La Banque centrale européenne (BCE) a annoncé dimanche 26 octobre que 25 banques de la zone euro sur 130 avaient échoué à l'examen sans précédent du secteur, évaluant leur besoin en capital à quelque 25 milliards d'euros.
L'institution monétaire de Francfort a par ailleurs annoncé que les banques de la zone euro allaient devoir réévaluer leurs actifs à hauteur de 48 milliards d'euros.
"Rendre les banques plus résistantes et robustes"
Cet examen "va doper la confiance publique dans le secteur bancaire. (...) il va aider à réparer les bilans et rendre les banques plus résistantes et robustes. Cela devrait faciliter la distribution du crédit en Europe, ce qui va soutenir la croissance économique", a commenté Vitor Constancio, vice-président de la BCE, cité dans un communiqué.
Toutes les grandes banques françaises ont réussi ces tests de résistance. "Les résultats des banques françaises confirment la qualité de leurs actifs et leur capacité de résistance à des chocs sévères", indique le communiqué. Parmi les 13 établissements évalués en France, seule la Caisse de refinancement de l'habitat (CRH) ne respectait pas les niveaux de solvabilité requis, indique Challenge. La banque Dexia, établissement franco-belge, a également échoué aux tests.
Parmi les autres banques concernées, l'institution monétaire de Francfort a notamment recensé 9 italiennes, 3 grecques, 3 chypriotes, mais également l'allemande Münchener Hypothekenbank.
Cet audit a été mené sur la base du bilan des banques à fin 2013 et douze des 25 banques qui ont échoué ont déjà comblé leurs besoins de capital en levant environ 15 milliards d'euros en 2014, a souligné la BCE. Les autres ont désormais deux semaines pour présenter aux autorités bancaires européennes leurs mesures pour combler ces besoins et auront entre six et neuf mois pour mener à bien ces plans.
En outre, un certain nombre de banques soumises à cet audit vont devoir réévaluer leurs actifs, à hauteur de 48 milliards d'euros au total, dont 37 milliards ne donnant lieu à aucun besoin de capital supplémentaire, a précisé dans un communiqué la Banque centrale européenne. Par ailleurs, la BCE a identifié quelque 136 milliards d'euros d'actifs à risques, portant le montant total de ces actifs détenus par les banques de la zone euro à 879 milliards d'euros.
Opération secrète
Menée dans le plus grand secret, cette opération baptisée "Comprehensive Assessment", qui a mobilisé 6000 personnes, visait à connaître aussi précisément que possible la situation financière des banques, avant que la BCE n'endosse le 4 novembre le rôle de superviseur bancaire européen.
Elle s'est déroulée en deux temps. Depuis novembre 2013, la Banque centrale européenne a mené son "asset quality review" (AQR), radiographie des actifs et crédits détenus par 130 banques de la zone euro (plus la Lituanie), dont l'ampleur devrait être de nature à restaurer la confiance des investisseurs.
En parallèle, l'Autorité bancaire européenne (EBA), basée à Londres, a procédé à de nouveaux "stress tests", exercices de simulation pour tester la solidité des banques face à deux scénarii de risques. Le plus noir prévoit un retour en récession, sur fond de crise des marchés financiers et d'une chute des prix de l'immobilier.
La Commission européenne a salué la publication de ces tests, "un exercice d'une ampleur sans précédent" qui va permettre, selon elle, de restaurer la confiance dans le système bancaire et de relancer le crédit.
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L'heure de vérité approche pour les banques européennes. Dimanche 26 octobre, la BCE va publier les résultats de son opération-vérité sur l'état de santé réel des 130 plus grands établissements de crédit de l'Union européenne. Une étape indispensable avant que l'institution de Francfort ne devienne, le 4 novembre, leur nouveau superviseur unique dans le cadre de la construction de l'Union bancaire européenne. Et une occasion de tourner définitivement la page de la crise bancaire qui a secoué l'Europe dans le sillage de la faillite de la chute de la banque d'affaires américaine Lehman Brothers.
L'opération est délicate. Révéler qu'une banque ne respecte pas ses obligations réglementaires peut s'avérer un jeu dangereux. C'est d'ailleurs pourquoi la BCE prend
soin de communiquer un dimanche, jour où les marchés financiers sont fermés, afin de donner le temps à celles qui auront besoin de se renforcer d'expliquer aux investisseurs leur situation et leur stratégie. Des résultats préliminaires leur sont d'ailleurs communiqués dès ce jeudi pour leur permettre de s'organiser, confie une source proche du dossier.
Tuer les banques "zombies"
Mais pourquoi prendre le risque de révéler au grand jour les failles des banques ? "Mario Draghi voulait éviter la japonisation du système bancaire européen. Dans les années 1980, les banques japonaises ont conservé énormément de prêts non performants. Elles se sont assises dessus sans faire de réel effort de nettoyage de leur bilan. Résultat, la production de crédits au Japon n'a cessé de décroître au cours de ces 30 dernières années. Le risque en Europe est d'autant plus fort que plus de 70 % de notre économie est aujourd'hui financée par les banques. On ne peut donc absolument pas se permettre d'avoir un mécanisme de transmission monétaire grippé, comme au cours des cinq dernières années pendant lesquelles les banques européennes ont dû augmenter leurs fonds propres et nettoyer leur bilan", explique David Benamou, président d'Axiom Alternative Investments, une société de gestion spécialisée dans les institutions financières. Autre objectif, renforcer la transparence du système bancaire européen vis-à-vis des investisseurs.
Un des enjeux de "l'opération-vérité" de la BCE consiste à savoir si les épreuves qu'elle a concoctées seront suffisamment difficiles pour révéler la santé réelle des établissements. En 2011, l'Autorité bancaire européenne (EBA) avait été critiquée pour avoir conçu des tests bien trop faciles et donc contre-productifs.
Enfin une méthode d'évaluation commune des prêts défaillants
Cette fois, tout semble avoir été fait pour ne pas réitérer les erreurs du passé. Le nouveau superviseur unique logé au sein de la BCE, qui sera dirigé par la Française Danièle Nouy, joue clairement sa réputation dans l'opération. Trop de complaisance pourrait donc tuer l'Union bancaire dans l'oeuf, ou en tout cas sérieusement ébranler sa crédibilité.
Nouveauté de l'exercice, la BCE a, pour la première fois, procédé à un contrôle de la qualité des actifs inscrits des banques au 1er janvier 2014 avant de voir comment leur bilan résiste à différents scénarios de crise économique et financière. Assistés par le cabinet Oliver Wyman, les experts de la BCE ont passé au peigne fin 120 portefeuilles différents, parmi les plus risqués. Il peut, par exemple, s'agir de leurs prêts immobiliers, de leurs prêts aux entreprises classés en fonction de leur taille, d'instruments de marché... Aussi étonnant que cela puisse paraître, il n'existait jusqu'à présent pas de définition européenne commune des prêts dits "non performants", c'est-à-dire qui ne seront pas du tout remboursés, ou pas en totalité, par les clients. "On a fait des règlements qui font des centaines de pages sur tout un tas de choses très sophistiquées dans le monde bancaire, mais on a oublié le principal : définir ce qu'est un prêt non performant", ironise Jérôme Legras, directeur de la recherche
d'Axiom.
Évaluer les évaluations des banques
Très concrètement, des experts issus des équipes de contrôle opérant déjà de façon permanente dans chaque banque et des spécialistes de cabinets d'audit et des consultants ont été mobilisés pour l'occasion par chaque autorité de contrôle nationale pour examiner les entrailles de la machine bancaire, par exemple en évaluant un par un les dossiers de crédits sélectionnés. "Dans un établissement de la taille de Société générale ou de BNP Paribas, il y avait 100 personnes à plein temps pour aller regarder s'il y a des provisionnements qui auraient dû être faits. Ils ont épluché huit dossiers de crédits par jour pendant neuf mois", détaille ainsi Jérôme Legras. De même, les "modèles de valorisation" des produits complexes internes à chaque banque, pour pallier l'absence de valeur de marché, ont été vérifiés pour garantir leur sérieux. Bref, un travail de fourmi qui a permis de définir quels établissements avaient besoin de renforcer leurs fonds propres (l'argent à mobiliser en face des risques qu'elles prennent) avant de soumettre virtuellement chacun à des scénarios économiques et financiers de crise.
Ces "tests de résistance" ("stress tests") ont porté sur une période de trois ans, de 2014 à 2016. Un scénario économique normal ainsi qu'un autre plus dégradé ont été simulés pour chaque pays. Pour la France (voir encadré ci-dessous), ce dernier prévoit par exemple que les taux réclamés par les investisseurs pour financer la dette publique atteignent 3,8 % dès 2014 (contre moins de 1,5 % actuellement). Les conséquences potentiellement dévastatrices pour les banques des hypothèses retenues(augmentation de leur coût de financement, risques liés aux produits de titrisation ou sur leur portefeuille de dette publique...) ont ensuite été estimées par chacune d'entre elles, sous le contrôle renforcé de la BCE, afin d'éviter toute sous-évaluation des risques.
Six à neuf mois pour corriger le tir
Que se passera-t-il lorsqu'une banque ne respectera pas l'exigence réglementaire d'un ratio de fonds propres minimum de 8 % en situation normale et de 5,5 % en cas de crise ? L'établissement pourra purement et simplement être fermé de façon "ordonnée" sous la supervision des autorités. Certains créanciers seront alors mis à contribution pour épargner le contribuable. Si le modèle économique de la banque paraît viable et qu'elle semble capable de lever de l'argent rapidement, elle aura deux semaines pour présenter un plan de recapitalisation. Elle aura ensuite six mois pour le mettre en oeuvre, et jusqu'à neuf mois, si ses manquements sont liés à l'application du scénario noir plutôt que le scénario normal. Nombreuses sont les banques qui ont déjà pris les devants et ont cédé des portefeuilles ou levé du capital en 2014 pour anticiper les résultats de l'exercice mené sur une photographie de leur état à la fin 2013. Les investisseurs pourront aussi vérifier quels établissements
respectent dores et déjà les contraintes réglementaires renforcées, dites de Bâle III, avant leur pleine application d'ici à 2019.
Des banques françaises a priori dans les clous
Selon une simulation de l'exercice effectuée par Axiom Alternative Investments, les grandes banques françaises devraient s'en sortir. Personne n'en doutait d'ailleurs vraiment. Si BNP devrait passer la barre avec une marge de sécurité "relativement faible", une fois pris en compte l'effet de l'amende record que viennent de lui infliger
les États-Unis, les investisseurs devraient d'autant plus apprécier que la banque résiste malgré tout. Quant à BPCE, elle devrait relever le défi haut la main, toujours selon Axiom. Restent Crédit agricole et la Société générale, qui pourraient être plus tangentes. Mais ce résultat serait en partie dû à la nature de l'exercice, relativise Axiom. En appliquant un scénario noir sur de nombreux paramètres au même moment, les stress tests pénaliseraient en effet le modèle de banque universelle des établissements français assis sur tous les métiers de la banque à la fois, explique David Benamou. Selon la Banque de France, les ajustements réclamés aux établissements français ont porté principalement sur leurs activités de marché (notamment les très critiqués produits dérivés), compte tenu de leur importance dans leur activité.
D'autres banques devraient, en revanche, moins bien s'en sortir. L'italienne Unicredit est ainsi souvent citée en exemple d'établissement obligé de lever du capital pour rester suffisamment solide. Certains pourraient même ne pas survivre, comme un ou plusieurs petits établissements autrichiens. Verdict attendu dimanche.
Le scénario noir appliqué à la France Le scénario élaboré par la BCE pour simuler une grave crise prévoit une récession de 0,4 % en 2014 de 1,1 % en 2015 avant un léger retour de la croissance en 2016 (0,4 %). Le taux de chômage, lui, monte continument pour atteindre 12,2 % en 2016 et les prix de l'immobilier s'effondrent de plus de 30 % d'ici à d'ici à 2016 !
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