Loin de pacifier la famille, la très probable élection de Nicolas Sarkozy à la tête de l’UMP va exacerber les tensions qui minent la droite depuis que l’ancien chef de l’Etat a fait semblant, le 6 mai 2012, de se retirer de la vie politique.
Le but de guerre est toujours le même: il s’agit de barrer la route à ceux qui ont l’audace de prétendre s’imposer comme le nouveau leader de la droite. En 2012, il fallait, par tous les moyens, faire monter Copé pour affaiblir Fillon. En 2014, il faut dénigrer le principe des primaires pour empêcher Juppé de rafler la mise, alors que souffle dans l’opinion une inquiétante Juppémania.
Des autocars de Basques et de Bretons
Candidat déclaré à ladite primaire, l’homme de droite préféré des Français accueillait samedi dans sa ville le candidat à la présidence du parti et plus de 4000 de ses sympathisants. Juppé serait-il tombé dans un traquenard? Brice Hortefeux feint de s’étonner: où serait le piège, dès lors que «le maire de Bordeaux s’exprimait devant les adhérents de sa ville», a-t-il souligné dimanche matin sur Europe 1. En réalité, les militants bordelais étaient très minoritaires. Pour leur démonstration de force, les réseaux sarkozystes avaient rameuté, à grand renfort d’autocars, de toutes les régions du Grand Ouest, du Pays Basque jusqu’en Bretagne. Les siffleurs de samedi sont sans doute assez représentatifs de l’électorat appelé à choisir, samedi prochain, le nouveau patron de l’UMP: des militants sarko-copéistes à jour de cotisation qu’aucun soupçon de putsch ni aucune affaire Bygmalion n’auront découragé.
Aucun doute, pour ces militants, le chef de parti qu’ils éliront samedi prochain est aussi, évidemment, leur candidat pour 2017. Ils ne veulent pas entendre parler de cette primaire qui n’est rien d’autre, à leurs yeux, qu’une arme anti-Sarkozy agitée par quelques hérétiques, notamment François Fillon, Xavier Bertrand et Alain Juppé. Comme il le fait à chacun de ses meetings, Sarkozy a protesté, à Bordeaux, qu’il y aurait «bien sûr» une primaire pour désigner, «le moment venu», le candidat de la droite à la présidentielle. Avec son meilleur sourire carnassier et à grand renfort de haussements d’épaules, il fait partager son amusement d’entendre qu’on le soupçonne de craindre la compétition, lui qui aime tant la compétition!
«Vaste rassemblement»
C’est pourtant bien de cela qui s’agit: Sarkozy craint la primaire. Non seulement parce qu’il pourrait la perdre mais aussi parce qu’elle pourrait le gêner, dès la semaine prochaine, dans la construction du nouveau parti qu’il prétend incarner.
Juppé, Fillon, Bertrand, et tous leurs alliés ont prévenu qu’ils ne participeraient pas au «vaste rassemblement» que célèbrent déjà les sarkozystes sans de solides garanties sur l’organisation de la primaire. Le président filloniste du Sénat Gérard Larcher a donné le ton la semaine dernière: si le nouveau président du parti s’attaque à la Haute Autorité indépendante chargée d’organiser cette compétition, il quitterait l’UMP, suivi, sans aucun doute, par de nombreux parlementaires. Une bien mauvaise entrée en matière pour celui que son lieutenant Brice Hortefeux célébrait dimanche comme «le seul» garant de l’unité.
Comme en novembre 2012, au lendemain de l’autoproclamation de Copé, la droite pourrait se retrouver au bord du schisme après la probable élection de Sarkozy. Dès la semaine prochaine, un bras de fer va s’engager sur les priorités de la nouvelle direction de l’UMP. A chacun de ses meetings, Sarkozy affirme sans rire que 2017 est encore loin, qu’il n’a pas d’autre préoccupation que de redonner à sa famille la voix et le souffle qui font tant défaut. Pas question, a-t-il prévenu, de s’occuper deux ans à l’avance de la présidentielle.
Il faut au contraire ouvrir sans tarder le chantier de la primaire, objectent de nombreux responsables de l’UMP, à l’image des animateurs de la Boîte à idées, think tank de jeunes élus UMP très en pointe sur le sujet. «Le meilleur moyen de tuer la primaire, c’est de ne pas s’en occuper», font-ils observer. De l’expérience de la gauche en 2011, il ressort qu’une primaire à 3 millions de votants nécessite, au bas mot, plus d’un an de travail.
«Une grande victoire»
Très choqués par le traitement réservé à leur mentor, samedi à Bordeaux, les proches d’Alain Juppé y voient le signe d’une inquiétude croissante dans les rangs sarkozystes, une semaine avant l’élection à la présidence de l’UMP. Plus personne n’ose parier sur le plébiscite à plus de 80% des suffrages que beaucoup prédisaient encore à la fin de l’été. Dimanche sur Europe 1, Brice Hortefeux est allé jusqu’à soutenir, avec tout le sérieux dont il est coutumier, qu’une élection dès le premier tour serait «une grande victoire». Tous les espoirs semblent donc permis pour Bruno Le Maire et Hervé Mariton que certains croyaient condamnés à faire de la figuration. Il est vrai que les apôtres sarkozystes vont avoir un peu de mal, dans les jours qui viennent, à promettre aux militants qu’après l’élection de l’ancien chef de l’Etat s’en sera fini, une bonne fois pour toutes avec les «dérisoires querelles internes».
Le maire de Bordeaux nuance les accusations de ses proches, qui assuraient qu'il avait été «piégé» lors du meeting bordelais de son rival. Mais le prétendant à l'investiture exige des «clarifications» sur les primaires et la ligne de l'UMP.
«Il n'y a pas de quoi en faire tout un plat». Après avoir essuyé des huées, samedi, lors du meeting de Nicolas Sarkozy dans sa ville de Bordeaux, Alain Juppé calme le jeu. «Les campagnes électorales finissent toujours dans l'effervescence et l'énervement. On l'a vu samedi après-midi à Bordeaux», écrit l'ancien premier ministre dans un billet posté sur son blog lundi. «Pour ma part, j'ai vu pire. Restons sereins».
Interrogé un peu plus tard, en marge d'un point presse à la mairie de Bordeaux, Alain Juppé a récusé avoir été piégé par les sarkozystes, comme certains de ses proches l'avaient laissé entendre: «En aucune manière, il n'y avait pas de traquenard du tout», a-t-il déclaré. Pour autant, Alain Juppé estime qu'il faut «tirer quelques leçons» des deux moments où ses propos ont suscité «des réactions hostiles d'une partie de l'assistance»: lorsqu'il a évoqué un «rassemblement de la droite et du centre», puis de «primaires largement ouvertes».
«Le nouveau président de l'UMP devra dire ses intentions»
Sur le premier point, le maire de Bordeaux a précisé ne pas avoir été «surpris» de la désapprobation d'une partie du public: «Ce n'est pas la première fois que j'entends des réactions de ce type sur nos amis centristes», a-t-il relevé. Mais il est selon lui «indispensable que la future direction de l'UMP clarifie la ligne politique de notre mouvement». Il précise sa vision d'un rapprochement avec l'UDI: «Pas de fusion-absorption, mais une alliance sans exclusive, dans le respect mutuel»,. «Toute autre
stratégie serait suicidaire et ouvrirait les portes du pouvoir au FN».
Sur la primaire ouverte, «Nicolas Sarkozy y a fait une allusion dans son discours», relève Alain Juppé. «Largement ouvertes, ça veut dire qu'il ne suffit pas d'avoir sa carte à l'UMP pour aller voter, ça s'adresse à un public beaucoup plus large», a-t-il insisté lors de son point de presse. «Là encore une clarification est nécessaire: qui pourra voter et selon quelles modalités? Le nouveau président de l'UMP devra dire ses intentions.
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Sarkozy veut enterrer les courants de l'UMP
Nicolas Sarkozy a répété mardi soir sa volonté de supprimer les "courants" au sein de l'UMP, une fois qu'il sera élu président du parti. Mais ceux qui ont créé ces mouvements en 2012 ne sont pas tous favorables à cette proposition.
Nicolas Sarkozy en est persuadé depuis longtemps : l'instauration de courants, à l'occasion de l'élection interne de novembre 2012, a divisé davantage le parti que l'inverse. Aussi, le 22 octobre dernier, lors d'un meeting à Toulon (Var) en vue du scrutin pour la présidence de l'UMP, l'ancien chef de l'Etat a officialisé sa proposition de "supprimer les courants". Une idée qu'il a résumée ainsi à la tribune : "Je ne veux plus de la droite molle, de la droite forte, de la droite sociale, la droite ceci ou cela..."
Depuis, il répète cette formule à tous ces meetings, comme mardi soir à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine). Lors de cette réunion publique dans le département où il a été élu il y a 35 ans, l'ex-Président candidat s'est fait plus disert. "On n'a trop souffert des chapelles depuis 2012", a-t-il constaté avant d'assurer vouloir "intégrer les différences" à la future équipe dirigeante de l'UMP. "Je ne choisirai personne parce qu’il est sarkozyste, juppéiste ou filloniste. Je choisirai des hommes et des femmes qui ont envie de diriger une formation républicaine."
Des courants qui n'ont jamais fonctionné
Assis au premier rang, Laurent Wauquiez, le leader de la Droite sociale, jettait un œil à son téléphone portable. Quelques chaises derrière lui, Geoffroy Didier, l'un des fondateurs de la Droite forte avec Guillaume Peltier, ne souriait plus. Au contraire, Marc-Philippe Daubresse, l'un des fondateurs de la motion "humaniste" aux côtés de Jean-Pierre Raffarin, opinait du chef. Egalement présents, Roger Karoutchi, Christian Estrosi et Patrick Ollier, trois membres du courant Gaullistes en mouvement, ne bronchaient pas.
En 2012, tous soutenaient l'idée des courants, promue par Jean-François Copé quand il était secrétaire général de l'UMP. Le principe? Permettre aux différentes chapelles de l'UMP d'être mieux représentées au sein des instances du parti. Le système se calquait sur celui des motions, présentées à chaque congrès du Parti socialiste. Mais, dans une formation où la culture du chef s'est toujours imposée, les courants n'ont jamais vraiment fonctionné. D'autant que les dotations promises à chaque motion, à condition qu'elle recueille plus de 10% des votes des militants UMP, n'ont jamais existé. La guerre Copé-Fillon et le scandale Bygmalion ont en effet gelé un certain nombre d'initiatives. Les militants ne sont d'ailleurs même pas amenés à se prononcer sur les courants lors du scrutin interne de samedi.
"Un devoir vis-à-vis des militants de continuer"
Interrogés par leJDD.fr après le meeting de mardi soir, les représentants des courants accueillent diversement la proposition de Nicolas Sarkozy. Pour Marc-Philippe Daubresse, ce sera "une libération" : "Les courants ne servaient à rien." Laurent Wauquiez, lui, évacue le sujet. Le président de la Droite sociale a fait son deuil des courants : "Aujourd'hui, nous avons besoin plus d'unité que de divisions." La Droite sociale continuera toutefois d'exister dans le débat d'idées, promet-il. Le député-maire du Puy-en-Velay (Haute-Loire) n'a plus la tête à défendre son courant : il pourrait prétendre au poste de secrétaire général en cas d'élection de Nicolas Sarkozy.
Le député Thierry Mariani, qui pilote la Droite populaire, a d'ores et déjà pris les devants et assuré la survie de sa motion. Début novembre, il a transformé son "courant" en "association politique", statut qui lui permet de revendiquer des adhérents et d'obtenir des financements. Geoffroy Didier, de son côté, est circonspect. "Il faut discuter de ce sujet après l'élection du président de l'UMP", indiquait le fondateur de la Droite forte au JDD.fr mardi soir. "Si Nicolas Sarkozy souhaite que le courant n'existe plus, on le fera vivre autrement. C'est un devoir vis-à-vis des militants de continuer", défendait-il encore.
Sans doute en conséquence de sa prise de position, l'élu francilien a annoncé, mercredi matin, son départ en tant que salarié de l'UMP dans Le Figaro. "J'ai une conviction : parallèlement à leurs fonctions ou à leurs mandats politiques, les responsables publics doivent avoir un métier", justifie dans les colonnes du quotidien Geoffroy Didier, qui deviendra avocat. Et d'indiquer qu'il "poursuivra sa mission de dirigeant de la Droite forte". Nicolas Sarkozy dressait en meeting le constat d'un parti "trop pollué par des considérations personnelles que les courants ont pu favoriser". Mais il n'a pas encore convaincu toutes ses troupes.
From : le Monde , Libé , JDD ,..........