La Chine se prépare-t-elle à la guerre contre les USA ?
1- Des clefs pour comprendre
La Chine est la 2e économie mondiale, mais sa relation est déséquilibrée avec les USA. Si les deux pays peuvent apparaître comme interdépendants en raison de l’importance des exportations chinoises vers les USA, en réalité la Chine a acquis une certaine domination.
- le commerce américain est très largement déficitaire par rapport à la Chine. Selon l’Institut de politique économique, un think tank américain, la Chine compte pour 83% du déficit commercial des Etats-Unis (hors produits pétroliers), contre 26% en 2000.
- la Chine est le premier créancier des Etats-Unis. Elle est la principale détentrice mondiale de bons du Trésor américain, obligations d’Etat sur lesquels les Etats-Unis s’appuient pour financer leur dette faramineuse : elle pourrait friser les 12.000 milliards de dollars en 2009. Pékin pourrait dès lors déclencher une véritable catastrophe en vendant soudainement ces obligations ou en cessant d’en acheter. C’est toutefois très improbable, soulignent la plupart des économistes, la Chine ayant besoin de partenaires commerciaux pour alimenter sa propre expansion.
2- La Chine espionne de plus en plus les Etats-Unis
La Chine espionne de plus en plus les Etats-Unis, forte de progrès dans la cyber-guerre et le recrutement de ses agents, affirme un rapport dévoilé jeudi par une commission du Congrès américain.
La Chine change la manière dont se pratique l’espionnage », a assuré la présidente de la commission économique et de sécurité sino-américaine, Carolyn Bartholomew.
Le rapport note une forte augmentation des cyber-attaques chinoises visant à infiltrer ou perturber des sites du gouvernement américain ou de personnalités que la Chine considère comme ses ennemis, comme le dalaï lama.
Le colonel Gary McAlum, un haut responsable militaire américain, a indiqué à la commission que le Pentagone avait connu 54.640 incidents liés à des cyber-attaques en 2008, soit une augmentation de 20% par rapport à 2007, et que la progression pourrait atteindre 60% cette année.
Si ces attaques proviennent du monde entier, la Chine en est le principal responsable, selon la commission. Le rapport affirme également que les autorités de Pékin seraient prêtes à déployer une armée de pirates informatiques chinois en cas de conflit.
Selon la commission, la Chine est le pays le plus agressif en termes d’espionnage vis-à-vis des Etats-Unis et Pékin tente de recruter de plus en plus d’espions américains.
Le rapport souligne que les pratiques de recrutement ont changé. Alors que la Chine cherchait auparavant à enrôler des Américano-chinois, croyant, souvent à tort, qu’ils se montreraient sensibles à leur cause, les autorités chinoises cherchent désormais à payer leurs informateurs, sur le modèle soviétique.
Les Chinois auraient également recours à des ruses (« false flag ») pour obtenir des renseignements en faisant croire à des informateurs qu’ils travaillent pour quelqu’un d’autre.
Un rapport indépendant publié le 22 octobre estimait que la Chine est en train de développer ses capacités de guerre informatique avec des moyens sophistiqués de collecte des données américaines sensibles, et des possibilités de frappes ciblées à distance.
Le rapport diffusé par une commission consultative du Congrès suggère qu’il existe des liens entre les hackers chinois et le gouvernement de Pékin, sans pouvoir le démontrer clairement.
Pékin parait donner la priorité à ce type de guerre informatique pour gagner de futurs conflits, en perturbant les moyens informatiques du Pentagone, les moyens de communication américains, et en modifiant des données cryptées. L’Armée populaire de libération a des unités de ce type, d’après le département d’Etat américain.
Fin mars, la Chine avait qualifié de « mensonge » l’étude publiée quelques jours auparavant par des chercheurs canadiens, qui avaient découvert un réseau de cyber-espionnage international, largement basé en Chine, contre des milliers d’ordinateurs de gouvernements et d’organisations privées dans 103 pays. Au moins 1.295 ordinateurs auraient été piratés, ponctuellement ou régulièrement, dont ceux du dalaï lama.
Le réseau, baptisé « GhostNet » par ses découvreurs, opère principalement depuis la Chine, d’après les travaux menés de juin 2008 à mars 2009 par l’Information Warfare Monitor (IWM), un groupe de recherche sur Internet. Mais ces travaux ne permettent pas d’établir l’identité ou les motivations des pirates, qui prennent le contrôle des ordinateurs pour voler ou envoyer des données.
3- Lors de la visite d’Obama, les USA sont apparus faibles
Le président US Barack Obama a estimé mercredi que les relations avec la Chine se sont approfondies sur les questions du climat, de la sécurité et autres sujets internationaux, au-delà des tensions économiques et commerciales entre les deux pays.
Barack Obama, qui achève sa première visite en Chine, s’est déclaré déterminé à renforcer ce partenariat vital. Pour sa part, Wen Jiabao a jugé que la visite du président Obama avait engagé les relations sino-américaines sur une meilleure voie : « nous sommes vraiment à un tournant », a-t-il déclaré.
Cependant les désaccords demeurent entre les deux pays et la Chine est apparue en position de force.
Aucun accord important n’a été annoncé. Et sur la moitié des dossiers évoqués, le communiqué conjoint a montré que les Etats-Unis et la Chine divergeaient toujours, à l’heure même où, selon M. Obama, « la relation sino-américaine n’a jamais été aussi importante pour l’avenir de la planète ».
« Maintenant la Chine est dans une position de force : elle a obtenu des concessions américaines sans bouger d’un iota », estime Jean-Pierre Cabestan, à la Hong Kong Baptist university, « c’est un succès ».
a- Désaccords commerciaux
Le niveau actuel du yuan, la monnaie chinoise, que Washington juge trop bas, reste un sujet de friction, et Pékin continue de s’offusquer des mesures anti-dumping prises contre les produits chinois entrant aux Etats-Unis.
Pékin n’a rien lâché sur le yuan, alors même que le patron du Fonds monétaire international (FMI) Dominique Strauss-Kahn, à Pékin en même temps que M. Obama, appelait à une réévaluation du renminbi accusé de favoriser indûment les exportations chinoises.
b- Désaccords politiques
Le président de la première puissance mondiale a d’emblée flatté la Chine en l’intronisant nouvelle autre superpuissance, et fait un geste sur deux sujets non négociables pour Pékin : Taïwan (reconnaissance de la « politique d’une seule Chine ») et Tibet (« partie intégrante du territoire chinois »), pour accommoder ses hôtes. Mais il n’a obtenu en retour aucun geste de Pékin, en tout cas public.
La Chine et Taiwan sont séparés de fait depuis l’avènement au pouvoir sur le continent des communistes en 1949, mais la Chine répète depuis lors son intention de ramener l’île dans son giron, par la force au besoin.
Quant au Tibet, si M. Obama a osé réclamer la reprise d’un dialogue –jusqu’ici d’ailleurs parfaitement stérile– entre le dalaï lama et Pékin, Hu n’a pas daigné lui répondre.
Obama a aussi dit que les droits de l’homme devaient être respectés pour toutes les minorités de Chine.
Le chef de la Maison blanche, qui a reçu le prix Nobel de la paix cette année, fait l’objet de critiques de la part d’associations de défense des droits de l’homme, qui le soupçonnent de ne pas vouloir placer les questions du Tibet, du Xinjiang et des libertés fondamentales au premier rang des priorités vis-à vis de la Chine.
Il avait refusé de rencontrer le chef spirituel des Tibétains lors de sa visite à Washington le mois dernier mais le dalaï-lama a apaisé la polémique en faisant savoir qu’une rencontre était prévue après la visite d’Obama en Chine.
c- Sur le nucléaire iranien
Hu Jintao a rappelé que la Chine préférait la négociation alors qu’Obama menaçait Téhéran de « conséquences » en cas de blocage.
4- La Chine est une grande puissance militaire
a- Pour ses 60 ans, la Chine communiste a étalé sa puissance militaire
La Chine communiste, devenue une puissance mondiale, a célébré le 1er octobre les 60 ans de sa fondation par Mao Zedong par une impressionnante démonstration de force et de patriotisme : des dizaines de milliers de soldats et de civils ont défilé place Tiananmen à Pékin, tandis que l’armée faisait étalage de ses chars, hélicoptères, chasseurs et autres avions radars.
Pendant deux heures et demie, les festivités calibrées au millimètre ont mis en avant à la fois la filiation avec la Chine des pères fondateurs communistes et l’entrée dans la modernité avec l’ascension au rang de puissance économique mondiale, ce que le président chinois Hu Jintao a qualifié de « grand rajeunissement de la nation chinoise ».
Pour cette parade militaire présentée comme la plus grosse présentation d’armement de l’histoire du pays, plus de 100 appareils ont survolé Pékin en formation : hélicoptères, avions radars et avions de chasse de fabrication chinoise. Parmi les autres matériels high-tech, les spécialistes ont pu apprécier les nouveaux drones aériens sans pilote, des véhicules de combat amphibie et des missiles de croisière terre-mer DH-10 dernier cri.
La plus grande armée au monde a montré — pour la première fois au public — de nouveaux armements, comme des missiles balistiques intercontinentaux capables, selon les experts, de frapper les Etats-Unis.
Le régime organise tous les dix ans de grandes festivités pour célébrer sa fondation, mais cette année, elles ont été les plus fastueuses jamais vues.
En ces temps de crise économique et de tensions intérieures, avec notamment les récentes émeutes meurtières au Xinjiang (nord-ouest) ou celles du Tibet l’année dernière, la Chine a surtout voulu afficher son unité et sa force.
b- Forte augmentation du budget militaire
Selon le rapport annuel de l’Institut international de recherche pour la paix de Stockholm (Sipri), publié en juin, la Chine, 3e économie de la planète pour ses armées, a quasiment triplé son budget militaire depuis dix ans et arrive n° 2 en termes de dépenses militaires avec 6% du total mondial en 2008.
Pékin compte faire croître son budget militaire de 14,9% cette année, après une hausse de 17,6% en 2008, mais assure que ses intentions sont purement défensives.
La Chine est ainsi devenue le 2e acheteur d’armes de la planète, derrière les Etats-Unis et devant la France pour l’année 2008.
Les dépenses, qui représentent 6,3% du budget total du pays, iront principalement à l’amélioration du niveau de vie des soldats et à la modernisation de la plus grande armée du monde (2,3 millions d’hommes).
Les ambitions militaires chinoises suscitent des inquiétudes à l’étranger, notamment aux Etats-Unis qui ont à plusieurs reprises accusé la Chine de manquer de transparence dans ce domaine.
De plus certains experts estiment que le chiffre officiel chinois ne reflète pas la réalité. Selon des experts internationaux, les dépenses réelles de la Chine pourraient être trois fois supérieures à celles annoncées.
Cependant, les Chinois ont l’habitude de répliquer en mettant en avant le chiffre des dépenses militaires américaines.
Les Etats-Unis restent de très loin à la première place, avec des dépenses ayant augmenté de 9,7% en 2008, pour atteindre 607 milliards de dollars. Washington est à l’origine de près de 42% des transferts d’armements de la planète.
Le budget défense américain représente plus de 40% de l’ensemble des dépenses militaires mondiales.
Il y a un an, le général Bruce Wright, patron des forces US au Japon, lançait un cri d’alarme : désormais, plus aucun avion ne peut pénétrer les défenses aériennes chinoises, à l’exception de la dernière génération de chasseurs américains. Dans un entretien à l’Associated Press, il constatait que la guerre en Irak absorbe des fonds militaires qui pourraient être consacrés à la modernisation de la flotte aérienne américaine. Et parallèlement, les efforts de la Chine pour moderniser ses équipements militaires sont déconcertants. Engagée dans aucun conflit à travers le monde, elle peut consacrer l’essentiel de son budget militaire à renforcer ses capacités.
c- Modernisation de l’armée de terre
La Chine prévoit de réduire les effectifs de son armée de terre de 700.000 hommes au cours des deux à trois prochaines années dans le cadre de la modernisation de sa défense, a-t-on appris fin septembre de deux sources proches de l’armée.
L’Armée populaire de libération compte aussi renforcer le personnel de sa marine et de son armée de l’air avec l’objectif de se transformer en une force plus réduite s’appuyant sur la haute technologie, rapportent ces deux sources qui ont requis l’anonymat.
La réduction des forces terrestres et l’augmentation des forces navales et aériennes aboutiront à une réduction globale des effectifs de l’APL, actuellement de 2,3 millions d’hommes. Mais on ignore le solde définitif et il pourrait y avoir d’autres modifications des effectifs.
La Chine a déjà réduit le nombre de ses soldats ces dernières années pour affecter l’argent ainsi économisé à d’autres postes, comme la formation ou l’armement. La marine envisage par exemple la construction d’un porte-avions.
Aucune des deux sources interrogées n’a su dire quand ces décisions seraient annoncées. Elles doivent encore être approuvées par la commission militaire centrale du Parti communiste, dirigée par le chef du Parti et président Hu Jintao.
Les forces armées chinoises sont bien plus nombreuses que la deuxième plus grande armée du monde, celle des Etats-Unis, dont les effectifs atteignent environ 1,5 million d’hommes.
5- Quelles relations militaires entre Chine et USA ?
a- Il faut réduire les tensions
En mars, les Etats-Unis et la Chine ont exprimé leur volonté de réduire les tensions et d’éviter de nouvelles confrontations navales : un vaisseau chinois s’était livré à des manœuvres d’intimidation sur un navire de l’armée US en mer de Chine du sud, que Pékin considère comme son territoire. L’administration Obama avait ensuite assuré qu’elle y poursuivrait ses opérations navales.
Le navire américain en question faisait des relevés des fonds marins pour les sous-marins de l’US Navy, tandis que les bâtiments chinois, qui ressemblaient à des bateaux de pêche, n’avaient pas de signe militaire apparent.
Fin février, la Chine et les Etats-Unis avaient convenu de reprendre des échanges militaires à haut niveau. Le dialogue militaire, lancé en 1997, avait été suspendu par la Chine l’an dernier pour protester contre un projet de vente de 6,5 milliards de dollars d’armement de Washington à Taïwan, projet qui va se poursuivre. La Chine a appelé les Etats-Unis à « prendre des mesures concrètes » pour améliorer les relations militaires, estimant que celles-ci traversaient encore une « période difficile ».
Le contrat annoncé prévoit la livraison à Taïwan d’armes sophistiquées, dont des missiles téléguidés et des hélicoptères d’attaque. Pour la Chine, qui considère Taïwan comme une province sécessionniste, cette vente d’armes américaines constitue une ingérence intolérable.
b- La Chine grandit en Amérique latine
L’Iran, la Chine et la Russie, qui sont alliées, opèrent des avancées inquiétantes en Amérique latine, notamment au Venezuela et en Bolivie, avec lequels ils ont aussi conclu des alliances.
Ils ouvrent d’importantes ambassades et nouent des liens économiques et politiques étroits avec certains dirigeants opposés aux USA.
Du coup, l’administration Obama s’efforce d’améliorer ses relations avec les pays d’Amérique latine, notamment avec le Venezuela et la Bolivie.
c- Une femme accusée d’exportation illégale de technologies vers la Chine aux USA
Mi-février, une femme a été arrêtée aux Etats-Unis pour avoir envoyé en Chine des dispositifs de contrôle miniaturisés permettant de guider des drones.
Le gouvernement a précisé que ces systèmes de contrôle sont les plus petits existants au monde, et contiennent des éléments technologiques que les Etats-Unis ne veulent pas partager avec la Chine, pour des raisons de sécurité nationale.
Yaming Nina Qi Hanson, de Siver Spring, dans le Maryland, est accusée d’avoir envoyé de tels produits sous embargo vers la Chine en août 2008, sans autorisation. Elle risque 20 ans de réclusion et un million de dollars d’amende.
Stratégie AirSeaBattle
Le 26 juillet, dans un article intitulé « Les deux fausses démocraties menacent la vie sur Terre », l’atypique Paul Craig Roberts, ancien conseiller du secrétaire au Trésor sous l’administration Reagan, dénonce les plans de Washington préparant une guerre contre la Chine.
Faisant référence à un article du sociologue américano-israélien Amitai Etzioni paru le 12 juin dans les colonnes du Yale Journal sous le titre « Qui a autorisé des préparations de guerre contre la Chine ? », Roberts dénonce la doctrine « AirSeaBattle (ASB) », une doctrine qui, contrairement à ce que prétendent ces auteurs, ne trouvera son application que lors d’une frappe préventive contre les armes de l’Armée de libération du peuple (ALP), situées sur le territoire chinois.
Les enjeux
Développée depuis 2011, après la nouvelle orientation stratégique des Etats-Unis dans la région du Pacifique, dite du « pivot » et décidée par Obama, la doctrine ASB prétend réaffirmer l’hégémonie militaire américaine sur les mers.
Tels une nouvelle Perfide Albion, les Etats-Unis, pour défendre leurs intérêts, y sont appelés à dominer militairement les routes commerciales de la mondialisation, dont la remise en cause est perçue comme comportant bien plus de dangers que les impardonnables errements de Wall Street.
Présentée comme une réponse aux « nouveaux défis », la doctrine ASB vise à accroître la coopération entre la marine et l’armée de l’air, tout en intégrant de nouveaux champs de bataille tels que le cyber-espace et l’espace (notamment pour la protection des satellites).
Cette nouvelle doctrine tient pour principale justification que le principal outil de « capacité de projection » des forces armées américaines sont leurs groupes de bataille, constitués de porte-avions et autres destroyers, et qu’une faible mobilité sur mer implique directement une faible capacité d’intervention sur des théâtres d’opérations. La possibilité d’engager des ennemis « n’importe où et n’importe quand », semble remise en question par la prolifération de nouvelles technologies, dites « capacités de déni d’accès et d’interdiction de zone (Anti-Access/Area Denial, A2/AD) ».
Bien que l’amiral Jonathan Greenert et le général Norton Schwartz, principaux concepteurs de cette nouvelle doctrine « pentagonienne », considèrent que c’est un concept général d’une modernisation de l’armée dans le contexte d’une économie mondialisée, et qu’il ne vise pas spécifiquement la Chine, force est de constater que les seuls défis posés à la force de projection américaine à ce jour émanent de la Chine.
En effet, le concept vise à rendre « inter-opérables les forces navales et aériennes afin d’interrompre, détruire et vaincre les capacités ennemies A2/AD ».
Plus concrètement, ces capacités de déni d’accès et d’interdiction de zone menaçant la force de projection américaine sont des missiles capables de viser et détruire des porte-avions et d’autres navires de guerre américains. Ainsi, nul besoin de s’interroger trop longtemps pour comprendre que les acteurs internationaux en possession de tels missiles ne sont probablement pas les Talibans armés de RPG et autres kalachnikovs, mais bien des Etats, voir des super-puissances, comme le précise également le professeur Hugh White de l’Institut national d’Australie.
L’acquisition par la Chine de missiles anti-navires, de missiles balistiques de moyenne portée, de sous-marins, de cyber-armes et d’armes anti-satellites a fortement remis en question la supériorité technique américaine en Asie-Pacifique et désigne forcément la Chine comme la cible quasi exclusive, hormis l’Iran dans une moindre mesure, de la doctrine ASB.
Selon la doctrine ASB, la bataille hypothétique débute avec une campagne pour rétablir les capacités de projection en lançant des attaques « aveuglantes » contre les installations anti-accès chinoises : les lanceurs sur mers, les plate-formes de communication, les satellites, les armes anti-satellites ainsi que les centres de commandement. Dès lors, les forces américaines seraient en mesure de pénétrer les zones contestées et de conclure le conflit en utilisant le plein potentiel de leurs armements.
Selon certains think-tanks, l’étendue et l’intensité de la position américaine et des frappes contre des cibles situées sur le territoire chinois sont clairement propres à exacerber la situation. En effet, la Chine serait prompte à répondre à une attaque directe sur son sol avec tout son arsenal, celui-ci incluant des armes nucléaires.
Avec la nouvelle doctrine AirSeaBattle (ASB) adoptée par Obama, les Etats-Unis comptent se doter d’une capacité de première frappe contre des cibles situées à l’intérieur du territoire chinois. Selon, Joshua Rovner, du Collège de guerre navale américain, « des frappes à longue portée sur le territoire chinois pourraient être perçues comme une tentative visant à détruire son armement nucléaire, les obligeant à faire face au dilemme de les utiliser ou de les perdre ». Ce qui signifie que la doctrine ASB peut directement conduire le monde à une guerre nucléaire.
En 2012, l’ancien vice-président du Comité des chefs d’Etat-major interarmées américain, le général James Cartwright, a souligné le fait que « la doctrine ASB diabolise la Chine et ce n’est dans l’intérêt de personne ». En outre, son analyse interne de l’ASB estime que ses conséquences causeraient « d’incalculables destructions économiques et humaines ».
Enfin, le Colonel Gauyue Fan, de l’Armée de libération du peuple, a déclaré que « si les Etats-Unis décident d’utiliser l’ASB, la Chine se verra dans l’obligation de développer des capacités anti-ASB ».
Le fait que cette option stratégique ait été privilégiée par le « Pivot vers le pacifique » décidé par l’administration Obama, comme la seule option militaire (dont l’alternative aurait été la doctrine dite du « contrôle offshore », un blocus naval comprenant la fermeture du détroit de Malacca), montre la folie de la présidence américaine en dépit de son apparent pragmatisme
Pour Paul Roberts, la seule façon pour que cette stratégie fonctionne est d’y inclure une frappe nucléaire soudaine qui vise l’ensemble des installations chinoises sans que celles-ci n’aient le temps de riposter, car dans un tel échange, c’est celui qui frappe le premier qui gagne l’avantage.
C’est un fait qui n’est pas explicitement évoqué mais qui a son importance : si la Chine opère sur son territoire, elle bénéficie d’un avantage stratégique difficile à éroder pour une flotte dépourvue de base arrière, même la plus puissante au monde, ce qui rend l’hypothèse de la frappe nucléaire soudaine crédible dans le scénario de l’ASB.
Selon le général Schwartz, « les premiers pas pour mettre en place l’ASB sont déjà en cours au Pentagone. Dans notre budget 2012-2013, nous avons augmenté les investissements dans les systèmes et capacités dont nous avons besoin pour neutraliser les menaces ». L’amiral Greenert souligne que les investissements dans le combat anti-sous-marins, la guerre électronique et la défense anti-missiles ont été inclus dans le budget 2012 du président Obama.
Reste donc à déterminer quelle est la rationalité derrière ce choix stratégique vis-à-vis de la Chine. Car pour certains, cette logique vise à maintenir le statu quo et l’équilibre des forces dans la région Pacifique, en utilisant l’argument de la dissuasion. Contrairement à la stratégie du blocus naval, moins directe mais tout autant dévastatrice pour la Chine, l’ASB, dont la dissuasion reste limitée, représente une surenchère agressive et ne permet pas aux différentes parties de se rétracter.
Bien que la Chine ait augmenté ses dépenses militaires, il convient d’affiner l’analyse et de comprendre ses intentions. D’une part, ses dépenses visent à sécuriser ses importations en matières premières vitales pour son économie et sa stabilité intérieure et non à remettre en question le statu quo. D’autre part, l’argumentaire qui consiste à dire que les pays asiatiques veulent une présence américaine dans la région omet le fait que la Chine et sa croissance économique leur bénéficient fortement, et qu’ils ne souhaitent pas un conflit.
En outre, la prééminence des Etats-Unis sur la scène internationale ne peut se maintenir que par un changement d’orientation de sa politique économique et non par une constante fuite en avant vers la recherche de nouveaux ennemis, générés par des peurs auto-réalisatrices. L’ASB contre la Chine est donc bien perdue d’avance pour la vie sur Terre, si elle est poussée à un stade opérationnel et mérite d’être le centre de nos attentions.
En France, pour sa part, Philippe Gros, chargé de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique, dans la note 17/13 de cette institution, estime que le débat frénétique sur l’ASB « donne lieu à une forte entropie dans la production conceptuelle militaire et dans le débat stratégique américain ». Il note également que l’ASB « représente un concept "a-stratégique" qui ignore le fait que Pékin est une puissance nucléaire et pourrait menacer les partenaires des Américains… »
En cas d’agression, la Chine s’annonce prête à frapper les Etats-Unis
Suite aux révélations de la presse chinoise sur les nouvelles capacités de représailles nucléaires de la Chine face à la doctrine provocatrice Air-Sea Battle des Etats-Unis et de l’OTAN, la présidente internationale de l’Institut Schiller, Helga Zepp-LaRouche, a dressé un tableau de la situation stratégique mondiale actuelle lors d’une conférence de l’Institut Schiller pour un Nouveau paradigme, le 2 novembre à Los Angeles. Extraits :
Lorsque nous avons décidé d’organiser cette conférence à Los Angeles, l’objectif était de définir une manière de sortir le plus rapidement possible de la crise économique et stratégique mondiale, en nous concentrant sur une perspective d’avenir pour le Pacifique, étant donné que la région transatlantique se trouve actuellement au centre d’une crise terrible. Certains événements survenus la semaine dernière confirment effectivement, de manière dramatique, pourquoi il est urgent de changer le paradigme actuel.
Lundi dernier (le 28 octobre), quelque chose d’extraordinaire est arrivé : dans presque tous les médias chinois, une panoplie d’articles et de cartes ont été publiés détaillant les nouvelles capacités de la marine chinoise, en particulier sa force sous-marine, pour la conduite d’une attaque ciblant la côte ouest des Etats-Unis.
Le message transmis par ces articles et graphiques est très clair : la Chine est prête à répondre à toute attaque contre son territoire de la part des Etats-Unis et de l’OTAN. Si une telle attaque devait avoir lieu, les sous-marins de la force stratégique chinoise seraient alors en mesure, avec des missiles nucléaires, d’atteindre les grandes agglomérations de Los Angeles, San Francisco et Seattle. Les cartes accompagnant les articles montrent que les retombées radioactives détruiraient essentiellement toute la côte ouest américaine, jusqu’au mid-ouest et la région de Chicago.
Ces articles précisent que la Chine dispose d’une force de 7500 missiles intercontinentaux (ICBM), capable d’atteindre les grandes villes de la côte est des Etats-Unis en survolant l’Arctique.
Ces annonces ne sont pas une menace mais une réaction à ce qui est perçu par la Chine continentale comme un danger absolu, potentiellement immédiat, en provenance des Etats-Unis, du Royaume-Uni et de l’OTAN, avec leur déploiement militaire global ciblant la Russie et la Chine.
Tout ceci a été amplement rapporté par la presse américaine, y compris avec une carte détaillée de la situation, où on distingue la zone de retombée des représailles potentielles chinoises sur la côte ouest des Etats-Unis.
(...) Ceci n’est pas réellement une surprise pour ceux qui ont suivi de près la situation. Plus tôt cette année, un article assez choquantavait été publié dans l’une des publications officielles des forces aériennes américaines, où on affirmait qu’en raison du développement de missiles nucléaires ainsi que des techniques de ciblage, une attaque contre les forces nucléaires ennemies (première frappe) pourrait être lancée sans provoquer de représailles (deuxième frappe). Ainsi, la vieille stratégie de destruction mutuelle assurée (doctrine MAD) de l’OTAN, une doctrine selon laquelle toute attaque nucléaire conduirait à l’annihilation totale de l’espèce humaine et que par conséquent tout recours à l’arme nucléaire serait impossible, se trouvait reléguée aux oubliettes grâce aux nouvelles avancées technologiques. C’est ce qu’affirmait cet article.
Quelques mois plus tard, le Prof. Amitai Etzioni publiait un autre article, dans une revue de l’Université de Yale, intitulé « Qui a autorisé des préparations de guerre contre la Chine ? », où il affirmait que l’armée américaine se trouvait actuellement en train de préparer une guerre contre la Chine. Les faits rapportés sont exacts, à part le blâme qu’il met sur les dirigeants du Pentagone. Il demande qu’une discussion urgente soit ouverte au Congrès et à la Maison Blanche et dans les autres cercles de réflexion sur les conséquences d’une telle politique.
Etant donné le fait que ce sont bien les dirigeants du Pentagone qui ont été à l’avant garde des tentatives pour freiner toute escalade militaire [en particulier le général Martin Dempsey, le chef d’Etat-major des armées, ndlr], comme l’a montré l’exemple de la Syrie récemment, il est clair que ce n’est pas le Pentagone en tant que tel qui est responsable mais la politique actuelle des Etats-Unis.
Le chemin menant à la confrontation, incluant au recours à des armes nucléaires, a été emprunté depuis un certain temps déjà. Mon mari Lyndon LaRouche a fait remarquer que cette voie a été choisie depuis ou grâce à l’assassinat du président Kennedy, et elle n’a été que brièvement interrompue lorsque, au début des années 1980, il est devenu très clair que nous nous approchions dangereusement d’une troisième guerre mondiale.
Cela était dû au fait que les missiles de portée intermédiaire de l’OTAN et du Pacte de Varsovie se trouvaient à cette époque à une très proche distance les uns des autres : les missiles pershing-2 et les SS-20 se faisaient face en Europe centrale, et nous ne disposions que d’un court délai, de quelques minutes tout au plus, avant de déclencher le tir d’un missile. Dès que l’un des deux côtés lançait un missile ou avait la perception que l’adversaire avait procédé à un tir, tout l’arsenal devait être lancé en représailles avant de vérifier quoi que ce soit, car le délai d’avertissement était trop court.
C’est dans ce contexte que Lyndon LaRouche avait développé l’Initiative de défense stratégique (IDS), qui fut ensuite adoptée en mars 1983 par le président Reagan. Elle fut mise sur la table pendant quelques mois comme option permettant d’éviter la guerre. Elle fut toutefois rejetée, en premier lieu par le gouvernement soviétique, mais aussi par la faction Bush (père)-Kissinger au sein même de l’administration Reagan.
Lorsque l’Union soviétique s’effondra entre 1989 et 1991, une véritable opportunité d’établir la paix se présenta. Avec la défaite du communisme, l’ennemi avait disparu. L’oligarchie britannique décida alors, avec ses valets Margaret Thatcher, George H. Bush et les néo-conservateurs, d’utiliser la chute du bloc de l’est pour construire un empire global, s’appuyant sur la relation spéciale entre les Etats-Unis et le Royaume-Uni. C’est à partir de ce moment que la marche vers l’actuel danger de guerre s’est accélérée.
Nous avons assisté en Europe à l’expansion de l’OTAN vers l’est, accompagnant l’expansion de l’UE, ce qui, du point de vue de la Russie, a été jugé à juste titre comme une stratégie d’encerclement. Ceci inclut, par exemple, le développement par les Etats-Unis d’un système de défense antimissiles en Pologne et en République Tchèque, provoquant des avertissements de la Russie. Cette dernière a fait savoir qu’elle n’allait pas tolérer la complétion de la dernière phase de ce bouclier, car il priverait la Russie de sa capacité de représailles en cas d’attaque occidentale, ce qu’elle ne peut accepter.
Vous avez vu ensuite les autres étapes de cette politique de confrontation globale, avec, par exemple, la doctrine Air-Sea-Battle, que le président Obama appelle sa politique de Pivot asiatique, qui est un encerclement de la Chine. Si de nombreux politiques en Australie ont reconnu assez ouvertement qu’une guerre contre la Chine devenait inévitable, et si plusieurs d’entre eux ont critiqué le fait que tout le continent australien se voyait transformé en une gigantesque base aérienne américaine dans le but de mener une telle guerre, on peut alors comprendre la réaction de la Chine face à tout ceci. Celle-ci, de même que la Russie, se sent encerclée, et ce à juste titre. Tout officier militaire honnête en Europe ou aux Etats-Unis reconnaît bien volontiers ceci.
From :
http://infosplanetaires.com/ameriques/la-chine-se-prepare-t-elle-a-la-guerre-contre-les-usa.html
http://www.washingtontimes.com/news/2013/oct/31/inside-china-nuclear-submarines-capable-of-widespr/