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L'ancien trader Jérôme Kerviel, condamné en 2010 pour une perte record de la Société générale (SocGen) de près de 5 milliards d'euros, a déposé plainte vendredi pour «escroquerie au jugement» contre son ex-employeur. Kerviel accuse la Société générale d'avoir trompé le tribunal correctionnel de Paris en ne l'informant pas du fait qu'elle avait récupéré, grâce à un dispositif fiscal français, 1,7 milliard d'euros sur les 4,9 milliards qu'elle estime avoir perdus à cause des opérations financières menées par le trader.

 

En première instance, en octobre 2010, l'ancien trader avait été jugé seul responsable de cette perte subie début 2008 par la banque, en pleine crise financière. Reconnu coupable d'abus de confiance, faux et usage de faux et introduction frauduleuse de données dans le système informatique de la banque, il avait été condamné à cinq ans de prison, dont trois ferme, et à des dommages et intérêts colossaux de 4,9 milliards d'euros.

 

La plainte est déposée «pour une raison assez simple», à savoir que la Société générale «a omis de dire qu'elle avait reçu de façon indue une somme de la part de l'administration fiscale d'un montant de 1,7 milliard d'euros», a expliqué son avocat David Koubbi à Europe 1. Dans un communiqué publié en soirée, la Société générale dit «prendre acte» de cette plainte et annonce qu'elle «a demandé à ses avocats de porter plainte pour dénonciation calomnieuse dans les plus brefs délais». La SocGen avance également qu'elle «fera valoir ses arguments lors du procès en appel».

 

 

 

 

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«Opérations fictives»
Selon Me Koubbi et certains experts-comptables, la banque n'aurait pas dû bénéficier de cette déduction puisque ses systèmes de contrôle des opérations de traders comme Jérôme Kerviel s'étaient révélés défaillants dans cette affaire.

L'avocat a demandé la semaine dernière au Parlement français de créer une commission d'enquête sur cette ristourne fiscale obtenue dès 2008 mais dont il n'avait pas été fait état pendant le procès de Jérôme Kerviel. Peu après le premier jugement, des informations de presse avaient révélé que la banque avait profité d'un dispositif permettant aux sociétés de bénéficier, en cas de pertes exceptionnelles, d'une déduction d'impôt atteignant un tiers de la somme perdue, soit le taux d'imposition normal des sociétés. La SocGen avait alors expliqué que le «traitement fiscal des pertes liées aux agissements frauduleux de Jérôme Kerviel a été fait en toute transparence, en conformité avec la réglementation fiscale».

 

 

 

L'ancien trader affirme également que la Société générale a commis des opérations fictives semblables aux siennes à la même époque. Interviewé par Europe 1, David Koubbi explique: «Nous découvrons dans la volumétrie tout à fait extraordinaire des documents qui composent le dossier qu'il existe un document où il est écrit que la Société générale a fait elle-même» des «opérations fictives (...) avant le 18 janvier, qui est le dernier jour où M. Kerviel était dans les locaux de la Société générale, et puis postérieurement, le 21 janvier 2008, lorsqu'il n'était plus dans les locaux de la Société générale».

Le procès en appel de Jérôme Kerviel, 35 ans, doit durer du 4 au 28 juin.

 

 
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Le témoin clé de la défense de Jérôme Kerviel, qui doit être entendu jeudi par la cour d'appel de Paris, affirme dans Libération que la Société générale a "chargé au maximum" le compte du trader en alourdissant la perte record de 4,9 milliards d'euros qui lui est reprochée en 2008.

 

Philippe Houbé, 55 ans, qui travaille pour la société de courtage Newedge (ex-Fimat), filiale de la Société Générale, déclare mercredi dans le quotidien que "la perte finale ne peut pas être entièrement imputée au compte de Kerviel" et fait état d'irrégularités.

Ce témoin assure avoir vu des comptes transférer des positions sur celui de Kerviel afin de "détériorer son résultat". "Ils ont regroupé toutes les opérations perdantes du desk et l'ont chargé au maximum", affirme-t-il, chiffrant selon Libération à un milliard l'alourdissement des pertes imputées à Jérôme Kerviel.

"Selon moi, la banque connaissait l'ampleur des engagements de Kerviel dès l'année 2007", ajoute le témoin. "A la fin 2007, on ne connaissait pas forcément le nom de Kerviel. Mais au sein de Fimat, tout le monde était au courant que la Société générale avait pris des positions massives vendeuses. Et on se disait que cela venait en couverture d'autres positions devenues liquides à cause de la crise des subprimes" (crédits hypothécaires américains).

 

Philippe Houbé sait que sa venue à la barre, risque de lui valoir un licenciement. Salarié depuis 1993 de Fimat (rebaptisée Newedge), la société de courtage de la Société générale, ce chargé de compte au «back-office dérivés» a cependant vu des choses qu’il ne veut pas garder pour lui. Il y a quelques semaines, il a contacté David Koubbi, l’avocat de Jérôme Kerviel. Et comme son nom a été rendu public lundi, Libération a pu le contacter et obtenir son témoignage.

Travaillant au back-office, Philippe Houbé avait accès à toutes les opérations de Kerviel, enregistrées sous le compte SF 581, ainsi qu’aux autres comptes du desk. Fimat-Newedge sert de courroie de transmission entre la Société générale et les différentes Bourses. «Dès que l’affaire est sortie, je me suis amusé à reconstituer sa position», confie-t-il. Pour ce spécialiste des chiffres, il s’agissait d’un exercice intellectuel. Mais aussi d’une volonté de comprendre les événements auxquels il avait assisté à l’automne 2007.

 

«A cette époque, il régnait une énorme tension au sein de Fimat à cause de Kerviel», raconte-t-il. Le trader passe alors des ordres de plusieurs dizaines de milliards d’euros, via Moussa Bakir, son courtier à la Fimat. Un afflux qui pose des problèmes techniques au service du «middle-office». «Bakir mettait sur son compte erreur une partie des ordres, ce qui obligeait à tout tapper à la main le lendemain, se rappelle Houbé. Angel Galdano, le responsable du middle-office, s’en est plaint. Bakir, sachant que ce qu’il faisait n’était pas très catholique, lui a répondu violemment. Et ils se sont battus.»

 

Comme Bakir fait exploser le volume de la salle, ordre est finalement donné à Galdano d’arrêter de l’embêter. «Je suis sûr que les managers de Fimat ont décidé de fermer les yeux, assure Houbé. Notre directeur général, Patrice Blanc, était un ex-trader et ancien responsable d’une salle des marchés. Il a forcément vu que Kerviel avait fait gagner 1,5 milliard d’euros à la Société générale fin 2007. C’était inscrit dans les avis d’opérés mensuels que j’ai consultés !»

A l’époque, Blanc a tout intérêt à voir son chiffre d’affaires gonfler : Fimat fusionne avec Calyon Financial (pour former Newedge), et ce surcroit d’activité sert à valoriser sa société. A-t-il pour autant dit quelque chose à la Société générale, sa maison mère ? «Selon moi, la banque connaissait l’ampleur des engagements de Kerviel dès l’année 2007, tranche Houbé. Il y avait des échanges quotidiens entre le back-office de Fimat et celui de la Société générale !» La découverte de l’affaire Kerviel permet aussi à Houbé de donner du sens, a posteriori, à des conversations entendues dans l’entreprise : «A la fin 2007, on ne connaissait pas forcément le nom de Kerviel, poursuit-il. Mais, au sein de Fimat, tout le monde était au courant que la Société générale avait pris des positions massives vendeuses. Et on se disait que cela venait en couverture d’autres positions devenues liquides à cause de la crise des subprimes.»

 

Pendant des mois, Houbé garde ses impressions pour lui. La police se rend à la Fimat, en février 2008, mais sans l’entendre. Et puis, à quelques semaines du procès en appel, il se replonge dans les comptes. Cette fois-ci, pour s’intéresser au «débouclage» de la position de Kerviel réalisé, fin janvier 2008. Et ce qu’il découvre met de nouveau à mal la version de la Socgen. Selon la banque, un de ses traders stars, Maxime Kahn, a été chargé à partir du lundi 21 janvier de vendre les centaines de milliers de contrats DAX et Eurostoxx achetés par Kerviel. Une opération qui s’est soldée par une perte totale de 6,4 milliards d’euros (auquel il faut retrancher le gain de 1,5 milliard pour obtenir la perte totale de 4,9 milliards).

«Délires». Selon Houbé, «la perte finale ne peut pas être entièrement imputée au compte de Kerviel». Pour preuve, le salarié de la Fimat liste de nombreuses irrégularités. Ainsi, le compte SF 581 est resté quasi inchangé le lundi 21 janvier, comme si le débouclage n’avait pas commencé. A partir de ce jour, un autre compte, le SF 615, est intervenu massivement pour constituer une position inverse à celle du SF 581. Pour neutraliser les positions de Kerviel ? Mystère. Jusqu’à présent, la Socgen n’en avait rien dit.

 

Deuxième révélation, un autre compte, le SF 519, a acheté durant cette période des quantités inhabituelles d’options sur le DAX, qui ont permis in fine à la banque d’engranger des profits. Seulement, l’échéance de ces options étant à plusieurs mois, ces gains n’ont pas été intégrés dans le calcul de la «perte». Enfin, Houbé a vu des comptes (SF 544, SF 594, SF 643) transférer des positions au SF 581 (le compte de Kerviel) afin de «détériorer son résultat». En clair, «ils ont regroupé toutes les opérations perdantes du desk et l’ont chargé au maximum». D’au moins un milliard, estime Houbé.

Face à ces révélations, la Socgen semble très gênée. Vendredi, Jean Veil, l’avocat de la banque, affirmait que le témoignage de Houbé était «sans intérêt» et constituait une «répétition des délires développés par Kerviel lors des dernières audiences».   

 

5 milliards d'euros partis en fumée à cause d'une seule personne. Déjà difficile à croire... Et en plus on nous aurait menti?
"Samedi 19 janvier, nous avons découvert une très grosse fraude interne, commise par un collaborateur isolé", a annoncé Daniel Bouton, PDG du groupe bancaire. En cause: Jérôme Kerviel, trader de 31 ans qui aurait "dissimulé ses positions grâce à un montage élaboré de transactions fictives". Bref, un vrai crack!

 

La version des économistes: dubitative
Pour Elie Cohen, professeur d'économie à Sciences Po, "cela semble un peu gros que pendant toute une année on puisse dissimuler" une telle perte. "Le sentiment des salles de marchés, c'est qu'il n'est pas possible qu'un individu seul ait pu faire cela. La Société Générale aurait chargé la barque sur le thème de la fraude pour faire passer plusieurs mauvaises opérations de marché".
"La Société Générale nous dit qu'un courtier senior a spéculé sur des actions, notamment des indices d'actions, sans se couvrir. Il aurait dissimulé des pertes devenues rapidement colossales. Il semble qu'il ait agi pendant toute l'année 2007", a-t-il rappelé. "Cela semble un peu gros que pendant toute une année on puisse dissimuler" une telle perte.

 

L'avis de Marc Touati, économiste chez Global Equities :
"Tous les gens qui travaillent dans les banques savent que, quand les pertes atteignent un certain niveau, on coupe les positions. Des pertes peuvent atteindre 100-200 millions d'euros, mais 5 milliards, c'est impossible".
"Soit ce que la banque dit est vrai. Dans ce cas, il y a un problème de contrôle des risques et cela peut jeter le discrédit sur la Société Générale, d'autant que son avantage comparatif, c'est d'être championne des activités de marché. Soit on ne sait pas tout".

Y a t-il eu des précédents ?
Oui. La faillite de la banque britannique Barings en 1995, par la faute d'un seul homme, Nick Leeson, comme le rappelle Arnaud Riverain, analyste d'Arkéon Finance.
Mais pour lui, "une personne seule ne peut provoquer une telle catastrophe. Si un courtier agit pour le compte d'un client, au moins trois personnes entrent en jeu pour donner l'ordre, le transmettre et l'exécuter".

 

La version des traders: aggressive
Plusieurs courtiers ont émis des doutes sur la version de la Société Générale. "Ce n'est pas une personne qui touchait peu pour le secteur, même pas 100.000 euros, à qui ont va confier des portefeuilles extrêmement importants" a expliqué l'un d'entre eux qui accuse la banque de "charger un pauvre bougre pour faire passer des pertes qui se sont accumulées" au cours de la crise des "subprimes".

 

La version de l'Elysée: expectative
"C'est une affaire étonnante mais puisque la direction de la banque le dit pourquoi ne pas la croire. De toute manière, il y a des enquêtes qui sont diligentées sur cette affaire et on saura bien ce qui s'est exactement passé", a déclaré Raymond Soubie, conseiller social de Nicolas Sarkozy, interrogé ce vendredi sur LCI.

 

 

La version judiciaire: pas expéditive
Il est "prématuré de tirer une quelconque conclusion" a estimé le parquet de Paris qui a ouvert jeudi une enquête préliminaire. "A l'heure actuelle, on ne peut pas dire ce qu'il y a derrière cette affaire qui s'annonce d'une très grande complexité", ont expliqué des personnels judiciaires

 

 

 

Se disant victime d'un complot, Jérôme Kerviel soutient que sa hiérarchie l'a laissé prendre d'énormes positions spéculatives afin de pouvoir masquer le moment venu les pertes de la banque liées à la crise des "subprimes".

En première instance en 2010, l'ancien trader de 35 ans a été condamné à trois ans de prison ferme et 4,9 milliards d'euros de dommages et intérêts.

From :  le Figaro , le Point ,Libération,...

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Tag(s) : #Politique Intérieure - Extérieure
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