Pourquoi N.Sarkozy et son Gouvernement ont-ils si peur de la Chine ?!
Convoqué par Kouchner, l'ambassadeur de Chine persiste et signe
Par Cyriel Martin ( Le Point )
Mardi, devant des journalistes français, Kong Quan avait estimé qu'une rencontre entre Nicolas Sarkozy et le dalaï-lama, qui est attendu en France le 12 et le 13 août, aurait des "conséquences graves" sur les relations franco-chinoises et qu'elle serait "contraire au principe de non-interférence dans les affaires internes" de la Chine. L'ambassadeur de Chine s'était exprimé quelques heures avant que Nicolas Sarkozy n'annonce depuis le sommet du G8 au Japon qu'il assisterait bien à la cérémonie d'ouverture des JO à Pékin , le 8 août.
Ces propos lui avaient valu d'être convoqué, mercredi, par le Quai d'Orsay. "Nous avons accueilli avec beaucoup de surprise la déclaration de l'ambassadeur de Chine, je lui ai demandé de venir me voir", avait ainsi réagi, mercredi matin, Bernard Kouchner, qui souhaitait que Kong Quan "puisse expliquer sa position, difficile de la part de la France à accepter".
Le ton monte entre Bernard Kouchner et Kong Quan l'ambassadeur de Chine à Paris ( convoqué peu avant par le Quai d'Orsay ) .
Kong Quan a réaffirmé mercredi après-midi que son pays était "fermement" contre la rencontre entre le président Nicolas Sarkozy et le dalaï-lama, rencontre prévue à la mi-août. "Nous sommes fermement contre ce genre de rencontre [...]. Il ne faut pas s'ingérer dans les affaires intérieures d'un pays, en l'occurrence du mien dans cette affaire [...] Le Tibet c'est une affaire purement chinoise ...", a notamment déclaré le diplomate en sortant du ministère des Affaires étrangères .
Nicolas Sarkozy : "Ce n'est pas à la Chine de fixer mon agenda"
Le Monde 10/07/08
Le président français a, par contre, critiqué les dirigeants chinois qui l'ont exhorté à ne pas rencontrer le dalaï-lama sous peine d'avoir à en subir les "conséquences". "Il y a des choses que je ne dirai pas à la Chine parce que la Chine doit être respectée, mais il y a des choses que la Chine ne doit pas dire aux pays européens", a-t-il déclaré : "Ce n'est pas à la Chine de fixer mon agenda et mes rendez-vous." Le président français a estimé que personne n'était en droit de lui "interdire" de rencontrer un Prix Nobel comme le dalaï-lama, et qu'il "communiquerait le moment venu" sur une éventuelle rencontre avec lui.
Sarkozy otage des chinois
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Pékin a donc sonné la fin de la récré sarkozyste.
«Ce n'est pas à la Chine de fixer mon agenda et mes rendez-vous !». C'est avec ces mots d'une rare violence que Nicolas Sarkozy avait cru moucher le nouvel ambassadeur de Chine en France, qui brandissait la menace de conséquences graves sur les relations bilatérales si le président français venait à rencontrer le Dalaï Lama. Un mois jour pour jour après ces déclarations, face aux menaces chinoises de rétorsion économique, et suite à des entretiens extrêmement tendus entre officiels chinois et français de haut rang, à la limite de la crise diplomatique, Sarkozy a donc tourné casaque. C'est bien la Chine qui lui dictera ses rendez-vous. Un véritable camouflet diplomatique.
Toujours des mots
Durant toute sa campagne électorale, Nicolas Sarkozy avait mis en avant son attachement à la question des droits de l'homme, se présentant comme faisant partie de ces être qui ne courbent pas l'échine devant les seules promesses de contrats... Après la répression des émeutes antichinoises au Tibet en mars, Sarkozy avait prévenu qu'il n'assisterait à la cérémonie d'ouverture que si la Chine renouait le dialogue avec les représentants du dirigeant en exil.
A ce jour, la gestion diplomatique des relations franco-chinoises se révèle donc désastreuse. Si l'UMP assure aujourd'hui, sans apporter plus de précisions, que Nicolas Sarkozy recevra le Dalaï Lama avant la fin de l'année, c'est son épouse, Carla Bruni, qui assistera à une cérémonie religieuse en présence du chef spirituel tibétain lors de sa prochaine visite en France.
Protestations contre le huis clos pour la réception du dalaï lama au Sénat
Le Monde 11.08.08
Plusieurs voix se sont élévées lundi contre la réception à huis clos et sans journalistes du dalaï lama au Sénat, prévue mercredi, notamment qualifiée de "honte" par un parlementaire UMP.
Les présidents des groupes parlementaires sur le Tibet des deux assemblées -tous deux membres de l'UMP- ont chacun regretté cette décision.
"Nous devons le recevoir à huis clos, dans le bureau d'un sénateur. C'est une honte!", a déclaré le député Lionnel Luca, président du groupe d'études sur le Tibet à l'Assemblée.
Soulignant que le dalaï lama est prix Nobel de la paix, il a relevé que "ce n'est pas le cas des dirigeants chinois. Eux, c'est plutôt le prix Nobel de la dictature. Elle me fatigue, l'ambassade de Chine", a-t-il dénoncé dans un communiqué.
Son homologue du Sénat, Louis de Broissia, a assuré que le huis-clos (prévu dès l'annonce de la rencontre fin juillet) avait été décidé car le président de la Haute Assemblée Christian Poncelet "craignait de fâcher la Chine" avec une réception officielle.
"En outre, Christian Poncelet a souhaité que les journalistes ne soient pas là. Heureusement, il ne peut pas interdire aux parlementaires d'accéder au Sénat!", ajoute M. de Broissia dans un entretien à paraître mardi dans La Croix.
Il considère cependant le rendez-vous comme un "contact officiel". "Nous sommes un groupe reconnu par le bureau du Sénat et, en tant que parlementaires, nous représentons la nation", dit-il.
"Le président du Sénat tente une nouvelle fois de faire plaisir aux autorités de Pékin en refusant à la presse de couvrir une rencontre entre des élus français et le dalaï lama", a déploré de son côté Reporters sans frontières (RSF).
Selon un communiqué de l'ONG, M. Poncelet tente ainsi "d'empêcher la presse de se faire l'écho d'un événement qui revêt une grande importance pour la communauté tibétaine".
Les deux groupes sur le Tibet réunissent respectivement 189 députés et 63 sénateurs, soit 252 parlementaires de toutes tendances politiques. Une quarantaine étaient attendus pour la rencontre de mercredi, selon des sources parlementaires.
Le dalaï-lama n'aura pas droit aux honneurs en France
la Tribune de Genève
En visite en France, le Prix Nobel va limiter officiellement ses déplacements à des rendez-vous «religieux». Nicolas Sarkozy a renoncé à le rencontrer et envoie Carla Bruni-Sarkozy, son épouse, à sa place. Ses hésitations face à la Chine divisent jusqu'à sa propre majorité.
A bon entendeur... La visite du dalaï-lama en France n'a très officiellement aucun objectif politique, mais bien une visée «spirituelle, religieuse». Cinq jours après la courte et controversée escapade de Nicolas Sarkozy à Pékin, elle n'embarrasse pas moins l'Elysée et la diplomatie française.
Avec un temps de retard en mai, le président de la République a été pourtant le seul chef d'Etat occidental à conditionner sa présence à la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques à la reprise du dialogue entre la Chine et le Tibet. Le 10 juillet encore, devant le parlement européen, il n'entendait pas se laisser dicter ses «rendez-vous» par la Chine, après que l'ambassadeur chinois à Paris a prévenu qu'une éventuelle rencontre avec le dalaï-lama aurait des «conséquences graves». Résultat, le 6 août, la présidence française annonce le report sine die peut-être avant la fin de l'année d'une telle entrevue. Juste avant que Nicolas Sarkozy ne fasse le voyage de Pékin vendredi dernier, sans parler du Tibet à son homologue chinois Hu Jintao. S'ils n'ont pas compris «la gesticulation diplomatique française», les représentants du dalaï-lama en France ont eu beau jeu de renoncer en premier à la rencontre, prétextant qu'aucune demande n'en avait été faite.
De toutes parts, les critiques fusent ...Réception «à huis clos»
Les tergiversations de Nicolas Sarkozy indisposent également à droite. Président d'un groupe d'études sur le Tibet à l'Assemblée, le député UMP Lionnel Luca récrimine la réception «à huis clos» du dalaï-lama demain au Sénat: «Le Sénat et l'Assemblée ont reçu en grande pompe Mme Betancourt et on fait passer le dalaï-lama par la cave. Je trouve ça indécent.»