Comment Sarkozy courtise les soutiens des autres candidats à l'UMP ?
L'ancien chef de l'État se veut le candidat du «rassemblement». Pour cela, il tente de rallier un maximum de soutiens pour sa conquête de l'UMP.
Y compris en piochant dans les autres écuries.
Pour lancer sa campagne, Nicolas Sarkozy cherche à s'entourer. Pour cela, lui et ses proches font notamment pression pour débaucher des soutiens qui se sont déjà placés dans le sillage de Bruno Le Maire, Hervé Mariton et même des candidats à la primaire. En coulisses, dans les couloirs de l'Assemblée jusqu'au bureau de la rue de Miromesnil, l'ancien président et ses troupes font la cour aux fidèles des autres cadres et ténors de l'UMP.
Le député de l'Ain Damien Abad, partisan de Bruno Le Maire, a par exemple été reçu mercredi dans le bureau de Nicolas Sarkozy. «Il souhaitait que je le rejoigne, il a essayé de me séduire, m'a présenté le projet, la structure», raconte-t-il au Scan. L'élu a failli céder à la tentation. «Il faut être solide pour résister. J'ai réfléchi pendant 24 heures avant de décliner», confie-t-il. Damien Abad précise qu'il n'y a eu «ni pressions, ni tentatives d'intimidation». «Il m'a simplement dit «j'ai besoin de toi», dans un climat serein, sans que je le laisse me proposer quoi que ce soit, car après c'est beaucoup plus dur de refuser», détaille-t-il au Scan. L'ancien député européen, qui se décrit comme «le plus sarkozyste des ‘lemairistes'» dit avoir informé Bruno Le Maire de ce rendez-vous avec Nicolas Sarkozy et qu'il n'y a eu «aucun problème».
«Je veux respecter Bruno Le Maire et ma parole, on n'abandonne pas quelqu'un en milieu du champ», assure Damien Abad qui cependant «laisse la porte ouverte à Nicolas Sarkozy pour la primaire».
Mais ces méthodes ne plaisent pas à tout le monde. La députée Laure de la Raudière, proche de Bruno Le Maire, a déjà évoqué «le règne de la terreur», entretenu par Nicolas Sarkozy. Thierry Lazaro, député du Nord, parle lui de «menaces» et dénonce «des méthodes déjà en vigueur du temps du RPR».
Deux défections dans le clan Le Maire
Les manœuvres de Nicolas Sarkozy en ont pourtant convaincu certains. Le clan Le Maire déplore pour l'instant deux défections: celles de Sophie Dion, députée de Haute-Savoie, et de Jean Rottner, maire de Mulhouse. «Je me suis fait une opinion, j'ai fait un choix, c'est aussi ça, le courage politique», justifie au Scan l'édile, qui doit échanger avec Nicolas Sarkozy la semaine prochaine. «Revendiquer le renouveau, ça ne suffit pas», raille-t-il à propos de celui qui avait sa faveur il y a quelques jours. «Je ne m'étais pas engagé officiellement. Bruno Le Maire m'a laissé un message pour exprimer sa déception, on aura un échange dans les jours qui viennent»,
confie celui qui assurre n'avoir eu «aucune proposition» mais que des «offres» lui ont été faites de la part de Nicolas Sarkozy.
Le député de Mayenne Guillaume Chevrollier décrit au Scan des invitations discrètes. «A l'Assemblée, des soutiens de Nicolas Sarkozy nous sollicitent, pour préparer la reconquête», minimise celui qui a rencontré Nicolas Sarkozy «il y a quelques mois, pour parler d'actualité». La quadra Delphine Bürkli, qui a ravi le neuvième arrondissement de Paris à la majorité socialiste en mars lors des dernières municipales, a résisté quant à elle aux appels du pied de l'ancien président. «J'ai été honorée qu'il me reçoive», raconte-t-elle au Scan. C'était vendredi, jour de l'annonce de son retour sur Facebook. «Il voulait savoir où j'en étais , savoir si je voulais venir avec lui, mais j'ai donné ma parole à Bruno Le Maire et il l'a compris», détaille la maire, qui souligne pourtant «la force de persuasion» de l'ancien chef de l'État.
Les soutiens de Hervé Mariton ont eux aussi remarqué les courbettes de l'entourage de l'ancien chef de l'État. «Cet été, Nicolas Sarkozy avait dit à des parlementaires proches de moi qu'il fallait attendre avant de prendre position», pointe au Scan Hervé Mariton, également candidat à la présidence de l'UMP. Le député de la Drôme se défend de vouloir constituer une écurie et dit «ne pas être contre» le fait que certains de ses partisans soient consultés par l'ancien président.
«Nicolas Sarkozy m'a dit qu'il avait besoin de jeunes autour de lui»
Arnaud Robinet, député, soutien de Xavier Bertrand
En plus de Hervé Mariton et Bruno Le Maire, l'ancien président ne cache pas sa volonté d'aller séduire les partisans des candidats à l'investiture UMP pour 2017. Pour cela, il pioche dans les rangs de Xavier Bertrand, député des Yvelines et candidat à la primaire. Mardi, c'est le maire de Reims Arnaud Robinet qui a été reçu au bureau de Nicolas Sarkozy. Le député de la Marne, qui considère Xavier Bertrand comme son «patron» en politique, se laisse encore quelques jours de réflexion pour dire ou non s'il rejoint la campagne de l'ancien chef de l'État. «Je sais que Xavier Bertrand souhaite aller jusqu'au bout, pour l'instant, de la primaire», reconnaît-il au Scan, se défendant d'avoir eu une proposition de poste.«Nicolas Sarkozy m'a dit qu'il avait besoin de jeunes autour de lui», poursuit l'élu. Gérald Darmanin, autre fidèle de XavierBertand, a récemment rejoint Nicolas Sarkozy pour devenir porte-parole de sa campagne, tout en continuant à assurer son soutien à Xavier Bertrand pour la primaire.
Une position d'équilibriste que pourrait aussi connaître Arnaud Robinet, s'il répond favorablement à l'ancien président.
Désormais, c'est le club Fillon que Nicolas Sarkozy a en ligne de mire. Valérie Pécresse, qui s'est montrée prudente sur son retour, devrait le rencontrer la semaine prochaine, tout comme les autres signataires de la lettre ouverte aux candidats à la présidence de l'UMP, parue dans Le Figaro vendredi. De son côté, François Fillon, candidat à la primaire de 2016, n'a pas donné de consigne officielle à ses fidèles pour soutenir un candidat en particulier pour l'élection du président de l'UMP.
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Un nombre croissant de responsables UMP apprennent dans la presse ou sur le Web qu'ils soutiennent l'ex-chef de l'Etat... et s'en défendent ensuite.
Le député UMP Patrick Devedjian fait partie de ces cadres de l'UMP, soutiens "malgré eux" du sarkozysme.
Certains hommes politiques UMP annoncent dans la presse qu'ils soutiennent Nicolas Sarkozy. D'autres y apprennent qu'ils le soutiennent... alors que ce n'est pas le cas. Ces "malgré-nous" du sarkozysme se multiplient ces dernières semaines. Le 4 septembre, c'est le député du Vaucluse Julien Aubert qui lit dans Le Figaro qu'il soutient l'ancien président de la République. L'ancien conseiller d'Henri Guaino à l'Elysée se désole qu' "aucun journaliste" ne l'ait appelé. "Je soutiens Bruno Le Maire", s'amuse ce "gaulliste" pour qui "un bon chef d'Etat ne doit pas être président de parti".
Le 10 septembre, les jeunes actifs de l'UMP publient sur le site de L'Express un appel à soutenir Nicolas Sarkozy. "73 jeunes de 25 ans à 45 ans" cosignent ce texte. Au moins deux d'entre eux assurent pourtant ne jamais avoir donné leur accord. Un "quiproquo" pour l'un, une décision de "faire marche arrière" pour l'autre, minimise Franck Allisio, le président des Jeunes actifs de l'UMP à l'initiative de l'appel. Un militant du Vaucluse explique pourtant que six noms dans la liste auraient été ainsi ajoutés sans l'accord des personnes concernées. L'une d'entre elles, pour l'instant neutre dans la course, confie à L'Express avoir été appelée pour signer ce texte: "On m'a dit que si je voulais grimper dans le parti, j'avais intérêt à suivre Sarkozy."
"Se racheter une conduite auprès de Sarkozy"
Le 18 septembre, le scénario se reproduit avec des élus du conseil général des Hauts-de-Seine, le fief de Nicolas Sarkozy. "Nous, élus des Hauts-de-Seine, lançons un appel à la mobilisation en faveur du retour de Nicolas Sarkozy pour redonner à la France un espoir et un nouvel élan", est-il écrit dans un texte diffusé à la presse et signé par de nombreuses personnalités telles que le maire de Levallois-Perret Patrick Balkany, le maire d'Asnières Manuel Aeschlimann ou Patrick Devedjian. Mais ce dernier, président du département, fait aussitôt savoir qu'il ne soutient pas Nicolas Sarkozy. "Ce texte a été pris à l'initiative du maire de Saint-Cloud, Eric Berdoati. Il doit sans doute vouloir se racheter une conduite auprès de Nicolas Sarkozy après avoir pris parti pour François Fillon", sourit-on dans son entourage.
Enfin, dans son édition du 18 septembre, Le Point indique que quatre présidents de fédération UMP fillonistes soutiennent Nicolas Sarkozy: Philippe Goujon (Paris), Gérard Longuet (Meuse), Eric Woerth (Oise) et François Pinte (Loire-Atlantique). Mais ce dernier, ancien directeur de cabinet de François Fillon à la région Pays-de-Loire, s'en tient à une position de neutralité. "Ça a pu être interprété comme une prise de distance vis-à-vis de Fillon", suppute-t-il aujourd'hui. Il a demandé un rectificatif à l'hebdomadaire
From : le Figaro ,l'Express,................