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Hypocrisie en bande organisée 

 

Affaire Bettencourt : un juge à abattre Mensonge d’Etat. Dès la mise en examen de l’arbitre Pierre Estoup pour « escroquerie en bande organisée » dans le cadre de l’affaire Tapie, Marianne avait écrit que d’autres mises en examen allaient tomber. Bingo ! En voilà deux de plus : Stéphane Richard, ex-directeur de cabinet de Christine Lagarde et Jean-François Rocchi, l’ancien président du CDR, l’organisme chargé de régler les ardoises du Crédit Lyonnais.

Et demain, Claude Guéant, l’ancien secrétaire général de l’Elysée ? François Pérol, qui était alors son adjoint ? La « bande », pour reprendre l’expression des magistrats, commence à prendre corps. Sauf que, dans toutes les « bandes », il y a un chef, un patron, un caïd, un « parrain ». Ce chef, tout le monde connaît son nom, mais l’on est prêt à parier qu’il ne sera pas inquiété. Comme dans tous les films de gangsters, la « bande » va sans doute payer pour un chef qui, lui, s’en sort toujours à la fin.

 

Mensonge d’Etat (suite). Après la mise en examen de Stéphane Richard et de Jean-François Rocchi dans l’affaire Tapie, l’Elysée a annoncé que l’Etat déposait - enfin ! - un recours en révision contre l'arbitrage qui a accordé 403 millions d'euros à Bernard Tapie, dans le cadre de son conflit avec le Crédit lyonnais.

Il était temps : à partir du 7 juillet, le délai de prescription aurait éteint tout recours possible. Mais si ce recours se justifie aujourd’hui, c’est donc que les intérêts de l’Etat – ceux des contribuables – ont été floués. Mais alors pourquoi avoir attendu cinq ans pour réagir ? Seul le chef de « la bande » a la réponse.

Mensonge d’Etat (fin). Jusqu’à présent, la Sarkozie, finissant par croire à ses propres mensonges, s’était auto-persuadée que Christine Lagarde pourrait servir de paratonnerre dans l’affaire Tapie. Que, grâce à elle, la foudre ne tomberait pas sur Nicolas Sarkozy. Au regard des derniers développements de l’affaire, il apparaît que ce leurre ne fonctionne pas. Qu’à cela ne tienne, les proches de Nicolas Sarkozy changent leur fusil d’épaule. Désormais, le bouc émissaire s’appelle… Claude Guéant.

Dans Le Monde, un proche de l’ancien chef de l’Etat explique : « Nicolas Sarkozy ne savait rien et n’a jamais envoyé Guéant en service commandé. Qu’il ait eu des collaborateurs ayant commis des fautes ne veut pas dire qu’il le savait et y a participé ». Ben voyons ! Claude Guéant aurait donc agi seul sans que le chef de l’Etat, qui décidait de tout, tout le temps, n’ait été au courant. Et qui va croire de telles balivernes ?

 

Menteurs socialistes. Quand Arnaud Montebourg a osé dire qu’en cas de mise en examen, Stéphane Richard ne pourrait sans doute pas conserver son poste de Pdg de France Télécom, il s’est fait dûment remonter les bretelles par François Hollande. Pas un socialiste, alors, pour venir en aide au ministre du redressement productif. Stéphane Richard est aujourd’hui mis en examen pour « escroquerie en bande organisée » et là, miracle, tous les socialistes s’interrogent pour savoir s’il doit quitter ses fonctions. Si ce n’est pas un beau gros mensonge collectif, ça ressemble au minimum à une opération d’hypocrisie en bande organisée !

 

Mensonge médiatique. Il y a un mois de cela, Marianne avait pris le risque, assumé, justifié, de titrer sur sa Une : « Délinquance fiscale : des noms ! » Certains beaux esprits nous avaient dit alors : « quel scandale ! Vous appelez à la délation… vous faites du populisme… » Et voilà qu’on découvre cette semaine (lisez, dans Marianne, la nouvelle enquête d’Arnaud Bouillin, elle vaut vraiment son pesant de cacahuètes) que Jérôme Cahuzac, comme président de la commission des finances, puis comme ministre du Budget, savait tout d’un certain nombre de turpitudes fiscales de nos plus riches contribuables.

Or, il n’en n’a rien fait. Auditionné par la commission d’enquête du Sénat sur le rôle des banques dans l’évasion fiscale, Pierre Condamin-Gerbier, ex-président de la fédération UMP en Suisse, ancien banquier chez Reyl Private Office et surtout chargé de récolter des fonds pour la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007, nous apprend même que « entre 12 et 15 ministres de l’actuelle et de la précédente majorité » détiendraient des comptes bancaires non déclarés en Suisse. Et devinez ce que lui ont dit les sénateurs ? « Des noms ! ». Qu’il a évidemment refusé de livrer.

 

Menteur congénital. Jean-François Copé, président de l'UMP, a osé dénoncer, jeudi, lors d'un colloque à Paris, un « acharnement au nom d’anti-sarkozysme presque infantile » chez François Hollande. On connaît la règle de base du mensonge : plus c’est gros, plus ça passe. Si elle ne venait pas de Copé, cette saillie nous ferait tordre de rire. Depuis mai 2012 en effet, Copé et ses amis font preuve, matin, midi et soir, d’un anti-hollandisme que, naguère, les médias auraient qualifié de « primaire ».

Et le voilà aujourd’hui qui a l’audace, le culot, de critiquer chez Hollande un « antisarkozysme » acharné. On se pince pour y croire… Heureusement, plus personne ne prend Copé au sérieux. Pas même Nicolas Sarkozy qui dit, à qui veut l’entendre, que « l’UMP est morte parce que Copé a cassé le jouet ». A menteur, bonimenteur et demi…

 

Menteur patronal. La succession de Laurence Parisot à la tête du Medef, grand syndicat patronal démocratique s’il en est, est en train de virer au théâtre de boulevard. Résumé des actes précédents.

Acte 1 : Laurence Parisot tente un putsch à la Poutine pour rester deux ans de plus à son poste.
Acte 2 : Parisot ayant raté son coup d’Etat, quatre candidats briguent le job, dont un grand favori, Pierre Gattaz.
Acte 3 : A la surprise générale, c’est Geoffroy Roux de Bézieux qui sort en tête du vote consultatif du comité exécutif du Medef.
Acte 4 : Tous les candidats, y compris Roux de Bézieux, se rallient à la candidature de Gattaz. Elle est pas belle la vie,  patron ?

Et dire que tout ce beau monde, au nom d’un libéralisme qui n’a plus de libéral que le nom, prône la transparence et la démocratie. Le mieux serait qu’ils commencent par s’appliquer ces beaux
principes à eux-mêmes, non ?

 

 

 

Karachi : M. Takieddine reconnaît avoir financé la campagne de M. Balladur


L'homme d'affaires, soumis en France à un strict contrôle judiciaire lui interdisant de quitter le pays, aurait tenté de se procurer un passeport diplomatique de République dominicaine. |
Ainsi donc, après des années de dénégations et de déclarations incohérentes, Ziad Takieddine a craqué. L'homme d'affaires au cœur du volet financier de l'affaire de Karachi a livré, jeudi 20 juin, les aveux que les juges Renaud Van Ruymbeke et Roger Le Loire n'espéraient plus.


L'intermédiaire d'origine libanaise a enfin admis ce que les investigations judiciaires – et journalistiques – avaient rendu évident, à savoir qu'il avait bien œuvré au financement occulte de la campagne présidentielle d'Edouard Balladur en 1995, via des rétrocommissions issues des juteux contrats d'armement avec l'Arabie saoudite et le Pakistan, dans lesquels le gouvernement du même Balladur lui avait concédé le rôle d'intermédiaire.

Placé en détention provisoire depuis le 31 mai pour avoir tenté de se procurer un "vrai-faux" passeport dominicain, sans doute destiné à lui permettre de s'enfuir, M. Takieddine, lâché par ses anciens amis balladuriens et sarkozystes, ne supporte pas son incarcération, ce qui explique sans doute son changement d'attitude.

 

DES VALISES D'ESPÈCES

Alors, dans le cabinet de M. Van Ruymbeke, M. Takieddine a raconté dans quelles circonstances il avait rencontré, fin 1993, Thierry Gaubert, ex-collaborateur de Nicolas Sarkozy à la mairie de Neuilly puis au ministère du budget (entre 1994 et 1995), qui lui avait été présenté par Nicolas Bazire, à la fois directeur du cabinet du premier ministre Edouard Balladur et directeur de sa campagne présidentielle.

Selon M. Takieddine, M. Bazire l'aurait appelé en décembre 1993 pour l'informer qu'il allait être contacté par M. Gaubert, qu'il avait mandaté. Il s'agissait de préparer la visite de M. Balladur en Arabie saoudite, avec l'espoir de décrocher un contrat de vente de frégates, dit Sawari II, susceptibles de rapporter beaucoup d'argent à l'Etat français.

M. Gaubert présente à M. Takieddine son épouse, la princesse Hélène de Yougoslavie, son ami Philippe Smadja (qui sera mis en cause, comme M. Gaubert, dans l'affaire du "1 % logement"), un proche de M. Sarkozy, Dominique Desseigne, l'associé de M. Gaubert en Colombie, Jean-Philippe Couzi ou encore Pierre-Mathieu Duhamel, futur directeur général des douanes françaises. C'est à cette date que l'épouse de l'intermédiaire, Nicola Johnson, sympathise avec Mme Gaubert. Les deux femmes, depuis, ont rompu avec leurs maris et les ont dénoncés aux juges.

Las, le voyage de M. Balladur à Riyad en janvier 1994 se révèle être un échec. Mandaté par les autorités françaises pour débloquer la situation, avec son associé Abdul Rahman El-Assir, M. Takieddine dit ne plus avoir eu de nouvelles de M. Bazire jusqu'à la signature du contrat Sawari II, le 24 novembre 1994. C'est juste après cette date que M. Bazire l'aurait recontacté pour lui dire que M. Gaubert avait un message à lui faire porter. Ce message est simple : Gaubert réclame 1,5 million de francs, afin de financer la campagne de M. Balladur. M. Takieddine accepte à condition qu'il les lui remette en cash à Genève, où M. Gaubert détenait lui-même des avoirs.

A Genève, les deux hommes retrouvent M. El-Assir qui avait préparé l'argent, en coupures de 500 francs, glissées dans une mallette remise à M. Gaubert. Selon M. Takieddine, cette remise de fonds s'apparentait à un "retour d'ascenseur" logique, le contrat Sawari II lui ayant rapporté une fortune. Dix jours plus tard, M. Gaubert vient trouver M. Takieddine pour lui demander "la même somme". Après s'être assuré que M. Bazire était informé de cette nouvelle demande, M. Takieddine procède de la même manière : il prend rendez-vous à Genève avec MM. El-Assir et Gaubert, le second repartant avec une valise d'espèces d'1,5 million de francs.

D'après l'homme d'affaires, il y aura une troisième visite de M. Gaubert, qui va réclamer cette fois 3 millions de francs. "On doit boucler les comptes, il nous manque 3 millions et quelque", lui aurait dit M. Gaubert. Jugeant la demande excessive, M. Takieddine se rend dans le bureau de M. Bazire pour avoir confirmation. "M. Bazire m'a dit qu'effectivement, ce que m'a demandé Gaubert est vrai car ils avaient besoin de cet argent, mais que c'était la dernière fois." Une nouvelle fois donc, via M. El-Assir, M. Takieddine va remettre une valise d'espèces à M. Gaubert.

 

DES SONDAGES PAYÉS PAR LES VENTES D'ARMES

Les révélations de M. Takieddine confortent les découvertes des juges sur les déplacements à Genève de MM. Gaubert et Takieddine, les retraits d'espèces suspects détectés à cette période, ou encore le témoignage de Hélène Gaubert, qui déclarait au Monde, le 26 septembre 2011, à propos de son mari : "Il m'a dit un jour qu'il allait chercher ces espèces en Suisse pour les remettre à Nicolas Bazire."

M. Takieddine a également mis en cause François Léotard, ministre de la défense entre 1993 et 1995 et son conseiller Renaud Donnedieu de Vabres. Les deux hommes avaient imposé le duo Takieddine-El-Assir dans les contrats d'armement. "M. Donnedieu de Vabres représentait M. Léotard", a déclaré M. Takieddine qui a révélé qu'après l'élection de 1995, M. Donnedieu de Vabres lui avait demandé de l'aider à payer le loyer de son appartement parisien : "Je lui ai payé en cash allant jusqu'à des sommes entre 15 000 et 20 000 francs à chaque fois", a-t-il dit. L'intermédiaire assure avoir également "financé" une partie de l'installation de M. Donnedieu de Vabres à Tours, ainsi que sa campagne législative, en 1997. Au total, il estime lui avoir remis "un maximum de 250 000 francs" en liquide.

M. Takieddine a par ailleurs confirmé que le politologue américain Paul Manafort avait effectué des sondages au profit du camp Balladur, via M. El-Assir, donc payés par les ventes d'armes. "M. Manafort, a-t-il ajouté, ne m'a pas précisé [que cette étude] avait été payée par M. El-Assir mais je l'ai supposé", révélant à ce sujet l'existence de "contacts directs" entre MM. Bazire et El-Assir. Interrogé par Le Monde, Me François Esclatine, avocat de M. Gaubert, a déclaré : "Mon client conteste et s'expliquera devant le juge". Me Frédéric Landon, l'avocat de M. Bazire, de son côté, a assuré que son client "conteste formellement ces allégations".

Quant au défenseur de M. Takieddine, Me Francis Vuillemin, tout en dénonçant une "détention-pression", il reconnaît que ce que son client a dit est "énorme". M. Takieddine sera prochainement confronté à MM. Gaubert et Bazire

 

 

 

From :Laurent Neumann - Marianne , le Monde,....

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Tag(s) : #Politique Intérieure - Extérieure
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