, comme la principale variable d'ajustement des entreprises. Les retraites servent de prétexte à la formulation de la colère.
Or, cela ne peut pas être dissocié de :
•la crise de 2008, où rien n'a changé depuis ;
•la décrédibilisation de la politique ;
•les affaires en cours − Bettencourt-Woerth, etc.
Maintenant, quels sont les comportements de l'opinion ? C'est la clef de tout conflit. Elle est favorable au mouvement. Pourquoi ? Il y a une colère autour des injustices vécues dans le partage des efforts ...On ne peut pas exclure une radicalisation du mouvement, car il est porté par une colère peu explicite mais profonde.
Raymond Soubie ,le conseiller social de l'Elysée , a sous-estimé le potentiel de la grève. Le gouvernement a un peu discuté au début, puis le projet a été annoncé et il a coupé les contacts sans renouer la discussion.
Les 13 raffineries françaises en grève
Dans un communiqué diffusé vendredi, la Fédération nationale des industries chimiques CGT (FNIC CGT) et la coordination des syndicats CGT du groupe Total ont indiqué que "l'ensemble des 13 raffineries françaises étaient en grève avec arrêt total des expéditions de carburant vers les stations-service et dépôts". (On compte douze raffineries en France métropolitaine, et une en Martinique, à Fort-de-France.) "Les procédures d’arrêt total de l’ensemble des installations sont en cours", précise le communiqué. les syndicalistes demandent "le retrait" de la réforme des retraites, et "l’ouverture d’une grande négociation nationale sur l’avenir de nos retraites.
L'oléoduc approvisionnant en carburants les aéroports d'Orly et de Roissy, ainsi que le sud de Paris et la région Centre, ne fonctionne plus ce vendredi matin, a annoncé la société Trapil, qui gère le pipeline.
L'oléoduc ne fonctionne plus car il n'est plus approvisionné en carburants par la raffinerie située à Grandpuits, en Seine-et-Marne, a précisé une porte-parole de Trapil (Société des Transports par pipeline). Cette raffinerie Total, en grève depuis plusieurs jours, doit s'arrêter ce vendredi de fonctionner complètement, selon la CGT.
Roissy a des stocks au moins jusqu'à la fin du week-end
En conséquence, l'oléoduc ne peut plus alimenter les terminaux pétroliers d'Orly, de Roissy, de Coignières (Yvelines), d'Orléans (Loiret) et de Tours (Indre-et-Loire), qui approvisionnent eux-mêmes en produits pétroliers les dépôts alentour. "L'aéroport d'Orly a 17 jours de stocks et Roissy a des stocks au moins jusqu'à la fin de ce week-end", a déclaré la porte-parole de Trapil.
Le nord de la région parisienne continue pour sa part à être alimenté à partir du centre de stockage de Rubis Terminal à Rouen (Seine-Maritime), indique Trapil. L'oléoduc transporte tout les types de carburants : essence, gazole et kérosène ...
L'oléoduc LHP (pour Le Havre - Paris) relie le port du Havre (Seine-Maritime) à la capitale. Sur son parcours, il est alimenté par quatre raffineries, en arrêt d'activité depuis plusieurs jours, suite au mouvement de protestation contre la réforme des retraites. Dès vendredi, l'oléoduc n'approvisionnait plus les deux aéroports parisiens. Si Orly est en mesure de tenir deux semaines sur ses stocks, Roissy-Charles-de-Gaulle peut en revanche se retrouver à sec dès lundi soir.
"Celui qui divise à l'intérieur divise l'extérieur. Celui qui ne respecte rien à l'intérieur ne respecte rien ni personne à l'extérieur "
"Une présidence qui échoue à l'intérieur ne peut pas attendre que la politique étrangère lui offre une quelconque excuse", a déclaré Ségolène Royal la présidente de la région Poitou-Charentes, fustigeant "la diplomatie erratique, incohérente, sans noblesse, sans grandeur" du chef de l'Etat.
"Celui qui divise à l'intérieur divise l'extérieur. Celui qui ne respecte rien à l'intérieur ne respecte rien ni personne à l'extérieur, et c'est notre diplomatie tout entière qui s'en trouve affectée", a ajouté l'ancienne candidate à l'élection présidentielle de 2007, dont le discours a été très applaudi.
Ségolène Royal a en particulier dénoncé le traitement par l'Elysée des minorités ethniques.
"Les critères ethniques, ce n'est pas la France", a-t-elle dit. "L'agressivité et le manque de respect à l'endroit de l'Union européenne, ce n'est pas la France. Les propos blessants sur l'homme africain qui n'est pas encore entré dans l'Histoire, ce n'est pas la France".
"Il ne faut pas prendre les catholiques français pour des sots"
L'ancien Premier ministre, Laurent Fabius, a dénoncé la visite de Nicolas Sarkozy de la veille au Vatican, qui ne saurait à ses yeux faire oublier "la faute" commise vis-à-vis de la communauté Rom.
"Il ne faut pas prendre les catholiques français pour des sots", a-t-il déclaré.
"Il y a une faute commise par le président de la République à l'égard des Roms. Cette faute est une faute morale, grave. Et ce n'est pas je ne sais quel signe de croix, même effectué au Vatican, même télévisé, qui fera à quiconque oublier cette faute-là", a-t-il ajouté.
Nicolas Sarkozy a été reçu vendredi par le pape Benoît XVI pour tourner la page des polémiques de l'été entre l'épiscopat français et le gouvernement à propos de la situation des Roms.
Pour le député Jean-Christophe Cambadélis, "l'hyperprésidence" handicape la politique étrangère de la France.
"Nicolas Sarkozy ne consacre peut-être pas le temps qu'il faudrait à la politique internationale en général et à la politique européenne en particulier", a-t-il dit sur Public Sénat.
"L'hyperprésidence, c'est s'occuper des questions françaises à la place du Premier ministre mais ce n'est pas s'occuper des questions internationales", a-t-il ajouté.
Les socialistes ont entériné un texte d'une vingtaine de pages baptisé "nouvelle donne internationale et européenne" résumant les grandes lignes du projet de politique étrangère dans la perspective d'une victoire de leur camp en 2012.