Tableaux, frais de police: la PJ dans les comptes Guéant
Les enquêteurs ont terminé leurs recherches sur l'argent liquide versé à l'ancien directeur de cabinet à l'Intérieur. Et ont remonté la piste des toiles qu'il a vendues.
Deux autres affaires visant Claude Guéant ont considérablement avancé ces dernières semaines. Le dossier dit des "frais d'enquête et de surveillance" de la police, les fameux FES, dans le jargon, se trouve désormais entre les mains du Parquet national financier. Au début du mois de mai, la police judiciaire a en effet bouclé son enquête: les détournements présumés atteindraient un total cumulé d'environ 300 000 euros Claude Guéant a reconnu avoir bénéficié chaque mois d'au moins 10000 euros de FES en liquide, décaissés du budget de la Direction générale de la police, lorsqu'il occupait les fonctions de directeur du cabinet de Nicolas Sarkozy, à l'Intérieur, entre 2002 et 2004. Il en percevait lui-même 4000 et distribuait les 6000 restant à trois membres de son cabinet. En ce qui le concerne, ces sommes ont été utilisées pour l'achat de matériel électroménager dont les factures ont été retrouvées à son domicile. Il aurait aussi fait rénover, en 2008, son appartement, et acheté une cuisine haut de gamme.
Les FES, gérés dans l'opacité (jusqu'en 2011, aucune pièce justificative n'était établie), n'étaient pas destinés à finir dans la poche de membres de cabinets. Ils devaient servir à récompenser des enquêteurs par des gratifications ponctuelles, à régler des frais de mission courants et, parfois, à rémunérer des informateurs. Pour sa défense, Claude Guéant affirme qu'il s'agissait de répondre à une "insuffisance budgétaire", jusqu'à l'augmentation des crédits alloués à l'Intérieur
Après un rapport sévère de la Cour des comptes, les FES ont été supprimés (ils avaient atteint un montant cumulé de 129 millions d'euros ces dix dernières années), dans l'attente d'un nouveau texte réglementaire.
La vente de tableaux
Parallèlement, les investigations se poursuivent sur un autre front visant l'ancien bras droit de Nicolas Sarkozy: la vente à un avocat malaisien, Sivajothi Muthiah Rajendram, de deux marines d'un maître flamand du XVIIe siècle. Les 500000 euros versés sur le compte de Claude Guéant en 2008 lui ont permis, quelques semaines plus tard, d'acheter comptant un appartement de 90 mètres carrés dans le XVIe arrondissement de Paris. Il était à l'époque secrétaire général de l'Elysée.
Marine d'Andries Van Eertvelt. Claude Guéant aurait vendu deux toiles de ce peintre flamand pour un montant de 500 000 euros.
Les enquêteurs ont pu retracer l'historique des tableaux jusqu'au début des années 1990. Avant de rejoindre les murs du couple Guéant, les oeuvres seraient passées entre les mains d'un investisseur suisse et de deux maisons de vente spécialisées à Paris. Compte tenu de la faible cote du peintre, Andries Van Eertvelt, la justice soupçonne une surévaluation du prix lors de la cession à l'avocat malaisien Rajendram. Interrogé par L'Express, Claude Guéant n'a pas souhaité faire de commentaires.
Un montage financier opaque ?
Les juges Serge Tournaire et René Grouman s'interrogent, eux, sur la sincérité de la transaction après la découverte d'un virement international d'un montant similaire, dans une période très proche de la vente, à destination cette fois de l'acheteur. Selon des sources concordantes, l'avocat djiboutien Mohamed Aref apparaît comme l'émetteur de ce virement.
Dans un entretien au site Internet Mondafrique.com, en décembre 2013, Me Aref reconnaît avoir "croisé" l'acheteur des tableaux et avoir "vu les toiles de Claude Guéant", mais certifie n'avoir joué "aucun" rôle dans la transaction. Il s'estime victime d'une "opération de désinformation".
Pour s'assurer que la vente ne cache pas un montage destiné à financer l'achat de l'appartement de Claude Guéant, les juges ont demandé l'aide des autorités malaisiennes. C'était à l'été 2013. A ce jour, la commission rogatoire ne leur est toujours pas revenue .
From : Eric Pelletier,.......