Image de la France dans le Monde ... difficile d'être un Modèle républicain ?!
Courrier international - 8 nov. 2005
VU DU JAPON - Echec de l'intégration et fracture sociale
"On parle de la dégradation de la situation dans les banlieues françaises depuis les années 1970, quand les immigrés se sont installés dans les cités HLM", rappelle le quotidien Asahi Shimbun. Il souligne également que le taux de chômage est particulièrement élevé dans ces populations, notamment lorsqu'elles sont d'origine algérienne ou marocaine et victimes de discrimination raciale ou religieuse en matière d'embauche.
"La pauvreté engendre la pauvreté et fait des banlieues des zones où se concentrent les Français d'origine étrangère les plus démunis, ceux que le reste de la société n'aime pas", poursuit le journal japonais. "Parallèlement, la multiplication des actes criminels a éloigné les classes moyennes de ces lieux."
"La difficulté de cohabiter avec les populations immigrées est un problème que partagent, à des degrés divers, de nombreux pays d'Europe", estime le journal tokyoïte, en expliquant aussi qu'à la différence de certains pays européens, comme la Grande-Bretagne, qui pratique le communautarisme, la France mène une politique d'intégration qui refuse la formation de communautés ethniques ou religieuses au sein de la société. Tout en observant que la politique de Londres a abouti aux attentats islamistes de juillet dernier, le quotidien estime que "c'est ce principe républicain qui a engendré l'isolement profond des populations immigrées. Les jeunes de ces quartiers éprouvent un sentiment de désespoir et ont l'impression d'être abandonnés par l'Etat."
En abordant l'aspect politique de la crise de banlieues, l'Asahi Shimbun rapporte également que les critiques adressées à Nicolas Sarkozy n'entament pas pour le moment sa popularité, qui demeure très élevée. Mais "l'extrême droite, qui était plutôt calme des derniers temps, s'apprête à relancer une campagne contre les immigrés. La France n'a pour l'instant pas trouvé la solution pour remédier à sa fracture sociale", conclut le journal.
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Courrier international - 9 nov. 2005
VU DE PRAGUE - Le racisme discret de la France
"La France a toujours été fière de sa politique d'intégration des immigrés et aimait la donner en exemple aux autres", rappelle Mlada Fronta Dnes. Or, depuis quelques jours, "il n'en reste que des carcasses de voitures brûlées, des ossements de magasins et des tas de cendres. D'un côté de la barricade (aujourd'hui réelle), la fameuse politique d'intégration des gouvernements successifs, de l'autre, la réalité : une discrimination raciale cachée à l'égard des immigrés d'Afrique et d'autres coins du monde. Mais, qui plus est, à l'égard de leurs descendants. Pour beaucoup d'entre eux, la carte d'identité nationale ne suffit pas pour garantir les mêmes chances devant le travail et le logement. Le cercle vicieux où l'individu sans travail s'appauvrit et devient frustré se met vite en place. Il est chassé vers les quartiers plus pauvres qui deviennent des ghettos. La situation provoque des tensions et mène aux extrémismes. De là il n'y a qu'un pas pour mettre le feu aux voitures", estime le journal tchèque.
"Pourtant, c'est depuis des années que la France se débat dans le marasme d'une crise sociale alors que tous, les hommes politiques et les citoyens, refusent les réformes nécessaires, leur immobilisme freinant les autres pays de l'UE. Ils refusent, même si leur modèle d'Etat social, impossible à financer, menace de conduire un jour le pays à la catastrophe. Ce jour-là, ce ne seront pas seulement les enfants d'immigrés qui mettront le feu aux voitures, mais tous."
"En plus, dans la crise actuelle, les hommes politiques français ont montré un bel exemple de conduite chaotique et ont failli totalement. Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur et candidat présidentiel, a taxé les émeutiers de 'racaille' et essuie l'accusation de racisme. Le Premier ministre Dominique de Villepin (qui veut aussi être président) s'est tu pendant cinq jours pour laisser son concurrent mijoter dans son jus, tandis que le chef de l'Etat tardait d'une manière inadmissible à appeler au calme. Le résultat - la lumière des flammes - nous le voyons chaque nuit."
"Ce qui est malheureusement sûr, c'est que tout pays européen ou les Etats-Unis d'Amérique peuvent demain être confrontés à la même situation. Les problèmes qui, en France, ont surgi des coulisses et l'incapacité des politiciens d'y apporter une réponse devraient nous servir de leçon. Mais il n'en sera rien. Ni en France ni ailleurs."
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Courrier international - 7 nov. 2005
VU DES ÉTATS-UNIS - Comme les pillages à La Nouvelle-Orléans
"Il y a à peine deux mois, les Français regardaient avec fascination les scènes d'anarchie et de pillage à La Nouvelle-Orléans au lendemain du passage de l'ouragan Katrina", note le New York Times. "Aujourd'hui, les images en provenance des banlieues de l'Hexagone viennent rappeler à la France qu'elle aussi possède une classe pauvre."
Pour autant, la situation des classes les plus démunies dans les deux pays n'est pas comparable, poursuit le quotidien américain. "Aux Etats-Unis, le fossé entre les Blancs et les minorités – notamment les Noirs américains – est le produit d'une histoire longue de plusieurs siècles ; en France, la situation est plus récente et les inégalités moins enracinées. Ce qui laisse d'ailleurs une chance à l'Hexagone de ne pas se retrouver avec des problèmes aussi profonds que ceux des Etats-Unis", conclut le journal.
Pour le quotidien USA Today, la comparaison avec les conséquences de l'ouragan Katrina est également de mise : "L'ouragan Katrina, le 11 septembre : les chocs nationaux revêtent bien souvent des apparences totalement différentes. En France, les émeutes qui, depuis le 27 octobre, embrasent les banlieues du pays constituent un choc national. Ce genre de choc révèle des problèmes jusqu'ici occultés. En France, il vient rappeler le fait que de nombreux musulmans issus de l'immigration se sentent totalement laissés pour compte." Plus critique, le quotidien poursuit : "Les Français ont été rapides à pointer les problèmes de pauvreté, d'inégalité et d'incompétence des pouvoirs publics américains au lendemain de l'ouragan Katrina, mais ils se retrouvent avec exactement les mêmes difficultés sur leur propre territoire."
Quant au Los Angeles Times, il met davantage l'accent sur l'échec du modèle d'intégration à la française. "Le problème n'est pas l'immigration en soi, mais l'intégration des immigrants", insiste le chroniqueur Niall Ferguson dans les colonnes du quotidien de la côte Ouest, rappelant que la France est le pays d'Europe où la proportion de ressortissants nés à l'étranger est la plus forte. "Mais ce sont les Américains et non pas les Européens qui se font le plus de soucis quant aux conséquences sociales de l'immigration. Et ils ont raison de s'en soucier : les Etats-Unis doivent absolument réussir à conserver leur efficace système d'intégration culturelle et économique des immigrants. Pourtant, aujourd'hui, ce n'est pas aux Etats-Unis que brûlent les feux de la désintégration, mais bien dans la France de Nicolas Sarkozy."