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Après les révélations de l'avocat de la société Bygmalion, après les aveux du bras droit de Jean-François Copé, Jérôme Lavrilleux, Mediapart publie de nouveaux éléments qui accréditent la thèse d'irrégularités financières majeures dans la dernière campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy.

Le site a publié, mardi 17 juin, l'intégralité de la double facturation des meetings de campagne de M. Sarkozy : le coût déclaré à la Commission nationale des comptes de campagne et du financement de la vie politique (CNCCFP), et le coût réel largement plus élevé que le montant officiellement déclaré.

 

1. Pourquoi faire payer les meetings par son parti ?
En France, il existe un plafond de dépenses à chaque campagne électorale. Si un candidat dépense plus, il est privé du remboursement par l'Etat d'une partie des dépenses. C'est ce qui est arrivé à Nicolas Sarkozy en 2013. Mais il semble que la CNCCFP et le Conseil constitutionnel aient grandement sous-estimé l'ampleur de la fraude.

Selon les informations déjà révélées par le Journal du dimanche, début juin, mais détaillées par Mediapart, l'ensemble des prestations fournies par la société Bygmalion figurent sur une clé USB, qui est désormais en possession de la police judiciaire. Mediapart affirme avoir vérifié la double facturation auprès des prestataires que Bygmalion réglait.

Jérôme Lavrilleux, qui codirigeait la campagne de M. Sarkozy, avait reconnu en direct à la télévision des dépassements et une double facturation, mais n'avait pas évoqué des montants de cette ampleur.

Le total des dépenses de la campagne, tel qu'il apparaît au regard de ces fichiers, est énorme : alors que le candidat Sarkozy avait déclaré pour 4,267 millions d'euros pour les meetings facturés par Bygmalion, ce seraient en réalité 21,2 millions d'euros qui ont été dépensés, soit 16,94 millions de plus – et ce seulement pour les meetings.

En tout, M. Sarkozy aurait dépensé plus de 39 millions d'euros, alors que le plafond est fixé par la loi à 22,5 millions d'euros.

 
  Les frais de campagne de Sarkozy selon lui, le Conseil constitutionnel, Bygmalion et Mediapart

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2. 17 millions d'euros de dépenses dissimulées
Nous avons utilisé ici les données publiées par Mediapart, montrant le différenciel entre le montant officiellement déclaré et le montant réellement payé, meeting par meeting :

 

Pour les meetings du Trocadéro et de La Concorde, le tableau indique « 0 » car Bygmalion n'était pas le prestataire. On constate en revanche que si l'entreprise n'était pas officiellement chargée de l'organisation, elle y a participé en sous-main, ou du moins s'est fait rémunérer.

 

3. L'envolée des dépenses de l'UMP
Pour mieux saisir ce dossier, il faut comprendre qu'on compte à part le budget de la campagne de M. Sarkozy et celui de l'UMP. Pour éviter de dépasser le montant autorisé, l'UMP a vraisemblablement réglé une bonne partie des factures de Bygmalion en lieu et place du candidat Sarkozy. En effet, un candidat dispose d'un compte de campagne distinct de celui de son parti.

 

Il est intéressant de regarder les choses d'un autre point de vue : quel est impact de ces dépenses supplémentaires sur les comptes de l'UMP ? Nous avons comparé les comptes officiels de l'UMP sur 2011 et 2012 – dernière année disponible. On voit bien à quel point le parti a vu ses dépenses exploser.

 

Enfin, dernière comparaison, entre les années électorales 2007 et 2012, dont on peut imaginer qu'elles sont structurellement les mêmes pour un parti. C'est le cas au niveau des recettes, mais pas pour les dépenses, bien plus importantes pour l'année 2012, notamment du fait des meetings

 

L'enquête sur de fausses facturations émises dans le cadre de la campagne présidentielle 2012 s'oriente de plus en plus vers les proches de l'ancien président de l'Union pour un mouvement populaire (UMP) Jean-François Copé, d'une part, et vers la garde rapprochée de Nicolas Sarkozy, d'autre part. Une nouvelle occasion pour les membres du parti de demander une opération de nettoyage plus ou moins étendue et ciblée. A la question « qui a fauté ? », chacun a sa propre réponse.
Lors de sa garde à vue, Jérôme Lavrilleux, l'homme par qui le scandale Bygmalion est arrivé, assume ses responsabilités dans ce système et pointe la responsabilité du directeur de la campagne, Guillaume Lambert. Mais l'ancien directeur de campagne de M. Sarkozy et ancien bras droit de Jean-François Copé, veut dédouaner ces deux derniers. Il affirme au Monde que, face aux enquêteurs, il a « confirmé » aux policiers n'avoir jamais parlé de ce système « ni à Jean-François Copé ni à Nicolas Sarkozy ».

 

Cependant, un SMS dévoilé par Le Figaro, envoyé par Jérôme Lavrilleux à Guillaume Lambert le 28 avril 2012, montrerait que Jean-François Copé et Nicolas Sarkozy auraient été tous les deux mis au courant que les comptes de campagne étaient dans le rouge. Dans une lettre adressée au parquet de Paris, que Le Figaro s'est procurée, M. Lambert cible M. Lavrilleux. Selon le directeur de campagne, c'était au bras droit de Jean-François Copé à l'UMP qu'incombait l'organisation matérielle de la campagne.


Douze heures de garde à vue pour Jérôme Lavrilleux hier, l'ancien directeur adjoint de campagne de Nicolas Sarkozy a confié sa verité aux enquêteurs hier sur l'affaire Bygmalion. Jérome Lavrilleux était un rouage essentiel de la campagne de 2012 mais il ne compte pas porter seul le chapeau. Pourtant dans les rangs de l'UMP, une seule tête doit tomber, la sienne.

Face à toutes ces « révélations », les députés Etienne Blanc et Pierre Morel-A-L'Huissier ont déposé une plainte contre X, mercredi, auprès du procureur de la République de Paris. Dans une lettre destinée aux parlementaires UMP, ils expliquent leur décision. C'est « au nom des militants » qui « nous interpellent sur le devenir de l'UMP et sur les “affaires” affectant notre formation », qu'ils ont décidé de déposer cette plainte. Mais, précisent-ils, « nous le faisons dans un souci de transparence et de recherche de la vérité », sans que cela soit « un acte de défiance vis-à-vis de tel ou tel ».

 

■LES FILLONISTES
Les fillonistes sont quant à eux plus directs. Pour Eric Ciotti, « il faut que ceux qui ont fauté paient, il faut que la justice fasse son travail et il faut que l'UMP soit assainie ». S'il évite de pointer une quelconque responsabilité de Nicolas Sarkozy, il n'hésite en revanche pas à distribuer des coups aux copéistes. A la question « les copéistes ainsi que M. Lavrilleux chargent-ils Nicolas Sarkozy ? », il a répondu, mercredi 18 juin sur I-télé : « J'ai très largement ce sentiment, oui », allant jusqu'à reprendre les mots de François Fillon lorsque celui-ci parlait de « mafia ».

Un autre partisan de François Fillon profite quant à lui de l'occasion pour s'en prendre directement à l'ancien président de la République. « Tout le monde doit s'expliquer », a affirmé ce matin sur Europe 1, le député de Paris Bernard Debré. « Il faut aller jusqu'au bout des révélations et au bout des enquêtes », même si elles doivent aller jusqu'à Nicolas Sarkozy, laisse entendre M. Debré : « S'il est vrai qu'il était au courant, je considère qu'il ne peut pas se présenter aux primaires. »

 

■LES SARKOZYSTES
Les sarkozystes, unanimes, appellent à « respecter la présomption d'innocence » et souhaitent ainsi protéger celui qu'ils veulent voir président de l'UMP. Ainsi, Geoffroy Didier, mercredi sur RFI, a souhaité que l'on ne prenne pas pour argent comptant « des révélations de presse ». Et Brice Hortefeux, invité du Grand Jury RTL-LCI- Le Figaro, le 15 juin, voulant se montrer serein quant à la procédure judiciaire, expliquait : « La justice est saisie, qu'elle fasse son travail. »

Pour lui, il ne fait aucun doute que l'ancien chef de l'Etat n'est pas à mettre en cause dans cette affaire et qu'il doit présenter sa candidature à la présidence de l'UMP au congrès du parti à l'automne, comme il l'avait annoncé au Monde le 4 juin. « Il me semble que les propos du trésorier de la campagne, Philippe Briand, sont clairs. Il a indiqué qu'il n'a jamais été demandé d'imputer des dépenses liées à la campagne présidentielle sur le compte de l'UMP », défendait-il.


■LES « INDÉPENDANTS »
Dans les starting-blocks, Bruno Le Maire, candidat à la présidence de l'UMP, dénonce « la culture du conflit d'intérêts » en France. « Il y a un problème de consanguinité, de conflit d'intérêts, de culture du conflit d'intérêts », a-t-il déploré mercredi sur France Culture. « L'affaire Bygmalion, c'est aussi cela, des personnes qui ont toutes travaillé ensemble, qui se connaissent depuis des années. »

Et, le 11 juin, Xavier Bertrand, candidat à la primaire UMP, déclarait sur RTL que « toutes celles et ceux qui sont concernés par Bygmalion doivent se tenir à l'écart de l'UMP ». Mercredi 18 juin au soir, il a exhorté Nicolas Sarkozy à donner « sa version » des faits. « Je pense qu'il est nécessaire que l'ancien président s'exprime maintenant sur cette affaire », a-t-il affirmé sur Canal +. « Tous les protagonistes, à quelque niveau que ce soit, doivent répondre de ce qui s'est passé, sans exception », a poursuivi M. Bertrand.

 

 

 

Le président de l'UMP aurait informé le candidat à la présidentielle de l'explosion des dépenses de la campagne selon un texto révélé par Guillaume Lambert.
 

Bygmalion : 44 meetings de Sarkozy et autant de fraudes
 Nicolas Sarkozy et Jean-François Copé étaient au courant. C'est en tout cas ce qu'affirme l'ancien directeur de campagne de l'ex-président, Guillaume Lambert.

Dans une lettre adressée au parquet révélée par "Le Figaro", l'actuel préfet de Lozère, dévoile le contenu d'un texto qui lui aurait été envoyé par Jérôme Lavrilleux le 28 avril 2012 et selon lequel le président de l'UMP, Jean-François Copé aurait informé le président-candidat des dérapages des frais de campagne. Ce 28 avril, Jérôme Lavrilleux informe Guillaume Lambert que Jean-François Copé ne viendra pas au meeting prévu le soir même à Clermont Ferrand :

Jean-François ne vient pas à Clermont, il y est allé la semaine dernière. Louer et équiper la deuxième halle est une question de coût. Nous n'avons plus d'argent. JFC [Jean-François Copé] en a parlé au PR [président de la République]."
Selon les calculs de "Mediapart", 17 millions d'euros n'auraient pas été intégrés au compte officiel de campagne du candidat et dissimulés à l'aide des comptes de l'UMP.

Au total les frais de campagne s'élèveraient à près de 39 millions d'euros alors qu'un candidat ne peut pas dépasser 22,5 millions d'euros selon la loi en vigueur.

 

12 heures de garde à vue pour Lavrilleux
Jérôme Lavrilleux, qui était jusqu'en mai le directeur de cabinet de Jean-François Copé, alors président de l'UMP, a été entendu par l'Office anticorruption de la police judiciaire (OCLCIFF) à Nanterre dans l'enquête sur Bygmalion et le financement de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2012. Sa garde à vue, débutée mercredi 18 juin à 9h, a pris fin le soir-même à 21h.

Élu député européen le 25 mai dernier, Jérôme Lavrilleux avait reconnu le lendemain des européennes que des meetings de Nicolas Sarkozy avaient été indûment facturés par Bygmalion à l'UMP pour éviter un dépassement du plafond des dépenses de campagne autorisé par la loi mettant en cause directement Guillaume Lambert

 

 

From : NouvelObs , LeMonde ( Samuel Laurent, Jonathan Parienté et Maxime Vaudano ,lesdecodeurs),..............

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Tag(s) : #Politique Intérieure - Extérieure
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