Deux études d'opinion contradictoires avaient dérouté les états-majors de Sarkozy et de Hollande.
Divulgué dans la foulée de la prestation télévisée du président sortant sur TF1 lundi soir, le sondage Ifop Fiducial réalisé pour Europe 1, Paris-Match et Public Sénat plaçait pour la première fois Nicolas Sarkozy en tête, le créditant de 28,5% d'intentions de vote (+1,5 point) au premier tour contre 27% à François Hollande (-1,5).
Quelques heures plus tard, un autre sondage, réalisé par TNS Sofres-Sopra Group pour i-Télé, donnait une photo de l'opinion totalement opposée. Hollande restait en tête, inchangé avec 30% des intentions de vote, tandis que Sarkozy y perd deux points à 26% (-2 points). Cette enquête crédite même le socialiste de 58% (+1) au second tour.
En déplacement à Fougères (Ille-et-Vilaine), Nicolas Sarkozy, fidèle à ses habitudes, s'est abstenu de tout commentaire. «Rien n'est joué, rien n'est fait (...) ce n'est que de l'écume», a-t-il insisté,
Même placidité affichée dans le camp d'en face. Depuis Valence (Drôme), François Hollande a exhorté ses partisans «à ne se laisser impressionner en rien», «ni par le déferlement des moyens de l'argent, ni par le cortège des images ou l'accumulation des sondages». «Ce qui compte pour moi, ce n'est pas des sondages (...) c'est le vote des Français», a-t-il dit.
François Bayrou a raillé ces résultats contradictoires et moqué une «guerre des sondeurs» qu'il a qualifiée de «ridicule».
Et à droite, le centriste de l'UMP, Pierre Méhaignerie, a pris acte des faibles réserves de voix de son champion au second tour pour suggérer un «contrat commun» à François Bayrou. «Il a plus de chance de gouverner avec la majorité présidentielle qu'avec le PS tel qu'il est», a-t-il relevé. A 40 jours du premier tour, le microcosme politique n'a pas fini d'être soumis aux turbulences des sondages.
Quant à la forte poussée enregistrée par François Bayrou , rien n’empêchait de penser qu’elle perdurerait. Devant le risque d’une élimination du chef de l’Etat au premier tour, certains imaginaient même que le président du MoDem pût servir de recours à une droite prête à changer de leader pour éviter un "21 avril 2002 à l’envers"
Nicolas Sarkozy en bien mauvaise posture
Jusqu’alors, l’histoire voulait que les présidents sortants, en officialisant leur candidature, bénéficient d’une embellie – ne fût-elle qu’éphémère – dans les sondages. Ce fut le cas de Valéry Giscard d’Estaing, début mars 1981, et de Jacques Chirac, début février 2002. Même chose pour les premiers ministres. Edouard Balladur, fin janvier 1995, et Lionel Jospin, mi-février 2002, avaient eux aussi gagné quelques points après avoir annoncé leur candidature à la présidence de la République. Seul François Mitterrand n’avait pas tiré profit de sa tardive entrée en campagne, fin mars 1988. Mais il était déjà si haut qu’il pouvait difficilement progresser.
Pour Nicolas Sarkozy, cette stagnation est d’autant plus étrange que l’offre électorale, à droite, s’est resserrée. Entre les deux dernières vagues de notre baromètre, Hervé Morin et Christine Boutin ont en effet jeté l’éponge. Certes, l’un et l’autre étaient crédité de scores dérisoires. Mais tout de même : numériquement sans importance, leur retrait n’est, politiquement, pas anodin. Que deux anciens ministres de M. Sarkozy, au moment même où celui-ci entre en campagne, décident de retirer leur candidature et de le soutenir aurait pu avoir quelque impact dans les sondages. Or apparemment, il n’en est rien.
Outre l’intention de vote, d’autres indicateurs traduisent le caractère délicat de sa situation. Ainsi, quand on demande aux Français qui ils souhaitent voir élu à la tête de l’Etat le 6 mai, 30 % citent spontanément – c’est-à-dire sans qu’une liste de candidats ne leur ait été donnée – le nom de François Hollande, celui de l’actuel président venant en deuxième position (22 %). En mars 2007, le rapport était inversé : 31 % des Français souhaitaient la victoire de Nicolas Sarkozy et 24 % celle de Ségolène Royal.
L’autre indicateur embarrassant pour le président est le pronostic de victoire. 39 % des Français pensent que M. Hollande sera élu, quand 30 % croient en la réélection de M. Sarkozy. Selon les électorats, la certitude de l’emporter est toutefois variable : les électeurs de M. Sarkozy doutent davantage de la victoire de leur champion que ceux de M. Hollande, puisque 20 % des premiers pensent que le candidat du PS sera élu, quand seuls 10 % des seconds estiment que l’actuel président sera reconduit. Partir à la bataille quand une partie des troupes doute de la victoire est toujours délicat.
Affaire des sondages de l'Elysée
Une douzaine de pages saisies en 2009 par la Cour des comptes : c’est le point de départ de l’affaire dite des sondages de l’Elysée. Une paperasse inédite jusqu’à ce jour, et dont on peut maintenant télécharger des extraits sur Libération.fr. L’ensemble décrit les relations douteuses, nouées à partir de 2007, entre l’Elysée et l’agence de communication Publifact, dirigée par Patrick Buisson.
Que montrent les documents inédits ?Ils dénotent l’ampleur des négligences à l’origine du délit de favoritisme. Le contrat entre l’Elysée et Publifact étonne par sa brièveté. A peine une trentaine de lignes. Elles stipulent qu’une « activité de conseils, reporting, commentaires sur l’évolution de l’opinion publique […] s’effectuera sous forme verbale ou écrite par Patrick Buisson auprès du seul président de la République. Cette mission sera rémunérée mensuellement sur la base de 10 000 euros plus les taxes en vigueur. »
Une information judiciaire, confiée à un juge d'instruction, a été ouverte le 15 février à Paris dans l'affaire des sondages de l'Elysée, donnés sans appel d'offre à une société dirigée par le journaliste Patrick Buisson
Cette enquête fait suite au dépôt d'une plainte avec constitution de partie civile pour « favoritisme » déposée en novembre par l'association Anticor. Elle a été confiée au juge du pôle financier du tribunal de grande instance de Paris Serge Tournaire, selon cette source.
From : la Dépêche ,le Monde,AgoraVox,...