Avec 71% de personnes mécontentes, Nicolas Sarkozy devient le président de droite le plus impopulaire de la Ve République.A quatorze mois de la présidentielle, il est minoritaire dans toutes les catégories sociodémographiques. Loin devant, François Fillon se maintient à 48%.
Cette impopularité durablement installée dans l’opinion (il totalise plus de 60% de mécontents depuis vingt mois)plonge ministres et élus dans un abîme de perplexité.
Aux mauvais sondages s’ajoutent la scoumoune et la grogne des élus. Les derniers événements de la semaine montrent à quel point Sarkozy semble avoir perdu la main.
Entre les sondages qui l’éliminent du premier tour de la présidentielle, les sages du Conseil constitutionnel qui censurent sa loi sur la sécurité, les députés centristes qui le contraignent à retirer l’amendement sur la déchéance de la nationalité, ses ministres qui n’attendent plus ses consignes pour appeler à voter PS en cas de duel avec le FN, ses déboires avec le débat sur l’islam et son solo diplomatique sur la Libye, le chef de l’État accumule déboires et échecs. Au point que ses supporters commencent à douter de sa capacité de rebond.
Cela veut dire surtout qu’il est en baisse dans toutes les catégories sociodémographiques. Y compris les plus de 65 ans, ceux-là même qui ont largement contribué à son élection en 2007", analyse Frédéric Dabi, directeur de l’Ifop. Il n’y a guère que les sympathisants UMP qui le soutiennent encore, avec 74% contre 89% pour Fillon. Plus préoccupant, les Français sondés par l’Ifop lui reprochent son manque de résultat sur le chômage et le pouvoir d’achat.
Y a-t-il une malédiction Sarkozy ? Cette question revient, insidieuse et lancinante, alors que, déjà, l'opinion commençait à se lasser des frasques et des fréquentations de ce Président qu'on assimilait au clan « bling-bling ». La crise sociale et les sacrifices qu'elle impliquait pour le plus grand nombre auront amorcé sa chute ; les affaires Bettencourt-Woerth et le mépris affiché lors du débat tronqué sur la retraite l'auront précipitée.
Du coup, le désamour entre le peuple et Sarkozy est aujourd'hui viscéral, cruel, absolu. Pire que les sondages qui l'expédient en enfer, une espèce de malchance le poursuit inexorablement. Derniers avatars en date : les cantonales et le cauchemar bleu Marine ; mais aussi la Libye ,et les constantes de la guerre ( les français doivent travailler plus et gagner plus ..... pour financer les efforts des expéditions punitives et des guerres néocoloniales !? ect ...... ) .
Voudrait-il alors profiter d'une stature internationale qui flatterait l'orgueil national ? Sur un coup de tête qui se voulait un coup de panache, il entreprend de venir en aide aux Libyens révoltés contre leur tyran, obtient un consensus apparent aux Nations Unies, lance ses Rafale et son Charles-de-Gaulle, mais, au bout de quatre jours d'une guerre supposée « juste », on s'aperçoit qu'elle n'a pas été diplomatiquement verrouillée, que des alliés battent de l'aile, sans doute parce qu'elle arrivait trop tard, sur un terrain mal préparé. Et, comme si ça ne suffisait pas, c'est Monsieur Guéant qui s'en va parler d'une « croisade ».....
Les députés UMP attendent aussi de Nicolas Sarkozy qu’il ne s’enferme pas dans les thèmes régaliens, comme la sécurité ou la lutte contre l’immigration, au risque de perdre ses électeurs les plus modérés.
"Il n’y a pas que le problème de l’immigration dans ce pays. On peut focaliser là-dessus, on peut toujours avoir peur de l’autre. Je ne dis pas que ce n’est pas un problème, je dis que ce n’est pas le seul problème", analyse le député radical Jean Leonetti. "Vouloir penser que tous les maux viennent de l’immigration clandestine ou même de l’immigration légale, c’est une erreur de diagnostic. Et on paye toujours les erreurs de diagnostic, en politique comme en médecine".
Enfin, sur fond de hausse des prix des matières premières et de l’énergie - essence, gaz, électricité - une partie de ses troupes voudra rappeler à Nicolas Sarkozy qu’il s’était engagé à être le président du pouvoir d’achat, et qu’il ne reste plus beaucoup de temps pour en faire la démonstration.
Voici peu, Sarkozy affirmait « avoir la banane » - aujourd'hui, on dirait qu'il « gâche tout ce qu'il touche ». Beaucoup, à droite, craignant pour eux-mêmes, doutent qu'il puisse conjurer le mauvais sort, et se disent qu'une réélection dans quatorze mois tiendrait du miracle - trouvons vite un plan B !il est encore le Président - est-il encore le chef incontesté? Voilà que sous ses yeux, entre gaullistes, centristes et opportunistes, l'UMP s'éparpille. Façon puzzle....
Le centre s'organise à marche forcée. Réunis mardi soir en séance plénière, les représentants des cinq formations fondatrices de la confédération centriste se sont mis d'accord sur les grandes lignes de ses futurs statuts et de sa charte des valeurs. Avant cette séance, une réunion restreinte a eu lieu entre Jean-Louis Borloo pour le Parti radical, Hervé Morin pour le Nouveau Centre, Jean-Marie Bockel, président de la Gauche moderne, Jean Arthuis au nom de l'Alliance centriste et, dernier en date des «conspirateurs», Hervé de Charette, président du club Perspectives et réalités qui se revendique dépositaire de la marque UDF.
Ensemble, ils se sont penchés sur les points les plus délicats de leur projet. Pour la présidentielle de 2012, ils ont retenu une formulation peu contraignante: «La direction nationale détermine les modalités de consultation des instances et/ou des adhérents des formations politiques qui constituent la confédération.» Autre sujet sensible: le statut des centristes membres de l'UMP et décidés à le rester jusqu'en 2012, comme Pierre Méhaignerie. Ils devraient être considérés comme des «membres associés» mais ne feraient pas partie des instances décisionnaires et n'auraient pas de droit de vote.
Dans la majorité, des élus expliquent en privé qu’il faudra peut être se demander, après les cantonales, s’il est "toujours le mieux placé pour 2012". À l’Élysée, on redoute un "appel" d’élus qui se préparerait en grand secret. Même Fillon laisse entrevoir son blues. N’a-t-il pas confié devant un important élu du Sud: "Si on perd en 2012, je serai candidat à la présidence de l’UMP."
From : Jdd , Figaro , Europe 1, la Dépêche,...