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Gestion et Contrôle international  de la  Highway Internet  ?! 

Peut-on laisser les Nations unies contrôler Internet? L'analyse de Nicolas Barré *
[16 novembre 2005]

Lorsque Taïwan s'est vu attribuer le nom de domaine «.tw» pour ses sites Internet, il y a trois ans, le régime de Pékin, à l'affût de tout ce qui peut ressembler de près ou de loin à une forme de reconnaissance internationale de la «province rebelle», a immédiatement protesté auprès de Washington qui s'est défaussé sur une obscure ONG domiciliée à Marina del Rey, en Californie, l'Internet Corporation for Assigned Names and Numbers, ou ICANN.

Le milliard d'internautes que compte la planète ignore tout de l'ICANN. Cette organisation à but non lucratif est pourtant au centre d'une bataille mondiale dont le dernier épisode se déroule à Tunis cette semaine, où se tient un sommet des Nations unies sur la société de l'information. La bataille oppose, en gros, les Etats-Unis au reste du monde. Son enjeu est crucial puisqu'il s'agit de savoir qui va contrôler Internet.

Même un réseau extraordinairement décentralisé, multiforme et libre comme Internet a besoin d'un minimum d'ordre pour fonctionner et ne pas sombrer dans l'anarchie. Pendant trente ans, aussi incroyable que cela puisse paraître, cette fonction a été assurée par un seul homme, un professeur d'informatique de l'université de Southern California, Jon Postel. C'est lui qui décidait d'attribuer des suffixes du type «.fr» (pour la France) ou «.cn» (pour la Chine).

Ce professeur Tournesol de l'Internet s'est acquitté de sa tâche à merveille. Il est vénéré comme un héros par les pionniers du Net. Mais l'essor du réseau a poussé l'Administration Clinton à imaginer une autre solution. D'où la création de l'ICANN en 1998, au terme de longues négociations menées par le vice-président Al Gore avec toutes les parties prenantes: chercheurs, industrie des télécoms, fabricants d'équipements, fournisseurs de contenus, administrations diverses, sans oublier le fameux professeur qui, épuisé, mourut d'une crise cardiaque juste avant la naissance de ce «machin».

L'ICANN est en effet une drôle de création, unique en son genre. Sa compétence est mondiale et ses décisions s'imposent de fait aux Etats, alors même qu'elle est de droit californien, se trouve soumise de ce fait à l'Attorney général (ministre de la Justice) de cet Etat et que le département du Commerce américain exerce un droit de veto sur ses décisions.

D'où la polémique: le monde peut-il accepter qu'une organisation sous influence américaine «contrôle» le réseau des réseaux? En théorie, disent les détracteurs du système, l'ICANN pourrait très bien décider de rayer de la carte de l'Internet un nom de domaine entier, au hasard «.ly» (Libye) ou «.ir» (Iran), avec la bénédiction de Washington, débranchant instantanément des communications mondiales tous les sites de ces «états voyous». C'est d'ailleurs arrivé (par accident) l'année dernière lorsque toutes les adresses en «.ly» devinrent inaccessibles pendant quelques jours. Bref, avec l'ICANN, l'Administration américaine serait en quelque sorte l'unique détentrice d'une espèce d'arme nucléaire du cyberspace.

«Intolérable!», disent la plupart des pays qui proposeront à Tunis toutes sortes d'options pour remplacer l'ICANN par une structure réellement supranationale. Certains vont même jusqu'à suggérer de transférer ses pouvoirs à une instance dépendant des Nations unies. Solution peut-être séduisante en apparence, mais qui perd toute crédibilité lorsque l'on sait qu'elle est proposée par des pays tels que l'Iran, Cuba ou la Chine, pour lesquels Internet est synonyme de subversion. Le fait même que les Nations unies organisent un sommet mondial de l'information en Tunisie, pays où la liberté de la presse est inexistante, illustre d'ailleurs bien les limites du système onusien.

En réalité, aucune des solutions avancées pour remplacer l'ICANN n'a la moindre chance d'être retenue. Pour une raison simple, martelée par les Etats-Unis: ce système, même s'il est imparfait, fonctionne remarquablement bien. Outre l'octroi de suffixes génériques comme «.com» ou «.fr», l'ICANN gère l'attribution de ces combinaisons de chiffres que l'on appelle Internet Protocol (IP) et qui permettent aux ordinateurs de communiquer entre eux.

Enfin, l'ICANN supervise le fonctionnement des treize «serveurs racines» (root servers) sur lesquels repose l'architecture de l'Internet à l'échelle mondiale. Pour des raisons historiques, dix de ces machines se trouvent aux Etats-Unis, une autre est installée à Tokyo et les deux dernières en Europe, à Amsterdam et Stockholm. Ces serveurs sont gérés par des organisations aussi différentes que la Nasa, des laboratoires de recherche universitaires, l'armée américaine ou des entreprises privées. Mais l'ICANN surveille le tout et le fait est que ce système d'administration du cœur du réseau, aussi empirique soit-il, a prouvé son extraordinaire efficacité: l'immense quantité de données qui circule via Internet le prouve à chaque instant.

Etant donnée l'importance stratégique de l'Internet dans le monde, il est même surprenant que les décisions de l'ICANN ne suscitent pas davantage de passion. C'est bien la preuve du succès de l'organisation, parfois surnommée «I Can't» (je ne peux pas) pour son obsession à ne jamais outrepasser ses fonctions.

La question du droit de veto de l'Administration américaine sur les décisions de l'ICANN reste néanmoins entière. Elle est d'autant plus sensible que les Etats-Unis avaient promis d'abandonner cette tutelle dans un an, puis sont revenus sur leur décision l'été dernier. Le sujet est jugé à ce point stratégique par l'Administration Bush que la secrétaire d'Etat Condoleezza Rice a mis en garde, lundi, contre tout projet de «supervision lourde et bureaucratique» de l'Internet.

Les Etats-Unis savent que le système doit évoluer. L'Europe, le Japon ou le Canada ont proposé des pistes, mais celles-ci restent floues et reposent toutes sur un renforcement du pouvoir des Etats dans la supervision du réseau des réseaux. Chose que l'ICANN, protégée par le jeu des contre-pouvoirs de la démocratie américaine, a permis d'éviter jusqu'ici. Et au fond, personne ne s'en plaint vraiment, à l'exception des régimes totalitaires.

* Directeur adjoint de la rédaction du Figaro

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LExpansion.com du 15 novembre 2005

A la Une
Le contrôle de l'Internet est-il en jeu à Tunis ?

Le Sommet Mondial de la société de l'Information s'ouvre demain à Tunis. La cinquantaine de pays présents vont tenter d'arracher aux Etats-Unis une partie de leurs prérogatives sur la gestion des adresses Internet. Reste à savoir si c'est bien là que réside le pouvoir sur le réseau.

Le Sommet mondial de la société de l'Information s'ouvre mercredi à Tunis. Avec, en toile de fond, des délégations plutôt crispées quant à la manière dont la Toile doit être gérée. D'un côté, les Américains, à l'origine du réseau planétaire et grands maîtres de l'octroi et de la gestion des noms de domaine avec l'Icann (Internet Corporation for Assigned Names and Numbers), de l'autre les tenants d'un fonctionnement plus directif à l'égard des Etats-Unis, ou à tout le moins plus coopératif, comme le souhaite l'Union Européenne. En préambule au lever de rideau, les uns et les autres semblent s'être mis d'accord sur la nécessité de participer « sur un pied d'égalité » au contrôle du réseau. La cinquantaine de pays présents à Tunis ont, en effet, « accepté de reconnaître la nécessité de renforcer leur coopération pour permettre aux gouvernements, sur un pied d'égalité, d'assurer leurs rôles et leurs responsabilités gouvernementales en ce qui concerne le contrôle de l'Internet », a notamment déclaré Yoshi Utsumi, secrétaire générale de l'UIT (Union Internationale des Télécommunications), organisatrice du sommet de Tunis.

Pour autant, ce protocole au périmètre plutôt flou ne modifie guère la situation actuelle. Les premiers campent sur leur position et n'ont pas l'intention de lâcher le moindre pouce de terrain. Les seconds tentent de faire valoir l'idée d'un transfert de charges à un organisme multinational de type Nations Unies, ou UIT. Quant aux industriels, la plupart semblent s'accommoder du fonctionnement actuel. Et pour cause. Depuis que l'Icann a été créée, en 1998, et malgré l'augmentation exponentielle du nombre d'utilisateurs - le milliard devrait être franchi d'ici la fin de cette année, soit 14,6% de la population mondiale ! -, le fonctionnement des infrastructures donne, globalement, satisfaction. Il n'empêche. L'Icann traîne un boulet : sa genèse, puisque créée de toute pièce par le département américain du Commerce, autrement dit, les Etats-Unis. Mais est-ce là le nœud du problème ?

« Tout le monde s'imagine que le système des noms de domaine est au cœur de la problématique de l'Internet. Or, qui contrôle les flots de l'océan ? Personne, et pourtant cela fonctionne naturellement. Certaines choses n'ont pas besoin d'être contrôlées », estime pour sa part Leonard Kleinrock, un scientifique de l'Université de Californie à l'origine de recherches portant sur la commutation de paquets, technologie incontournable dès lors qu'on en vient à parler d'Internet. Les opposants à la doctrine américaine rappellent tout de même deux dérapages récents liés à l'organisation actuelle: le veto de l'administration américaine à la création du suffixe .XXX destiné aux sites pornographiques, initiative pourtant acceptée par l'Icann; et l'attribution sans appel d'offre jusqu'en 2012 de la gestion des noms de domaine en .com à la société américaine Verisign. Plus symptomatique : le New York Times rappelle que lors de sa création, les statuts de l'Icann prévoyaient que cet organisme deviendrait à terme indépendant, ou serait du moins « dénationalisé ». Or, au mois de juin dernier, l'administration Bush a fait brutalement machine arrière. Dans une « déclaration de principe » publiée par la National Telecommunications and Information Administration, l'administration Bush estime désormais que les Etats-Unis ont le droit de conserver indéfiniment leur contrôle sur l'Icann. Troublant. Et ce, d'autant plus que sur les treize serveurs gérant l'ensemble des bases de données et annuaires liés aux noms de domaine, dix d'entre eux se trouvent aux Etats-Unis dont le serveur maître, situé dans l'Etat de Virginie.    


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Tag(s) : #High-Tech - Internet
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