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Révélations sur le Big Brother français
Comment la DGSE espionne.La France dispose, comme les Etats-Unis avec le système Prism, d'un dispositif d'espionnage à grande échelle des télécommunications. Le Monde est en mesure de révéler que la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE, les services spéciaux) collecte systématiquement les signaux électromagnétiques émis par les ordinateurs ou les téléphones en France, tout comme les flux entre les Français et l'étranger : la totalité de nos communications sont espionnées. Les politiques le savent, mais le secret est la règle : ce Big Brother français est clandestin. Il échappe à tout contrôle.
Ce que cherchent les services de renseignement, ce sont les "métadonnées" : non pas le contenu des messages, mais leur contenant. Le but est de savoir qui parle à qui pour reconstituer les liens entre les cibles, identifier des "cellules". La DGSE collecte ainsi les relevés téléphoniques de millions d'abonnés, les mails, les SMS, les fax... Et toute l'activité Internet, qui passe par Google, Facebook, Microsoft, Apple, Yahoo... Le dispositif est précieux pour lutter contre le terrorisme. Mais il permet d'espionner n'importe qui, n'importe quand.

 

 

 

 

"AUTORISATION VIRTUELLE"

La DGSE collecte ainsi des milliards de milliards de données, compressées et stockées, à Paris, sur trois niveaux, boulevard Mortier, dans les sous-sols du siège de la DGSE. Le service de renseignement dispose d'un supercalculateur capable de gérer des dizaines de millions de gigaoctets.

Les autres services de renseignement français ont accès en toute discrétion à cette gigantesque base de données, sobrement baptisée "infrastructure de mutualisation". Certaines informations peuvent même être utilisées par la police judiciaire sous couvert de "renseignements anonymes".

Le dispositif est pourtant parfaitement illégal – "a-légal", corrige l'un des patrons d'une des agences de renseignement. "Le régime juridique des interceptions de sécurité interdit la mise en œuvre par les services de renseignement d'une procédure telle que Prism", assure la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL).

La loi n'a en rien prévu un stockage massif de données techniques par les services secrets. "Voilà des années que nous sommes dans l'autorisation virtuelle, confie l'un des anciens patrons des services. Et chaque agence s'en satisfait." Un parlementaire confirme "qu'une grande part des connexions électroniques en France est effectivement interceptée et stockée par la DGSE".

Mais officiellement, "l'infrastructure de mutualisation" n'existe pas.

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Une enquête du journal Le Monde révèle un dispositif d'espionnage à grande échelle dans l'Hexagone.
La Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) espionnerait de manière systématique les télécommunications françaises, rapporte jeudi Le Monde daté du 5 juillet. Un secret qui serait cependant connu des politiques et qui fait écho à l'affaire PRISM, un vaste système d'écoute mis en place par les États-Unis et révélé début juin par le quotidien The Guardian.

 

Espionnage d'envergure. SMS, appels téléphoniques, accès aux réseaux sociaux (Facebook, Twitter), emails… tous les moyens de communications privilégiés des Français seraient contrôlés par les services spéciaux français. Et l'ensemble des données récoltées seraient "stocké(e)s pendant des années", affirme Le Monde.

Les politiques dans la confidence. "Une grande part des connexions électroniques en France est effectivement interceptée et stockée par la DGSE", reconnaît un parlementaire anonyme cité par le quotidien français. En revanche, il n'a jamais été question, officiellement, d'une "infrastructure de mutualisation" qui autoriserait le partage des renseignements collectés entre les services.

À disposition de sept services de renseignements. Outre la DGSE, la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), les douanes, la Tracfin (en charge des circuits financiers clandestins), la Direction du renseignement militaire (DRM), la Défense et le service du renseignement de la Préfecture de police de Paris étaient également dans le secret, décrivent les journalistes du Monde.

Les intéressés contestent. Joints par le quotidien, les services du Premier ministre Jean-Marc Ayrault, la Commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité et la délégation parlementaire au renseignement "contestent tous les conclusions de l'enquête du Monde". De leur côté, la DGSE, la DCRI et Tracfin se sont refusés à tout commentaire. Enfin Alain Zabulon, coordonnateur national du renseignement, "n'a pas souhaité s'exprimer", toujours selon Le Monde.

Pourquoi est-ce illégal ? "Le régime juridique des interceptions de sécurité interdit la mise en œuvre par les services de renseignement d'une procédure telle que Prism", rappelle la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) citée par Le Monde. "Chaque demande de réquisition de données ou d'interception est ciblée et ne peut pas être réalisée de manière massive, aussi quantitativement que temporellement. De telles pratiques ne seraient donc pas fondées légalement", complète la commission. Si la loi évoque bien des "interceptions" autorisées par le premier ministre dans le cadre de la sécurité nationale, le stockage de ces informations n'a jamais bénéficié d'une autorisation officielle. Un flou juridique sur lequel s'appuient la plupart des services de renseignements français pour exploiter ces données personnelles.

 

 

Après l'affaire Snowden, voici un nouveau scandale d'espionnage, cette fois franco-français. La Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) a mis en place un vaste dispositif de surveillance des communications des citoyens, selon les révélations du Monde sur le «Big Brother français»

Selon le quotidien, la DGSE enregistre tous les signaux émis par les ordinateurs et les téléphones présents sur le territoire. En clair : sont enregistrés toutes les informations de durée, fréquence et localisation relatives aux mails, aux appels, aux SMS ou à l'activité internet des citoyens. Le contenu même des communications n'est, lui, pas stocké.

«Le but est de savoir qui parle à qui pour reconstituer les liens entre les cibles, identifier des cellules», écrit Le Monde, qui évoque un «Big Brother clandestin». «C'est un gigantesque fichier, explique Jacques Follorou dans une vidéo sur le site du journal. Il s'agit de milliards de connexions électroniques compressées et stockées sur des années. On peut a posteriori, en consultant cette base de données, reconstituer toute votre histoire personnelle, vos contacts professionnels, on peut tout savoir».

Qui appelle qui ? Qui envoie un mail à qui ? Qui cherche quoi sur Google ? Telles sont les questions qui peuvent désormais avoir des réponses grâce à ce système sans existence officielle et appelée «infrastructure de mutualisation».

La Cnil rappelle qu'un système équivalent à Prism est interdit en France

Ce système ressemble fortement au programme Prism, révélé en juin par Edward Snowden, un ancien analyste de l'Agence de sécurité nationale américaine. Seule différence : Prism n'espionne que les communications des citoyens non-américains alors que la DGSE vise celles des Français.

Evidemment utile dans la lutte contre le terrorisme, ce dispositif permet aussi de tout savoir sur la vie d'un citoyen français si besoin et peut être utilisé par les autres services de renseignement et la police judiciaire.

 

Voir : http://globe.blogs.nouvelobs.com/archive/2013/07/04/comment-la-france-ecoute-le-monde.html

 

Revelations on the French Big Brother


If the revelations about the American espionage program Prism set off a chorus of indignation in Europe, France itself protested only weakly. For two excellent reasons: Paris already knew about it – and it"s doing exactly the same thing. Le Monde is able to disclose that the General Directorate of External Security (the DGSE, or special services) systematically collects the electromagnetic signals emitted by computers and telephones in France, and the flow of signals between France and countries abroad: the entirety of our communications are being spied on. All of our email messages, SMS messages, itemised phone bills and connections to FaceBook and Twitter are then stored for years.
If this immense data base was used just by the DGSE, which operates only outside French borders, it would already be illegal. But the six other intelligence services – among them the Central Directorate of Internal Intelligence, the customs service and the Tracfin anti-money-laundering service – delve into this base daily for the data of interest to them. This takes place discreetly, on the margins of legality and and beyond any serious control. Politicians are perfectly aware of it, but secrecy is the rule.


A CLANDESTINE SYSTEM

This French Big Brother, a little brother of the American services, is clandestine. Yet its existence appears discreetly in parliamentary documents. In a report issued on April 30, the eight deputies and senators in the parliamentary intelligence delegation note that "progress has been made since 2008 in the mutualisation of capabilities, notably regarding intelligence of electromagnetic origin, effected by the DGSE for the benefit of the entire intelligence community."

The parliamentarians propose to go still further, to "reinforce the capabilities exploited by the DGSE" and to "consolidate the access of other services to the capabilities mutualised by the DGSE."

 

THE TARGET: "METADATA"

The intelligence services are not looking for the content of the messages, but rather their context. It is more interesting to know who is speaking to whom than to record what they are saying. More than phone tapping, it"s the technical data – the "metadata" – that is being combed through.

The DGSE thus collects the itemised telephone bills of millions of subscribers – the names of the callers and the called, the place, the date, the duration, the weight of the message. The same goes for email (with the possibility of reading the title of the message), SMS messages, faxes... And all activity on the Internet that takes place via Google, Facebook, Microsoft, Apple, Yahoo... It's what the parliamentary intelligence delegation very aptly calls "intelligence of electromagnetic origin", the equivalent of the NSA's SigInt (signals intelligence).

This metadata may be used to draw huge graphs of links among people based on their digital activity, and it's been going on for years. The idea is to sketch out a kind of diary of each person's activity on both telephone and computer. When an interesting group has been identified, it then becomes the responsibility of the intelligence services to use more intrusive techniques, like wire-tapping or police tails.

 

A SUPERCOMPUTER ON BOULEVARD MORTIER IN PARIS

This system is obviously of great value in the fight against terrorism. But it allows spying on anyone, any time. The DGSE collects billions of billions of units of data, which are compressed and stored on three floors in the basement of the DGSE headquarters on Boulevard Mortier in Paris.

Bernard Barbier, technical director of the DGSE since 2006, has spoken publicly about this system on two occasions – in 2010 at a symposium on the security of information and communications technology, and to the Association of Reservists in Encryption and Information Security (Arsci). His comments were reported on a few specialised sites, including Bug Brother, a blog by Jean-Marc Manach on lemonde.fr. Mr. Barbier spoke of "the development of a calculator based on FPGA" – Field Programmable Gate Array, or an integrated circuit that may be programmed for logical functions – that is "probably the biggest data processing center in Europe after the English", capable of managing dozens of petaoctets of data, in other words dozens of millions of gigaoctets. The heat emitted by the computers is sufficient to heat all the buildings of the DGSE...

France is said to be among the Top 5 in computing capacity, after the United States, Britain, Israel and China. Mr. Barbier estimated the number of connections picked up by the system at 4 billion in 2013, with a flow of about 1 billion simultaneous communications. "Today, our targets are the networks of the public at large," the director said at the time, "because they are used by terrorists."

The DGSE heads "the strongest team of crypto-mathematicians" in France, penetrates computer systems – and of course collects millions of units of personal data.

 

"MUTUALISED" INTELLIGENCE

The other French intelligence services have access to this gigantic data base, which is soberly called the "mutualisation infrastructure". They include the DGSE of course, but also the Directorate of Military Intelligence (DRM); the Directorate of Protection and Security of Defense (DPSD); the Central Directorate of Internal Security (DCRI); the Directorate of National Intelligence and Customs Investigations (DNRED); Tracfin, the anti-money-laundering unit; and even the small intelligence service of the police headquarters in Paris.

According to Senate reports, 80% of the resources of the technical management of the DGSE are used by these other intelligence services. Each supplies the name of the target of their investigation to the DGSE, which replies "hit" or "no hit" according to whether the target appears in the data base or not. Then the services of the DGSE make the metadata intelligible with the addition of classical intelligence.

Requests for consultation go far beyond just terrorism and the defence of France's economic property. The very vague wording – protection of national security – makes it possible notably to identify the entourage of politicians at the highest level of the state, whatever their position and the nature of the links under surveillance.

 

ABSENCE OF MONITORING

The system is perfectly illegal – or "a-legal", as the chief of one of the intelligence agencies puts it. According to the National Commission for Information Technology and Freedom (CNIL), the French agency in charge of protecting personal data, "The legal system governing security interceptions forbids the establishment by the intelligence services of a procedure like Prism." It adds : "Each request for the requisition or interception of data must be targeted and may not be carried out massively in terms of the quantity or the time period. Such practices thus have no legal foundation." The CNIL can neither confirm or deny the existence of the French system – it moveover does not have access to the files of the DGSE or the DCRI.

To be sure, there is a strict legal framework for security interceptions, which are to be authorised by the prime minister, on the recommendation of the National Consultative Commission for Security Interceptions, but this framework did not forecess the massive stocking of technical data by the secret services. "We've been operating is a zone of virtual autorisation for years", confided a former chief of one of the services. "And each agency is quite content with this freedom, which is possible thanks to the legal vagueness surrounding metadata." A parliamentarian confirmed that "a large portion of the electronic connections in France are effectively intercepted and stocked by the DGSE." But, officially, the "mutualisation infrastructure" does not exist.

(Translated by Meg Bortin )

 

 

Comment la France écoute le monde

 

C’est l’un des plus grands centres d’écoute du monde. Dans cette base secrète protégée par des miradors, des chiens policiers et des barbelés électrifiés, treize immenses antennes paraboliques espionnent, jour et nuit, toutes les communications internationales qui transitent par les satellites visés.

 

Où est cette base, dont «le Nouvel Observateur» publie ici la photo ? Aux Etats-Unis ? En Russie ? Non, dans le Périgord, sur le plateau de Domme, à côté de l’aéroport de Sarlat. Le lieu est officiellement (et pudiquement) appelé «centre radioélectrique». Là, le service français d’espionnage, la DGSE, surveille quotidiennement des centaines de milliers (des millions ?) de discussions téléphoniques, d’e-mails, de fichiers ou de fax. C’est le site principal des «grandes oreilles» de la République.

 

Ce n’est pas le seul. A l’instar des Etats-Unis et des pays anglo-saxons liés à eux, la France a, ces dix dernières années, mis en place un réseau mondial d’interception. «Le Nouvel Observateur» peut confirmer l’existence et publier les photos de trois autres bases d’écoutes «satellitaires» de la DGSE. L’une dont le nom de code est «Frégate» est cachée dans la forêt guyanaise, au coeur du centre spatial de Kourou. L’autre, terminée en 1998, est accrochée au flanc du cratère Dziani Dzaha, sur l’île française de Mayotte, dans l’océan Indien. Toutes les deux sont gérées en commun avec le BND (Bundesnachichtendienst), le service secret allemand. Le troisième centre est dans la banlieue ouest de Paris, sur le plateau d’Orgeval, aux Alluets-le-Roi. Au total, une trentaine d’antennes «couvrent» la quasi-totalité du globe, à l’exception du Nord sibérien et d’une partie du Pacifique.

 

Il y aura bientôt d’autres stations. Elargir son réseau d’écoute «satellitaire» est «une priorité» de la DGSE, comme l’écrit le rapporteur du budget 2001 de la défense, Jean-Michel Boucheron. A cette fin, le service secret français dispose chaque année de moyens financiers accrus. Une nouvelle station est en construction sur le plateau d’Albion, là où étaient stockés les missiles nucléaires avant le démantèlement des silos; une cinquième est en projet sur la base aéronavale de Tontouta, en Nouvelle-Calédonie.

 

 

Bien entendu, cet ensemble est et restera beaucoup moins puissant et performant que son modèle anglo-saxon que l’on appelle communément «Echelon». La NSA américaine est trente fois plus riche que son homologue français, la direction technique de la DGSE. L’une emploie 38000 personnes, l’autre 1600. Plus petit, «Frenchelon», comme disent les Anglo-Saxons, n’en est pas moins menaçant pour la vie privée. Y compris celle des Français. Voici pourquoi: quand elles passent par l’un des satellites surveillés par les bases de Domme, de Kourou ou de Mayotte, nos communications avec l’étranger ou les Dom-Tom peuvent être interceptées, recopiées et diffusées par la DGSE, sans qu’aucune commission de contrôle ait son mot à dire. Aucune ! Une situation unique en Occident.

 

Tous les pays démocratiques qui se sont dotés de services d’écoute «satellitaire» ont mis en place des garde-fous, des lois et des instances de contrôle afin de protéger leurs citoyens contre la curiosité de ces «grandes oreilles». Tous, l’Allemagne et les Etats-Unis en tête. Pas la France.

 

Pourtant notre pays espionne les satellites de communication depuis près de trente ans. C’est en 1974 à Domme, à l’emplacement d’un petit centre d’interception radio, que le Sdece (l’ancêtre de la DGSE) installe sa première antenne parabolique. L’engin mesure 25 mètres de diamètre et existe toujours. Un autre suit rapidement. «Au début, il n’y avait que quelques satellites, les Intelsat, explique un vétéran de la direction technique. Nous pouvions « aspirer » une bonne partie du trafic international.» Mais, dès 1980, la téléphonie mondiale explose, les mises sur orbite se multiplient: Eutelsat, Molniya, Inmarsat, Panamsat, Arabsat. «Nous avons vite été débordés, raconte cet ancien haut responsable. Le centre de Domme s’est retrouvé sous-équipé, ridicule et nous, la DGSE, la risée de nos collègues américains et britanniques.»

 

En 1984, le patron du service secret, l’amiral Lacoste, exhorte François Mitterrand: «Il nous faut une autre station d’interception.» La France, assure-t-il, dispose d’un site idéal pour ce genre d’opération: le centre spatial de Kourou. Idéal ? Il est situé tout près de l’équateur, c’est-à-dire au meilleur endroit pour écouter les satellites de communication, presque tous géostationnaires. La base sera à quelques kilomètres du pas de tir d’Ariane, ses antennes passeront donc inaperçues. Et puis, l’espionnage économique est la nouvelle priorité du service secret français et l’Amérique, la cible principale. Or, les satellites qui «arrosent» les Etats-Unis sont justement en orbite au-dessus de la Guyane.

 

Pour partager les frais, et ancrer l’alliance franco-allemande, Lacoste propose d’associer le BND à l’aventure. Le travail en commun sera d’autant plus facile, explique l’amiral, que les deux services collaborent déjà étroitement dans des stations d’interception à Berlin-Ouest et ailleurs en RFA. Le président de la République donne son feu vert fin 1984. Le scandale du «Rainbow Warrior», qui survient quelques mois plus tard, retarde l’opération. La base «Frégate» sera secrètement inaugurée en 1990 par Claude Silberzahn, le nouveau patron de la DGSE, et son homologue allemand.

 

Le préfet Silberzahn veut aller plus loin. Selon lui, pour revenir dans le club des grands, la DGSE a besoin de nouvelles stations. La guerre du Golfe lui donne des arguments. En Irak, les prouesses techniques des espions américains sont époustouflantes. François Mitterrand et Michel Rocard, le Premier ministre, sont convaincus. Silberzahn peut lancer un vaste plan d’investissement sur dix ans. Il modernise le centre de Domme, achète un super-ordinateur Cray et fait installer les premières antennes paraboliques aux Alluets-le-Roi, dans une base jusque-là réservée à l’interception des ondes radio. Enfin, avec le BND, il lance le chantier de Mayotte. Ce territoire français de l’archipel des Comores est, lui aussi, proche de l’équateur. Le site choisi sera sur Petite-Terre, une minuscule île où la Légion étrangère dispose déjà d’une base. De Mayotte, la direction technique de la DGSE pourra mieux «couvrir» l’Afrique, le Moyen-Orient et le continent qui monte, l’Asie. Cinq ans seront nécessaires pour achever le projet. De sordides histoires de maris trompés ont, dit-on, ralenti les travaux.

 

Aujourd’hui, sur trois continents, les «grandes oreilles» de la République disposent donc, on l’a dit, d’une trentaine d’antennes. Mobiles, celles-ci peuvent changer d’orientation plusieurs fois par jour, selon les heures ou les objectifs du service. Tous les pays sont exposés, même les alliés. Les membres de l’Union européenne aussi? «Bien sûr, dit ce responsable. Grâce aux satellites, on peut espionner tout le monde de chez soi. Pas de coups tordus, pas de risque d’incidents diplomatiques. C’est pour cela qu’on a tant investi»

 

Les satellites visés en priorité ? «Ceux qui peuvent nous livrer le plus de renseignements politiques et économiques», dit un homme de l’art. Les Inmarsat, par exemple. Grâce à eux, n’importe qui peut téléphoner, envoyer un e-mail ou un fax, de n’importe quel endroit du globe (ou presque). Pour cela, il suffit d’une petite valise de 2 kilos. Au début, en 1982, les abonnés de ce service étaient essentiellement des marins de métier et des compagnies pétrolières. Puis la clientèle s’est élargie aux plaisanciers fortunés. «Une aubaine pour l’espionnage économique! Vous n’imaginez pas tout ce que ces hommes d’affaires disent en clair au téléphone depuis leur bateau, explique un spécialiste. Au milieu de l’Océan, ils se croient à l’abri. Ils parlent contrats, projets, découvertes» Ce n’est pas tout. La société Inmarsat a passé des accords avec la plupart des grandes compagnies aériennes et 650 avions d’affaires. Lorsque, en vol, un passager téléphone, la communication transite par ces satellites à la satisfaction des «grandes oreilles». On utilise aussi Inmarsat sur terre, le plus souvent à partir des points chauds de la planète, mal équipés en téléphonie. Au total, la compagnie a 200000 abonnés: journalistes, diplomates, fonctionnaires internationaux, responsables d’ONG. «Pour espionner cette clientèle de choix, pas besoin d’ordinateur très puissant, dit un expert. Par un satellite Inmarsat passent au maximum 2000 communications simultanées. C’est dix à cinquante fois moins que les autres.»

 

Les autres, ce sont les poids lourds de la téléphonie mondiale: les Intelsat, Eutelsat et PanAmSat. Par eux transitent, chaque jour, plusieurs milliards de messages, venus de tous les continents. «Impossible de les ignorer, dit un homme de l’art, mais difficile de les traiter en entier. Dans leur faisceau, il faut choisir les segments qui nous intéressent.» Et notamment repérer les canaux loués par des militaires, des diplomates ou des entreprises. Certaines compagnies utilisent en particulier un nouveau service peu cher, le VSAT: ce réseau leur permet de connecter en permanence tous leurs établissements dans le monde. Ainsi, à Domme et à Kourou, la DGSE «aspire» le trafic de l’Intelsat 801, qui assure des milliers de liaisons VSAT entre l’Amérique et l’Europe.

 

Les gros satellites transmettent aussi internet. Ils sont devenus des autoroutes, des back bones pour la Toile. «10% du trafic passe par là, dit un spécialiste. C’est peu, mais ces 10%-là, on peut les intercepter: le reste, qui transite par les câbles en fibres optiques, c’est autre chose» Dans le centre de Mayotte, on attend avec impatience le nouvel Intelsat 902, qui va dans quelques mois fournir des back bones en Afrique, en Asie et dans une partie de la Russie. Il sera positionné à 62° est, juste au-dessus de l’île française de l’océan Indien.

 

Autres types de satellites visés: les régionaux, qui n’«arrosent» qu’une partie de la planète. Ainsi, les Arabsat pour le Moyen-Orient et le Maghreb. «Ah, les Arabsat ! soupire un ancien des écoutes. Dans les années 80, ils nous en ont livré, des informations ! Sur Kadhafi pendant le conflit du Tchad ou sur Israël au moment de l’invasion du Sud-Liban.»

 

Enfin il y a les nationaux. Certains pays sont trop pauvres et trop vastes pour installer un réseau de câbles téléphoniques sur l’ensemble de leur territoire. Pour relayer leurs communications internes, ils utilisent des satellites: les Raduga en Russie, les Mabuhay aux Philippines ou les Dong Fang Hong en Chine. Mais la multiplication des opérateurs satellites (ils sont plus de cent aujourd’hui !) pose un problème à la DGSE. «Chacun code son faisceau et ne rend pas publique la clé de déchiffrement», dit un ancien responsable. Pour obtenir le précieux sésame, il faut mobiliser toutes les ressources du service secret. «Il y a plusieurs méthodes, pas toujours propres, continue l’homme de l’art. On peut négocier avec l’opérateur. On lui dit: la France vous confie une partie de son trafic international, en échange vous nous donnez ce protocole confidentiel.» Autre technique: «Soudoyer un cadre de l’entreprise ou lui promettre une médaille.» Ou encore: «Si l’on apprend qu’un service secret étranger a ce logiciel, le négocier contre autre chose.» On peut aussi s’introduire discrètement dans les locaux de l’opérateur et voler la précieuse disquette. «A la DGSE, il y a un service très compétent pour ce genre de cambriolage», dit l’expert. Reste la méthode maison: découvrir soi-même le code. «Mais cela peut prendre beaucoup de temps. Entre-temps, on rate beaucoup de choses»

 

Ainsi, depuis quelques mois, un satellite tourmente particulièrement les ingénieurs du service secret français. Il s’agit de Thuraya, lancé en octobre dernier par une compagnie d’Abu Dhabi. La firme émirati propose à ses abonnés une couverture totale du monde arabe en téléphonie mobile. Son service sera opérationnel courant avril. Ses clients: des hauts fonctionnaires syriens, des hommes d’affaires libyens, des militaires égyptiens; autant de cibles pour la DGSE. «Il y a un hic, dit cet expert. Les Emirats financent l’opération, mais c’est la firme Hugues, le géant de l’aéronautique américaine, qui gère le système. Et en matière de codage de faisceau, Hugues en connaît un rayon. Pour l’instant, nous n’avons pas trouvé la solution.»

 

Avec plus ou moins de difficultés, des dizaines de faisceaux sont donc, chaque jour, aspirés par les paraboles de la DGSE. Que se passe-t-il après? Au pied des antennes, en sous-sol, des techniciens et des opérateurs habilités «secret défense» travaillent dans des salles informatiques climatisées. Regroupés en équipes de jour et de nuit, ils sont environ deux cents à Domme et aux Alluets-le-Roi, une quarantaine à Mayotte et à Kourou.

 

Les techniciens s’activent devant des armoires électroniques. Ils contrôlent les puissants matériels (amplificateurs, démodulateurs, analyseurs, déchiffreurs) qui transforment les faisceaux des satellites en fax, e-mails, fichiers ou voix. Leur premier souci: déchiffrer les communications cryptées, ce qui est de plus en plus ardu.

 

Les opérateurs, eux, sont assis devant des consoles d’ordinateurs. Ils vérifient le tri automatique du trafic. Seulement quelques milliers de communications interceptées remontent, chaque jour, au QG du service secret, boulevard Mortier à Paris. Elles sont envoyées par fibres optiques ou liaisons radio protégées. Les autres, la grande majorité, sont jetées dans une poubelle informatique. La sélection s’effectue grâce à un dictionnaire d’«adresses» et de mots-clés.

 

«Adresses»? Il s’agit de la liste des numéros de téléphone et des e-mails que la DGSE entend surveiller en permanence. Ambassades, ministères, organisations internationales, ONG, multinationales; il y en a plusieurs milliers, de tout pays, dans les ordinateurs des «grandes oreilles». Quand cette adresse apparaît dans le faisceau d’un satellite espionné, la communication est automatiquement enregistrée et envoyée à Paris. Dans le jargon des écoutes, ce type de surveillance a un nom: la «routine».

 

Mots-clés ? C’est une autre manière de filtrer le flux de données. «Ce peut être un nom propre, un surnom, une formule chimique, de l’argot, un acronyme, dit un expert. On les saisit dans un fichier et on attend» Dès que l’un de ces mots apparaît, l’ordinateur revient en arrière et enregistre la communication depuis le début. A la DGSE, on appelle cela la «veille» ou «la pêche au chalut».

 

«Pour les e-mails, ces tris informatiques sont très efficaces», dit un autre spécialiste. Il ajoute: «Etant donné les capacités des ordinateurs, on peut, de la sorte, filtrer plusieurs millions de messages électroniques par minute. Un bon moteur de recherche suffit. Il faut simplement l’adapter à nos besoins.» Selon toute vraisemblance, la DGSE utilise l’outil de recherche développé par la société française Lexiquest.

 

Pour les fax, le tri est moins performant. Les experts estiment que le taux de succès ne dépasse pas 60%. Pourquoi un tel déchet? Parce que la télécopie n’est pas «lue» directement par l’ordinateur. Elle doit d’abord être convertie en bits par un logiciel de reconnaissance de caractères. Or si cette phase est perturbée par une mauvaise émission ou une écriture illisible, le fax retranscrit n’a plus de sens. Il est perdu pour les «grandes oreilles». Malgré ces difficultés, la DGSE est, depuis toujours, l’un des meilleurs services d’espionnage pour le traitement automatique des fax, d’où ses succès dans l’espionnage économique.

 

Pour la parole, il en va tout autrement. La DGSE n’a pas développé des techniques aussi performantes que celles de la NSA ou du Mossad israélien. Confidence d’un expert: «Malgré ce que l’on croit généralement, il est très difficile d’apprendre à l’ordinateur à attraper au vol des mots-clés prononcés au cours d’une conversation téléphonique.» Explications: «Certaines personnes parlent vite, d’autres lentement, les unes bafouillent, les autres ont un accent. Résultat: le taux d’échec est très élevé.» Le service français étudie une autre méthode de tri qu’Américains et Israéliens ont, semble-t-il, déjà développée: la transcription automatique. L’ordinateur transcrit toute la conversation téléphonique, puis un moteur de recherche trouve les mots-clés dans le fichier ainsi constitué. «Aussi bizarre que cela puisse paraître, c’est plus simple de procéder comme cela» Le ministère de la Défense vient de demander au meilleur laboratoire français sur le traitement de la parole, le Limsi à Orsay, de mettre au point un tel logiciel.

 

Après le tri, l’écoute. A la DGSE, quelques centaines de personnes (300, 500?) passent leurs journées casque sur la tête. «Sachant qu’un bon professionnel peut traiter quotidiennement 50 à 100 conversations, faites le calcul !», dit un vétéran. Cela fait plus de 15000 par jour, soit au moins 5 millions par an.

 

Le jeu en vaut-il la chandelle? Cette masse d’informations, ces millions de conversations, d’e-mails ou de fax détournés est-elle vraiment utile? De l’avis unanime, les «perles», les informations secrètes dignes de remonter jusqu’au président de la République, sont très rares. «Quelques dizaines en vingt ans, dit cet ancien haut responsable. Et encore» Il y a eu les cas déjà évoqués de Kadhafi et d’Israël dans les années 80. Plus tard, on a intercepté des consignes de vote au Conseil de Sécurité de l’ONU. Récemment, des écoutes de hauts dignitaires serbes ont été transmises à l’Elysée.

 

En fait, les vrais «joyaux» ont d’autres clients: plusieurs grands groupes industriels français. Depuis deux décennies, la DGSE travaille en symbiose avec une quinzaine de firmes privées ou publiques. Entre espions et patrons, c’est donnant donnant. Les uns font du renseignement économique et technologique (le service de recherche spécialisé à la DGSE emploie une cinquantaine de personnes). Les autres fournissent des couvertures aux agents en mission à l’étranger.

 

Des anciens de la DGSE, recrutés par les firmes, assurent la liaison. Au QG de leur ex-employeur, boulevard Mortier, ils prennent régulièrement livraison de copies de fax, d’e-mails ou de projets de contrats que les stations d’écoute ont interceptés. La moisson est parfois excellente. «Nous recevons souvent des remerciements de patrons», dit ce haut responsable. Ainsi, en 1998, les «grandes oreilles» ont permis aux industriels français concernés de suivre l’évolution d’une négociation cruciale: la fusion (finalement avortée) entre le constructeur aéronautique allemand Dasa et son homologue britannique, British Aerospace.

 

Mais il n’y a pas que des «perles», loin s’en faut. Il y a le reste, le quotidien, ces milliers de comptes rendus d’interception, des «bruts» comme on dit à la DGSE, qui s’empilent dans les services d’analyse, et qui ne sont pas toujours lus. «Pour une bonne info, il y a tellement de bla-bla inutiles, dit ce cadre du service secret. Je me demande si tout cela vaut la peine.» Beaucoup préféreraient que la DGSE investisse dans le renseignement humain plutôt que dans la technique. «Avec ces fortunes dépensées, chaque année, nous pourrions installer tellement d’agents à l’étranger. Après tout, c’est cela notre vrai boulot»

 

Menace sur la vie privée ? Sans aucun doute. Parmi les millions de communications écoutées, il peut y avoir l’une des vôtres. Le risque sera d’autant plus fort que vous téléphonerez vers une zone peu câblée, comme l’Afrique, la Russie ou les Dom-Tom. Rien n’interdit à la DGSE d’intercepter vos conversations ou vos e-mails, pour peu que ceux-ci passent par un satellite. Pire, cet espionnage est implicitement autorisé par la loi de 1991 qui institue la commission de contrôle des écoutes. Son article 20 dispose, en effet, qu’il n’est pas dans le pouvoir de cette nouvelle commission de contrôler les «mesures prises par les pouvoirs publics pour assurer la surveillance des transmissions empruntant la voie hertzienne [ndlr: c'est-à-dire les airs].» En d’autres termes, l’instance pourra tout surveiller, sauf les écoutes «satellitaires».

 

«Cette dérogation a été exigée par les plus hautes autorités de l’Etat, confie un ancien conseiller du ministre de la Défense de l’époque, Pierre Joxe. Pourquoi ? Souvenez-vous, à cette époque, la DGSE lançait un vaste plan de modernisation de ses « grandes oreilles ». Il était hors de question de le compromettre.» Un ancien de l’Elysée dit: «Nous voulions laisser les coudées franches au service secret, ne pas l’enfermer dans son quota d’écoutes autorisées»

 

Les parlementaires n’y ont vu que du feu. Ils auraient dû être plus curieux. Ils auraient appris que beaucoup de pays démocratiques avaient déjà sévèrement réglementé l’action de leurs «grandes oreilles». Depuis 1968, en Allemagne, huit experts indépendants nommés par le Parlement contrôlent les écoutes du BND: ils forment la commission dite «G 10». Leur pouvoir est considérable. Ils peuvent interroger tous les personnels du BND et voir l’ensemble de la production des écoutes. «Le but: protéger la vie privée des Allemands», dit le professeur Claus Arndt, qui a siégé à cette commission de 1968 à 1999. Ainsi, lorsqu’au cours d’un tri aléatoire, le nom d’un citoyen ou d’une firme allemands apparaît, le BND doit l’effacer, sauf autorisation expresse de la commission. «De même, dit le professeur Arndt, le service secret doit soumettre la liste de tous les mots-clés qu’il entend utiliser. Il n’a pas le droit d’y inclure le nom d’un Allemand.» En juin prochain, une loi devrait autoriser les super-contrôleurs à visiter n’importe quel site du service secret allemand, y compris la station de Kourou. Si la France refuse, le président de la commission pourrait demander le retrait du BND de la base guyanaise.

 

En Australie, les «grandes oreilles» sont contrôlées par un inspecteur général désigné par le gouvernement. Il a tout pouvoir pour vérifier que le DSD, le service d’espionnage, applique des lois très restrictives. Par exemple, toute information sur un Australien recueillie par les stations d’écoute doit être détruite. Un rapport de destruction doit même être remis à l’inspecteur général. Au Canada, c’est un commissaire désigné par le Parlement qui assure cette mission de contrôle. Chaque année, il rédige un rapport public. Aux Etats-Unis, un inspecteur général et le ministre de la Justice surveillent l’action de la NSA.

 

A quand la France ? Ces derniers mois, les parlementaires se sont intéressé aux «grandes oreilles» américaines. La commission de la Défense a rendu récemment un rapport vindicatif sur «Echelon» et la NSA. Il est temps qu’elle étudie aussi les pratiques de la DGSE et propose des moyens de les contrôler. Le moment serait bien choisi. Une révolution des «écoutes» se prépare. Le service secret envisage d’investir massivement dans l’interception des câbles sous-marins. Avant qu’il ne se lance dans l’aventure, ne pourrait-on lui imposer quelques règles démocratiques ?

 

 

Tous les services de renseignement occidentaux s'espionnent" 
 Arnaud Danjean, ancien membre de la Direction générale du renseignement extérieur (DGSE), préside aujourd'hui la sous-commission sécurité et défense du Parlement européen.Ancien membre de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), Arnaud Danjean (UMP) est élu au Parlement européen, dont il préside la sous-commission sécurité et défense.


Partagez-vous l'indignation de certains après la révélation de l'espionnage par les Etats-Unis d'ambassades ou d'instances bruxelloises ?

Je suis choqué politiquement, mais il ne faut pas pour autant se comporter en Bisounours. Faire les surpris relève d'une confondante naïveté. Cet espionnage existe depuis toujours. Tous les services de renseignement occidentaux s'espionnent. Il n'y a pas d'amis, il n'y a que des alliés. La France fait de même avec l'Allemagne ou avec la Grande-Bretagne.

Ce qui a changé avec les Etats-Unis, c'est l'ampleur et le ciblage systématique. La réaction des Européens est excessive, la seule règle qui vaille dans ce monde du secret, c'est "pas vu, pas pris". Les Américains se sont pris les pieds dans le tapis. Tout remettre en cause serait un non-sens.

 

Le président américain a laissé entendre qu'il pourrait rappeler à ses accusateurs qu'ils ne sont pas exempts de tout reproche. Est-ce une menace ?

En effet, il existe un vrai risque d'effet boomerang. Mes collègues parlementaires réclament à cor et à cri l'ouverture de commissions d'enquête, cela ressemble à une volonté d'habiller la protestation. Le jour où l'on mettra tout à plat, on risque de voir que la France ou l'Allemagne disposent de moyens techniques pour intercepter les communications des ambassades ou d'entreprises étrangères sur son sol. Paris peut-il l'assumer ?

 

En France, la DGSE concentre les moyens d'interception et de stockage les plus puissants du pays. Doit-on craindre l'usage qui peut être fait d'un tel outil ?

Je constate qu'à chaque fois que l'on parle de réforme du renseignement en France, le seul véritable centre d'intérêt, c'est la direction technique de la DGSE. Surtout depuis que les autres agences françaises de renseignement consultent et exploitent ses bases de données. C'est une spécificité française, les moyens techniques d'interception de toutes les connexions électroniques sont entre les mains de la seule DGSE et il est vrai que la question du contrôle se pose encore.

Il existe d'autres modèles d'organisation dans ce domaine : en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis, c'est une direction technique autonome à laquelle s'adressent toutes les agences de renseignement du pays. Le système français n'offre pas nécessairement les meilleures garanties.

Par ailleurs, le renseignement technique n'est pas une fin en soi. Au bout du compte, il faut du renseignement humain. Car qui est en mesure de trier l'immense quantité d'informations interceptées ? Les logiciels ne peuvent pas tout faire. Historiquement, la France se démarquait par la qualité de son renseignement humain.

Mais aujourd'hui, le renseignement technique a pris de l'ampleur à cause des enjeux financiers et technologiques qui y sont liés. Cet effet de masse se double d'un effet de mode et d'une réalité, la menace informatique qui s'est durablement installée dans notre paysage.......

 
L'Allemagne renforce sa surveillance d'Internet 

L'Allemagne s'est émue, elle aussi, de l'espionnage pratiqué par les Etats-Unis. Pourtant Berlin a largement étendu, en 2001, les pouvoirs de ses services de renseignement (BND) en matière de surveillance électronique. Cent millions d'euros vont encore être débloqués pour la surveillance des communications d'ici à 2017 et 130 personnes vont être embauchées pour cette seule tâche. Selon l'hebdomadaire Der Spiegel, les services secrets allemands filtrent le trafic Internet dans un centre de données à Francfort en se branchant sur les routeurs. Officiellement, les internautes allemands ne sont pas pris en compte mais la distinction n'est que théorique. Faute de clarté, le chef du BND a dû quitter son poste, début 2012.

 

 

From : Europe 1, le Monde,NouvelObs (Vincent Jauvert).....

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Tag(s) : #Stratégie - Défense - Relations Internationales
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