Une parole de l'ambassadeur de Chine peut mettre à genoux une République
Dalaï-lama : l'avertissement de Pékin à Sarkozy
François Hauter 08/07/2008 ( Le Figaro ?)
Mardi, l'ambassadeur de Chine à Paris a averti : une rencontre entre le chef de l'État français et le dalaï-lama aurait «des conséquences graves» sur les relations franco-chinoises.
«On ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre», déclarait mardi un diplomate chinois à Paris, après que son ambassadeur, Kong Quan, eut menacé de «conséquences graves» la France, si Nicolas Sarkozy s'avisait de rencontrer le dalaï-lama à Paris, lorsque ce dernier visitera la France entre les 12 et 23 août prochains. En clair, selon les Chinois, il faudra choisir entre cet entretien du chef de l'État français avec le chef spirituel tibétain et des contrats portant sur 56 rames de TGV et plus d'une centaine d'Airbus. Évoquant la rencontre aujourd'hui entre le président chinois Hu Jintao et M. Sarkozy, en marge du sommet du G8 au Japon, l'ambassadeur de Chine en France a estimé que la France et la Chine avaient traversé des «intempéries… Mais l'atmosphère commence à s'améliorer». La réception du dalaï-lama à Paris, selon M. Kong Quan, «serait contraire au principe de non-ingérence des États dans leurs affaires intérieures».
Après le passage chaotique de la flamme olympique à Paris en mars dernier, Nicolas Sarkozy avait provoqué la colère du régime chinois, en liant sa présence lors de la cérémonie d'ouverture des JO de Pékin à l'avancée des discussions entre le gouvernement chinois et les émissaires du dalaï-lama. Malgré l'échec patent de ces «pourparlers», M. Sarkozy avait cédé : il se rendra à Pékin le 8 août. Pour se faire pardonner cette reculade, l'Élysée avait ensuite laissé filtrer que M. Sarkozy rencontrerait le dalaï-lama à Paris. Les Chinois sortent maintenant la grosse artillerie pour faire reculer le chef de l'État français, sur ce point également. Des conseillers de l'ambassadeur de Chine en France, en charge des relations bilatérales, évoquaient l'annulation de grands contrats.
Mais la Chine «Pardonne aux États-Unis ,......»
Le dalaï-lama a été reçu en grande pompe à la Maison-Blanche par George W. Bush sans que cela ne provoque des mesures de rétorsion chinoises. Après que la chancelière Angela Merkel eut fait de même, les relations germano-chinoises s'étaient un temps refroidies, sans conséquences sur les grands contrats communs. Dans cette affaire, les Chinois jugent sans aucun doute que la France est une sorte de «ventre mou» de l'Europe, dont les diplomates peuvent facilement être ramenés à la raison. Même si l'Union européenne est le principal client de la Chine, et que M. Sarkozy assure la présidence de l'UE, la Chine a d'évidence repris à son compte l'attitude des Américains, lorsque la France avait défié Washington aux Nations unies, juste avant le déclenchement de la guerre en Irak, en 2003 : «Punir la France, ignorer l'Allemagne, pardonner à la Russie», aurait dit la secrétaire d'État américaine. La version chinoise en est : «Punir la France, ignorer l'Allemagne, pardonner aux États-Unis.»
La menace de Pékin à Sarkozy s'il rencontre le dalaï-lama
Par Ségolène de Larquier (Le Point)
Pékin avait déjà exprimé sa colère lors des deux visites du dalaï-lama à Berlin, en mai et en septembre. Les Chinois avaient aussi vivement réagi lorsque le chef de l'Église tibétaine s'était rendu à Washington en octobre. Après avoir dénoncé "une sévère violation des normes de relations internationales" et pressé les États-Unis d'annuler la rencontre, les autorités chinoises avaient répliqué en annulant leur participation à une réunion prévue sur le dossier nucléaire iranien, à Berlin, entre l'Allemagne et les cinq membres du Conseil permanent de sécurité des Nations unies, dont la Chine fait partie.
Recevant un groupe de journalistes à l'ambassade, Kong Quan a jugé mardi "extrêmement important" l'entretien entre Nicolas Sarkozy et son homologue chinois Hu Jintao, en marge du sommet du G8 au Japon. "Après ce que nous avons vécu, il est essentiel que nos dirigeants se parlent." Selon lui, ce type de rencontre doit permettre "d'échanger des idées pour renforcer la coopération et parvenir à une meilleure compréhension entre [nos] deux pays".
La France donne l'image d'un pays qui ne tient pas ses engagements
Marie Simon, le 09/07/2008 ( L'Express )
En confirmant sa venue à la cérémonie d'ouverture des JO de Pékin, Nicolas Sarkozy "fragilise la position française, nuit aux négociations sino-tibétaines et risque même d'agacer la Chine", estime Wangpo Bashi, secrétaire du Bureau du Tibet, donc représentant du dalaï lama, à Paris.
Nicolas Sarkozy l'a confirmé : il sera présent lors de la cérémonie d'ouverture des JO de Pékin. Quelle est votre première réaction?
_Nous sommes déçus par cette décision. Il y a quelques semaines encore, Nicolas Sarkozy expliquait que sa présence à la cérémonie d'ouverture dépendait des progrès des négociations sino-tibétaines. Or les émissaires du dalaï lama sont rentrés les mains vides, la semaine dernière. Aucun progrès n'a été réalisé... et pourtant, Nicolas Sarkozy confirme sa venue à Pékin. Nous nous interrogeons sur l'image que la France donne d'elle-même, celle d'un pays qui ne tient pas ses engagements, en changeant ainsi d'avis.
Quelles sont les conséquences de cette décision ?
_Elle ne peut que fragiliser la position française et porter atteinte aux négociations sino-tibétaines qui devraient reprendre en octobre. Nous sommes patients, voyez-vous, mais il faut nous donner un coup de main ! Enfin, cette décision risque d'agacer la Chine qui a, par ailleurs, annoncé des mesures de rétorsions éventuelles si Nicolas Sarkozy rencontrait le dalaï lama en août.
Pourquoi cet agacement ?
_La Chine respecte des décisions si elles sont fermes. Pas de telles hésitations. Les Etats-Unis et l'Allemagne ont annoncé qu'ils n'iraient pas à Pékin pour la cérémonie, mais cela n'a guère affecté les relations politiques et économiques de ces pays avec la Chine. Il y a une confusion dans l'esprit des hommes politiques français qui la voient comme une puissance qu'il faut à tout prix amadouer. Or la Chine a besoin des pays occidentaux, pas l'inverse. Elle n'achète pas des Airbus ou d'autres produits par plaisir, mais parce qu'elle en a besoin. Et si jamais elle refuse d'acheter des produits, la France peut toujours se tourner vers l'Inde, autre pays en pleine expansion !