Poutine demande aux Etats-Unis de fournir des preuves
Le président russe Vladimir Poutine a demandé samedi aux Etats-Unis de fournir la preuve que le régime syrien avait utilisé des armes chimiques.
"Concernant la position de nos amis américains, qui affirment que les troupes gouvernementales (syriennes) ont utilisé (...) des armes chimiques et disent avoir des preuves, hé bien, qu'ils les montrent aux enquêteurs des Nations unies et au Conseil de sécurité", a-t-il dit à des journalistes. "S'ils ne le font pas, cela veut dire qu'il n'y en a pas", a-t-il ajouté.
À l’épreuve de la Syrie, l’alliance Britannico-américaine se fissure
En refusant d’intervenir en Syrie, la Grande-Bretagne prend une distance historique avec son allié traditionnel américain.
C’est coup de tonnerre dans les relations internationales. En disant « non » à l’intervention militaire en Syrie, la Chambre des communes du Royaume-Uni se désengage ouvertement et spectaculairement de l’alliance américaine qui était en train de se forger en vue de frapper militairement Damas ces prochains jours.
Un fait rare dans l’histoire des relations entre Londres et Washington depuis la seconde guerre mondiale.
Une alliance apparemment inébranlable
L’alliance entre les États-Unis et le Royaume-Uni sur les questions internationales et militaires semblait inébranlable. Dans aucune des grandes coalitions montées et conduites par les États-Unis pour frapper militairement un adversaire, le Royaume-Uni ne s’était désisté : de la première guerre du Golfe en 1991 à la guerre en Irak de 2003, de l’ex-Yougoslavie à l’Afghanistan en 2001, Londres a toujours répondu présent à l‘appel de Washington.
Et lorsque les Britanniques sollicitent l’aident des Américains pour monter l’opération libyenne, en 2011, ces derniers ne leur refusent pas leur soutien.
En 1956, le canal de Suez
Pendant la Guerre froide, l’alliance américano-britannique n’a pas été aussi lisse qu’on le dit habituellement. Dans l’affaire du canal de Suez en 1956, les États-Unis ont agi de manière à faire échouer l’expédition militaire conduite par les Britanniques, les Français et les Israéliens contre l’Égypte de Nasser.
Alors que sur le terrain, les soldats de Nasser sont en déroute, Washington exige le retrait des forces alliées et lance une attaque monétaire contre la livre sterling pour faire céder le gouvernement britannique.
Une alliance qui se fissure depuis 10 ans
En 1991, le président Barack Obama et le premier ministre David Cameron, à l’occasion d’un voyage du président américain à Londres, avaient signé une tribune dans la presse dans laquelle ils écrivaient : « Notre relation n’est pas seulement une relation spéciale, il s’agit aussi d’une relation essentielle – pour nous et pour le monde entier ».
Une profession de foi qui tentait de cacher les fissures entre les deux pays depuis la guerre en Irak en 2003. Les Britanniques n’ont pas pardonné aux Américains de les avoir entraînés dans une guerre en présentant des preuves mensongères. Un sujet qui nourrit le ressentiment britannique contre les États-Unis et que l’on retrouve dans la presse, la littérature et les fictions britanniques de ces dernières années.
Un exemple parmi tant d’autres, la série de la BBC MI-5, l’une des séries britanniques les plus connues des années 2000 qui, s’inspirant de l’actualité internationale dans le monde de l’après 11 septembre, plonge le spectateur dans le quotidien hyperréaliste et sombre d’une cellule antiterroriste. Une œuvre, des dizaines de fois récompensée, qui pulvérisait l’image que l’on se fait en France d’une relation anglo-américaine sans nuages.
Les États-Unis et la France restent sur l’option militaire en Syrie ?
Après le refus britannique de s’engager, les États-Unis cherchent le moyen de suppléer à cette défection et consultent pour constituer une coalition. La France demeure prête à s’engager.
La France demeure prête à participer à une action militaire ponctuelle contre la Syrie, en dépit du revirement britannique. Dans un entretien donné vendredi 30 août au quotidien Le Monde, le président François Hollande assure que « la France veut une action proportionnée et ferme contre le régime de Damas ».
Interrogé sur les conséquences de la décision de la Grande-Bretagne, le président français estime qu’il est possible d’agir sans eux. « Chaque pays est souverain pour participer ou non à une opération. Cela vaut pour le Royaume-Uni comme pour la France », dit le chef de l’État. Mais il exclut toute action militaire avant de disposer des preuves qui la justifie et tant que les inspecteurs de l’ONU sont toujours en Syrie.
Fin de mission à Damas
Ces inspecteurs effectuent ce vendredi leurs dernières recherches à Damas. Ils se sont rendus à l’hôpital militaire de Mazzé, où sont soignées des victimes de l’attaque chimique présumée du 21 août dernier.
Ces experts ont été dépêchés par l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC, qui siège à La Haye) et l’Organisation mondiale de la santé (OMS, qui siège à Genève). Ils sont placés sous la direction du Suédois Aake Sellstrom et doivent quitter la Syrie samedi.
Ils feront ensuite un compte rendu oral de leur enquête au secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon. Mais les résultats définitifs de leurs analyses ne sont pas attendus avant plusieurs semaines, le temps que leurs prélèvements soient étudiés en laboratoire.
Washington reste déterminé
Les États-Unis, de leur côté, ont voulu minimiser la portée du revirement britannique. La porte-parole du Conseil de sécurité nationale américain, Caitlin Hayden, s’est fait l’interprète du président Obama qui « pense que des intérêts cruciaux des États-Unis sont en jeu, et que les pays qui violent les règles internationales sur les armes chimiques doivent rendre des comptes », a-t-elle dit. Plus de 100 000 civils ont déjà perdu la vie dans ce conflit qui dure depuis 27 mois.
Chuck Hagel, secrétaire américain à la Défense, a précisé : « notre approche est de continuer pour trouver une coalition internationale ». Si Washington entend respecter le vote du Parlement britannique, « il est de la responsabilité de chaque pays de prendre ses propres décisions », a-t-il dit. Washington reste donc sur son scénario de conduire des frappes ciblées.
Moscou pavoise
Ce vote britannique a été interprété, cependant, comme une victoire par tous ceux qui s’opposent à une intervention. La Russie s’est réjouie ouvertement du choix des parlementaires britanniques. Elle a estimé que des frappes « porteraient un coup sérieux à l’ordre mondial », selon les mots employés par le porte-parole du président russe.
L’Allemagne a également clarifié sa position. Elle ne se joindra pas à une éventuelle action contre la Syrie. Le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, a exclu cette perspective dans un entretien donné à un quotidien allemand. Il a précisé que l’Allemagne n’avait reçu « aucune demande » en ce sens mais que, dans tous les cas, elle « n’envisage pas » de participer.
From : la Croix,....